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 WA, exercice n°29 Voir la page du message 
De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Mercredi 2 janvier 2008 à 19:11:48
Aujourd’hui vous allez nous emmener dans un voyage lointain au cours duquel vos héros explorateurs vont rencontrer une peuplade tout à fait singulière. Je tiens en particulier à ce que vous inventiez un langage pour ce peuple inconnu, différent de celui des héros, mais néanmoins compréhensible (avec un petit effort) par le lecteur.
Pour éclaircir mon propos, je vous donne un exemple : « Les ch’tits hommes libres » de T. Pratchett, dont le cri de guerre est : « Ni rwa ! Ni rinne ! Ni djeus ! Ni maets ! Fini de se faire avwar ! »
Ceci est autant un exercice mathématique qu’une production littéraire. Bien sûr le verlan et la simple inversion des lettres (comme dans un miroir) seraient trop faciles !
Bon courage à tous ! Vous avez deux semaines, jusqu’au jeudi 17 janvier. Que le vent de l’inspiration souffle sur vous !
Narwa Roquen, au milieu des rafales de l'autan ( qui vaut presque un furvent)


  
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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-04 12:24:23 

 WA - Participation exercice n°29 - partie 1 sur 2Détails
Une idée marrante, j'espère que sa mise en forme sera à la hauteur. Elle comporte 2 parties pas plus. La première est encore la mise en place des éléments du décor.

_________________

REPLIQUES MORTELLES.


« Commandant, un message de l’Etat-major du Quadran. Priorité haute ! »

Deirdre Blowaway, la jeune officier stagiaire, avait pâli devant son pupitre, elle d’habitude si fraîche et si pimpante dans le bel uniforme fuschia des communications qui rehaussait le délicat teint de pêche de son joli minois.

Le commandant Joshua McDelmott se détourna de la tempête d’éclairs qui faisait rage dans l’interstice où s’était faufilé Rambo IV, le puissant vaisseau d’exploration militaire. Grâce aux noeuds de fusion paradoxale, rebondissant comme un surfeur fou sur les vagues temporelles, il rejoindrait la base militaire pour le Thanksgiving.

« Très bien, miss Blowaway, ouvrez-moi une fente et routez la communication sur mon pupitre personnel. Merci. »

Ayant recouvré son calme, Deirdre synchronisa une épissure dans l’interstice, permettant ainsi le passage du message de l’Etat-Major.

Joshua se cala confortablement dans son large et profond fauteuil tout en cuir noir, importé à grands frais de Teebonne, la célèbre planète d’élevage. Son père et son grand-père avaient été sur ce point catégoriques et pour une fois unanimes : le fauteuil fait le commandant ! Même si le sien crissait encore un petit peu, Joshua sentait que son corps y trouvait, jour après jour, naturellement sa place. Il en tirait un sentiment de plénitude incomparable.

L’image de l’Amiral Fox Potter s’anima devant lui, affligée d’une curieuse malformation qui lui donnait une tête de mutant polymorphe aux traits incroyablement tordus. Deirdre ajusta la post-synchro et l’amiral retrouva son male visage bronzé, surmonté d’une cascade figée de cheveux d’un blanc immaculé. Ceux-ci rivalisaient avec l’étincelant sourire qu’il adressait à son neveu de l’autre bout de ce bras de la galaxie.

« Fils, je vais droit au but, tu reçois un train de données très complètes. Une de nos sondes automatiques a détecté des traces de vie sur une planète non loin de l’endroit où tu te trouves. Tes ordres sont d’aller voir sur place. L’Amirauté attend un premier rapport dans deux cycles. Voilà, j’embrasserai Lady Jane pour toi. Une première expédition a été un échec. Rien depuis. Allez bon courage. Fin de transmission. »

Joshua se gratta l’arête du nez. Il était contrarié de ne pouvoir assister à la fête en famille. Cela serait bien la première fois. Toutefois, le sens du devoir lui dicta ses gestes, nets et précis.

« Enseigne, réunion stratégique à 0700. Officier chef de quart, vérifiez les coordonnées reçues et demandez à Maman d’ajuster notre vol pour atteindre au plus vite notre destination. Aspirante Blowaway, confirmez notre changement de cap à la base et dispatchez les données aux intéressés. Commandant en second, je vous cède la passerelle. »

A 0700 précises, la petite équipe d’officiers supérieurs et de scientifiques était réunie dans la salle des opérations qui surplombait la passerelle.

Il y avait là, à gauche de Joshua, Burt Swingson, du corps des Marines, la face burinée et couturée, Laureen Howard, exobiologiste, à l’allure infernale de bimbo intellectuelle et Timothy Ballard, des communications, affichant son air d’éternel étudiant égaré parmi les grandes personnes.

A sa droite, se tenaient Franck Sparrow, énergie, avec sa casquette à l’envers et ses traits chiffonnés et Jack Pindleton, polytechnicien, qui essayait de caser tant bien que mal sa grande carcasse sur le siège étroit. Son grand front et son crâne parfaitement poli attestaient qu’il avait fréquenté la célèbre Western Country University. Au bout de la table, William Oldtown, de la navigation consultait ses notes.

Le commandant en second n’était pas là mais il faut bien dire que son absence était rarement remarquée. Après les formules d’usage, Joshua rentra dans le vif du sujet :

« Messieurs, le temps presse, il nous reste moins d’une heure avant d’atteindre notre objectif. Vous avez tous parcouru les données reçues de New England. Faites-m’en un topo. »

Jack Pindleton jeta un coup d’oeil circulaire puis se lança :

« La planète est une planète T standard. Jour solaire équiterrestre. Atmosphère respirable. Environnement de type forêt tempérée décidue. Pas de signe visible de civilisation industrielle ou préindustrielle. Il faut s’attendre plutôt une société fondée sur l’agriculture, la chasse et la cueillette. »

Il s’interrompit et lança un regard d’encouragement à la belle exobiologiste qui, en prenant une longue inspiration, poursuivit :

« D’après la sonde, l’indigène type ressemble à un volatile. Une sorte de grand poulet... »

« Un grand poulet, dites-vous ? » L’interrompit comiquement Joshua. Autour de la table, les autres visages étaient hilares!

« C’est ça. Un poulet d’une belle taille, un mètre vingt à un mètre quarante de haut. Un bec de poulet, une crête de poulet, des membres inférieurs de poulet. Un croupion de poulet. Pas d’ailes mais deux bras terminés par une main à quatre doigts. Pas d’image, taux de compression trop fort!» Laureen se tut, la mine renfrognée.

William Oldtown vola à son secours en prenant la parole :

« Heure locale de sortie de l’interstice : 0200. Temps de transit sortie–planète, une heure. Temps de transit orbite-surface estimé à douze minutes. Aucune difficulté pour la navette, il y a une grande clairière à quelques kilomètres de la cible. Temps de parcours atterrissage–cible, vingt cinq minutes. Pas d’engin motorisé, marche assistée uniquement. Atterrissage nocturne à 0400 locale. Lever de soleil prévu à 0603. »

« Nous serons accompagnés d’une escouade réduite, un sergent et trois marines, armement classique de type Navarrone. Nous porterons des gilets d’intrusion modèle I, cela suffira amplement. Le niveau technologique relevé est sans danger pour nous ! » Compléta comme à regret Burt Swingson, un peu frustré de ne pouvoir puiser plus avant dans l’arsenal sans limite du Rambo IV.

« S’agissant de l’énergie, rien à signaler, ajouta Franck Sparrow. Autonomie trois semaines. En cas de problème, on peut vous ravitailler en moins de trois heures.»

« Idem pour les transmissions. Aucun risque potentiel ou avéré. Signal clair et fort, indiqua Timothy Ballard en rongeant le capuchon de son stylet. Les transcodeurs militaires du gilet suffiront pour les traductions. »

« Bon! Reprit Joshua. Mais qu’en est-il de cette expédition perdue ?

«Les données étaient plus complètes, reprit le polytechnicien. Cette mission remonte à près de sept cents ans, peu avant les Grands Conflits. D’après les maigres archives retrouvées, le petit vaisseau a été victime d’une panne durant la phase d’atterrissage et s’est écrasé non loin de notre cible du reste. Les tracés biométriques indiquent de façon certaine que son infortuné pilote n’a pas survécu au crash. Il s’appelait Maurice HALDID, non anglophone malheureusement Je n’en sais pas plus. Après, les guerres ont jeté cette aventure dans l’oubli. »

« OK. J’imagine que tout est paré pour que cette mission soit une réussite. Alors on se retrouve dans une demi-heure à la navette ! » Conclut Joshua en consultant sa montre.

To be continued...



M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-06 18:32:09 

 WA - Participation exercice n°29 - partie 2 sur 3Détails
Oui, j'avais dit 2 parties. Mais l'histoire s'est un peu plus développée. Je vous jure qu'il n'y aura pas de 4ème partie!
______________________

2


«Atterrissage effectué ! Le pilote se retourna vers Joshua : c’est quand vous voulez Commandant. »

« Rien à signaler ?» s’enquit Joshua en ajustant le gilet d’intrusion et en vérifiant que rien n’entravait ses mouvements.

