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 WA, exercice n° 61 Voir la page du message 
De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Jeudi 14 mai 2009 à 00:22:34
La plupart des lecteurs adorent le dépaysement. Or il n'est guère besoin d'aller sous les tropiques pour ça... Je vous propose d'écrire un texte dont le héros sera un professionnel, ce qui suppose que vous décriviez son activité avec les termes techniques adéquats. Qu'il soit boulanger, avocat ou astronaute, peu importe, l'essentiel est que vous immergiez le lecteur dans un monde qu'il ne connaît pas ... ou en tout cas que vous lui donniez l'impression de le connaître mieux que lui...
J'ai eu comme l'intuition que la plupart d'entre vous était un peu débordée ces temps-ci, donc je vous laisse trois semaines, jusqu'au jeudi 4 juin; cela vous permettra de vous documenter tout à loisir, le travail de doc étant une contrainte constante dans le travail d'écriture.
Qui sait, vous découvrirez peut-être à l'occasion qu'il y a d'autres métiers aussi ( ou plus: damned!) passionnants que le vôtre, ou que celui auquel vous vous destinez...
Narwa Roquen,


  
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Réponses à ce message :
Maeglin  Ecrire à Maeglin

2009-06-03 20:50:48 

 WA 61 - Et oui!Détails
Bonjour!
L'idée vient surtout de la consigne de "non-dépaysement", et du petit garçon que j'étais et que ma mère soulevait à la fenêtre...


Le plus dur dans mon boulot, c'est les collages d'affiches électorales que tu te coltines pendant dix ans avant d'y rentrer. Mon oncle connaissait bien son mari, à la poissonnière, alors quand elle est devenue députée-maire elle s'est rappelée de nous et des tournées la nuit avec la Mercedes remplie d'images de sa tronche qu'on placardait à la va-vite sur la tronche de son concurrent. Oh je regrette pas hein! Mais j'explique aux jeunes... quand ils viennent nous déposer leurs CV aux services techniques on s'amuse un peu, on leur pose des questions, on leur dit de revenir après l'apéro. Enfin c'est pas non plus tous les jours l'apéro, ça dépend des tournées.

Quand je tourne avec Gilbert on a nos raccourcis: il prend la petite rue en haut du Cours en sens interdit, ça nous fait gagner un quart d'heure et on évite le périphérique à l'heure de pointe. Parce que depuis qu'ils nous les ont changé, les horaires, on expédie le boulot et on rentre à la maison. Nous on était pour commencer plus tôt à cause des primes, et on prenait le temps de bien faire. Mais ils voient les choses bizarrement dans les bureaux, ils sont pas sur le terrain, ils pensent à leurs gros sous que c'est nous qu'on donne. Et ça change le planning, et le camion est à la maintenance, et y'a plus de pauses café... Ah c'est Aziz qui a pété les plombs mardi, il leur a collé un arrêt de travail de trois semaines pour « dépression nerveuse ».

Faut dire qu'il l'ont chargé Aziz, et lui pourtant ça faisait 30 ans qu'il était dans le turbin. Il avait commencé du temps du mari, et quand la poissonnière est arrivée dans son fauteuil elle l'a bombardé chef de service histoire de faire bien auprès des arabes, genre « intégration exemplaire » et tout le toutim. Aziz on le respecte et il connaît le boulot, mais de rester là à nous attendre et de se débrouiller avec les décisions des huiles de la communauté urbaine, ça lui pèse de plus en plus sur le poignet quand il s'agit de se servir un pastis. Avec Gilbert on va aller le voir après la tournée de demain, ça lui fera plaisir et on ramènera des jouets pour son petit dernier. Pas besoin de collecter de l'argent remarque, y'a juste à farfouiller dans la cargaison du jour après être passé dans les rues derrière le château et c'est Byzance! Comment tu crois que j'ai meublé mon salon tout en cuir? Avec mon salaire « d'agent technique municipal »? J'ai fait six mois aux encombrants, et j'ai équipé toute la famille en électroménager. Et quand il nous en restait, on allait négocier avec les gitans pour se faire un peu de liquide.

Après c'est sûr, on ramasse la merde des autres et c'est pour ça qu'on nous paye. Au début ça schlingue et ça colle de partout, mais maintenant je me suis habitué et ma femme aussi, et si je rentre avec un verre de trop j'arrive toujours à choper un bouquet de fleurs pas trop fané pour me faire pardonner. Oh elle connaît la combine, et même elle en profite bien, mais faut pas se poser de questions dans la vie hein? Des fois qu'il y aurait des réponses... Non mais le plus flippant c'est l'avenir, on en a discuté à la déchetterie avec les gars qui bossent là-bas: ils veulent nous mettre une société privée, c'est ce qui s'est raconté au conseil municipal le mois dernier. Va falloir faire une croix sur les apéros et les primes, et puis y'en a qui vont sauter. André avec sa patte folle il vont le repérer tout de suite et ils négocieront pas grand chose vu q'Aziz nous a dit que si on refusait de rentrer chez eux on serait transférés aux espaces verts. Ça pue les espaces verts, c'est là-bas que la poissonnière à casé tous les fils de notables un peu benêts qui gênaient dans le cabinet d'avocat ou de médecin de papa.

Et puis qui dit société privé dit tri sélectif, et là c'est vraiment la mort du boulot comme on le connaît. Tu te trimballes avec cinq bennes au lieu d'une, tu t'emmerdes avec les sigles... et la plupart du temps à la déchetterie on mélange de toutes façons parce que les containers sont pas prévus pour ça: bah ils s'en foutent les bobos ils y vont jamais à la déchetterie, ils préfèrent les vide-greniers! Remarque c'est là qu'on leur refourgue ce que les bourges ont jeté la veille, comme ça tout le monde est content et on est pas les seuls à se nourrir de la merde des autres!

Allez, je vais rentrer avec la tournée d'André, elle passe dans ma rue et je lui refilerai mes poubelles. Et puis y'a ce gosse au quatrième de la tour que sa mère soulève tous les midis à la fenêtre pour qu'il me fasse coucou, et je le rate pour rien au monde. Ça me console un peu de mon fils de quatorze ans qui me traite de ringard et qui redouble sa sixième pour la deuxième fois. Oh il sera bien content si je lui trouve une place à la mairie celui-là, mais comme il veut se faire de l'argent de poche cet été je vais le rencarder avec son grand cousin qui a récupéré la Mercedes: c'est bientôt les municipales, ils iront coller des affiches.

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-04 17:11:01 

 WA n°61, participationDétails
Avertissement: âmes sensibles et chastes oreilles, vous pourriez être choquées...





JUST A GIGOLO






Elle se présenta à l’accueil d’un air décidé. Sa blouse blanche affirmait son appartenance au monde des soignants, et le stéthoscope autour de son cou la classait aussitôt dans la caste dominante.
« Je suis Camille Levasseur, votre nouvelle interne. Pourrais-je voir monsieur Koriatcheff ?
- Bonjour », répondit l’infirmière au guichet avec un sourire maternel. Tenez, voici votre badge. Alors... »
Elle avisa une femme petite et frisée, en pyjama bleu, qui traversait la salle d’attente des Urgences avec une pile de dossiers dans les bras et l’interpella.
« Frisou, tu sais où est Jeff ?
- Ah oui, il est en salle de réveil sur une Grande Réa. Inutile de le biper... »
L’infirmière lui montra l’ascenseur.
« Deuxième étage, à côté du bloc chirurgical. Je serais vous... J’attendrais qu’il ait fini.
- Merci bien. »
Le coeur de Camille fit un double saut périlleux. Elle n’en voulait pas, de ce poste, elle n’en voulait pas, elle savait pourquoi elle n’en voulait pas... Mais elle avait été mal classée au concours de l’Internat, et il ne lui restait plus, pour son premier choix, que le Bloc Urgences-Réanimation de Saint-Paul ou les laboratoires de microbiologie où elle était sûre de perdre son temps... Aller s’enterrer à deux heures de Paris c’était déjà en soi une punition, mais la réanimation, c’était encore pire : ça la terrifiait. Ces gens qui allaient mourir sous ses yeux, les tuyaux, les machines, cette médecine déshumanisée où seul comptait le geste juste au bon moment... Elle avait relu ses cours, bien sûr, mais elle n’avait aucune pratique, elle avait horreur du stress et surtout elle détestait ces médecins urgentistes, cow-boys de la médecine, qui avaient la réputation d’être des gens pressés, brutaux, dominateurs, plus encore que les chirurgiens...
Elle sentit l’angoisse monter avec l’ascenseur, et arrivée à l’étage, hésita un instant ; elle entendit sur sa droite une voix d’homme, impérieuse.
« Bordel, Narcisse, t’es en charge oui ou merde ? Et le bica, il coule, là, ou il fait semblant ? Attention, poussez-vous... Feu ! »
Elle s’approcha. Le bruit du scope, bip bip, affolant par sa lenteur, et toujours la voix.
« Merde, madame Tonon, votre petit-fils vient vous voir dimanche, vous allez pas rater ça !
- Ca fait trois minutes, Jeff.
- Je t’emmerde. On refait. Cricri, Adrénaline, magne-toi le cul, bordel ! Attention, poussez-vous... Feu ! »
Le bruit du corps tressautant sur le lit sous le choc du défibrillateur. Six mois à supporter ça, six mois d’enfer.
« Ca y est, l’Adrénaline ? Merci. Ah ah ah... A nous deux! Je te baiserai, salope! Prends ça! »
Un silence. Et le bip du scope qui reprend, métronome calé à 70 par minute. Et la voix.
« Cool ! On la prend en Réa pour la nuit. Je vous laisse ranger, les jeunes. Viens-des, ma bande, on s’est bien mérité le café. »
Il manqua de lui marcher dessus, elle se poussa juste à temps. Il la transperça d’un regard de prédateur, remarqua le badge bleu.
« Mademoiselle Levasseur... Bien bien... Suivez-nous, on va boire le café, geste vital chez tout réanimateur qui se respecte. »
Elle emboîta le pas du Maître, que suivaient comme son ombre un grand infirmier martiniquais (ou guadeloupéen ?) à la démarche chaloupée, et une petite aide-soignante menue comme une souris, qui trottinait de son mieux pour rester dans son sillage.
Ainsi donc, c’était lui. Une tête de mort-vivant échappé d’un cimetière de banlieue, rasé à la va-vite avec une estafilade fraîche sur le cou, les cheveux presque longs, bouclés, striés de gris, la blouse ouverte sur LE pyjama bleu des réanimateurs, pas de badge, une voix autoritaire, un regard bleu d’acier – et il marchait comme s’il y avait le feu quelque part, d’un pas appuyé de paysan mal léché. Carré d’épaules mais pas très grand, maigre comme un chien errant, et tout le monde s’écartait sur son passage, en lui souriant...
Stéphane, un copain de l’année supérieure, lui en avait pourtant parlé avec des étoiles dans les yeux.
« Tu verras, c’est un mec génial, ancien Chef à la Salpé, quand même, personne ne sait pourquoi il est venu s’enterrer là... Toujours sur la brèche, un gars brillant, drôle, humain, hyper efficace... T’en as de la chance ! J’y ai passé un semestre formidable ! »
Elle se demandait vraiment ce qui pourrait être formidable dans un service de réanimation.
Il servit le café et enfin lui adressa un sourire clair.
« Mademoiselle Levasseur... Camille, c’est ça ? Je te présente Narcisse, notre infirmier des Iles, le seul mec qui me donne envie tous les jours de devenir homosexuel... Malheureusement il ne l’est pas... Et Christine, dite Cricri, la meilleure aide-soignante que la terre ait jamais portée ; elle n’a qu’un seul défaut : elle est fidèle à son mari, mais toi ça ne te gênera pas... Alors miss Camille, raconte-moi, tu veux faire quoi comme spécialité ?
- Ophtalmo.
- Chirurgicale ?
- Non, pas spécialement.
- Ah ah... Une médecine propre, des horaires de fonctionnaire, pas trop d’urgences, de toute façon pour ça il y a l’hôpital. Remarque, il en faut. Merde, déjà dix heures, Narcisse tu t’occupes d’elle, j’ai rendez-vous avec le directeur, bye les jeunes. Ah au fait, Camille, le stétho c’est dans la poche, pas autour du cou. Ici on frime pas, on soigne. »
Et le courant d’air disparut.
« Il est toujours comme ça ?
- Oh non », lui sourit Narcisse, « là il a pris son temps, il doit être fatigué, je pense, il y a eu du boulot cette nuit... »


