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 WA - Participation exercice n°54 - 2 Voir la page du message Afficher le message parent
De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Dimanche 22 fevrier 2009 à 10:30:40
Un texte plus sombre. A partir du titre que vous pouvez écouter ICI...

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MEMOIRE BLESSEE


Dehors, la pluie a finalement cessé. Succède alors un état qui me met mal à l’aise. Comme d’habitude. Je deviens plus sensible et moins protégé. Plus perméable aux influences extérieures. C’est un sentiment de déséquilibre où tout dérape tandis que je dérive loin des terres connues.

Une voix tragique et cassée m’appelle dans l’obscurité. Une voix si loin d’ici. Prononçant des mots qui me hantent jusqu’à ce que je ne sache plus très bien où s’arrête le rêve et où commence l’autre côté. Je discerne un nom crié dans les ombres du crépuscule. La résonance multiplie l’écho à l’infini. Mais tous les autres mots restent hors de ma compréhension, des mots qui meurent avant d’être nés. Des mots gris. Des mots brouillards, des mots opaques aux reflets douloureux qui se détachent sur un fond vide et glacial. Des notes de piano, dépouillées et orphelines de toute orchestration, dures et froides, cinglent et heurtent ma mémoire blessée.

Tout autour de moi, des envies morbides déplient leurs ailes de fer tandis que tout s’immobilise. J'éprouve à nouveau le sentiment inconfortable d’être prisonnier d’un monde figé, de porter comme une croix une envie de bouger. De sortir du cadre, trouver une clé, une raison valable de tout rejeter.

Quelques fois, des ombres rôdent à la tombée du jour, décrivant lentement des cercles oppressants, attendant mon angoisse d’être seul, une fois de plus, entre les obsessions et les glaçons ballotés dans le verre embué, une bouteille de bourbon à moitié vide à côté. Ces glaçons qui deviennent des montagnes de glace où gisent enchâssés tous mes souvenirs avec toi. Ils jettent une lumière bleutée lorsque l'ambre finit par les dissoudre complètement.

Cela remue et cela bouge.

Mais cela ne veut pas sortir. Des appels murmurés dans le vent. Une trace de sang sur le béton. Des paroles inutiles clouées contre le silence. Les heures sont creuses et inutiles et mon esprit s’épuise à rechercher une absence dans la lourdeur d’un cauchemar où tout se retranche entre les lignes serrées d’une feuille de papier. Une lettre inachevée tachée de larmes d’encre. Juste une éclaboussure sur le mur pour qu’enfin le visage laisse filtrer une émotion.

Mes souvenirs se fabriquent de toutes pièces. L’ombre d’une comédie. Des rochers battus par le vent entre des arbres dénudés. Des convois du désert partis pour l’oasis de l’autre côté du mirage.

Tout cela pour dire la solitude.

La nostalgie qui tourbillonne jusqu’au néant et plus bas encore. Là où le néant est un rêve. Là où l’enfer lui-même est un paradis inaccessible. Bien plus bas encore. Les soirs de détresse, je prie fiévreusement pour que ton visage tant aimé apparaisse dans l’eau du miroir. Mais elle est si troublée que je ne peux y voir que les rides de mon immense peur. Les soirs de détresse, je reste aux prises avec cette frustration écoeurante de ne pas vouloir choisir entre rester et partir. Sortir du champ une fois pour toutes. Désillusion sur désillusion, fragment de passé après fragment de passé, la monotonie tourne catatonie. Les soirs de détresse, les voix désincarnées me murmurent à l’oreille leurs complaintes hallucinantes, m’appelant pour l’ultime envolée. Alors, les bruits du réel perdent consistance à mesure que se referment les volets mélancoliques.

Que ne donnerais-je pour que tu apparaisses ? Il y a bien des chemins qui m’ont éloigné de toi. J’en ai emprunté un de trop, qui m’a emmené si loin que je me suis perdu sans plus savoir comment revenir. J’ai crié ton nom mais seul le ricanement moqueur de la bête dans le ciel m’a répondu. Comme à chaque fois. Je suis tellement vieux, tellement sale, tellement mort que j’ai fini par renoncer.

J’ai erré dans les confins, là où le monde se confond avec le néant, bien au-delà des colonnes sacrées. J’ai écouté le vent et il est resté froid et silencieux. J’ai écouté les arbres mais ils ne m’ont rien dit. J’ai écouté en vain les fantômes sous la pierre qui griffent la terre, encore et encore, essayant sans succès d’émerger. J’ai enfin écouté mon coeur mais ses battements étaient hantés par ton souvenir. Alors, je suis resté prostré sur la digue où se jetaient les vagues insensibles d’une mer sombre et déchaînée.

Je suis un homme de sable et j'attends la marée, entouré de cadavres de verre qui me chavirent en roulant sur le parquet. Ce sont mes vieilles amies, celles qui m’ont tenu debout tout ce temps. J’ai tété leurs seins pour étourdir mes sens. J’ai chanté et dansé mais mes bras débiles ne tenaient que des spectres à crinoline. J’ai bu encore et encore, essayant de noyer les remords du soir et stopper cette lente agonie qui crispe mon ventre quand seul sur mon canapé, je me rappelle le passé.

J’ai brisé le cadre où il y avait notre photo. Je l’ai déchirée en pleurant avant d’essayer de recoller les morceaux sans y parvenir. Tu sais, chaque soir je fixe cette maudite porte et j’imagine qu’elle s’ouvre brusquement et que tu es là, sur le seuil, riante et heureuse, courant te blottir dans mes bras. Comme avant.

Mais cela n'arrive jamais. Alors, je me contente de remplir le verre et je porte un toast à ton absence.

M


  
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Réponses à ce message :
3 Exercice 54.2 : Maedhros => Commentaire - Estellanara (Mar 25 aou 2009 à 16:55)
3 Commentaire Maedhros, exercice n°54 - 2 - Narwa Roquen (Dim 22 fev 2009 à 21:10)


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