« RAS. Les poulets dorment! » L’histoire s’était répandue comme une traînée de poudre parmi l’équipage. Joshua ne regarda pas l’exobiologiste tandis qu’elle s’harnachait en faisant mine de n’avoir rien entendu. Personne ne gloussa du reste.

Il faisait un beau clair de lune. L’air sembla très pur aux narines des huit humains qui se regroupèrent. A côté du sergent Hartmann, les trois marines, Poncho, Drake et Witt, mâchaient leur gomme sans quitter la lisière des yeux. Silencieusement, la navette s’éleva dans la nuit, prenant rapidement de l’altitude, les laissant seuls en terre étrangère.

Howard, les mains sur les hanches, était légèrement cambrée telle une pulpeuse pin-up sur la couverture d’un numéro d’Amazing stories. Pindleton portait à l’épaule un grand sac plein de jouets qu’il avait fabriqués. Joshua leur dit alors :

« Nous y sommes. Cette expédition n’est qu’un rapide touch and go. Trois petits tours et puis on s’en va! La cavalerie arrivera plus tard. Alors pas de risque inutile. Dans trois heures, on repart. Des questions? Non ? Alors go !»

« Chef, quelque chose nous observe dans les frondaisons! » prévint Poncho, une main sur son Schwarzy, l’autre plaquée sur l’oreille pour mieux localiser la source. C’est un poulet...d’après la signature thermique. Il est immobile et nous regarde! »

« Commandant, murmura le colonel Swingson, il pourrait donner l’alarme! Il faut le neutraliser. »

« Sergent, vous pouvez le faire d’ici sans le tuer ? » demanda Joshua. L’exobiologiste lui en sut gré du regard même si Pindleton ne sembla pas s’émouvoir outre mesure.

« Monsieur, un marine pisse du napalm et vide un chargeur dans le cul d’une mouche à 200 mètres, monsieur. Là, c’est du gâteau. Drake, allume-moi ce nuggets sur pattes, intensité minimale. De la douceur, du doigté, de la délicatesse mais arrache-lui les plumes du croupion illico ! » beugla sotto voce le sergent Hartmann.

Le Marine, vif comme l’éclair, épaula, visa et tira. Un mince faisceau lumineux scintilla brièvement. Un léger bruit de feuilles froissées s’éleva dans les taillis à cent cinquante mètres devant eux. Sur un nouvel ordre du sergent, Poncho et Witt filèrent au pas de course pour se saisir de la créature abasourdie.

A leurs pieds, la pauvre bête ligotée avait quelque chose de dérisoire. La ressemblance avec un poulet était flagrante. Dans la pâle clarté lunaire, on aurait dit une volaille géante, au teint jaunâtre, prête à cuire. L’effet du paralysant maintenait ses grands yeux ronds écarquillés. Son bec était à moitié ouvert sur un cri impuissant. Pas la moindre trace de vêtement. Ses mains à quatre doigts s’agitaient faiblement.

« Si on se faisait quand même un Thanksgiving, là sur le pouce ? Ricana Hartmann, goguenard. Vous n’allez pas me dire que c’est çà, l’espèce dominante de cette planète? »

« Parce que le Marine représente le sommet de l’évolution peut-être? L’exobiologiste lui jeta un regard noir. Elle posa une petite biosonde sur le poulet. Il n’est pas mort. A part ses membres supérieurs, il a tout du Gallus gallus domesticus, un poulet élevé pour l’abattage. Je vais lui injecter quelques nanos, comme ça, si on le relâche, on pourra le suivre à des parsecs à la ronde. Voilà, c’est presque fini...merde, il se réveille déjà ? » Elle se recula vivement.

En effet, le grand poulet secoua sa tête, faisant danser sa crête rouge sombre. Il essaya de se relever mais les cordes l’en empêchèrent. Ses yeux s’arrondirent davantage quand il vit les humains. Il ouvrit son bec pour caqueter nerveusement une courte phrase qu’il répéta à l’envie.

« C’est curieux, on dirait un langage. Branchons nos traducteurs, proposa Pindleton. Tous suivirent tous son conseil. Et le volatile de s’égosiller de plus belle :

« Je suis dans une merde internationale...je suis dans une merde internationale... je suis dans une merde internationale...»

« C’est une antique langue, d’origine terrestre! s’exclama Joshua. Une langue européenne, morte évidemment. Du français...D’après le traducteur, cette langue et cette culture ont disparu pendant les Grands Conflits. »

« Comment ces poulets ont-ils pu apprendre le français ? » s’étonna Hartmann.

« Attendez un petit peu...oui...Vous vous souvenez du vaisseau écrasé. Figurez-vous qu’il était parti d’une planète reculée de souche francophone. Voilà le lien avec la langue morte! » Pindleton était surexcité.

« Le pilote n’avait pas survécu au crash non? » rappela Howard dubitativement.

« Oui, c'est ce que disait le rapport! Mais le fait est que ce poulet parle français! Lui répondit Pindleton. Que fait-on maintenant que l’effet de surprise a disparu. On l’élimine ?

« Pas si vite! » Joshua réfléchissait à toute vitesse, ce qui était une erreur. « La mission doit être réévaluée à la lumière de ces nouveaux éléments. S’il y a un lien entre les poulets et le vaisseau français, il faut essayer de réunir des preuves. Il faut se rendre là où il s’est écrasé. Monsieur Oldtown, combien pour aller là-bas ? »

« Approximativement une heure et quart Commandant! » calcula le navigateur à bord du Rambo IV.

« Bien reçu! S’il parle, c’est que ce poulet a une forme d’intelligence. On pourrait essayer de communiquer avec lui ? Comprenez-vous ce que nous disons ? Articula posément Joshua en s’accroupissant devant le volatile.

« Messieurs, votre accueil me bouleverse mais ne saurait égarer mon jugement ! » croassa la volaille en le fusillant du regard, la crête hérissée d’une juste colère. « J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier! »

« C’est étonnant, ce qu’il dit est parfaitement traduit mais ne veut strictement rien dire. C’est bien du français, mais cela n’a aucune signification! » s’exclama Pindleton.

« L’heure tourne. Il faut bouger si on veut faire quelque chose d’utile, les prévint Swingson. Mes hommes vont le ligoter de façon qu’il puisse avancer sans pouvoir fuir. »

« OK. Je retente une expérience, dit Howard en se penchant à son tour. Nous sommes des humains et nous venons en paix. Je suis le Dr Howard. »

Le volatile répondit du tac-au-tac avec un curieux accent traînant :

« D’habitude avec les nanas, je dépasse jamais le diabolo-menthe ou le jus de fruit. Mais avec vous Mademoiselle, le champagne s’impose! Et millésimé ! » Une lueur égrillarde s’alluma dans son regard.

« Bon, intervint Swingson, on en tirera rien. On le bute tout de suite, ni vu ni connu. Et on recommence depuis le début! » Derrière lui, les Marines acquiescèrent en hochant vigoureusement la tête, toujours partisans des solutions radicales.

Le poulet poussa un cri pathétique :

« Le flinguer comme ça, de sang froid, sans être tout à fait de l’assassinat, y aurait quand même comme un cousinage ! »

« On ne va pas le tuer Colonel, dit doucement Joshua en regardant Swingson. Il pourrait nous être utile, qui sait, nous indiquer le chemin dans ces bois !»

« Je veux bien être pendu s’il sera d’une quelconque utilité! Intervint Pindleton en se rapprochant dangereusement des vues du militaire. Est-ce qu’on peut seulement lui faire confiance ? »

« Depuis Adam se laissant enlever une côte jusqu’à Napoléon attendant Grouchy, toutes les grandes affaires qui ont raté étaient basées sur la confiance » lui répondit le poulet, rouge de rage, ayant réussi tant bien que mal à se dresser sur ses ergots.

« Dis Rocky, est-ce que tu pourrais nous conduire dans la forêt? » lui demanda l’exobiologiste d’une voix très douce, de cette voix qui déshabille les militaires de carrière.

« Je connais tous les chemins de mon pays ! » se défendit le poulet en secouant la crête.

« Vous voyez, il pourra nous aider! » Joshua se raccrocha à cette excuse. De toute façon, les gilets connaissent les coordonnées, aucun risque de se perdre. En avant! »

Hartmann et ses hommes encadrèrent le petit groupe qui s’ébranla. Le volatile était tenu en laisse par Witt, qui ouvrait la marche. Rocky s’aperçut que la science des noeuds appartenait aux hommes : il ne pouvait qu’aller au pas, sinon la corde l’étranglait cruellement. Tous l’entendirent grommeler haut et fort:

« Attention, j’ai des relations, des gens très hauts placés qui peuvent vous faire de très graves ennuis, des gens de haut rang ! Y’a des vents contraires, la dégoulinante infernale, le poteau noir, la scoumoune...Mais y’a ceux qui s’effondrent et ceux qui réagissent !» Si ces phrases avaient un sens, il leur échappa totalement et cela ne laissa pas de les plonger dans la plus grande perplexité.