« Bienvenue dans l’aquarium », lui avait dit Narcisse avec un clin d’oeil. Elle avait d’abord pensé au bleu des pyjamas (c’était la première fois qu’elle en mettait un, pas très élégant, mais confortable), et puis en jetant un regard circulaire, elle avait compris. Toutes les parois étaient en verre, et tout le monde voyait tout le monde d’un bout à l’autre du service. Bien sûr, ça permettait de mieux surveiller les malades, mais Camille se sentait agressée par la violence des éclairages, le son incessant, mécanique, cacophonique des moniteurs cardiaques, des respirateurs et des alarmes en tous genres. L’endroit lui semblait violent, hostile, dépourvu de toute chaleur humaine et d’intimité ; les infirmières s’interpellaient d’un box à l’autre, le téléphone sonnait en permanence, et les malades... Tubes, sondes, tuyaux, poches à recueil de ceci et de cela, la chair disparaissait sous les pansements et les prothèses. Ceux qui étaient conscients l’étaient à peine, et ne communiquaient que par battements de cils ou serrages de mains... Difficile d’imaginer que ces amoncellements de muscles flasques, d’hématomes et de plâtres, assistés dans toutes leurs fonctions vitales, avaient pu un jour chanter sous la douche ou engueuler leur secrétaire... Passer ses journées là en visites et contre-visites jusqu’à pas d’heure, et les gardes aux urgences en sus... Camille sentait un noeud coulant lui serrer la gorge.
« I’m just a gigolo
And everywhere I go
People know the part I’m playing... »
Un refrain fredonné sur quelques pas de danse, puis la voix du Chef de Service tonitrua tel le Grand Méchant Loup sortant du bois, avec un autoritarisme largement teinté d’humour.
« Alors cette visite ? Pas encore finie ? Faut tout faire ici ! »
Le docteur Koriatcheff enfila la surblouse pendue près du lit, se lava les mains et commença à examiner le premier patient, en lui parlant comme s’il pouvait l’entendre.
« Alors mon petit Fabien, on continue à roupiller ? Remarque je te comprends, dehors c’est pas joli joli... Mais t’as pas envie d’aller draguer en boîte, samedi ? Y a plein de meufs canon qui ne demandent que ça, mais avant de les mettre à l’horizontale, faudrait d’abord que tu tiennes un peu debout, non ? »
Il auscultait, il inspectait, il palpait, comme si c’était un nouveau patient...
« Miss Camille, qui ne comprends pas pourquoi je perds mon temps avec une plante verte qui est là depuis trois mois, peux-tu me dire les complications du décubitus ?
- Euh... les escarres... les raideurs articulaires... Euh...
- Ouais, va falloir relire, hein... Karine est passée, ce matin ? », lança-t-il à la cantonade.
- Pas encore », répondit du box d’à côté une infirmière qui changeait une perfusion.
- « Karine c’est notre kiné. Elle est ostéopathe. Ne fais pas la grimace. Elle voit plus avec ses mains que nous avec toutes nos radios. »
Camille ne put s’empêcher de sourire.
« Eh oui, la Faculté vous formate pour que vous soyez aussi con qu’elle, dans la trace hypocrite, lâche et politiquement correcte de l’Ordre des Médecins. Mais c’est pas parce qu’on ne comprend pas que ça n’existe pas... Tu sais faire un fond d’oeil, je suppose ?
- Oui, mais... Il faut le dilater ! »
Il lui tendit l’ophtalmoscope.
« Tu l’as regardé de près, le client, ou tu es au spectacle ? »
Camille approcha la lumière et souleva la paupière. Mydriase. Elle se mordit les lèvres.
« Oedème papillaire, grade II.
- Très bien. Tu examines le suivant ? »
Elle se rendit compte qu’elle tremblait. Ce type la stressait, l’agaçait, la décontenançait. Elle avait la tête vide et les jambes flageolantes, peur de ne pas savoir, peur de mal faire... Le bip sonna.
« C’est les Urgences. En route les p’tits loups ! »
La ruche blanche et bleue était agitée d’une animation intense.
« Jeff ! », cria l’infirmière de l’accueil. « Un arrêt salle 2, une gosse qui s’étouffe salle 3. »
Il poussa la porte de la salle 3. Une fillette (quatre ans, cinq ans ?) assise sur la table d’examen respirait bruyamment avec des pauses respiratoires. Lèvres bleues, yeux cernés...
Jeff lui mit la main sur le front, demanda au père :
« Elle est vaccinée ?
- On... on est contre, docteur.
- Connard ! Sortez d’ici, laissez-nous bosser. On vous rappelle dans dix minutes. Diagnostic, Camille ?
- Laryngite ?
- Non, madame : épiglottite. Si je la couche, je la tue, tu le sais, ça ? Tu sais faire une trachéo ?
- Non...
- Tu sais intuber ?
- Non...
- Bon. Narcisse, tu essaies d’intuber, si ça passe pas, trachéo. Camille, tu regardes et tu obéis. Je suis sur l’arrêt. »
Camille se sentit pâlir malgré elle. Cricri prépara les deux chariots d’urgence.
« Tu tiens les mains, Camille ? Allez ma poulette, je vais te faire respirer mieux. Détends-toi, c’est vite fait ! »
Debout derrière la tête de lit relevée à moitié, Narcisse regardait au laryngoscope la gorge enflammée, envahie par une épiglotte monstrueuse.
« Passera pas. Cricri, tu mets un petit butterfly, 5 mg d’Atarax, Camille tu ventiles au masque, maintenant, s’il te plaît, non, la Xylo pas le temps. Allez ma cocotte, ça fait mal deux secondes, là ! »
Camille sentit la petite tête se débattre entre ses mains ; du sang surgit de l’espace de peau au centre du champ vert en papier. Dans le même temps Narcisse passait la canule et la fixait, Cricri branchait l’oxygène et lui faisait signe de se pousser. L’enfant, recolorée, respirait calmement, les yeux fermés.
« Tu la surveilles ? Je vais voir Jeff. »
Camille surveilla. Maintenant que tout était calme dans la pièce, elle entendait la voix de Jeff dans la salle contiguë.
« Dobu, magne-toi. Aspiration... Ca passe pas à droite...File-moi un drain, vite, c’est un pneumo. Bordel, salope, celui-là je te le laisse pas, il a vingt ans ! Le drain, merde ! T’as un bocal derrière ? Super. Olé ! »
Un silence.
« Ben voilà. 65 chrono, qui c’est le plus beau ? Je te l’avais, dit, salope, que je te baiserais ! Ca s’est passé comment, à côté ? »
Et la voix de Narcisse, placide.
« Un vrai chou-fleur. J’ai fait la trach. Ca va.
- Cool ! Bon, le jeune homme, radio fissa et on le prend. Tu bipes la chir, à mon avis il y a au moins le fémur. C’est qui ? Choiseul ! Merde ! Fais l’écho abdo, aussi, le gars aurait la rate pétée que Monsieur de Choiseul serait foutu de pas le voir. OK, merci les jeunes. Camille ! On se casse ! »
Camille eut le temps d’arriver sur le pas de la porte que Jeff était déjà accroupi devant un bébé sur les genoux de sa mère.
« Ca, madame, c’est une pronation douloureuse. Dix-huit mois, c’est ça ? Bon, dix-neuf. Vous avez tiré sur la main... Eh oui ! Vite fait, mon bonhomme... »
Il prit le bras du nourrisson, le tira, le plia. L’enfant pleura.
« C’est réparé. »
« Mais monsieur Koriatcheff ! », intervint la surveillante, une femme âgée toute pimpante sous son maquillage forcé.
« Je sais, madame Dubois, sans radio...Mais les rayons c’est pas bon pour les bouts de chou. Sortie immédiate, on déblaie, on déblaie... Rien d’autre pour nous ? On est parti, les jeunes, pas fini la visite... »



Le soir, Camille avait la tête lourde et les pieds en compote. L’impression d’avoir couru le marathon derrière un athlète olympique. Sa chambre était monacale : un petit lit, une table, une chaise, une armoire, un lavabo juste assez grand pour se laver les mains, et les douches au fond du couloir. Elle soupira, ôta sa blouse et ses chaussures, et se jeta sur le lit. Après tout, elle était en pyjama.





La première garde de nuit. Camille ne se souvenait pas d’avoir jamais eu aussi peur. Ni pour le permis de conduire, ni pour le bac, ni même pour l’internat. Jeff lui avait dit : « Je dors à l’internat, ce soir, si t’as un souci, tu appelles. » Cet homme était décidément étrange. Elle ne le voyait jamais quitter l’hôpital. Il était de garde une nuit sur deux aux urgences, le jour il était partout à la fois, et quand il était de repos il était encore là...
Le problème arriva à deux heures du matin. Une jeune femme de trente-deux ans, qui hurlait de douleur en se tenant le ventre. Elle était inexaminable, ses muscles étaient contractés en permanence. Est-ce que c’était ça, une défense ? Radio et écho normales, bilan sanguin normal. L’antispasmodique n’avait eu aucun effet ; la femme tremblait, grelottait, sans fièvre. Et ses hurlements déchirants faisaient monter chez Camille une angoisse insupportable.
« Je vais la tuer, c’est sûr. Elle a quelque chose de grave et si je ne trouve pas ce que c’est elle va mourir. Jeff va se moquer de moi, mais si elle meurt... »
Elle composa le numéro de la chambre. Pas de réponse. Elle traversa la cour au pas de course, et au moment de frapper à la porte, s’arrêta. Indiscutablement Jeff n’était pas seul, et les grincements du sommier, les gémissements... Elle en fut aussi troublée que si elle avait surpris ses propres parents. Elle rebroussa chemin, essaya encore le téléphone.
« Oui ?
- Je suis désolée, monsieur, j’ai un souci...
- J’arrive. »
Il débarqua aux urgences la cigarette aux lèvres, la blouse ouverte sur le pyjama bleu, les cheveux en bataille et les yeux cernés. Il écouta l’histoire, et sourit.
« Alors ma pt’ite dame... Mais c’est très embêtant, tout ça... On va devoir vous faire une ponction lombaire... C’est très très douloureux, mais dans votre état je ne prendrai pas le risque d’une anesthésie, même locale...
- Ah mais c’est que je vais déjà beaucoup mieux, docteur... Je n’ai plus mal du tout... On pourrait peut-être la faire demain...
- C’est demandé si gentiment, n’est-ce pas Camille... Alors à demain, chère madame... »
Il fit un clin d’oeil à l’infirmière, qui administra à la patiente la gélule qu’elle avait préparé dans sa poche.
Il servit le café à Camille dans la salle de repos.
« C’est une hystérique, Camille, rien de plus.
- Mais...
- Mais moi je suis un mâle, donc un être dominant, protecteur, devant qui il fait bon se soumettre. Et Katia le savait, tu vois, elle avait déjà le Tranxène 50 dans la poche.
- Elle aurait pu me le dire !
- Katia est très diplomate...
- Je vous ai dérangé pour rien !
- Non, tu as bien fait. Elle vous aurait emmerdés toute la nuit. Et puis de temps en temps, c’est pas une hystérique mais une grossesse extra-utérine. »
Camille, confuse, reconnut :
« Je n’y ai même pas pensé...
- Une femme jeune, pourtant... Ca viendra, va. Dans six mois tu auras acquis les bons réflexes.
- C’est... C’est parce que je suis de garde que vous n’êtes pas rentré chez vous ?
- Oh... » Il alluma une autre cigarette. « Je ne suis pas souvent chez moi, de toute façon. Je n’ai pas de chat et pas de plante verte. Et puis j’économise l’essence. C’est écolo, non ? »
Camille se demanda s’il se moquait.
« La vie des gens ça tient parfois à deux, trois minutes. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. La mort est toujours en éveil, elle, toujours efficace. Si on veut la baiser, il faut être aussi rapide et aussi performant qu’elle. Et encore, des fois ça ne marche pas quand même. Allez, va te coucher, maintenant, Katia t’appellera s’il y a autre chose.
- Mais vous...
- Je vais faire un tour en Réa... et puis j’ai un malade à revoir en Cardio... Tu sais, à mon âge, on est un peu insomniaque... Tu viens à la fête, samedi ?
- Quelle fête ?
- La réception des nouveaux internes ! Tu en fais partie !
- Bof...
- Sans déc’, il faut que tu viennes. C’est une tradition.
- Désolée, mais l’esprit carabin, les paillardes et tout ça, ce n’est pas ma tasse de thé.
- Fais un effort. D’une part parce que sinon tout le monde te fera la gueule... »
Camille haussa les épaules.
« Et puis parce que... bon, c’est un peu ringard, mais ça tisse du lien... Et quand tu seras vraiment dans la merde, une nuit, tu seras contente que le collègue au téléphone te dise « OK, je monte ».
- De toute façon, s’il est de garde, il n’a pas le choix... »
Jeff eut un sourire enjôleur pour ajouter :
« Et puis on va guincher... Ca va être sympa... »



