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De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Jeudi 19 mars 2009 à 10:47:39
La fin... et bon courage! C'est une histoire assez bizarre finalement.

________________________


LA PRISONNIERE DU MIROIR


SCENE 2


La porte du fond s’ouvre. Un homme pénètre dans la pièce sans fenêtre. Il est grand, très grand, massif. La fille sur le lit ne bouge pas et ses yeux sont clos. Il tourne ostensiblement le dos au miroir.


L’Homme :

Je sais que tu es réveillée. Ton visage est différent quand tu dors. Une forme d’absence que je ne peux maîtriser.

La Fille :

Quel jour ? On est quel jour ? Dis-le moi.. J’ai perdu le compte des jours... dis-le moi !

L’Homme :

Jeudi, vendredi, dimanche... quelle importance ? Ce qui importe vraiment c’est le temps que tu passes avec moi. C’est le temps que nous partageons ensemble. Tout ce que je peux te dire, je te l’ai déjà dit Tu es restée ici plus longtemps que toutes les autres avant. Quelque chose de différent m’intrigue en toi. Quelque chose que j’entrevois et qui me fascine même si je n’arrive pas à dire exactement quoi. Mais il y aura une fin à l’histoire, c’est sûr... ça aussi je te l’ai dit... Il y a une fin à toutes les histoires. En fait, c’est ce que je préfère quand je lis un bouquin. La dernière page, sous le dernier paragraphe, l’apparition magique du mot de trois lettres en gros et gras caractères. Finalement, je ne dévore les lignes que pour arriver plus vite à ce putain de mot. J’en rêve tout le temps avant. J’aime les fins. Autant que je m’en souvienne, je n’ai jamais eu de vrai commencement. C’est ennuyeux les commencements. Il faut placer le décor, les personnages, trouver l’intrigue et les péripéties et puis remplir, remplir.... Jusqu’à ce que la fin devienne incontournable. Ce sont les fins qui ont jalonné ma vie, qui ont structuré mon existence. Je n’aime que les fins.


La Fille :

Détache-moi s’il te plaît. J’ai mal aux poignets et mon dos n’est qu’un noeud de douleur. J’ai faim aussi. Très faim.

La Fille dans le miroir :

Tu joues à quoi ? Que crois-tu qu’il recherche ? Chaque jour, il réclame son dû. Il prélève son tribut. C’est sa seule façon d’être au monde. Il est si seul dans son enfer quotidien. Je t’ai dit que je le connais mieux que toi. Tu veux savoir pourquoi ? Tu veux que je te montre comment ? Demande-lui donc de regarder dans le miroir !

L’Homme :

La faim n’est plus un problème pour toi. J’ai écouté les infos et j’ai lu les journaux. Ils disent que tu es déjà morte. Ta photo a disparu des flash télévisés. L’actualité va vite. Il y a encore eu des morts en Irak, des morts en Afghanistan... il y a tant de morts qui ont pris ta place. Moi, je dis que ce sont les morts qui nous montrent la route. On parle de moins en moins de toi, cela signifie qu’ils parlent de moins en moins de moi non ?
La Fille :

Pourquoi tournes-tu le dos au miroir? C’est vrai ça...pourquoi lui tournes-tu tout le temps le dos? Je ne crois pas t’avoir vu une seule fois le regarder en face ? Et si tu ne peux le regarder en face, pourquoi l’avoir posé ?

L’Homme :

Le miroir, ah oui... il y avait un miroir dans le dortoir là-bas. Juste en face des lits. Un miroir qui nous renvoyait inlassablement nos peurs et nos démons. Mes peurs et mes démons en particulier. Il y a des images qui sont gardées prisonnières du miroir, des images horribles et douloureuses. Des images fantomatiques qui dansaient dedans alors qu’ils faisaient tous semblant de dormir. Moi aussi, j’ai fait semblant de dormir. Nous avons tous fait semblant de dormir et de ne rien entendre. Tu ne peux pas t’imaginer ce que cela fait de ne pas bouger dans le noir, de crisper ses paupières pour ne pas qu’elles s’ouvrent intempestivement sur l’horreur qui se déployait juste à côté. Tu ne peux t’imaginer ce que cela fait de garder ses bras inertes le long du corps, par-dessus la couverture, en réprimant cette envie insupportable de se boucher les oreilles. Afin de ne pas entendre les gémissements et les cris, les râles et les coups. Quand je suis parti, je n’ai jamais plus regardé dans un miroir mais paradoxalement, je n’ai jamais pu vivre bien loin non plus. C’est une répulsion qui m’attire et qui m’est nécessaire. Il y a tout au fond des miroirs tant de choses qui ne demandent qu’à être révélées. Je sais que j’y suis quelque part prisonnier aussi mais je sais aussi que je ne supporterais pas de voir cette image de moi.