La forêt était dense et silencieuse. Aucun bruit ne venait rompre un silence oppressant. L’obscurité se teintait d’une curieuse phosphorescence émeraude, l’aube n’était plus très loin. Aucun pépiement d’oiseau ne résonnait dans les hautes branches. Aucune piste n’était tracée et il leur fallait éviter troncs abattus et bosquets de lianes menaçantes qui fouettaient l’air de façon sinistre. Le sol était meuble, lourd et gras. Heureusement, ils étaient guidés par leurs gilets en liaison avec le vaisseau en orbite. Même s’ils n’empruntaient pas une ligne parfaitement droite, ils progressaient dans la bonne direction.

Les quatre Marines marchaient d’un pas égal, énergique et élastique, ne semblant éprouver la moindre fatigue. Le volatile trottait docile, épiant les ombres de part et d’autre de leur route. C’est Howard qui flancha la première :

« Holà, j’en ai plein les bottes. On peut faire un arrêt de cinq minutes ? »

Joshua l’aurait embrassée. Cela faisait plus d’une heure qu’ils crapahutaient. Il leva l’avant-bras :

« D’accord. Pause de cinq minutes. Sergent, sécurisez le périmètre. Il nous reste peu de chemin à faire avant d’atteindre le lieu du crash. Profitons-en pour se restaurer un peu. »

Pindleton s’installa confortablement sur un tronc couvert de mousse. Il sortit d’une des poches zippées de son gilet une barre nutritive General Food emballée dans son étui kaki. Il la porta à sa bouche en poussant un léger soupir de contentement. Swingson l’avait imité tout en faisant les cent pas. Ses hommes étaient sur le qui vive, en parfaits professionnels. Witt avait attaché la laisse à une vieille souche. A l’autre bout, Rocky, avait les yeux exorbités et tendait son cou de poulet vers les humains en s’écriant :

« Vous avez de la pâte? Vous avez du suc’ ? Avec la pâte, vous faites une crêp’et vous mettez du suc’ dessus ! » Une immense détresse filtrait dans sa voix.

« Qu’est-ce qu’il raconte ?demanda Pindleton, en avalant une longue gorgée de sa cannette de Mwouaips survitaminé.

Rocky devenait frénétique, sautillant sur place, tirait sur sa laisse vers eux, la cordelette s’enfonçant dangereusement dans son cou :

« Vous avez de la pâte? Vous avez du suc’ ? Avec la pâte, vous faites une crêp’ et vous mettez du suc’ dessus !»

« Il a peut-être faim tout simplement, fit observer l’exobiologiste. Ce qui m’étonne, c’est qu’il ne cherche pas sa pitance sur le sol! Je vais lui donner un peu de g-food, on verra bien! ».

Elle émietta la barre nutritive près du poulet. Rocky se pencha et se saisit d’une miette qu’il porta à son bec. Il goûta d’abord prudemment puis, apparemment satisfait, il ramassa le reste à toute vitesse pour l’avaler goulûment. Après quoi, il rota bruyamment, faisant rire les humains qui l’observaient. Il passa une main sur son bec et leur déclara :

« Tu vois, la liberté c’est de pouvoir manger des carottes râpées dans l’emballage!» Et comme pour donner plus de force à son propos, il rota à nouveau, plus fort encore.

« Après le solide, le liquide ! » Hartmann s’approcha de Rocky et versa un peu du contenu de sa cannette dans un des gros éclats de bois concaves jonchant le sol inégal. Tu peux boire ça mon Rocky, c’est le breuvage des hommes qui en ont ! »

Le poulet abaissa son cou et trempa son bec dans le liquide ambré. Il sembla grimacer un peu mais revint à la charge après une petite hésitation.

« Qu’est-ce que vous lui avez donné Sergent ? » s’inquiéta bien tardivement Joshua.

« De la bonne Veuve de Guerre, la boisson préférée des Marines. Pas frelatée ni coupée. Raide et forte, pétant pas loin de 90 degrés au compteur ! »

« Mais vous allez l’intoxiquer! » s’alarma trop tard l’exobiologiste en voyant Rocky chanceler sur ses pattes, comme pris de vertiges. Le poulet ferma et ouvrit rapidement ses yeux tout ronds en poussant un petit cri puis, regardant le Marine, il dit d’une voix pâteuse :

« Tu sais ce qu’il me rappelle, cette espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite tôle de Biên Hoa pas très loin de Saïgon...les volets rouges.... et la taulière, une blonde comac...comment qu’elle s’appelait déjà ? » Et il replongea son bec dans le breuvage.

« Un vrai petit Marine, ce Rocky! » se moqua Swingson en s’asseyant près de Joshua. Les autres se mirent à rire en voyant le poulet se trémousser de plaisir et répondre au colonel :

« Excusez-moi, mon colonel, mais vous savez, une brute, ça rit d’un rien hein, un missile qui passe, un champignon qui monte dans le ciel, le temple d’Angkor qui passe au-dessus de Billancourt...J’me marre de tout, j’ai des goûts simples ! »

Pindleton se tapa les cuisses en riant à gorge déployée. Le traducteur faisait bien son travail mais les phrases prononcées par le grand poulet n’avaient toujours ni queue ni tête! Joshua se leva et donna le signal du départ :

« Allez, c’est à dernière ligne droite. Encore un petit quart d’heure. Je demanderai à la navette de nous récupérer là-bas ! »

to be continued

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-13 15:47:08 

 WA - Participation exercice n°29 - partie 3 sur 3Détails
La dernière partie. Qu'en dites-vous?

_________________


3


Peu de temps après, ils débouchèrent sur une sorte de longue trouée bordée par un alignement d’immenses arbres au feuillage semblable à de longues chevelures humaines. Ils découvraient pour la toute première fois un ciel d’un délicat vert absinthe frangé de longues échardes amandes. De gros nuages sinoples, aux formes tourmentées, les enjambaient rapidement. Dans le demi-jour naissant, ils prenaient peu à peu conscience de la majesté de ce monde étranger.

Guidés par les gilets, ils suivirent cette balafre griffant le coeur de l'immense forêt. Au fur et à mesure de leur progression, une ornière se formait, progressivement plus large et plus profonde. Là, le sol était raboté, gratté et seule une herbe folle, rase et rêche, poussait en bouquets espacés. Pindleton leur fit part de ses déductions :

« C’est ici que le vaisseau a heurté la surface. Il a continué de glisser, arrachant tout sur son passage. Ses grappes propulsives se sont percées et le liquide radioactif s’est répandu, stérilisant la terre. A l’autre bout se trouve ce que nous cherchons.»

Rocky était tendu, scrutant les ombres entre les fûts marmoréens. Joshua s’en aperçut et murmura au Colonel Swingson : «Regardez notre poulet. Il ne semble pas tranquille!»

«J’avais noté. J’ai activé le champ de protection des gilets. La navette nous suit. Mes hommes veillent.»

L’exobiologiste s’approcha d’eux et demanda à Joshua : « Croyez-vous que les poulets pourraient nous avoir tendu une embuscade? ». Elle sursauta quand la voix éraillée de Rocky s’éleva :

« En réalité, nous assistons au triomphe de la subversion. Mais dites-vous bien messieurs, que la subversion ne date pas d’hier. Je l’ai vu naître en 27 lorsqu’on a monté les hussards sur des motocyclettes ! »

Hartmann, le sergent, qui se tenait non loin, serra un peu plus fort la crosse de son arme et cracha un long jet juste devant le poulet en ricanant :

« Qu’ils viennent ces gibiers de basse-cour! On va leur faire regretter la batterie. Juste une occasion et je ferai assez de poulets rôtis pour en dégoûter la galaxie ! »

Rocky tourna alors la tête vers lui et répondit : « Oui mais celui-là, c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! »

Le sergent se contint difficilement.

« Je ne comprends toujours pas ce qu’il veut dire mais je pense que cela se rattache, d’une façon ou d’une autre, à ce que nous disons ou faisons. » déclara Howard.

« Tu songes à des aptitudes P.E.S?» souffla Pindleton.

« Simple hypothèse! Les propos de Rocky sont dépourvus de toute rationalité mais ils semblent faire écho à ce qu’on dit. C’est fascinant. Hein Rocky, lança l’exobiologiste, est-ce que je me trompe? »

« Ma chère, étant donné votre degré d’instruction, que vous preniez Caracas pour la capitale du Brésil, passe encore. Mais il est alarmant qu’à votre âge, vous confondiez une hacienda avec un claque ! » Rocky ne daigna même pas lui adresser un regard.

Devant eux, la trouée s’évasa en une sorte de cirque végétal, formant une cuvette trop régulière pour être naturelle. Au centre, s’ouvrait un cratère assez profond que dominait un escarpement rocheux. Cinq aiguilles minérales se tendaient vers le ciel comme les doigts pétrifiés d’une main de géant, où saillaient de grosses veines rougeâtres.