Sous la douche, elle se demanda pourquoi elle avait décidé d’y aller. Elle se sentait glisser sous l’emprise de cette espèce d’hurluberlu, trivial, hyperactif, despotique... Mais en même temps magique dans ses gestes, dans la rapidité de ses décisions, dans la chaleur de son regard, et cette façon de faire comme si tout était important... Et ce surnom de cow-boy ridicule, que tout le monde prononçait avec le plus grand respect...
On frappa à la porte.
« Prête, Camille ? »
Comment savait-il ? Elle ne lui avait rien dit !
« Tu comprends, je ne voulais pas te laisser descendre seule dans l’arène... »
L’économe gardait farouchement l’entrée de la salle de garde.
« Salut Jeff ! Et toi tu es son interne, je suppose... Camille ? Hep hep hep ! On n’entre pas comme ça ! Il me faut au moins un couplet. »
Jeff sourit, et entonna d’une voix de basse :
« Sur c’te butte-là y avait pas de gigolettes,
Pas de marlous ni de grands muscadins... »
A la tête de l’économe il éclata de rire.
« Oh, pardon, je me suis trompé de répertoire. Montehus, c’est pas vraiment paillard... Alors... »
« Sont les filles de la Rochelle
Ont armé un bâtiment
Ont choisi pour capitaine
Une fille de quinze ans
Ah la feuille s’envole s’envole,
Ah la feuille s’envole au vent...
- OK, Jeff. A toi, Camille. »
Camille rougit.
« Mais je...
- Chante avec moi », murmura Jeff en reprenant :
« Ah mes amis versez à boire
Versez à boire du bon vin, tin tin tin tin tontaine et tontin
Je vais vous raconter l’histoire
De Caroline la putain, tonton tontaine et tontin...
Son père était un machiniste
Du théâtre de l’Odéon, tonton...
- Ca va, ça va... Va falloir apprendre, Camille ! Mais tu as un bon maître ! C’est une encyclopédie vivante, et même pour les paillardes ! Allez, entrez. Hep, vous deux, là, un couplet ! »
Jeff lui servit un verre de sangria et Camille regarda sa montre. Dans une heure elle s’éclipserait, et la corvée serait finie. Elle vit Jeff aller parler à l’oreille de Dubreuil, l’interne de cardio, qui s’occupait de la sono. Puis il revint vers elle, tout sourire, tandis qu’un nouveau morceau commençait.
« I’m just a gigolo
And everywhere I go...”
“Tu danses?
- Merci, mais je ne sais pas danser le rock.
- Raison de plus ! C’est un rock lent, l’idéal pour débuter. Et c’est ma chanson fétiche. Ca fait partie de l’éducation de base de l’interne moyen, je suis encore au boulot, ah merde... »
Il était souple, félin, charmeur, il la guidait avec douceur et assurance et il chantait en même temps.
« I ain’t got nobody
Nobody nobody cares for me...”
Elle s’aperçut qu’elle prenait plaisir à le suivre, qu’elle avait confiance en lui, mais bon, il devait avoir quarante ans et plus, il était vieux...
« I’m so sad and lonely...
Won’t some sweet mama come and take a chance with me
Cause I aint so bad...”


Ils étaient assis côte à côte dans un canapé à moitié défoncé. Camille avait beaucoup dansé, surtout avec Jeff, et la sangria commençait à lui tourner la tête. Elle se disait qu’il serait bientôt temps...
« Pourquoi as-tu fait médecine ?
- Ca faisait plaisir à mes parents... Et puis, c’est un métier comme un autre... »
Jeff se redressa d’un bond.
« Non ! Non, Camille ! C’est tout sauf un métier comme un autre ! C’est un métier difficile, prenant, un métier à risque où ce n’est jamais le professionnel qui perd. La Mort rôde partout, la nuit et le jour, et nous sommes le dernier rempart, la dernière Garde !
- Oui, bon, toi peut-être, mais il y a des spécialités où...
- ... où si tu rates le diagnostic, ton malade meurt ! Où quand tu t’y attendras le moins, un gars fera un infarctus dans ta salle d’attente, et si tu n’as pas le bon geste, il te filera entre les doigts !
- La mort, la mort, il n’y a pas que ça...
Jeff avait un regard halluciné, mais c’est avec une douceur infinie qu’il ajouta :
« Il y a CA, surtout. La Camarde, la Faucheuse, cette salope perverse et vicieuse qui assassine impunément l’homme honnête, la femme délicate et l’enfant innocent... Il faut lui barrer la route, Camille ! Ici, maintenant, toujours ! »
Le bip sonna dans la poche de son jeans.
« Excuse-moi, j’y vais.
- Encore ? Mais... Tu n’es pas de garde ? »
Il sourit.
« Ici, maintenant, toujours. Bonne nuit. »


Elle avait enfin réussi à se débarrasser de Castellan, l’économe, qui s’était cru obligé de la draguer quand il l’avait vue seule. En regagnant sa chambre au deuxième étage, elle entendit la voix de Jeff derrière sa porte.
« T’aimes ça, hein ? »
Et une voix de femme qui répondait :
« Oui, oui, baise-moi, encore, encore... Je serai gentille, je te les laisserai tous... »
Si c’était ça, son urgence, bravo ! Elle se coucha un peu troublée. Elle avait failli succomber à son charme... Drôle de type... Il avait de beaux yeux, certes... Mais s’il s’imaginait ...



Elle arriva dans le service à huit heures, assez fière d’avoir réussi à se lever après une nuit aussi courte. Elle croisa Jeff qui repartait, le visage fermé, l’oeil furieux, en claquant la porte. Les portes. Toutes les portes jusqu’à l’extérieur.
Camille vit Narcisse remonter le drap sur la tête de Fabien. Et tout se mit à tourner autour d’elle. Elle courut plus qu’elle ne marcha jusqu’au box, et son regard désespéré chercha celui, triste mais calme, de l’infirmier.
« Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Un arrêt, à sept heures et demie ce matin. Je venais d’arriver. On a réanimé pendant une demi-heure. Ca n’a pas marché.
- Mais... pourquoi ? »
Narcisse haussa les épaules.
« Ca arrive, parfois. Ils sont nickel, et puis tout à coup ils décident de partir. Peut-être une embolie, va savoir. L’autopsie le dira. Mais des fois on ne trouve rien. »
L’horreur. L’incompréhension. Un vide douloureux. Envie de s’enfuir, de se blottir quelque part où il ferait chaud. Mais pas envie non plus de se sentir bien. Trop de remords. Culpabilité ? Des questions plein la tête, au moins comprendre ! Elle avait dû négliger quelque chose, elle aurait pu... Elle aurait dû...Elle n’arrivait pas à détacher son regard de la forme allongée sous le drap. C’était un cadavre. Juste avant, c’était Fabien, un gamin de dix-sept ans qui avait eu un accident de moto. Maintenant c’était un cadavre. Une chose absurde, incongrue, malsaine, qu’il fallait cacher...
« Tu en verras d’autres, va. On ne s’y habitue jamais. Même Jeff, tu sais. Il va être odieux pendant deux jours, et puis ça passera. C’est la vie.
- Mais je n’ai rien compris !
- Jeff non plus, et c’est le meilleur. C’est comme ça. Faut s’occuper des autres. Commence ta visite, je te rejoins. »



Jeff s’était assis sur le lit et avait ausculté le doudou avant d’examiner le gamin. Il lui avait parlé à l’oreille et l’enfant avait éclaté de rire. Camille se tenait dans un coin de la chambre, les bras ballants, essayant de sourire de façon rassurante quand le regard inquiet de la mère se posait sur elle.
« Nous allons le prendre en Réanimation, madame. Il y a de fortes chances que votre enfant ait une méningite à méningocoque. C’est très grave. Nous pourrons le surveiller plus efficacement.
- Mais il va bien docteur, il a juste un peu de fièvre, et ces boutons...
- Et nous ne le garderons que le temps nécessaire.
- Je peux venir avec lui ?
- Je vous ferai appeler dès que nous aurons fini les examens. »
Il déboula dans le service au pas de charge, hurla « Narcisse ! » et débita vite et fort pour que tout le monde entende :
« Tu fais vider le box 5. Les prémas tu les mets où tu veux, j’en ai rien à cirer. C’est un gosse de quatre ans, il a un fulminans. Pour l’instant il va bien. Camille tu préviens le biologiste que je veux un examen direct du LCR dans 15 minutes. Cricri, tu prépares le respirateur, le Dobu, le chariot d’intubation, le défibrillateur, et tout le tralala. »
Le service se transforma en champ de bataille. Tout le monde courait, criait, s’invectivait, se bousculait. Camille sourit. C’était ridicule. Jeff virait à la paranoïa. Ce n’était pas un polytraumatisé, c’était un gosse de quatre ans qui allait bien, il avait juste un peu de fièvre et trois pétéchies sur le ventre. Et puis même si c’était un méningo, le germe était toujours sensible aux antibiotiques et le traitement avait été débuté dès que la ponction lombaire avait été faite.


