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Blue Moon

A o.d-h

Le devoir. Ce que l'on doit faire.
C'est une chose que l'on croit respecter et qui se dérobe et vous abandonne quand vous en avez besoin.

Je l'ai vue encore ce soir. Seuls les aveugles ne pourraient pas la voir, et je me plais à penser qu'ils se retourneraient quand même, ressentant sa présence. Elle est apparue comme toujours après mon deuxième verre. Un cocktail à base de curaçao et de vodka. Vêtue cette fois-ci d'un ensemble noir, elle ne regarda personne et se dirigea à pas lents vers le bar. Je connais trop bien cette démarche. Comme quelqu'un qui va à l'échafaud. Et pourtant elle partira bientôt, effrayée à l'idée d'absorber trop d'alcool. Je ne lui ai jamais parlé, et pourtant je la connais déjà. Je sais tellement de choses sur elle... une intuition animale.

Lentement mes jambes me trahissent et s'approchent d'elle... non... non...
Je la regarde. Toujours à la même place. Je ne dois pas bouger. J'aurai du changer de bar dès la première fois où je l'ai vue. Je suis un papillon qui ne sait refuser la lumière. Elle promène son regard vide sur les murs sales de la pièce. Je sens son regard comme un câble auquel j'aimerais m'accrocher. Il passe sur le miroir en face d'elle, mais je suis sûr qu'elle ne se voit pas ou qu'elle fait semblant de ne pas se reconnaître. Il glisse lentement vers la gauche, passant par-dessus les manettes de pression, se posant sur une publicité encadrée pour de l'absinthe. Suivant un fil d'araignée accroché sur le bois du cadre, son regard arrive dans l'obscurité où est plongé le coin du mur qui me sépare d'elle. Si elle continue, ses yeux vont bientôt rencontrer les miens... A cette pensée, je me plonge dans l'observation des volutes de fumée jouant autour de mon verre. Enfin, je relève ma tête et elle est là. Ses yeux me fixent. Un animal dans l'éclat éblouissant de son visage. Je crois que j'esquisse un sourire... mon dieu, faites qu'elle détourne les yeux... Toujours accrochée à mes pupilles, elle se rapproche de moi. Au bout d'un moment je m'aperçois que ma main est dans la sienne. Elle doit sentir mon désarroi car elle m'offre un rire clair pour lequel j'aurais tué... Elle se penche et prononce quelques mots. J'ose lui répondre sur le même ton et bientôt j'entre dans son monde. Je parle sans même savoir ce que je lui dis. Seul compte son premier rire. Et la profondeur triste de ses yeux. Je n'existe que dans le reflet de ses pupilles.

Puis sa main serre un peu plus la mienne et elle me traîne dehors. Là, je l'amène jusqu'à ma voiture. Elle est venue et repart en taxi, je le sais. Ses mains remontent sur mon bras lentement... J'arrive à faire un kilomètre ou deux avant de m'arrêter devant le premier hôtel.

Très vite, nous sommes dans les bras l'un de l'autre. Parfois son regard prend un air effrayé, puis redevient triste ou rieur, mais toujours lointain. Je découvre son corps, le goût de sa peau. Je fais taire cette voix en moi qui me dit que cela ne pourra jamais être. Je me perds en elle et elle se perd en moi.

Nous restons ensemble toute la nuit, et tout le jour suivant. C'est vrai que le temps approchant, je suis plus endurant. Ce n'est qu'en fin d'après midi que le sommeil vient nous prendre, nous séparant enfin. Je résiste un peu pour contempler le sourire de ma partenaire, le relâchement de ses traits, qui la rend plus vulnérable et plus belle.

C'est la faim qui me réveille. Je sens ma langue humecter mes lèvres avant toute chose. Je perçois la source de chaleur à coté de moi et me souviens... non... non... pas encore... Je regarde le dos de ma main d'un geste brusque, mais je n'y vois rien. Comme toujours dans ces moments là, la pensée que tout n'est qu'un mauvais rêve vient me réconforter. Pourtant, je me lève et m'habille. La femme qui a réussi à percer mes barrières dort encore, serrant un coin d'oreiller dans une main. Il fait nuit, la seule lumière est celle d'une enseigne venant de l'entrepôt en face de l'hôtel. Le néon rouge fait battre plus fort mon coeur à mes tempes. Soudain je vois devant moi un animal sans défense, pulsant de vie. Je ressens la moindre variation de ses battements de coeur. Je peux voir le sang soulever légèrement l'épiderme au niveau des veines. Je cligne des yeux et ne vois plus que mon tourment.

A pas de loup, je me dirige vers la porte, et c'est une main velue qui tourne la poignée.

Une fois dehors, à la merci de l'astre maudit, je lutte pour conserver mon humanité. Une plainte sourde monte de ma gorge et de mes entrailles. Elle m'envahira bientôt. Je cours pour m'éloigner et sauver celle que j'aime. Lentement mes pensées s'étiolent. L'effort physique de la course a accéléré le changement. Elle viendra encore longtemps me visiter dans mes songes. Seuls les rêves sont immortels. Seul...

Dans la rue, un loup hurlait sa souffrance et sa faim à l'astre de la nuit.

Ecrire à Fladnag
© Fladnag, Juillet 2002



"Un loup hurlait sa souffrance et sa faim à l'astre de la nuit"

Ecrire à Lindorië
© Lindorië



Publication : 13 juin 2005
Dernière modification : 28 novembre 2006


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Aaricia
Amitié  
Aredhel
Tinkerbell  
CATHY ECK
Comme un rêve  
Message d'un ange  
Par dela les mots  
Colibri
Le Miroir de Capuchon
Les fées du Sorbier
Colibri et Kalfea
L'elfe et la fille-oiseau
DESIDERIA
Elfe  
Innocence  
La Flamme Bleue  
La Nonchalante  
Margot la Noire  
Reine  
Vampire  
Vigilance  
Edhel
Reine Elfe  
Elannore
Complainte de Nimrodel
Endoriël
A Shadow of the Past
Femme au dragon
Isil de Nacre
Kulgan et Fantus
Gaiaaa
Démone  
Magrat  
Mélusine
Kendra
Eärendil  
Poèmes Arthuriens  
Miriamélé
Evidence
Narwa Roquen
Retour à Chiswarta
Necsipaal
Daeron
Reya
Vanité
Shadow Fae
La tisseuse
Zell
Demi-elfe  
callia
Toi et Moi  
ze-poete
Aspiration Tolkienienne  

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signifie que la participation est un Texte.
signifie que la participation contient un Dessin.


2 Commentaires :

alya 
le 16-09-2008 à 15h34
aaaaaaouuuuuuuuuuuu... ... ...
ouaouuuuuuuuuuuuu!!!!!!!!!!!!!!
lliane 
le 06-02-2004 à 22h59
tellement envoutant ! n'y a t-il pas une suite...
Un superbe texte ! Que dire de plus ?! envoutant et original...


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