« Qu’est-ce que c’est?» demanda Howard, debout au bord du cratère, aux côtés de Joshua et Pindleton tandis que les Marines surveillaient les alentours.

« J’t’expliquerai ! J’t’expliquerai ! » répondit Rocky , d’un air rêveur, recueilli.

« Commandant. Vous devriez jeter un coup d’oeil derrière vous ! » La voix de Swingson était nerveuse. Joshua se retourna et blêmit. A la lisière des arbres, des dizaines de poulets se tenaient immobiles. Les Marines reculèrent en pointant le canon de leurs armes vers les volatiles. D’autres continuaient à arriver, se pressant dans leurs dos. Un peu en avant, sur une haute souche, un grand coq au plumage aussi sombre que la nuit, à la crête rouge sang et au bec puissant, se dressait tel un général antique à la tête de ses troupes.

« Le grand Chef? » demanda Joshua.

« Depuis qu’il n’est pas venu à l’enterrement de l’arrière grand oncle d’un neveu du côté de la soeur de mon mari, pour moi, il ne fait plus partie de la famille ! » répondit Rocky avec le plus grand sérieux.

«Colonel, il en vient tous azimuts, ils nous encerclent ! » dit Hartmann en faisant signe à Witt et Drake de couvrir leurs arrières. Les poulets étaient maintenant innombrables et toute la forêt résonnait de leur présence.

« Nous venons en paix ! » cria Pindleton en direction du coq noir. A leur grand étonnement celui-ci ouvrit le bec et rétorqua distinctement :

« L’hospitalité anglaise, on connaît les précédents... Y’a des récits pleins les manuels! »

Dans le dos de Joshua, Howard lui murmura :

« Commandant, ce n’est pas un rocher mais les restes d’une carcasse métallique, les vestiges du vaisseau digéré par ce monde. Entre les doigts de pierre, il y a comme une statue vaguement humaine, en position assise. D’après le scan, ce sont des restes humains fossilisés, sans doute le pilote du vaisseau! Il y a aussi un très vieux cube vidéo.»

Joshua tentait de parlementer, se raccrochant à l’hypothèse de Howard.

« Nous venons en paix. Si vous vous montrez hostiles, nous devrons utiliser la force et beaucoup d’entre vous mourront.»

Le coq poussa un puissant cocorico qui retentit comme une corne de guerre dans le matin calme :

« Bougez pas ! Les mains sur la table ! Je vous préviens qu’on a la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de concours ! »

Autour de lui, les poulets grondèrent d’une seule et même voix :

« C’est du onze. Fabrication yougoslave. Ca vous transperce un éléphant à vingt mètres ! »

Puis ils entonnèrent un chant ample et profond qui monta progressivement dans les aigus pour exploser en une gigantesque cacophonie, mettant les nerfs et les tympans humains à rude épreuve. Une bouffée de peur irrépressible s’empara d’eux. Le sergent craqua et tira une longue rafale vers les nuages. Comme dans une bataille échevelée de polochons, une tempête de plumes et de duvet se déchaîna dans la clairière, saturant l’air autour d’eux. Chicken run. Les poulets terrorisés s’égayèrent en tous sens pour se réfugier sous le couvert des arbres. Seul le coq ne bougea pas d’un ergot mais lança aux humains :

« En langage clinique, on appelle ça un paranoïaque, en langage militaire, un brigadier !

«Hartmann, vous êtes malade! Joshua était furieux. Nous ne sommes pas venus ici pour commettre l’irréparable. Que tout le monde garde son sang froid. Pindleton, libérez Rocky. Navette, approche immédiate.»

Howard saisit le bras de Joshua : « Commandant, ils ont des capacités psychiques. C’est dangereux! »

« Nos gilets ne peuvent rien dans ce cas! » ajouta Swingson qui avait dégainé son arme de poing et la tenait bras tendu, la main gauche soutenant sa main droite.

Pindleton avait libéré Rocky qui ne se pressa pas pour rejoindre les siens en se moquant une dernière fois :

« Dans la vie, il faut toujours se fier aux apparences. Quand un homme a un bec de canard, des ailes de canard et des pattes de canard, c’est un canard. C’est vrai aussi pour les petits merdeux ! »

Le calme revint peu à peu et les poulets se massèrent à nouveau à la bordure des bois. Joshua s’adressa au coq :

« Nous venons de très loin, d’un autre monde, dans les étoiles. Un des nôtres est déjà venu sur votre monde, il repose ici. Nous venons en paix et grâce à nous, vous aurez accès aux progrès de notre civilisation. Qu’en dites-vous ? »

« Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot...C’est dire si dans ma vie, j’en ai entendu des conneries! » lui répondit le coq, la crête en bataille.

« Hélas, vous ne pourrez pas vous opposer au progrès. C’est ainsi que vont les choses. » ajouta Pindleton. « Mais grâce à lui, vous brûlerez les étapes de l’évolution!»

« Bientôt tu verras, y’aura plus de fleurs du tout parce qu’y ‘aura plus de terre, rien que du ciment. Plus d’herbages, plus de forêt, rien que des rues. Pourquoi faire des rues puisque y’aura personne dedans, y seront tous devant leur télé ! » Un regret insondable transparaissait dans la voix du coq.

Pindleton avertit Joshua sur un canal sécurisé :

« Commandant, cette rencontre est contraire à toutes les procédures premier contact. Cela risque d’influer sur le développement de cette culture. Ce peuple ne doit pas nous avoir rencontré. Réfléchissez, des millions de galaxies où scintillent des millions d’étoiles et un point apparaît, l’espace d’un instant sur l’une d’elles. Voilà ce que nous sommes. Perdus dans l’espace...vous, moi, et ces poulets...qui s’en souviendra ? »

« Aucun problème, ajouta Swingson, un ordre et je vitrifie ce coin de paradis sur dix kilomètres à la ronde, sans bruit.»

Sur la souche, le coq poussa à nouveau son cocorico belliqueux. Les poulets entamèrent alors une lente mélopée et les humains sentirent une étrange douleur naître entre leurs tempes. Le chant emplit leurs têtes, ignorant les mains plaquées sur les oreilles, se renforçant encore et encore. Il se fichait comme une hache dans leurs crânes, écartant les os et broyant leurs esprits.

Joshua hurla mais aucun son ne sortit de sa bouche. La douleur devint atroce, insupportable. Les militaires tentèrent bien de se servir de leurs armes mais celles-ci leur brûlèrent tant les mains qu’ils durent les lâcher précipitamment. Le chant atteignit son paroxysme. Les hommes tombèrent à genoux, les nerfs portés à vifs. Dans leur dos, la grande main de pierre était celle d’un noyé, s’élevant au-dessus de l’eau, appelant à l’aide.

Celle-ci vint comme une lumière dans les ténèbres. La navette se dessina à contre-jour au-dessus de la clairière, tanguant dangereusement. Le coq noir chanta une ultime fois, une note claire et lumineuse qui dissipa les ombres de douleur dans lesquelles se débattaient les humains tandis que les grands poulets cessaient de psalmodier.

« J’ai compris. J’ai compris. Nous partons! Décampons ! » haleta Joshua.

La navette se posa tout près d’eux. Le sas s’ouvrit et, les uns après les autres, ils grimpèrent à son bord. Le sergent Hartmann passa en dernier. Son visage avait quelque chose de diabolique car, emporté par la douleur psychique, ses doigts avaient lacéré la membrane synthétique de son oeil droit, laissant apparaître le sinistre rougeoiement d’une cellule optronique.

A reculons, il franchit le seuil. Juste avant que le sas ne se referme, son visage arborant un sourire grimaçant, il cria d’une voix chargée de menace, en direction des poulets :

« Je reviendrai ! »

M

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z653z  Ecrire à z653z

2008-01-15 18:21:03 

 consignes respectées...Détails
La fin est très bien amenée mais si je trouve que la 2e partie est un tout petit peu longue.
Et il y a un truc que je ne comprends pas bien : c'est pourquoi ils atterrissent dans une clairière éloignée pour ensuite se faire récupérer sur le lieu du crash...

Merci :)

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-16 19:45:43 

 TrekkersDétails
Hum, en fait, initialement, ils devaient juste observer, prendre quelques échantillons puis déguerpir sans attirer l'attention. Les évènements en ont décidé autrement et, dans l'urgence, la navette les a récupérés.

En fait, je voulais donner à ce récit la couleur et la tonalité des tous premiers épisodes de Star Trek, en ré-animant le brave Capitaine Kirk, le non moins célèbre Mr Spock et sans oublier le doc Leonard Mac Coy. Avec des petits ajouts...

Et dans ces épisodes, au-delà de leur message progressiste (à l'époque), la rigueur formelle des scénarii ne semblait pas toujours être une priorité. Loin de là.

Mais j'ai voulu conserver, dans cet univers très anglo-saxon, quelque chose de bien de chez nous et ces braves poulets résistent un peu à la manière...des gaulois dans leur petit village cerné par les romains.