L’enfant arriva sur un brancard, hurlant et gesticulant.
« Maman ! Je veux maman ! Je veux pas venir ici ! Non, non, non, et non !
- Du calme, mon garçon ! Du calme ! Ta maman va venir. Mais d’abord on a des choses à faire, et ça lui ferait peur. Toi t’es un homme, OK, tu es fort et courageux, alors tu vas te taire et nous laisser travailler. Ta maman viendra après. »
Il était dix heures du matin. A dix heures dix, le biologiste confirmait le diagnostic : Neisseria meningitidis pullulait dans le LCR. L’amoxicilline et le céfotaxime avaient été administrés. Le Dobutrex fut débuté à quatorze heures, aux premiers signes de défaillance cardiaque gauche. La ventilation artificielle après intubation fut nécessaire à dix-huit heures.
Jeff ne quittait pas le box. Il ne laissait personne entrer, effectuant lui-même tous les soins. Le gamin revenait à la conscience par moments, il se débattait, il avait peur. Jeff avait retiré son masque, il lui parlait doucement.
A vingt-deux heures il était dans le coma. Il mourut à une heure trente, après une heure de réanimation.
La mère s’évanouit quand Jeff, des larmes plein les yeux, le lui annonça.
Camille était abasourdie. Plus d’émotion, plus de larmes. Ca n’avait pas de sens. Il n’y avait rien à dire. Que le silence. La Réa était devenue anormalement calme, comme une plaine dévastée après une tempête. Elle alla boire un café dans la salle de repos. Elle croisa Narcisse et Cricri, qui étaient restés pour prêter main-forte à l’équipe de nuit, et pas un mot ne fut échangé, les yeux se fuyaient, les corps se déplaçaient comme des ombres. A trois heures, vide, inutile et stupide, elle partit se coucher.
Il y avait du bruit dans la chambre de Jeff. Elle l’entendit crier.
« Tu es vraiment une garce, une pute, une ordure ! Quatre ans, il avait quatre ans ! J’ai commencé le traitement avant les résultats ! Il n’aurait jamais dû mourir ! »
Une voix de femme, onctueuse, mielleuse, fielleuse, lui susurra :
« Il me plaisait bien, ce petit, si tendre, si frais... Et puis c’est ta faute, aussi, hier soir tu t’es endormi très vite... »
Sidérée, Camille s’arrêta.
« Tu peux foutre le camp, c’est fini, je ne te toucherai plus !
- Oh que si, mon cher, tu vas me baiser encore et encore, et tu vas me faire jouir encore et encore, parce qu’il reste la jeune Emilienne et son perfringens, madame Denat et son ulcère gastrique, plus le polytrauma qui va arriver dans trois heures exactement... et les varices oesophagiennes de monsieur Lebrun, et toute cette flopée de prématurés que je surinfecte quand je veux... Tu as une préférence ? Entérocolite nécrosante ou staphylocoque ? J’aime bien le staphylo. C’est forcément iatrogène, ça fait des infections pulmonaires fabuleuses, avec un peu d’application un joli pneumothorax, c’est tenace comme le chiendent et de plus en plus résistant aux antibiotiques... Quoiqu’une belle entérocolite, avec une résection du grêle sur un neuf cents grammes, c’est sympa aussi... Tu vois Choiseul s’y lancer ? C’est lui qui est de garde demain... »
Le bruit retentissant d’une gifle fit sursauter Camille. Un éclat de rire dément lui répondit. Puis le son mat de la chute de deux corps sur le lit, et la voix féminine, alanguie et langoureuse, caressante et perverse, qui psalmodiait :
« Oh oui, oh oui, baise-moi, mon joli coeur, fais-moi jouir... »
Camille recula, horrifiée. Elle entra dans sa chambre, fourra ses vêtements pêle-mêle dans son sac, et sans même se changer, courut à sa voiture et démarra en tremblant comme si un raz de marée allait submerger Saint Paul d’un instant à l’autre.
Elle ne voulait pas en savoir davantage. Elle ne voulait pas demander d’explications à Jeff ni à qui que ce soit. Elle fonça sur l’autoroute, le pied au plancher, sans regarder le compteur. L’internat, la médecine, elle ne savait pas, elle ne savait plus. Elle n’était sûre que d’une chose : elle voulait partir, partir, loin, ailleurs, tout de suite et pour toujours. Et ne plus jamais revenir.
Narwa Roquen

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-04 22:25:25 

 Commentaire Maeglin, exercice n°61Détails
J'admire le talent avec lequel tu as présenté de manière presque poétique un métier considéré comme une punition ("si t'es pas sage, t'iras vider les poubelles plus tard"). Comme toujours, tu excelles dans la simplicité des choses humaines et ton regard tendrement humoristique, respectueux et néanmoins lucide nous fait redécouvrir le monde, vu du bon côté des choses.
J'adore "des fois qu'il y aurait des réponses", et la réflexion sur les vide-greniers... Et la fin en boucle, joli!
Deux petites choses:
- il manque un titre
- et un e à société privée

C'est vraiment un bonheur de te retrouver parmi nous!
Narwa Roquen,charmée

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Netra  Ecrire à Netra

2009-06-06 00:52:27 

 WA-exercice 61 : participation en retard. Détails
Ce texte m'a été inspiré par un copain qui payait ses études comme ça, et à qui cette histoire est arrivée... Je n'ai brodé que les descriptions et un peu la chute. Le système parc-en-ciel existe vraiment, dans le centre-ville de Rouen.

Parc-en-ciel


Rigolez si vous voulez, mais dans la vie, je suis parcmètre. Vous savez, le truc que Gaston Lagaffe trouve toujours des moyens abracadabrants de remplir ou de massacrer ? Ben voilà. C'est moi.

A la mairie, ils ont dit qu'il fallait rendre la ville plus humaine, et donc ils m'y ont collé. Bon, ils savaient pas trop quoi faire de moi, je sais, mais comme "travail épanouissant" y'avait mieux... Ils m'ont envoyé dans la rue, avec un boîtier enregistreur pour carte bleue, et je suis devenu parc-en-ciel-mètre. J'avais un territoire d'un parking complet, 20 places voitures, 15 places 2 roues et un parc à vélo, et puis les attributs de ma fonction, un K-way bleu ciel et une casquette. Je faisais les horaires du matin, de 6h à 13h, le plus calme, quoi, vu que c'est le parking que tout le monde utilise pour se garer le samedi en allant faire ses courses. Donc je faisais le planton, ils avaient pas installé de cahute parce que c'était concept et qu'ils étaient pas sûrs que les gens comprennent. Et de fait, ils comprenaient pas, fallait que j'aille les voir, et pour comble ils arrivaient tous en même temps. Le pire, c'est qu'ils mettaient tous un point d'honneur à ne pas me regarder, genre je suis VRAIMENT un parcmètre et pas un humain. Je peux compter sur les doigts de la main ceux qui m'ont dit bonjour ou merci. Alors, au bout de deux jours, je ne les ai plus regardé non plus. Donc 7h debout, chouette, après j'étais content de me planter devant mon PC pour jouer, au moins. C'était pas rigolo, d'être parcmètre, en plus c'était l'hiver et il flottait tout le temps. Jusqu'à son arrivée, à mon copain.

Bon, mon copain, il schlinguait grave. Une vraie de vraie infection. Pire que le caniveau où il vivait. Même pire que ma salle de bains, celle qu'ont envahi les champignons. Mais je l'aimais bien quand même, mon copain.

Il portait toujours un anorak orange dégueulis, un jean tellement délavé et troué qu'il ressemblait plus à rien, et même dans sa barbe gris papa noël il y avait des puces, des poux et des tiques. Il me suivait partout, et moi j'enregistrais les rares bourges qui venaient payer pour poser leur bagnole devant la place Jeanne d'Arc, la plus inaccessible de Rouen. La particularité des bourges de Rouen, c'est qu'ils se ressemblent tous. Ils ont tous la même voiture. Les 2 roues, ils payaient pas, et tant mieux, parce que c'est tous des ouaich et depuis qu'ils ont déclaré la guerre aux g_o_t_hs, il vaut mieux pas les approcher quant comme moi on a le cheveu noir et le teint pâle, même si c'est de naissance. Heureusement, grâce à l'odeur de mon copain, ils ne m'embêtaient pas. Enfin, je pense que c'était ça, parce que c'est pas la police municipale, même si j'avais un bipper, qui les aurait fait reculer.

Il ne disait jamais rien qui ait du sens, mon copain, faut dire qu'avec la tonne de vin qu'il buvait, il risquait pas... Manger, je ne sais pas s'il pouvait encore, mais boire, y'avait pas de problème.

Quand je faisais le planton, il venait s'asseoir sur le trottoir près de moi, il buvait, grognait et délirait pas mal, une fois il a entrepris de compter les taches de vieux chewing-gum-gums sur le macadam. Je ne sais pas s'il a réussi, à cause des voitures.

Je ne lui ai jamais prêté ma casquette "Parc-en-ciel", même entre deux enregistrements. Parce que des poux, j'en ai déjà, mais les puces, j'aimerais éviter, c'est plus difficile à gratter.

Un jour, mon copain n'est pas venu jouer au parcmètre avec moi. Il n'est jamais revenu, en fait. Je ne sais pas ce qui s'est passé. De toutes façons, mon copain, il était presque invisible pour les gens, même avec un anorak orange gégueulis. J'ai un peu cherché dans le centre ville de Rouen, à Emmaüs ils le connaissaient bien mais ne savaient pas plus que moi où il était. Et puis je me suis renseigné auprès de ses collègues, mais j'ai pas compris leurs réponses, faut dire qu'il n'y en a qu'un seul qui n'était pas ivre, mais simplement toqué.

Je n'ai jamais revu mon copain. J'ai arrêté Parc-en-ciel, j'ai refait une demande de bourse. Je retournerai à la fac en septembre, tenter ma quatrième première année de fac d'histoire, mais je suis pas sûr de réussir plus cette fois que celles d'avant. Mais je ne serai plus un parcmètre.
Netra, une paire de ciseaux à la main pour inaugurer son site web.

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Netra  Ecrire à Netra

2009-06-06 13:41:50 

 WA 61, commentaire Narwa RoquenDétails
Alors histoire de taper dans le méga-glauque, t'as fait très très très fort...
Puis c'est horrible le coup du gosse... Ton héroïne est vraiment toute candide à côté de ce qui lui arrive que c'en est presque drôle.
J'ai bien aimé, même si de fait c'est pas facile à lire.

Un détail cependant... il est très peu probable qu'au niveau du concours de l'internat elle n'ait jamais été en réa, c'est un service où ils mettent presque toujours des débutants (mon frère y a eu droit en seconde année, et ça avait l'air vachement plus cool que le tien, de service de réa) parce que justement, causer à un légume c'est plus facile. Là, elle serait plutôt au service chirurgical d'urgence. Mais bon, c'est du détail.
Netra, une paire de ciseaux à la main pour inaugurer son site web.

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2009-06-06 22:38:18 

 WA - Participation exercice n°61Détails
Au départ, je voulais parler d'un géomètre topographe. Après...

__________

LA MESURE DE L’OMBRE




Dès que j’ouvre les paupières, je sais que la journée sera idéale. Le temps s’y prête merveilleusement. Une lumière violente et contrastée. Sur le bureau, le Mac est resté allumé toute la nuit. L’économiseur continue de tracer des tubes imaginaires qui se croisent et se tortillent sans fin, défiant les lois les plus élémentaires de la physique mais ce n’est pas grave. Mon projet et ses données sensibles ont été sauvegardés automatiquement par le programme de supervision. Entièrement nu, je m’approche du mur de verre qui offre une vue imprenable sur Christchurch. La chambre d’hôtel est située au dernier étage de la plus haute tour de la grande cité allongée au bord de la mer. Je souris légèrement, la tête sur mon avant-bras appuyé contre le triple vitrage. Vers l’est, de longues écharpes nuageuses accrochées aux créneaux des montagnes, flottent comme de menaçantes bannières de guerre. Au sein de ces complexes enchevêtrements de teintes pourpres et mauves, un soleil de juin darde ses premiers rayons en halos fantastiques. Je tourne ensuite mes regards vers le nord, vers l’horizon incurvé où le ciel et la mer finissent par se confondre. Là, à la surface tourmentée du miroir changeant du golfe de Pégasus, j’aperçois deux grandes voiles gonflées par les risées matinales. Les multicoques géants s’affrontent sur le plan d’eau. Fiers coursiers bondissant par-dessus les vagues, bravant le grain qui s’annonce, ils rivalisent de vitesse, d’agilité et de puissance pure au cours d’assauts de pirates et d’esquives de corsaires. J’imagine sans peine les deux équipages manoeuvrant à l’unisson pour ne perdre aucune seconde, attentifs aux ordres des skippers derrière leur barre, alignant virement de bord sur virement de bord. Une seule règle compte : rester à droite et voler le vent.

Par une étrange association d’idées, cela réveille d’anciens souvenirs qui remontent vers la surface polie de ma mémoire, des souvenirs d’âges oubliés. Il fut un matin où je contemplais également l’horizon posé sur une autre mer, plus septentrionale. Mes traits étaient différents alors mais c’était bien moi. Entouré de quelques compagnons survivants, j’assistais au départ de mes ennemis victorieux à bord de leurs lourds vaisseaux à la blancheur maladive. En quittant ces rivages, ils laissaient cette terre entre les mains des hommes. Ceux-ci sont devenus arrogants, sûrs de leur force. Des seigneurs aux yeux clairs et aux cheveux flamboyants, puissants mais corruptibles par essence, à la vue déclinante et à la mémoire défaillante. Mon Maître avait eu raison en fin de compte. Les graines qu’il avait semées ont fini par germer et produire la plus subtile des pourritures. Les rois de ce monde ont écouté les voix qui récitaient derrière les trônes. Le choeur de l’Ombre Ancienne. Ses adeptes investirent peu à peu les nobles cours et les hauts conseils. Façonnant un monde nouveau sous le soleil, ils chassèrent les enfants de la Lune au plus profond des bois, unissant leurs efforts pour tisser une trame de superstitions et de mensonges. Alors nos irréductibles ennemis devinrent des créatures de la nuit, dangereuses et malfaisantes.