La Fille dans le miroir :

Il a raison Toi, tu ne vois que son dos dans le miroir. Mais moi, je vois son visage et je pense que nous ne voyons pas le même homme. Il est jeune et fragile. Il est perdu et pourtant il espère. Il refuse d’affronter de qu’il est de l’autre côté, ce qu’il est devenu. Ce n’est pas lui...

L’Homme dans le miroir :

A qui parles-tu ? Nous sommes seuls ici. Je ne vois que toi. Tu sais bien que je t’aime et que je ne te quitterai jamais. J’ai l’impression de vivre par intermittence mais ce que je sais, c’est que malgré tout mon amour, tu te meurs un peu plus chaque fois que tu m’appelles à toi. Tu es toujours un peu plus pâle, un peu plus lasse. Comme si la vie te fuyait inexorablement. Je ne sais pas si ce que je vis est un rêve mais ce n’est que dans ce rêve que j’ai l’impression de vivre.

La Fille dans le miroir :

Il y a un monde en dehors de nous. Un monde tellement différent qu’il nous est définitivement inaccessible. Un monde brutal et gris, sale et douloureux, un monde où tout ce que nous sommes est aussi plus noir et plus glauque. Je sais bien que tu ne peux te retourner et c’est mieux ainsi. Si jamais tu étais tenté de regarder par-dessus ton épaule, je crois que nous serions frappés par la même malédiction qui a scellé le destin d’Orphée. Notre univers se briserait en mille morceaux et nous nous perdrions à jamais. Tu veux savoir à qui je parle? Je ne parle qu’à moi-même en fait, une étrange forme de monologue... je deviens sans doute un peu folle. Ce mal qui me ronge entame désespérément mon énergie. Regarde, j’ai les bras qui me font tellement mal qu’il n’y a que dans cette position que je puis trouver un peu de repos. Oui, je parle toute seule parce que tu n’es pas avec moi. Tout contre moi.

La Fille :

Je ne vois effectivement que ton dos dans le miroir. Je sais ce qui te fait si peur. Tu ne veux pas voir ce que tu es devenu pour laisser une chance à ce que tu as été d’être à nouveau. J’ai fait aussi beaucoup d’erreurs et je me suis trompé sur toute la ligne. Je n’ai pas fait confiance aux bonnes personnes, à celles qui m’aimaient et qui me voulaient du bien. Non, j’ai suivi celles qui m’ont entraîné sur le chemin où règne l’ombre. Ce chemin qui m’a conduit jusqu’ici. Le caniveau longe toujours le trottoir et bien souvent, ce qui traîne sur l’un finit dans l’autre. Je ne suis qu’une pauvre pute dont le sort a fait un tout petit tour de manège enchanté et puis a quitté la scène. Personne ne s’en est aperçu. Et toi, tu n’es qu’un tueur de putes comme ce beau pays a réussi à en enfanter beaucoup. Pourquoi tu ne te retournes pas? Tu dis que tu aimes les fins. Cela serait une excellente fin pour cette histoire non ? Tourne-toi et contemple celui que tu es réellement. Enterre une fois pour toutes ce qui reste de pur en toi. Moi, je vois mon reflet et je sais que j’ai bousillé ma vie. Mais la fille dans le miroir m’a pardonné et je crois que je suis en paix avec moi-même maintenant. Cela n’a pas été douloureux, à peine dérangeant. Dans le miroir qui te fait si peur, nous sommes tels que nous aurions pu être.

L’Homme :

Tu parles... tu parles.... et tu m’embrouilles l’esprit. Il est temps d’en finir. Le miroir n’est pas pour moi. Le miroir n’est pas pour toi non plus. C’est juste un témoin. Dans ses reflets sont prisonnières toutes celles qui ont été ici avant toi. Je n’ai nul besoin d’y plonger mes regards, elles sont toutes présentes et elles y resteront à jamais. Pourquoi ? Je n’en sais rien, c’est plus fort que moi.

L’Homme dans le miroir :

J’ai envie de t’embrasser. De t’embrasser longtemps.. Si je pouvais par mon souffle t’insuffler une nouvelle énergie, interrompre cette glissade vers le néant... Si je pouvais, par le miracle de ce baiser, te maintenir en vie, je voudrais qu’il ne s’arrête jamais. Ta peau est si douce et ton corps contre le mien est une exquise sensation. Laisse-moi poser mes lèvres sur les tiennes et que le temps nous emporte à jamais...


Le miroir se ternit progressivement au fur et à mesure que s’achève le destin de la fille sur le lit sous l’étreinte implacable de son geôlier. Fondu au noir.

M


  
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Réponses à ce message :
4 Exercice 56 : Maedhros => Commentaire - Estellanara (Lun 7 sep 2009 à 13:49)
4 Commentaire Maedhros, exercice n°56 - Narwa Roquen (Jeu 19 mar 2009 à 23:13)
       5 le fameux lâcher prise ... - z653z (Ven 27 mar 2009 à 00:47)


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