M

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shaana  Ecrire à shaana

2008-01-16 21:05:52 

 Pourrai pas y arriver à temps ...Détails
Bon, voilà, sur ton invitation, je comptais rendre un p'tit texte de rien du tout et j'ai tout fait (si, si, je le jure!) pour le rendre pour le 17 janvier. Mais malgré les efforts déployés et fort handicapée par l'angoisse de soumettre mon premier exo à la Grande Narwa Roquen (le premier qui dit que j'en fait un peu trop ...), je m'aperçois que je ne pourrai pas y arriver avant la date fatidique. J'aurais besoin, dirons-nous, d'une "rallonge" (j'ai l'impression de parler à mon banquier ...). Etant quand même assez novice parmi vous, cher Faeriens, est-ce l'usage ou dois-je baigner à jamais dans ma désolante médiocrité (encore une fois, le premier qui dit que j'en fait un peu trop ...), faute de ne pas avoir respecté les délais ?
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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2008-01-17 10:38:30 

 FDEERDétails
Chère Shaana,
Bienvenue en Faëries, bienvenue dans la WA, et bienvenue dans le cercle très VIP de la FDEER (Fédération des Écrivains en Retard).
À vrai dire, à peu près tous les participants du Faërium y ont leur carte de membre... ;)

En espérant te lire très bientôt,
Elemm', ravie de voir des courageux se jeter à l'eau! :)

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2008-01-17 15:39:00 

 Prends ton temps!Détails
Quelle que soit la date de ta participation, elle sera toujours bien accueillie. Certain(e)s s'amusent même à envoyer des textes pour des exercices datant de plusieurs mois... L'important c'est que tu te fasses plaisir en écrivant!
Narwa Roquen,qui ne mange que les petits garçons...

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2008-01-17 19:03:46 

 Wa, exercice n°29, participationDétails
Les enfants Chapman







« Mayday, mayday... ici Scarabée 27, vous m’entendez, La Régie ? Ceci est un appel de détresse ! Mayday... Propulseur en panne, tentons atterrissage d’urgence... La Régie ?
- ... oor...ées...
- Nos coordonnées sont... »
La phrase se perdit dans un fracas de branches cassées et de métal arraché. Les trois occupants du petit vaisseau se cramponnèrent à leurs sièges, la tête baissée, en position de sécurité. Le professeur Aimé Dulin pensa à sa précieuse collection de papillons, qui n’atteindrait jamais l’Institut des Sciences, son assistant Léonard Marchoton regretta le petit déjeuner qu’il n’avait pas eu le temps de prendre le matin même, et Boucheau, l’homme à tout faire, se concentra sur l’image de sa fiancée, la si douce Katia, qui venait d’accepter de l’épouser...
Le fracas se fit silence, les grésillements enfumés des instruments de bord à l’agonie cessèrent, le mouvement saccadé et terrifiant devint immobilité définitive. Boucheau ouvrit les yeux.
« Cool ! Je suis vivant ! Professeur ? Ca va ? »
Dulin se redressa aussi.
« Nom d’une queue de comète ! Nous avons eu de la chance ! Marchoton, rien de cassé ? »
L’assistant écarquilla les yeux.
« C’est incroyable, professeur, mais je vais bien ! Par contre la radio est morte, et quant au vaisseau...
- La cargaison ! Il faut absolument aller vérifier...
- Sauf vot’respect, professeur, mais ça serait mieux de sortir d’ici... Des fois que ça explose... »
Dulin rajusta ses petites lunettes rondes sur son nez.
« Au diable, Boucheau, pourquoi voulez-vous que ça... Bon, descendons, on verra ça plus tard. »
Les trois hommes s’extirpèrent tant bien que mal de la carcasse de l’appareil. Les arbres de l’immense forêt qui les entourait avaient, à grand frais de branches cassées, amorti leur chute, et le vaisseau s’était posé sur le ventre dans une petite clairière.
« Marchoton, est-ce que vous savez où nous sommes ?
- Dans la zone U22, professeur, mais à part ça...
- U22... C’est habité, ça ?
- Attendez, je consulte ma montre... Elle ne donne plus l’heure, mais l’encyclopédie fonctionne encore. U19... 20... Voilà ! « Zone recouverte d’une dense forêt tropicale ; peu explorée, apparemment inhabitée. Milieu inhospitalier...rafales de vent violent... champ magnétique erratique... Dernière expédition exploratrice en 2848. A noter, en 2852 le professeur Ernest Chapman survola la région avec cinq compagnons ; aucun n’est revenu. On suppose que leur vaisseau s’est écrasé, ou qu’ils ont été victimes de l’environnement hostile.
- Et il n’y a pas eu de recherches ?
- Ce n’est pas mentionné...
- Chapman... » reprit pensivement le professeur Dulin, « ce n’est pas cet espèce de fou qui savait à peine lire et écrire, mais qui était un génie en mathématiques ?
- Exactement, professeur. Il faisait toutes ses démonstrations à l’oral, et ses assistants s’arrachaient les cheveux pour les retranscrire, tant sa pensée était rapide et concise... On disait qu’il travaillait aussi vite qu’un ordinateur...
- Et il savait pas lire ? »
Boucheau était en extase.
« Il savait, mais très mal. Par contre il était supérieurement intelligent, et d’une audace incroyable.
- Ben ça ! C’est pharanimeux !
- Pharamineux, Boucheau. Encore que fantastique suffirait, ou fabuleux... bon, Marchoton, je suppose que nous avons quelques jours de vivres dans le vaisseau, mais je pense qu’il serait raisonnable de s’enquérir d’un point d’eau, si nous ne voulons pas finir comme ce pauvre Chapman. Après quoi vous regarderez si vous pouvez au moins réparer la radio. La cargaison est sous clef ?
- C'est-à-dire que... Nous sommes seuls, ici, professeur...
- Oui, mais on ne sait jamais. Fermez toutes les portes et ...
- Ce sont des fermetures magnétiques, professeur. Et ici, à cause du champ erratique...
- Oh, cette région commence déjà à me contrarier ! Bon, tant pis, en route. »
Ils s’apprêtaient à pénétrer sous la frondaison luxuriante quand une vingtaine d’hommes et de femmes entièrement nus émergèrent des bois. Ils étaient bruns, plutôt petits, musclés, la peau mate bronzée par le soleil... et nus !
« Enfer et damnation », grommela le professeur en serrant sa sacoche sous son bras, « qu’est-ce que c’est que ça ?
- On dirait bien des autochtones, professeur. Mais regardez, ils sont sans arme, c’est déjà ça...
- Humf ! Timeo Danaos... J’espère que vous avez raison, Marchoton. »
Le professeur fit un pas en avant et leva la main droite en guise de salut.
« Bonjour ! Je suis le professeur Aimé Dulin, de l’Institut des Sciences de La Régie. Nous venons en amis. Nous avons dû nous poser en urgence... »
Les indigènes échangèrent un regard joyeux, puis se mirent à crier, à danser, à se congratuler mutuellement. Un homme se détacha du groupe, et s’arrêtant devant eux, regarda fixement le professeur. Celui-ci se frotta le front, gêné par une douleur subite. L’homme secoua la tête d’un air désolé.
« Yageu inn ? Egi abi vou inn ? Abi nou ci oui »
Il montra la forêt d’un geste ample avant d’ajouter :
« I’age prè oui. A boi inn ? »
Dulin regarda Marchoton, aussi désemparé que lui.
« Qu’est-ce que c’est que ce charabia ? La sonorité ressemble à notre langue, mais je ne comprends rien... J’ai cru reconnaître un « oui »...
- A moins que ce ne soit « wi », professeur, ou « wee », ou « whi »...
A leur grande surprise, Boucheau passa devant eux et répondit :
« A boi, oui ! Yageu nou loin loin La Régie oui.
- Noin noin Egie inn ?
- La Régie, oui ! Et gentils, anti nou oui !
- Anti, anti, chanchan pa !
- Pa, pa, anti oui !
- I’age ‘ba..., euné, euné, à boi, oui !. »
L’homme leur fit signe de les suivre, et ils lui emboîtèrent le pas, entourés par la petite bande qui chuchotait et gloussait, effleurant parfois leurs habits d’un doigt curieux.
« Boucheau ! Vous pouvez m’expliquer ? Où avez-vous appris cette langue ?
-Ben, ça m’a fait penser à comment parle Tessie, la fille de Katia, qui a deux ans. « A boi », vous savez, elle dit ça pour « à boire », « anti » pour « gentil », et puis souvent il y a qu’un morceau du mot. En plus, eux, ils disent « oui » à la fin quand c’est une phrase... qui dit pas non, quoi.
- Une affirmation, une assertion ?
- Ben ouais, sans doute...
- Et pour une question c’est « inne », on dirait un peu « hein »... et pour dire « ne pas » c’est « pa », Tessie fait pareil......
- Vous m’impressionnez, Boucheau. Ces gens auraient donc un langage issu de notre langue, mais totalement déformé... Comme c’est étrange...
- Et tout à fait passionnant, professeur !
- Vous avez raison, Marchoton ; Si jamais nous réussissons un jour à regagner La Régie, je nous prédis un franc succès ! »