J’écarte le souvenir, le travail n’est pas encore achevé. La lumière le dispute encore à l’ombre. Il reste un dernier lieu qui demeure introuvable. Dix mille ans de vaines recherches. Mais aujourd’hui, oui aujourd’hui, je n’ai jamais été aussi près du but.

« Chéri !? »

La voix provient du lit que j’ai déserté. Une voix douce et tendrement ensommeillée. Ma princesse s’est réveillée. Je me retourne juste à temps pour capturer le sourire qu’elle m’offre, tendant les bras dans ma direction. Je ressens un pincement au coeur quand l’émotion submerge mon âme. Une émotion que je maîtrise difficilement. La malédiction est implacable. Elle libère peu à peu en moi son message entropique, disloquant les noyaux cellulaires qui tendent à retourner à leur état originel. Cette régression, cette forme de mutation rétrograde, me rend, à ma grande honte, plus vulnérable, moins insensible. Je ne peux rien contre l’émerveillement toujours renouvelé que j’éprouve chaque matin en la découvrant à mes côtés. Elle est belle comme une aurore sur les terres anciennes. Ses cheveux sont une cascade d’or qui éclabousse l’albâtre de ses épaules arrondies et le lait de sa gorge dénudée. L’eau de ses yeux rivalise avec l’azur d’un ciel de printemps au-dessus des grandes clairières. Ses lèvres forment deux arcs rouges et sensuels qui appellent constamment le baiser. Elle ignore ma véritable identité. Elle aime l’image que j’ai construite de toutes pièces pour cacher ce que je suis réellement. Elle aime un homme à la haute stature, aux cheveux gris argent et aux muscles saillants, légèrement trop puissants. Elle aime un homme à la voix grave et profonde qui focalise immanquablement l’attention. Elle aime un homme qui courbe la course des évènements selon ses désirs. Mais par-dessus tout, elle semble étrangement fascinée par l’ambre qui trouble la lourde tranquillité de la sombre forêt de mes yeux. Elle appartient au Ciel, je viens des profondeurs noires de la Terre. Que serait le Ciel sans la Terre? Et la Terre sans le Ciel? Je possède cet avantage sur elle. Je sais qui je suis, d’où je viens et quel est mon destin. Elle a oublié ses origines même si elle rêve parfois d’une eau vive et argentée qui chevauche entre les rochers et que la nostalgie s’empare d’elle lorsque le soleil se couche sur l’océan, là-bas chez nous, au large de Land’s End.

Moi, j’ai marché longtemps sur les chemins du monde, bien avant les tentatives dérisoires des pauvres humains. Cependant, quand je suis repassé une deuxième fois au même endroit, j’ai compris que désormais je tournerais en rond. Ce que je poursuivais avec tant d’avidité n’appartenait plus à cette dimension. En avait été retranché. Aucune rivière souterraine ne serpente sous un rempart de cimes élevées pour me conduire là où je désire me rendre.

Je cherche un lieu caché. Une vallée où s’élève une colline verdoyante. Sur cette colline resplendit une fleur d’or et d’argent, une cité aérienne aux tours élancées. Elle abrite mes derniers ennemis et nargue ceux qui se sont lancés à sa recherche. Elle me nargue Moi ! Ne suis-je pas le plus puissant des Adeptes de l’Ombre?

Le temps a passé sur cette Terre oublieuse. J’étais toujours là. Je fus celui dont la naissance fut annoncée par la Pythie. Il est si facile d’abuser ces pauvres mortels. Si la vallée était cachée entre les plis invisibles de ce monde, il me fallait trouver l’anomalie qui révèlerait sa position exacte. Or le monde est vaste et nous étions si peu nombreux. Alors, choisissant un moment propice, j’ai fondé à Crotone une école dont les enseignements ont profondément modifié les bases de ce monde. J’ai sélectionné pour disciples les élèves qui inclinaient le plus vers la raison et les sciences. Qui possédaient cette inextinguible soif d’expliquer et de comprendre. Parmi eux, seuls les meilleurs, les mathématiciens, virent mon visage caché derrière le rideau. Un théorème porte encore le nom qui était le mien, un théorème que les enfants d’aujourd’hui récitent péniblement car il ne se dévoile qu’à ceux qui pourront être les instruments au service de ma quête. Il énonce que dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux côtés de l'angle droit. J’ai donné l’impulsion initiale et le cours naturel des choses a fait le reste.

J’avais besoin que cette Terre soit étudiée millimètre après millimètre. Les hommes ont donc mesuré chaque parcelle de sa surface et de ses profondeurs. Leurs techniques primitives ont été progressivement remplacées par de plus modernes, de plus précises. Bien sûr, leurs sens limités ne pourront jamais remarquer la véritable nature de l’anomalie qui apparaîtra sur leurs machines. Moi, je saurai interpréter les signes les plus ténus, les variations anormales des niveaux, les altérations du champ de gravité. Elle me désignera l’emplacement de la cité cachée. Hélas ! Mon temps s’épuise. Ma nature première secoue les murs de sa prison, démantèle les maillons des chaînes qui la maintenaient impuissante, faisant sauter un à un les verrous que mon maître a cruellement posés quand il m’a créé. Cette nature première dont j’ignore tout et qui m’inquiète confusément. Je ne parle pas de cette enveloppe corporelle mais de la matière brute à partir de laquelle mon maître m’a façonné. Cette nature première qui semble s’opposer chaque jour davantage à ma volonté.

« Tu vas sortir ce matin? Tu as tout ton temps ! Restons au lit veux-tu ?»

Elle passe une main dans ses cheveux épars, assise au bord du lit. Je reviens m’agenouiller devant elle. Elle est si fragile et si forte à la fois. Le sang ancien coule impétueux dans ses veines. Je l’aime tant que je redoute le jour où je devrai... Non, l’heure n’est pas venue. Chaque fois la même cruelle pensée. Mon existence d’immortel n’est finalement qu’une suite infinie de si brefs moments. J’ai l’impression qu’en fait, je meurs encore et encore. Je suis mort des milliers de fois, chaque fois plus douloureusement que la précédente, même si je renais encore et ailleurs.

Je lis dans ses yeux une confiance et un amour qui m’effraient. Car notre amour est inconcevable. Est-ce que le démon aime l’ange? Est-ce que le feu aime l’eau? Quand je l’ai rencontrée, je l’ai immédiatement reconnue. Elle brillait dans la foule comme un fanal incandescent. Elle représentait une véritable possibilité. Un espoir insensé. Sans le savoir, elle détenait peut-être la clé. Il faut toujours une clé pour ouvrir un passage secret, pour comprendre un texte ésotérique, pour déchiffrer un code millénaire. Avant elle, j’en ai croisé beaucoup dont les racines remontaient aux âges anciens. Aucun ne possédait son indice de pureté. C’est comme si elle venait de naître sur les bords du lac de Cuiviénen. Elle est ma boussole, mon repère géodésique, le gnomon dont l’ombre indique la voie.

N’est-ce pas avec un gnomon qu’Erastothène, un de mes innombrables disciples, calcula la longueur du méridien terrestre avec une précision incroyable pour un simple bâton planté dans la boue? J’étais ce bématiste anonyme qui a compté le nombre de pas séparant Syène et Alexandrie. Je me rappelle. Cinq mille stades. N’est-il pas remarquable que ce soit l’Ombre qui ait permis à l’homme de progresser dans la voie de la connaissance ? La simple mesure d’une ombre qui croît sous le soleil !

Plus tard, j’ai corrigé les erreurs les plus grossières de Frontin, ce général romain ayant voulu consigner par écrit les préceptes que je dispensais aux agrimenseurs sur l’art de mesurer la terre à l’aide de la groma, l’équerre d’arpenteur. A l’époque, les aigles romaines étendaient l’Ager Romanus. J’ai aussi aidé Balbus à rédiger son traité de géométrie pratique. Il balbutiait tant mes simplissimes notions d’arpentage que j’ai eu pitié de lui. En fait, je ne fus jamais bien loin des hommes qui cherchaient à mieux connaître la Terre. Je les remettais sur les bonnes voies en leur soufflant des solutions qu’ils pouvaient comprendre. Géomètres, arpenteurs, topographes... J’étais parmi eux, j’étais l’un d’eux. J’aiguisais leur curiosité, orientant leurs travaux, sans rien demander en échange sinon le partage de leurs découvertes. Les hommes ne me sont rien. Je ne leur veux ni bien ni mal. Ils ne sont que des figurants dans une guerre qui les dépasse, qui dépasse leur entendement. Ils sont, au mieux, de simples pantins qui ne savent pas encore que leur Maître est sur le point de réclamer son héritage. Il suffit que je trouve la cité cachée.

Les hommes ont fait des progrès fantastiques. Les techniques de mesure de la Terre se sont perfectionnées, appréhendant au plus près sa forme et ses dimensions, son champ de pesanteur ainsi que leurs variations notamment temporelles, grâce aux apports des sciences spatiales. J’ai fédéré subtilement les travaux des élites internationales géodésiques pour mettre sur pied un système de référence mondial. Il enregistre toutes les mesures géodésiques effectuées sur Terre et qui sont mises à jour en temps réel. J’ai également puisé dans nombre de travaux fondés sur la topologie symplectique, utilisant notamment les courbes pseudo-holomorphes. J’ai rapproché des faits et des résultats, les travaux fondamentaux et les études théoriques. J’ai mis des mouchards aux bons endroits et j’ai attendu. Jusqu’à aujourd’hui. Sur l’écran du Mac cette nuit, j’ai vu s’afficher une valeur étrange au milieu d’une matrice multidimensionnelle. Pour un observateur non averti, ce n’était qu’une intéressante anomalie au sein d’un espace topologique, un espace courbe de dimension arbitraire où se produisent des phénomènes mathématiques. Elle aurait peut-être valu à son inventeur une médaille Fields.

Mais pour moi, c’était la découverte du Graal ou de la pierre philosophale. C’était la lumière qui s’allume dans une profonde nuit. Cet étrange objet impalpable et fantastique, juste décalé de quelques microns dans la maille de l’espace-temps local, rendait ce que je recherchais parfaitement invisible et inaccessible. L'entrée est là, au pied d’une montagne échancrée. Il suffit d’y croire pour la voir. Aucun verrou. Aucune serrure. Aucun champ de force. Il suffit de se tenir devant et faire un pas de plus.

«Demain. Demain, mon petit coeur de Lune je te promets, je ferai tout ce que tu désireras. Mais aujourd’hui, il faut que je vérifie une mesure prise par un de mes géomètres. Elle m’intrigue. Je reviens avant la fin du jour. Tu ne m’en veux pas trop ? »

« S’il te plaît, permets-moi de t’accompagner. Je me ferai toute petite. Je passerai pour ta secrétaire particulière, muette et compétente. Ou pour la jeune stagiaire que tu veux sauter ! Ou alors, je mettrai une tenue sexy et je jouerai la bimbo de service. N’importe quoi pourvu que je sois avec toi. Tu veux bien ? »

Je la regarde sans rien dire. Elle soutient mon regard. Après tout pourquoi pas ? Je refuse l’évidence. Si mes déductions s’avèrent exactes, elle ne vivra pas au-delà du coucher de soleil. Si mes calculs sont justes, ce que je cherche est à quelques heures d’ici. J’acquiesce lentement et lui dépose un léger baiser sur la cheville. Elle se rejette en arrière en riant aux éclats. Elle croit avoir gagné la partie. Je referme le Mac.