Le village indigène était situé au bord d’un lac alimenté par une somptueuse cascade bordée d’immenses fleurs d’un rouge flamboyant. L’eau du lac était tellement transparente qu’on pouvait voir se glisser, entre les jambes des enfants rieurs, des myriades de poissons multicolores. Les voyageurs furent abreuvés d’eau fraîche, et on leur proposa toutes sortes de fruits inconnus, à la chair tendre et sucrée. Certains ressemblaient à des pastèques, d’autres à des mangues. Boucheau enfournait l’un après l’autre de petits citrons verts, que trois villageois lui épluchaient au fur et à mesure avec des signes clairs d’approbation.
« Vous devriez goûter, professeur, ce n’est pas acide du tout... C’est parfumé...On se croirait au paradis...
- Merci, Boucheau, mais j’ai horreur des agrumes. »
Autour d’eux le village avaient repris sa vie normale, les enfants jouant dans l’eau ou courant après des chèvres en liberté, les femmes faisant mijoter la soupe devant l’entrée de leur case, les hommes lavant le linge près de la cascade ou fabriquant des outils dans une pierre blanche brillante. Le professeur et Marchoton portèrent plusieurs fois la main à leur front, comme pour chasser d’invisibles insectes ; mais quand ils se tournèrent vers Boucheau, ils le virent figé dans une pâleur immobile, la bouche ouverte d’étonnement, puis partant d’un grand éclat de rire. Redevenu sérieux, il fixa l’un des hommes, en silence, et celui-ci se mit à rire à son tour en lui donnant de grandes claques dans le dos, ce qui sembla réjouir fortement Boucheau.
Exaspéré par ce manège, le professeur l’invectiva.
« Enfin, Boucheau, qu’est-ce que c’est que ce cirque ?
- Mais, professeur, vous n’entendez rien ?
- ???
- Une voix, dans votre tête ! Ils peuvent vous envoyer des voix dans la tête, et là ils parlent comme nous ! Et nous on peut leur répondre. Le type, là, je viens de lui dire que je m’appelais Boucheau, que j’étais fiancé et que j’allais bientôt me...
- Ca va, Boucheau, ça va... Je n’ai rien entendu du tout. J’ai été attaqué par une nuée de moustiques, qui m’on piqué sauvagement sur le front !
- Sauf que votre front est intact, professeur, et probablement le mien aussi, et que nous ne les avons pas vus, ces moustiques. C’était peut-être un effet de leur télépathie, que nous n’arrivons pas à capter...
- Mais pourquoi Boucheau y arrive, lui ?
- Je ne sais pas, professeur. Mais c’est une grande chance pour nous tous.
- Certes, certes. Eh bien parfait alors, puisque vous semblez doué pour ça, communiquez, Boucheau, communiquez... »
Boucheau et son vis-à-vis, qui se révéla s’appeler Barthélémy, engagèrent alors une grande conversation silencieuse, qui au vu de leurs mimiques et de celles des deux autres hommes, semblait extrêmement animée. A un certain moment, une surprise émerveillée éclaira les traits de Boucheau qui lâcha malgré lui :
« Ah ben ça alors ! »
Et comme pour confirmer ses dires, Barthélémy, toujours assis les jambes en tailleur, s’éleva lentement au dessus du sol, puis décroisa les jambes, vola jusqu’à la cascade, puis revint en planant et se posa doucement près des voyageurs stupéfaits.
« Marchoton, dites-moi que je rêve !
- Vous ne rêvez pas, professeur. Ces hommes parlent comme des enfants de deux ans, mais ils sont télépathes et ils peuvent voler – probablement par leurs pouvoirs psychiques.
- Mais bien sûr, Marchoton, et moi je suis le Président du Concile Intergalactique ! Ils nous ont drogués, oui, et toutes nos perceptions sont distordues ! »
Les trois indigènes semblèrent s’attrister de ces propos véhéments. Barthélémy le prit par le bras et lui fit signe de se lever.
«’ Bou, ‘bou, euné oui ! Févoi otos févoi oui !
- Qu’est-ce qu’il dit ?
- Suivez-le, professeur. Il veut vous montrer des photos. »
En soupirant, Dulin se leva. Il s’étonna de ne ressentir aucune sensation ébrieuse. Cette drogue était décidément aussi étrange que ceux qui l’employaient.
Dans une case en bambou au centre du village se tenait ce qu’on aurait, en pays civilisé, appelé un musée. A même le sol mais disposés avec goût, se trouvaient des débris d’aéronef, d’anciens instruments de bord vieux d’au moins deux siècles, des habits vieillots mais manifestement d’origine régienne, exposés sur des mannequins en osier, et enfin sur une table tout au fond, une pile de documents divers et une collection de photos aux couleurs passées ; six personnes, trois hommes et trois femmes, avaient été immortalisées par l’objectif, devant un vaisseau, dans un laboratoire, autour d’une table de fête, un verre à la main...
Marchoton examina le tas de papiers adjacent. Quelques livres, des cartes de navigation aérienne, des passeports...
« Professeur, regardez ! Il n’y a pas de doute ! Ces six personnes, c’est l’expédition Chapman ! Tenez, voilà le passeport d’Aloÿs Chapman, celui de son assistante Gloria Mankiewicz... et puis Aluyana Vindou, professeur de philosophie, Patan Yappoursiva, maître en méditation transcendantale, Ellis Brown, journaliste, et Seng-Phong Li, moine bouddhiste. Diable, que du beau monde !
- Vous voulez dire que... »
Boucheau fit signe au professeur de se taire et se concentra pour écouter Barthélémy. Puis il rapporta sa pensée.
« Ces gens sont tombés du ciel dans leur machine. Ils ne pouvaient plus repartir. Ce sont eux les ancêtres de cette population, qui se nomme elle-même le Peuple Sage. Les ancêtres parlaient comme nous, et ne savaient pas voler. D’abord ils ont découvert qu’ils pouvaient communiquer par la pensée ; puis, de génération en génération, la sagesse et les pouvoirs sont devenus plus forts... »
Aimé Dulin fut pris d’un vertige et chancela jusqu’à la porte de la case. Il se laissa choir dans l’herbe, comme assommé par ces étranges révélations. Lentement, il porta la main à sa tête.
« Nom de Dieu ! » murmura-t-il.
« Forcez-vous à manger quelques citrons, professeur, et vous aussi, monsieur Marchoton. Barthélémy vient de me dire que... en gros, ça aide à entendre... »
Les deux hommes s’exécutèrent, Dulin un peu à contrecoeur, quoiqu’il fût bien obligé d’admettre qu’ils avaient bon goût. Au cinquième fruit, Marchoton sursauta et s’adressa à l’un des hommes.
« Assyrius ? Vous vous appelez Assyrius ? »
L’homme éclata de rire et se remit à le fixer.
« Doucement, doucement... Je débute ! »
Quelques instants plus tard ce fut l’éminent professeur qui s’exclama :
« Et vous c’est Dennis ! Saperlipopette ! Je ne sais pas ce qu’est cette drogue, mais c’est... pharamineux, comme dirait Boucheau ! »



Leurs hôtes allumèrent des feux avant que la nuit ne tombe, et les convièrent au repas du soir. Le ragoût ne ressemblait en rien aux mets dont ils avaient l’habitude, mais il était excellent et ils lui firent honneur. Après le dîner, alors qu’ils sirotaient une tisane au parfum exquis, Barthélémy prit la parole en silence.
« Nous allons vous raconter notre histoire. Nos ancêtres n’avaient rien pour écrire, et aucune machine ne pouvait fonctionner ici. Ils ont donc transmis leur mémoire à leurs enfants, et ceux-ci ont fait de même. Tous nos enfants connaissent ce long récit par coeur. Nos parents nous ont toujours dit qu’un jour, une de ces machines volantes que nous voyons passer dans le ciel s’arrêterait, et que nous rencontrerions des hommes comme nous, venus d’un autre endroit de la planète, peut-être même de la ville dont était originaire le professeur Chapman... La Régie ! Vous voyez, ils avaient raison ! »
Les orateurs se relayèrent pour raconter l’histoire de ce peuple vivant en milieu clos depuis deux cents ans. Privés de toute technologie mais aidés par un environnement favorable et par leurs connaissances propres, les ancêtres avaient développé leurs pouvoirs psychiques, en particulier grâce à la méditation. Ils étaient tous supérieurement intelligents, et malgré la consanguinité, cette caractéristique perdura dans toute la population. Par contre, le professeur Chapman était atteint d’un trouble grave du langage, pour lequel il avait longuement été rééduqué pendant son enfance, ce qui lui avait permis de s’exprimer normalement, même si la lecture et l’écriture lui restaient très difficiles. Ce caractère aussi se transmit à toute la descendance, et si la compréhension du langage pensé n’en était pas affectée, l’expression verbale restait celle de très jeunes enfants. Cela était sans conséquence relationnelle, puisque les enfants devenaient télépathes entre deux et trois ans.
« Nom d’un petit bonhomme ! », s’exclama Dulin, pour qui la transmission de pensée n’était vraiment pas naturelle.
« Et vous n’avez jamais cherché à partir d’ici ? », demanda Marchoton.
« Pourquoi faire ? Nous sommes contents d’avoir rencontré d’autres humains, mais nous sommes heureux ici. La nature est généreuse, nous ne manquons de rien, chaque membre de notre village a son rôle et sa place. Nos parents nous ont raconté comment vivaient nos ancêtres à La Régie - la technologie, certes, mais aussi les passions, le pouvoir, l’argent, le mensonge, la violence... Nous ne connaissons rien de tout cela. Nous vivons en accord avec le Grand Tout. Chacun de nous sait qu’il a le pouvoir et le droit de partir s’il le désire ; mais à ce jour, personne ne l’a fait.
- Ce qui veut dire que si par miracle nous pouvions rentrer chez nous, vous ne souhaiteriez pas que nous racontions notre rencontre ?
- C’est exactement cela, professeur.
- Mais... Je suis sûr que la communauté scientifique...
- ...aimerait nous examiner comme des bêtes curieuses, oui, sans aucun doute. Vous auriez peut-être quelque chose à y gagner... Mais nous aurions tout à y perdre.
- Ils ont parfaitement raison, professeur », intervint Marchoton. « Pour ma part je m’engage solennellement, si jamais je devais revoir La Régie, à ne jamais rien révéler de votre existence.
- Et moi aussi ! » s’écria Boucheau, et son cri venu du coeur résonna dans le silence. « Par contre », reprit-il en pensée, « est-ce que... c’est peut-être trop vous demander mais... Qu’est-ce que j’aimerais vivre ici avec Katia et Tessie ! »
A la lueur du feu, les joues de l’homme à tout faire s’empourprèrent d’une émotion sincère.
« Si tu vis comme nous et que tu te conformes à nos lois, nous t’accueillerons. Ici, il n’y a pas de propriété. Nous partageons tout. Nous élevons nos enfants tous ensemble. Les couples sont libres de vivre ensemble et de se séparer selon leur bon plaisir. Certains vivent seuls, d’autres à trois ou plus, du même sexe ou pas. Nous ne connaissons pas la jalousie. Nous cherchons à rendre heureux ceux que nous chérissons, mais jamais à les enfermer. Ici, personne n’appartient à personne. Est-ce que tu es prêt pour une telle vie ?
- Je ne sais pas... Et puis il faut que j’en parle à Katia. Mais, vous savez, elle est tellement gentille...
- Arrêtez de rêver, Boucheau. Notre vaisseau est en miettes. Nous ne partirons jamais d’ici.
- Pas ce soir, en tout cas, professeur. Il est tard et nos enfants doivent dormir. Mais demain...
- Vous... Vous avez un vaisseau ? Vous avez une radio ? Nous pouvons appeler des secours ?
- Bonne nuit, hommes de la Régie. Assyrius va vous mener à votre case. Ce jour a assez duré, et demain le soleil se lèvera. »



Le lendemain, les trois hommes déjeunèrent de fruits (sans oublier les citrons) et de lait de chèvre, puis ils se baignèrent longuement dans le lac. Ils finissaient de se sécher au soleil quand Barthélémy vint les chercher. Suivi par le village au grand complet, il les ramena à la clairière où ils avaient atterri. Quelle ne fut pas leur surprise de constater que la carlingue du vaisseau avait été réparée, et sans aucune soudure visible !
Les indigènes souriaient de toutes leurs dents.
« La technologie ne fait pas tout. L’esprit a des pouvoirs que vous ne soupçonnez même pas... »
Comme les trois hommes, médusés et admiratifs, ne trouvaient rien à penser, Barthélémy reprit :
« Vous pouvez monter à bord. Nous allons vous soulever et vous mener à un endroit où le champ magnétique aura disparu ; normalement vous n’aurez qu’à rallumer votre machine pour rentrer chez vous. »
Le vaisseau s’éleva lentement à la verticale, porté par une dizaine d’hommes et de femmes qui voletaient doucement tout autour ; des enfants faisaient une ronde joyeuse en agitant leurs petites mains en signe d’au revoir. Les trois hommes, assis sur leurs sièges, n’avaient même pas pensé à attacher leur ceinture. La forêt rapetissa sous eux, puis ne fut plus qu’une tache sombre loin derrière. A l’unisson, ils s’écrièrent tous trois :
« Il faut allumer le propulseur ! »
Et comme s’il sortait juste du hangar après une révision complète, le vaisseau se mit à ronronner sagement, les instruments de bord affichèrent les données habituelles et l’engin prit de la vitesse...
Quand les grandes tours de La Régie se profilèrent à l’horizon, le professeur Dulin rompit enfin le silence.
« Marchoton... Boucheau... Nous n’avons pas rêvé, n’est-ce pas ?
- Non...
- Non, professeur...
- Merci, mes amis. C’est bien ce que je pensais aussi. »
Narwa Roquen,qui a réussi à finir son texte avant deux heures du matin, sans café, mais avec une quantité non négligeable de chocolat ( noir-noisettes)

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-18 07:48:41 

 Fées des Airs...Détails
est une autre façon de prononcer la F( é ) 2 (car DE = 2) Er!


M

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2008-01-18 13:34:41 

 :)Détails
Qu'ils sont mignons, ces enfants Chapman! Avec la sagesse et le progrès psychique, non polluant, pas néfaste pour la planète, et apparamment vachement efficace. Tu as l'adresse de la zone U22? J'y passerais bien mes vacances!

Quant au chocolat, je connais d'autres boîtes qui n'ont pas survécu bien longtemps non plus!

Elemm', qui comme d'hab, avait une idée ou deux mais n'aura jamais le temps de les faire sortir... Vivement la retraite!

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2008-01-18 19:30:11 

 Commentaire Maedhros, exercice n°29Détails
D’abord une constatation : comme tu l’auras sûrement remarqué, il ya plusieurs points communs entre ton texte et le mien ; pour étrange que cela soit, il s’agit bien de coïncidences, puisque je n’ai lu ton texte qu’après avoir publié le mien. Mais oui, les grands esprits se rencontrent !


Cette histoire est très drôle, et j’en ai bien profité (tout en me cassant la tête sur Google, qui n’a pas été très loquace). Mention spéciale pour les noms propres (la planète Teebonne, reine de l’élevage, ouaf !) ; par contre il y a peut-être une astuce sur Haldid, mais je ne l’ai pas trouvée.
Tu arrives à présenter la plupart de tes personnages en une phrase bien sentie, c’est très bien. Tu es toujours aussi à l’aise dans le vocabulaire de la technologie SF, je suis très admirative. Et on dirait que tu as pris goût aux dialogues ? Ca rend ton texte extrêmement vivant, et avec les répliques du poulet, qui fleurent bon la gouaille d’Audiard, ça donne une ambiance totalement décalée, parfois un peu inquiétante, mais complètement exotique. Et quant aux qualités des Marines, un pur bonheur !
Tu as trouvé une manière de respecter la consigne qui est elle aussi un peu décalée, mais pourquoi pas ? C’est astucieux, en tout cas. Et en plus, il n’y a pas de morts !

Quelques questions se posent sur le fond :
-Les humains ont un traducteur ; comment font les poulets francophones pour comprendre( ou à peu près) la langue vraisemblablement anglophone des héros ? Ils sont télépathes ?
- quelle est l’autonomie d’un cube vidéo ?

Ensuite quelques détails (je passe sur les fautes de frappe) :
- « la fête en famille » : je préfère « la fête de famille »
- « Elle s’harnachait » : « elle se harnachait » (h aspiré)
- « le poulet, rouge de rage » : qu’est-ce qui rougit ?
- « la forêt était(...) silencieuse. Aucun bruit (...) le silence » : répétition trop proche
- « profitons-en pour se restaurer » : « profitons-en pour nous restaurer »
- « un ciel d’un délicat vert absinthe frangé de longues échardes amandes » : amande ne prend pas de s. Perso j’aurais dit « couleur amande »
- « une herbe folle, rase et rêche » : je suppose que folle veut dire « mauvaise herbe ». Mais ce terme évoque la luxuriance...


Voilou ! Au total, un texte super sympa, à relire les soirs de déprime pour retrouver la pêche !
Narwa Roquen, qui en rit encore!

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-18 22:02:11 

 Bienvenue à la FDEER !Détails
Je pense être détentrice des records de retard, avec plusieurs mois sur les WA et plusieurs années sur les concours (je bosse sur celui de janvier 2003 en parallèle du dernier, c'est pour dire), hihihi. On n'est pas à l'école, ici, alors prends ton temps et nous te lirons quand tu publieras.

Est', qui a presque fini son texte de concours, yippee !

PS : pour ceux qui ont trouvé "Mignonne, allons voir si la rose..." sombre et pessimiste, je crains que "Hybris" (pour Fraternité) ne soit pire... Et beaucoup plus personnel, de surcroit. En ce moment, les chauve-souris tourbillonent sous mon crâne et il faut qu'elles sortent, hihi !