Le vol s’est déroulé sans problème, après un court ravitaillement à Queenstown. J’ai loué une Range Rover à Te Anau et nous avons pris la route SH 94, la seule route qui mène à Milford Sound, D’ailleurs, elle ne va pas plus loin. Je gare le Range près du rivage. Je sors un gros sac. L’anomalie a été décelée non loin.

« Viens ! »

« Oh, c’est magnifique ! » s’exclame ma princesse en découvrant le majestueux panorama qui se déploie devant nous.

En effet, le spectacle de ces falaises presque verticales, revêtues de sombres et muettes forêts qui se mirent dans l’eau émeraude du fjord est d’une beauté grandiose, même pour mes yeux blasés. Le fjord creuse l’île méridionale sur une quinzaine de kilomètres avant de déboucher sur la mer de Tasman. Fermant la perspective, la plus haute falaise du monde, le Mitre Peak est une formidable sentinelle qui garde la baie. Nous sommes seuls ce matin. Aucun touriste. Ce n’est pas la saison. Il est presque onze heures et un air vif et frais nous mord le visage mais l’excitation qui nous gagne réchauffe nos sens.

« C’est curieux, me dit-elle, c’est comme si j’étais déjà venue, il y a longtemps. Tu sais, cette impression de déjà-vu. Ce paysage m’est familier et pourtant c’est bien la première fois que je viens ici! »

« Oh, tu as dû tomber sur un documentaire qui lui était consacré à la télé ou bien voir quelques images en surfant sur la toile. Ou alors au cinéma. Un réalisateur du coin a choisi ce décor pour quelques uns de ses blockbusters. Et puis, n’est-ce pas tout simplement ainsi que l’on imagine ce genre d’endroit ? »

« Tu as sans doute raison, mais cette impression est perturbante, comme un lieu connu sur lequel on ne parvient pas à mettre un nom. Bon, ce n’est pas grave ! On reste là où tu veux louer un bateau ?

« Un bateau, oui, il faut qu’on rejoigne un point situé plus en aval. Je m’occupe de trouver une coque ! »

J’ai rapidement négocié avec un loueur. Il a mis à notre disposition un bateau assez imposant, utilisé pour embarquer des touristes et les promener le long du fjord. Peu après, je longe les hautes parois silencieuses, me dirigeant vers le Mitre Peak aux proportions gigantesques. Aucun oiseau dans les airs, aucun phoque ou dauphin ne fend la surface des eaux glaciaires. Quelque chose s’est immobilisé, je le sens. Quelque chose a deviné ma présence. Sous la coque, le fjord s’enfonce par endroit sur plus de quatre cents mètres, royaume sombre et froid où règne le corail noir.

J’extirpe le Mac de sa housse et quelques instruments de mesure miniaturisés que j’ai modifiés personnellement : un magnétomètre, un théodolite électronique, une petite parabole pour capter les satellites, un appareil GPS et trois amplificateurs. Je déballe aussi un convertisseur que je relie au moteur du bateau pour les alimenter en énergie. Je connecte le tout au Mac et je suis prêt. Je lance mon programme de géodésie qui s’initialise rapidement. Grâce au magnétomètre, je mesure le champ magnétique et l’activité du radon contenu dans l’air. Ordinairement, les anomalies sont mises en évidence par une forte activité du radon, révélant des failles dans le sol. J’ai un peu amélioré ce principe et j’arrive à détecter d’autres formes d’anomalies, des anomalies spatio-temporelles. Une de ces failles cache ce que je cherche.

Ma princesse est fascinée par le paysage qui défile de part et d’autre du bateau. Elle étreint le bastingage de ses deux mains serrées et elle ouvre de grands yeux étonnés et émerveillés. Est-ce la magie de l’endroit ou une réminiscence stimulée par son parahippocampe? Comme une adolescente surexcitée, elle me désigne du doigt les cascades qui se précipitent des hauteurs, fines chevelures d’argent. Que se passe-t-il? Elle paraît différente! Une sorte de grâce féerique émane d’elle, l’enveloppant dans une douce aura légèrement scintillante. Elle sent mon regard car elle se retourne vers moi :

«Quoi. ? Qu’est-ce qu’il y a? Je te préviens, ne compte pas sur moi... il fait froid et humide! Hum, je me sens presque chez moi !» Un grand sourire illumine son visage.

Je tressaille. Ses traits sont imperceptiblement plus étirés, plus saillants, plus pâles aussi. Elle subit sans s’en apercevoir l’influence de ces lieux qui éveille en elle quelque ancienne force atavique. Le Mitre Peak m’écrase de toute sa hauteur et je me sens ridiculement petit à ses pieds. Dans le ciel sans nuage, le soleil parvient à son zénith, effaçant toute ombre et aplatissant toute forme. Je sens une sourde inquiétude grandir en moi. Le géant de pierre aux larges épaules est un gardien attentif qui veille à la croisée des mondes. Il me reconnaît mais ne peut rien contre moi.

Sur l’écran du Mac, des symboles géométriques s’alignent en grappes concentriques, divisées par des axiales qui convergent vers son centre, déterminant des aires aux couleurs changeantes.

« Tu sais que je t’aime ? » La voix de ma princesse me tire de mes réflexions. « Tu sais que je t’aime même si toi, tu ne m’aimes pas vraiment? » Je ne peux que rester coi. Sa voix est aussi glacée que le vent du Nord sur la banquise. Une voix crépusculaire et atone. Une voix désincarnée.

« Dès que je t’ai vu, j’ai su que c’était toi. Comme dans mes rêves de petite fille. Je t’ai aimé dès le premier jour non pour ce que tu paraissais être mais pour ce que tu pouvais être. J’ai vécu ces derniers mois comme dans un rêve. Tu connais aussi bien que moi le sort des rêves. Généralement, le réveil les dissipe, même les plus agréables et il ne reste rien d’autre qu’une étrange nostalgie, l’illusion de croire qu’en refermant les paupières, la réalité blafarde du petit matin changerait à jamais. Les instants que je passe avec toi sont faits de cette matière. J’ai tellement peur de me réveiller et de m’apercevoir que tu n’es plus là. Ce monde est si vide sans toi. Voilà comment je t’aime ! »

Les larmes emplissent ses yeux et toutes les pluies de tous les cieux pleuvent sur mon âme. Elle n’attend pas ma réponse et me tourne à nouveau le dos. Une majesté endeuillée s’élève entre nous. Un voile terne obscurcit la lumière verticale qui tombe du soleil. Je regarde sa nuque et je me tais. Nous sommes parvenus au point de non retour. Est-ce que je l’aime ? Il faudrait d’abord savoir si un être tel que moi peut aimer? Mon créateur a modelé ce que je suis selon sa volonté ardente de dominer ce morceau de glaise. Je suis à son image. Je suis sa créature. Il ne m’a pas appris à aimer ! Pourtant, quelque chose en moi secoue de plus en plus fort les barreaux de la cage, ébranlant mes certitudes.

Je hoche la tête. Mon maître sera content. Je vais franchir la porte aujourd’hui. Curieusement, je ne ressens aucune joie. Droit devant, les parois rocheuses forment une échancrure d’où naît une cascade miraculeuse qui chute vertigineusement dans le fjord. Sur l’écran du Mac, l’anomalie emplit toute la fenêtre. Les niveaux-crêtes sont tous dans le rouge. Elle est là-bas. Je dirige le bateau pour m’approcher de la cascade. D’après le GPS et le système cartographique, il s’agit des Stirling Falls, un haut lieu d’activité touristique. La cascade s’écrase sur les rochers affleurants, formant des bouquets d’écume éphémères et dessinant à la surface du fjord, une étonnante toile d’araignée. Je coupe les moteurs et filant sur son erre, le bateau glisse vers la cascade.

« Attention... » Prévient ma Princesse, qui s’écarte vivement pour éviter d’être aspergée par les nuages de brume d’eau. Je jette l’ancre. Aucune possibilité de débarquer. L’anomalie est là, drapée dans la gaze qui bouillonne au pied de la falaise. Je décroche l’annexe et je la mets à l’eau, l’attachant à la plage arrière. Je me dévêts pour enfiler une combinaison en néoprène gris bleu. L’eau doit être glacée. Je m’empare d’une pagaie et sautant dans l’annexe, je me tourne vers ma princesse :

« Je dois aller encore plus près. J’en ai pour quelques minutes. Juste quelques petites minutes ! »
« La ressemblance est frappante ! » me répond-elle.
« Quelle ressemblance ? Que veux-tu dire ? »

J’interromps mes préparatifs.

« Avec ce que tu es vraiment ! » réplique-t-elle.
« Et que suis-je selon toi ? »
« Quelque chose qui enferme autre chose. Et encore autre chose murée dessous. Toi ! »

L’heure n’est pas aux conversations énigmatiques. Je suis impatient de savoir. Impatient de découvrir le dernier des Royaumes Cachés. Une fois celui-ci trahi et investi, nos ennemis enchaînés et asservis, plus rien ne pourra s’opposer à mon maître qui attend cet instant depuis si longtemps.

« Je viens avec toi ! »
« Encore ? » Je ne sais pas si je dois rire ou m’énerver.
« Ce n’est pas une requête, c’est un fait. Ne m’empêche pas ! »
« C’est une... menace ? » Je suis vraiment étonné.
« Non, une promesse. Tu ne le regretteras pas ! »

Ma princesse a définitivement changé. Elle n’a jamais été aussi semblable à ses soeurs nées dix mille ans plus tôt. Elle ressemble tant à l’étoile du soir ou à la princesse aux pieds d’argent. Je n’arrive pourtant pas à la haïr comme je haïssais celles-là alors, quand je combattais leurs frères sur d’autres terres. Quand j’ai été forcé à fuir et à me cacher après leur dernière victoire.

« Viens si tu le veux ! » lui dis-je.

Je l’aide à prendre place à bord de l’annexe. Elle s’assied de l’autre côté pendant que je me dirige à l’aide de l’unique pagaie. Je n’ai plus besoin de machine sophistiquée pour m’orienter. L’anomalie est juste là, de l’autre côté de la chute d’eau. Un seul pas à franchir et les sept portes s’écrouleront à tout jamais. J’appellerai les cohortes de l’Ombre Ancienne. Cela sera le dernier assaut. A nos côtés, viendront de puissants alliés remontés des profondeurs de la Terre. Les hommes joindront aussi leurs forces aux nôtres, avec leurs armes et leur technologie.

Les embruns nous environnent au sein de nuages vaporeux et glacés. Ma princesse ne cille pas alors que sa robe détrempée laisse apparaître les aréoles de sa poitrine. Elle ne paraît pas sentir la morsure des larmes de glace qui transpercent pourtant la matière dont est faite ma combinaison. Je me tiens à quelques mètres de la paroi, essayant de maintenir un précaire équilibre sous les tonnes d’eau qui se déversent du ciel. Rien ne se passe. L’anomalie doit être là. Je le sens de tout mon être. Auraient-ils trouvé un moyen de fermer complètement l’accès de leur royaume ? Ce n’est pas possible. La colère et la frustration troublent mon regard. Je serre les poings. Soudain, je sens l’annexe vaciller. Je n’arrive pas à compenser et je bascule lourdement dans les eaux glaciales du fjord. Je coule lourdement sous la surface, à l’aplomb de la falaise. Une main se plaque contre ma bouche. Ma princesse est là, tout contre moi. J’ouvre les yeux et elle me sourit. Elle m’enserre dans l’étau irrésistible de ses bras, m’entraînant vers le bas. Je la dévisage pendant que nous descendons le long d’un massif de corail noir. Elle dépose un long baiser sur ma bouche. Aucune frayeur dans ses yeux. Je n’essaie pas de me libérer. La descente continue et rapidement, l’obscurité se fait plus dense. L’eau n’est pas mon élément. Je commence à suffoquer, manquant d’air. Je ne vais certes pas mourir rapidement mais mon agonie sera pénible et douloureuse. Ma princesse est toujours collée contre moi, même s’il devient impossible de la distinguer dans ces ténèbres sous-marines. Un choc. Une surface dure sous mes pieds. Le fond ? Au sein du néant, une lumière pointe, révélant une paroi de rocher nu. La lumière grandit, baignant la scène d’un halo fantomatique et ambré.