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-18 22:04:04 

 Mince alors, tu m'as devancée !Détails
Cf titre.

Est', qui fait des messages la Z653z...

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-18 22:06:41 

 Quelques clés + ou - cachées :Détails
Tu as vu juste, il y a bien une astuce (peu évidente) dans le nom du pilote du vaisseau français :

Maurice HALDID est l’anagramme de Michel AUDIARD.

D'ailleurs, une grande majorité des répliques des poulets a été tirée des films dont il a été le dialoguiste.

Seuls les noms des Marines ont été également tirés de films de guerre ou de SF à connotation militaire célèbres :

Full Metal Jacket : Sgt. Hartmann
Aliens : Drake
La ligne rouge : Witt
Prédator : Poncho


Ensuite, je te livre en vrac les films desquels ont été tirées les répliques (*) soit des poulets, soit des américains, dans un ordre aléatoire :

Les poulets :
Ne nous fâchons pas
Un singe en hiver
Le diable et les dix commandements
Le drapeau noir flotte sur la marmite
Le gentleman d’Epson.
Les barbouzes
Les tontons flingueurs
Les vieux de la vieille
Ne nous fâchons pas
Un taxi pour Tobrouk
Un idiot à Paris
Des pissenlits par la racine
Astérix : mission Cléopâtre
Camping
Le cave se rebiffe
Les bronzés
Histoire Corse

Les américains :
Collatéral
Full metal jacket
Le maître de guerre
Terminator (bien sûr !)


Pour la communication humains – poulets : les traducteurs des gilets font office à la fois de traducteurs mais également de vocodeurs. Leur interface synaptique qui se branche sur la prise greffée dès la naissance sur la nuque de tout être humain assure les inputs et les outputs. C’est vrai que c’était si évident que je pensais le fait acquis.

Les batteries Dell-Fisch assurent une autonomie de près de quatre siècles aux cubes vidéo. Celui du français contenait une sélection de très vieux films francophones. Malheureusement, le crash l’a abîmé : seule la piste audio a résisté à l'impact et a inlassablement répété les bandes son de ces films finissant par imprégner les poulets qui ont structuré leur langage sur ces dialogues.

(*) respectées dans leur quasi-totalité.

M

PS : le verbe s'hanarcher est couramment employé.
google est mon ami.

Pour les autres, hors la rougeur du poulet, RAS.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-18 22:32:31 

 Peuchère !!!Détails
Je crois que je ne vous ai pas commentés depuis la WA 22 !! Mais cela ne peut pas durer; il faut que je m'y mette.

Est', qui commande de suite un troisième bras et un second clavier.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-20 19:29:06 

 FDEERDétails
Carte de membre

Est', toshop power.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2008-01-20 22:28:40 

 Je veux je veux je veux!!!Détails
J'veux la mienne!!! Dis, dis, Est', dis, j'peux l'avoir, dis, dis???

Elemm', capricieuse

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z653z  Ecrire à z653z

2008-01-20 22:36:52 

 pas mal l'anagrammeDétails
Pour la rougeur du poulet, tu peux parler de la crête ;)

z653z qui fait court :)

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-21 20:39:14 

 Et hop !Détails
Clicken mich !
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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2008-01-21 21:28:27 

 Trop cool!!!Détails
Je m'imprime ça et je la range bien au chaud dans mon portefeuille. Ca c'est la grande classe...

Merci Est'!!


Elemm', trop contente! :)

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Clémence  Ecrire à Clémence

2008-01-22 18:20:03 

 ^^Détails
C'est magnifique Est' !! Bravo! ^^
*Poukrienqu'àtoimaisunpeuauxautresaussi*

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-23 07:37:25 

 De rienDétails
C'est un plaisir de vous faire plaisir, très chère.

Est', graphiste amateur.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-23 07:46:38 

 Il était grilheure...Détails
Tout le mérite en revient à Sir John Tenniel, l'auteur de la gravure...

Est', qui prend le pouk quand même et le dépose éfrontément sur son oreille.

PS : mon premier est une salade,
mon deuxième est une salade,
mon troisième est une salade,
mon quatrième est une salade,
mon cinquième est une salade,
mon sixième est une salade,
mon septième est une salade,
mon huitième est une salade,
mon tout est un écrivain britannique du 19e siècle.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2008-01-23 07:46:58 

 J'suis pt'êt' en retard...Détails
... mais je tiens juste à dire, quand même, que je ne fais pas rien ^^
Si-si, je gribouille même encore de temps en temps! LE dernier en date, un fanart de Maliki (webcomic dont j'avais déjà dû vous parler), visible ici. J'en avais fait un autre aussi, qui est là. Mais comme ça rentrait pas dans le thème en cours, j'ai pas pensé à le proposer à Faëries. 'Fin voilà, je vous fais partager quand même... Pi vivement la retraite, que je dessine, écrive, gribouille, couse, crée, invente et fabrique à tout va!

Elemm', exige la retraite à 26 ans! ^^

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2008-01-23 07:53:54 

 Synchro!Détails
Hé hé, ya pas que moi qui suis assez accro pour poster à 7h46 :p

Sinon, l'écrivain euh, je sais pas, à 7h46 je poste mais je suis pas réveillée ^^

Elemm', qui poste en dormant, donc.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-23 08:06:16 

 Ho !!Détails
Il est chouquette ton fanart de Maliki ! On voit même son chat avec des yeux bizarres. Chais plus comment il s'appelle, un nom du SDA... N'empêche, j'ai feuilleté le bouquin qu'elle a sorti, Maliki, il est super sympa. Ton autre dessin est drôlement inquiétant, brrrr...

Est', d'accord pour la retraite à 26 ans.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2008-01-23 08:07:52 

 SomnanbulismeDétails
Coucou, Elemm' ! Un bon café et ça démarre tout seul, tu vas voir.

Est', qui doit s'habiller et vite.

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-23 09:03:41 

 Je connaissais aussi...Détails
dans le même genre...:

Mon premier est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon deuxième est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon troisième est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon quatrième est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon cinquième est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon sixième est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon septième est un compositeur allemand du XIX siècle...
Mon huitième est un compositeur allemand du XIX siècle...

Et mon tout est... un célèbre jean.

N'est-ce pas Alice?

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2008-01-23 18:21:54 

 Ticket to Ride...Détails
C'est vrai que nos 2 histoires comportent plusieurs points communs. Il y a, notamment, une vieille expédition perdue, des facultés PES, une volonté des indigènes ne pas être pollués par la civilisation, (le " vivons caché!" ).

C'est donc une histoire de gentils mutants qui renoue avec le thème du retour à la nature, en opposition avec la civilisation mécanisée d'où arrivent les 3 infortunés visiteurs.

En premier lieu, en lisant ton texte, j'ai trouvé deux indices qui m'ont fait penser très fort au plus grand groupe pop de tous les temps, passés, présents et à venir. Je veux parler bien sur des fab'four de Liverpool. Chapman est l'homme qui a tué John Lennon en 1980 et le vaisseau Scarabée...renvoie évidemment aux Beatles. De là, imaginer que les descendants de Chapman aient permis au Scarabée de s'envoler à nouveau, comme un diamant dans le ciel... c'est une vision psychédélique non?

Si j'osais avancer un argument encore plus capillo-tracté, je dirais que c'est en plus grâce à Lennon que les facultés psy des enfants de Chapman ont été développés : Lennon - Lemon (citron). Ainsi, c'est l'assassiné qui a accompagné la descendance de son assassin sur les chemins de la rédemption, de l'harmonie avec la nature, de l'écologie, de la liberté de conscience et de la méditation, tous ces thèmes si chers à John Lennon. Imagine...

Les dialogues sonnent juste et les émotions / réactions sont bien décrites. Tu ne précises pas si la planète où se situe l'action est la nôtre. Je trouve que tu esquives très astucieusement la barrière de la langue par une narration en mode télépathique.

Toutefois, si tu évoques en termes positifs cet endroit préservé, tu soulignes bien la difficulté pour des personnes civilisées de faire le choix de revenir à une forme d'existence rompant si brutalement avec les normes ayant faconné leurs existences. Bien vu. Le paradis se mérite.

Deux petites remarques :

La première tient sans doute au fait que tu aies planché très tard en forçant exagérément sur le chocolat.

C'est dans le paragraphe "Ils s’apprêtaient à pénétrer sous la frondaison (..)’hommes et de femmes entièrement nus (...). Ils étaient bruns, plutôt petits, musclés, la peau mate bronzée par le soleil... et nus !" Je pense qu'il y a un "nus" de trop...sans doute le premier.

La seconde c'est le fait qu'en l'espace de 2 siècles, les descendants de Chapman et de ses compagnons aient à ce point oublié le langage de leurs ancêtres. et même si la télépathie permet de s'affranchir de cette barrière.

Au final, un texte qui respire paix et sérénité à tel point que les évadés du paradis se promettent mutuellement de n'en point parler pour ne pas rompre la magie des lieux.

Mon caractère sombre et pessismiste serait tenté de dire : pour combien de temps encore?

M

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