Avec une grâce ralentie, ma princesse s’écarte et me sourit à nouveau. Ses longs cheveux semblent voler librement autour d’elle. Elle tend un bras vers la falaise que sa main effleure. Mais, au lieu d’être arrêtés par la roche, ses doigts y pénètrent sans effort. Elle me tend son autre main. J’hésite une seconde puis je la saisis. Elle fait un pas. Je la suis. Quand je m’enfonce à sa suite dans la roche, c’est comme si je passais à travers un miroir liquide. Mais je sens parfaitement que je laisse quelque chose de moi derrière, qui ne peut me suivre. Un fardeau devenu inutile.

Un pas de plus et je suis devant une vallée verdoyante qui se prélasse par un bel après-midi de printemps. Je reconnais cet endroit. J’y ai rêvé tant et tant. La vallée est immense mais je peux distinguer à l’horizon une muraille de montagnes aux sommets enneigés l’enserrant de toutes parts. Au milieu de la vallée, à une grande distance, s’élève une colline majestueuse, aux pentes douces et tapissées de forêts. Et à son sommet, une cité d’or et d’argent brille sous le soleil accroché au firmament. Une cité royale et éternelle, aux hautes tours qui escaladent l’azur. Les coupoles des palais et les dômes des temples resplendissent de mille feux. Oui, elle est telle que je l’avais imaginée, cette cité honnie, mais je ne peux m’empêcher d’admirer la pureté de ses lignes, la grâce de ses équilibres et la force tranquille de ses créneaux. Mille étendards et mille drapeaux flottent au-dessus des toits. Je sais que sur chacun d’entre eux, l’arbre d’or et l’arbre d’argent entremêlent leur lumière.




J’entends la voix de ma princesse :

« Bienvenue chez toi, ô mon frère. Tu as peiné longtemps car le sort cruel imposé par un maître fallacieux était puissant. Mais à présent, tu es redevenu celui que tu fus avant de tomber entre ses griffes, avant qu’il ne te brise au fond de ses mines, qu’il ne corrompe ton âme et ton corps par d’habiles stratagèmes et d’ignobles tortures. Tu es à nouveau parmi tes frères, et tous t’aimeront comme un frère longtemps absent et qui rentre chez lui après un long voyage. »

Ma princesse est là, m’enlaçant tendrement. Elle m’embrasse en riant.

« Bienvenue chez toi et aime-moi toujours ! »

Je cherche le sceau de mon maître. En vain. Un sentiment de vide rassurant. Je sollicite ma mémoire profonde. Je me souviens de grandes forêts sous la lune, de longues courses entre les arbres à la poursuite d’ennemis, du fracas de batailles féroces et implacables. Je me souviens de la corde tendue de mon grand arc, une flèche encochée prête à filer vers sa cible. J’étais un archer infaillible, un des meilleurs archers de la cité forestière. Je me souviens aussi de la splendeur des trois joyaux qui contenaient la splendeur d’une lumière disparue. Les murs de la prison se sont dissous, les chaînes d'une nature pervertie sont tombées à jamais. Je suis vraiment de retour chez moi. Je me retourne pour voir d’où je viens. Nulle trace d’une quelconque porte. Je ne la franchirai jamais plus. Je laisse ce monde aux hommes et aux monstres.


They’ve got no horns and they’ve got no tail
They don’t even know of our existence
Am I wrong to believe in a city of gold
That lies in the deep distance

Hello friend, welcome home.



M

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-07 18:07:22 

 Commentaire Netra, exercice n°61Détails
On peut dire, sans aucune animosité de ma part, que tu cherches les bâtons pour te faire battre... Ton idée est tout à fait intéressante, mais... l'essentiel de ton texte, par ailleurs agréable et bien écrit, est consacré à la description du clochard. Mais sur le thème de l'exercice, la profession, à peine quelques lignes... Et le lecteur garde pour lui ses mille questions... Pourquoi fait-il ça? Pourquoi cette année-là n'est-il pas à la fac? Est-il employé municipal ou d'une société privée? Quel est l'ampleur de son territoire? Quelles difficultés rencontre-t-il dans son métier? Qu'est-ce qu'il fait de toute sa monnaie? A-t-il peur de se faire agresser en fin de journée? Est-ce qu'il dénonce aux flics les contrevenants? Est-ce qu'il ne fait pas payer les jolies filles? Est-ce que son boîtier-enregistreur tombe parfois en panne? Est-ce qu'il délivre des tickets? Pour les motos et les vélos, ça se passe comment? Est-ce qu'il a mal aux pieds le soir? Il travaille combien d'heures? Il a combien de pauses? Et ainsi de suite...
Deux petits détails:
- j'aimerai éviter: je pense que c'est: j'aimerais
- il n'y en a qu'un seul qui n'était pas ivre, mais simplement toqué: il n'y en avait qu'un seul qui n'était pas ivre, mais en revanche il était toqué, ou bien : non, lui, il était toqué.

Allez, un petit effort! Je ne fréquente pas trop les villes et j'étais toute contente de découvrir un métier que je ne connaissais pas. Alors, certes, je me coucherai moins bête ce soir, mais quand même un peu affamée...
Narwa Roquen,retour d'ascenseur...

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2009-06-07 18:24:22 

 Danse primale...Détails
Ce n'est pas un commentaire... juste un ressenti...

C’est une très vieille dame qui cherche un amant. Une très vieille dame toute habillée de noir qui ne fait jamais aucun crédit. C’est une vraie salope, l’archétype de la salope. Les hommes, elle en a connus des tas... Des vieux et des jeunes, des laids et des beaux, des riches et des pauvres. Mais elle en redemande toujours, son appétit est insatiable. Elle ne paie jamais pour voir. Elle paie juste pour danser et elle se moque des loosers qui essaient de la rouler. Elle n’est pas du genre commode. Non. Elle cherche sans cesse de la viande fraîche à se mettre sous la dent ou sous la jupe. Elle rit tout le temps et son sinistre sourire fait peur. Alors que sommes-nous pour elle ? Que sommes-nous tous ? Rien que des gigolos. Des gigolos qui tentent de vendre le peu qu’ils ont pour faire une danse de plus sur la piste couverte de sciure et de sueur, où chient les mouches comme de minuscules bombardiers. Oui, car qui sommes-nous sinon des gigolos qui se retrouvent à la fin nus et seuls, sans personne pour s’occuper d’eux? Alors, quand la danse est trop macabre, quand les musiciens pissent le sang, quand la vieille dame danse beaucoup trop vite avec son air de peine à jouir, alors oui, certains gigolos pètent un plomb pour accorder leurs pas au rythme endiablé. Car c’est la vieille qui conduit la danse. Elle ne se fatigue jamais, toujours souriante et les bras grand ouverts. Certains gigolos sont vêtus de blouses blanches, bleues ou vertes, comme d’étranges mouches à merde mais elles dansent avec la vieille dame à la place d’autres trop fatigués. Ils dansent toutes les nuits pour que d’autres danseurs puissent avoir une danse de plus au compteur. C’est pas facile de gruger la vieille dame qui danse chaque minute plus vite, plus fort, plus profond, avec son sourire de carnassière. Priez pour les gigolos... priez pour qu’ils arrivent à suivre son pas, sinon pour vous, c’est le trépas !

M

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2009-06-07 18:53:37 

 Commentaire Maedhros n°61Détails
Félicitations cher M, très beau texte que tu nous livre là!

Ca commence comme un scientifique des hautes sphères noyé dans sa science, avec un vocabulaire incompréhensible et très technique (c'était le but!), et ça termine dans l'émerveillement d'un retour aux sources pur et sublime.

Bravo!

Elemm', qu'est-ce qu'on ferait sans les Mac! :D

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Netra  Ecrire à Netra

2009-06-07 20:15:51 

 a refait Détails
J'ai repris le texte en fonction de la plupart de tes exigences, chère Istar. Mais il faut bien avouer qu'il n'y a pas trop à raconter sur la vie d'un geek-parcmètre ^^ ça me faisait plus rigoler qu'un clochard se soit entiché de lui. Par contre, je maintiens le "il n'y en a qu'un seul qui n'était pas ivre, mais simplement toqué" parce que TOUS les clochards de Rouen sont toqués, ne me demandez pas pourquoi, ou alors faudra que je consulte mon pote ex-parcmètre, il en sait plus long que moi là-dessus, après tout j'habite pas à Rouen...
Netra, une paire de ciseaux à la main pour inaugurer son site web.

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-07 20:57:06 

 Ben voilà!Détails
Tu vois, quand tu veux! Là, ça tient la route. Plus de questions à poser, j'ai toutes les réponses; du coup je me coucherai non seulement moins bête, mais repue... Merci!
Narwa Roquen,contente

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-07 22:43:03 

 Commentaire Maedhros, exercice n°61Détails
Voilà le texte dont je rêvais depuis la nuit des temps... J’en ai rêvé, Maedhros l’a fait ! Je manque d’adjectifs... Fort, prenant, intelligent, subtil, cultivé, riche en rebondissements, délicieusement hermétique pour le profane...help mon ami Google ! Le titre est parfait, le déroulement est parfait, les personnages sont parfaits, les descriptions sont magnifiques, l’histoire est... extraordinaire ! Des paysages sublimes de la Nouvelle-Zélande ( merci Google pour les images) à cette chanson de Genesis manifestement faite pour toi, en passant par l’itinéraire maudit de l’Elfe Errant, qui mêle Pythagore aux failles spatio-temporelles (ah le radon, top !), c’est un long voyage de rédemption, dont la fin, pour une fois, est heureuse... L’amour illumine ces pages, un amour joyeux, fraternel, sensuel, un véritable amour qui mène à la délivrance ... Et c’est vraiment... too much !


J’aimerais pouvoir m’arrêter là. Mais, comme dit un ami à moi « I have promises to keep ».
« Vers l’est, de longues écharpes nuageuses... », et jusqu’à la fin du paragraphe, c’est splendide ! Idem pour le paragraphe « La voix provient du lit... », et celui de « les larmes emplissent ses yeux... », qui a bien failli remplir les miens. Coup de coeur pour la topologie symplectique, ou l’art de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille...
Après, quelques bricoles :
- « qui remontent vers la surface polie de sa mémoire » : je pense que c’est « ma ».
- « il fût un matin » : il fut un matin
- « les maillons des chaînes qui la maintenait » : qui la maintenaient
- « je ne parle pas de cette enveloppe corporelle mais la matière brute » : mais de la matière brute
- « Je suis mort des milliers de fois, chacune plus douloureuse que la précédente » : ou bien j’ai connu la mort..., chacune ; ou bien je suis mort..., de manière toujours plus douloureuse que...
- « avant elle, j’en ai croisé beaucoup d’autres... » « aucun ne possédait... » : qui se cache dans « en » et dans « aucun » ? Si c’est une femme ou une clé, il faut accorder ; si c’est un espoir, OK, mais il faudrait le rappeler, parce que le mot est loin. Idem si c’est un être.
- « calcula la longueur du méridien terrestre avec une précision sans aucune mesure avec la rusticité... » : comme ça, ça saute aux yeux !
- « que ce soit l’Ombre qui a permis » : ça passe ; « qui ait permis » est peut-être plus orthodoxe. Ceci dit, la trouvaille est excellente !
- « ... la pierre philosophale, C’était... » : faute de frappe
- « elle était là, étrange objet impalpable et fantastique, juste décalé de quelques microns..., la rendant parfaitement invisible... » Si je comprends bien ( mais peut-être pas !) , c’est le décalage qui la rend invisible ? Auquel cas une reformulation serait utile
- « quelque chose s’est immobilisée » : si c’est une figure de style intentionnelle, rendant à chose son féminin en donnant à quelque le sens de « une », OK ; sinon, c’est « immobilisé »
- « Quelques instruments de mesure... que j’ai modifié » : modifiés
- « l’illusion de croire qu’en refermant les paupières, la réalité... changerait à jamais » : normalement ça devrait être : « changera » ; « pourrait changer » passerait
- « bienvenue chez toi, oh mon frère » : ô mon frère
- « « qu’il ne te brise... qu’il corrompe » : qu’il ne corrompe
- « les murs de la prison se sont dissouts » : dissous



A mon avis, ce texte est le meilleur de tous tes meilleurs. Ce qui m’enchante, c’est que je l’ai déjà dit très souvent par le passé, et que je suis prête à parier avec moi-même que je le redirai dans l’avenir !
Narwa Roquen,d'un papillon à une étoile...

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-07 22:48:32 

 Merci...Détails
... de cette suite poétique, sur fond de rock 'n roll endiablé... Je vois que les Muses, en ce moment, n'ont rien à te refuser... Pour notre plus grand plaisir à tous!
Narwa Roquen,rebelle qui aime les musiques rebelles!

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Netra  Ecrire à Netra

2009-06-08 14:45:38 

 Voui m'dameDétails
J'avoue que je m'étais gravement barré en live vis-à-vis de la consigne...
(au passage, les 4 premières années de fac d'histoire, c'est véridique... sauf qu'il a pas fini la quatrième)
Netra, une paire de ciseaux à la main pour inaugurer son site web.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2009-06-09 10:45:31 

 Woaow (commentaire NR n°61)Détails
Eh beh.
En voilà un texte sacrément fort. Le rythme d'abord, donné par ce personnage qui domine tout, noyant complètement le point de vue du narrateur. On voit bien que ce Dr House (en plus expressif et en plus sexualisé, si je puis me permettre) est complètement déstabilisant et nous déstabilise aussi, imprévisible, entier, déroutant.
Ensuite, l'histoire. Ces corps qui vivent et meurent, entrent et sortent, bougent puis ne bougent plus, comme dans une danse. Avec cette musique qu'on connaît tous et qui colle très bien au texte.
Et enfin, la Mort. Le côté fantasy du texte (qui par ailleurs colle de très près à un réalisme douloureux), mais ce côté magique qui ne fait que rajouter dans l'horreur! Et qui nous surprend, parce qu'on peut penser au départ qu'il est dans la mise en scène avec une amante parmi les nombreuses qu'il doit avoir, et qu'il lui fait jouer ce rôle pour le fun; dans les dernières répliques, on voit bien que ça ne peut pas être un jeu. Aïe..... Surprenant et inattendu, mais sacrément fort!

Quel texte, vraiment! Fulgurant!

Elemm', clap clap clap, clap clap clap, bis! bis!

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z653z  Ecrire à z653z

2009-06-10 14:47:48 

 quelques détails en plus de celui de netraDétails
adrénaline devient adré (surtout quand y'a urgence)
"martiniquais (ou guadeloupéen ?)" <--- que vient faire ce questionnement ici ? Pour souligner une personnalité qui se pose beaucoup de questions ?
"Aller s’enterrer à deux heures de Paris c’était déjà en soi une punition" <--- deux heures de vélo ??
Pour une pronation douloureuse, normalement y'a pas besoin de radio ;)
"Neisseria meningitidis pullulait dans le LCR" <--- là le narrateur peut dire ce que signifie ce sigle.
"plus le polytrauma qui va arriver dans trois heures exactement" <--- c'est Camille ? ;)

Sinon c'est très bien rythmé et la fin est diablement bien trouvée !

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z653z  Ecrire à z653z

2009-06-10 15:00:03 

 comm 61Détails
"redouble sa sixième pour la deuxième fois" -- ça fait un peu redondant.

Sinon le métier d'éboueur est bien décrit.
Tu aurais pu parler des ramassages des ordures des restaurants et autres sociétés.

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z653z  Ecrire à z653z

2009-06-11 12:15:07 

 Un texte magnifique ET accessible...Détails
...malgré le jargon scientifique (dont je suis familier).
Et les descriptions un peu longues habituelles (même si certaines du début sont utiles plus tard dans le récit) ; tu as juste choisi de décrire avant d'entrer dans le vif plutôt que de décrire au fur et à mesure.

Merci pour ce texte.

Quelques détails :
"Cependant, quand je suis repassé une deuxième fois au même endroit" -- cela fait la troisième fois qu'il passe alors ?
Le reste, ce sont des petits détails de typographie (la règle "signe double, espace double" et les tirets dans les dialogues).

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2009-06-11 14:17:02 

 LCRDétails
Ligue Communiste Révolutionnaire bien-sûr!

Ah mais non, j'me trompe de contexte ^^

Elemm', ok je sors.........

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2009-06-11 21:43:37 

 lettre chèque relevé?Détails
Non bien sûr! Mais le docteur Green est formel : il s'agit du liquide céphalorachidien


M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2009-06-20 19:53:16 

 Parti FiniDétails
Une histoire qui pourrait être banale mais elle possède une petite musique, une de ces ritournelle de trottoirs, un air d’orgue de barbarie, avec des images de ces films réalistes italiens. Je vois bien les gueules de Gassman, de Sordi, de Sophia Loren ou du grand Mastroiani évoluant devant la caméra de Dino Risi.Qui mieux que les italiens ont réussi à émouvoir avec des histoires de bouts de chandelles ?

Cette histoire est également riche de l’observation minutieuse du microcosme invisible aux yeux qui ne savent pas où regarder mais pourtant tellement évident pour les autres. Les liens avec les basses oeuvres politiques, la crainte de la concession du service au privé, les petits côtés sympas du boulot, les minuscules revanches sur leur sort...

Dans notre belle société, si propre sur elle, si jeune et si belle, qui souhaite vraiment se pencher sur le mode d’élimination des déchets ? On laisse ça aux autres et on ne les voit que lorsqu’on gueule, coincés derrière la benne à ordures. Font jamais assez vite, toujours là quand c’est pas l’heure, quand c’est l’heure de l’école, quand c’est l’heure de pointe. On préfèrerait nettement qu’ils passent quand on dort, pour gêner personne ! C’est comme ça que l’ébène alors dure !

La forme colle à l’histoire. Une expression populaire de petites gens qui mettent des petits rideaux rouges et blancs sur le carreau du soupirail. Mais une expression riche et fluide, au rythme qui ne faiblit pas et avec une trajectoire en boucle qui souligne qu’il n’y a pas d’issue de secours dans ce monde. C’est un circuit fermé, un boulevard qui ne débouche sur aucune autoroute. Et devant, bouchant l'horizon, il y a juste un cul de ferraille qui avale ce que nous vomissons sur le trottoir. Et c’est vraiment tragique.

Il n’y a que dans les yeux de cet enfant qui les regarde que les éboueurs deviennent des super héros, avec leurs gros gants, juchés sur les marchepieds de la machine comme d’antiques conducteurs de chars romains !

Très beau texte qui respecte, in fine, la consigne.

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2009-06-20 20:35:42 

 Vini Vidi VinciDétails
Au départ, j’ai fugitivement pensé à ces personnes qui, pour de la monnaie jaune, bloquent une place de parking vide pour votre voiture et vous évitent de perdre patience. Et puis, la lecture avançant, j’ai compris qu’il devait s’agir de l’expression de l’imagination débordante d’une collectivité, une sorte de régisseur de recettes ambulant. Bien vu. La chambre régionale des comptes de Haute Normandie a d’ailleurs épinglé le cadre juridique dans lequel ce dispositif a été mis en place :

Ici

Le côté machine humaine est bien rendu. Le héros de l'histoire est devenu aussi invisible aux yeux des usagers qu’essentiel pour un vagabond qui le prend pour un réverbère mobile. La narration est juste, avec des expressions imaginatives et cette coexistence pacifique entre les deux protagonistes est bien trouvée. Cependant, la disparition du vagabond laisse un peu sur sa faim, surtout que tu n’as pas laissé d’indice sur sa présence. Peut-être que sa disparition, qui visiblement a laissé le monde indifférent, a impressionné inconsciemment le jeune régisseur qui a mobilisé sa volonté pour redevenir lui, visible, pour ne pas finir comme son pote.


M

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2009-10-06 11:24:11 

 Exercice 61 : Maedhros => CommentaireDétails
Le style est impeccable, comme toujours et la profession que tu as choisi est vraiment inattendue. J’ai eu un doute sur les concordances de temps dans le deuxième paragraphe.
« elle semble étrangement fascinée par l’ambre qui trouble la lourde tranquillité de la sombre forêt de mes yeux » : cette phrase gagnerait à être allégée.
Pour une fois, je crois avoir capté le plus gros de l’histoire, sur cet elfe, serviteur du Mal, corrompu, qui recherche les derniers elfes purs pour les détruire. Astucieux, le coup de Pythagore. Le vocabulaire est dense. J’ai cherché gnomon et bématiste mais pas topologie symplectique ni courbes pseudo-holomorphes. Cela dit, ne pas comprendre ces mots ne nuit pas à la compréhension globale du récit et contribue à l’immersion, je pense. Je suis allée regarder à quoi ressemble le Mitre peak et il est vraiment magnifique ! Les détails que tu donnes sur la région sonnent juste. « toutes les pluies de tous les cieux pleuvent sur mon âme » : jolie phrase. J’ai trouvé le début un peu lent. L’ensemble est calme et bien ciselé, trop calme ?

Est', qui a repris sa lecture.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2009-10-06 11:29:06 

 Exercice 61 : Netra => CommentaireDétails
Court et efficace, j’admire ton sens de la concision ! La première phrase est percutante et retient immédiatement l’attention. Le style familier est bien choisi et le personnage bien campé. Il m’a immédiatement fait penser à plein de gens que j’ai connus. Le passage sur le copain est rigolo. J’aime bien « des ouaich », c’est exactement ça. Pittoresque aussi « les puces, j'aimerais éviter, c'est plus difficile à gratter ». Ce texte est drôle et enlevé, avec une fin sympathique. J’aurais apprécié qu’il soit plus long, avec peut-être deux autres épisodes truculents de la vie de ton parc-mètre.

Est', jamais rassasiée.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2009-10-09 10:07:25 

 Exercice 61 : Narwa => CommentaireDétails
Un instant, j’ai vraiment cru que tu allais nous entrainer dans le milieu de la prostitution, hihi ! Les dialogues sonnent vrai, comme par exemple « Aller s’enterrer à deux heures de Paris c’était déjà en soi une punition » qui vous pose une parisienne typique. Je me suis demandé ce qu’elle fait dans ce boulot si elle a horreur du stress mais cela s’explique par le fait qu’elle veut devenir ophtalmo. Joli, le langage ordurier ! Ca change pas mal de ton style habituel, même si tu sembles à l’aise dans les différents registres de langue.
« Je te baiserai, salope! » : je me suis demandée à qui il parlait et j’ai compris la deuxième fois que c’était à la mort et que c’était elle qu’on entendait dans sa chambre. C’est d’ailleurs une excellente idée, cette relation perverse entre le médecin et la mort.
Le portrait du docteur Koriatcheff est réussi ; j’aime beaucoup son style, agréablement expéditif, violemment efficace, frénétique. C’est un très beau personnage, passionné. Chapeau pour le vocabulaire médical, les maladies et noms de médicaments. Tout m’a semblé parfaitement cohérent malgré la densité des données. Soit tu as fait des recherches incroyablement poussées, soit tu es dans le métier ! Malgré mes études initiales, qui me permettent de savoir ce que sont la pronation et le LCR, j’ai cherché pas mal de mots pour bien suivre : mydriase, xylocaïne, iatrogène. Le service dégage une bonne ambiance de camaraderie dans l’adversité bien que les autres personnages ne soient pas très développés. C’est noir, c’est grossier, ça décape, j’adore !

Est', en pleine lecture.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2009-10-09 10:10:24 

 Exercice 61 : Maeglin => CommentaireDétails
Le langage familier est bien rendu. Je n’ai pas compris tout de suite la nature du boulot, j’étais restée sur le collage d’affiches. Bien vu de récupérer des trucs aux encombrants. Un texte sympathique et même poétique (le gamin à la fenêtre) mais qui manque un peu de sel, je trouve.

Est', en pleine lecture.

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