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De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Vendredi 5 decembre 2008 à 23:53:05
Bon, j'ai pas joué le jeu. J'ai pris appui sur 2 mots : inconsistant et creux. Pour le reste, c'est un bavardage facile, avec beaucoup d'adjectifs... enfin... au début...

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Requiescat in pace



Il faut que je me repose un moment. Tenez, sur ce banc, dans l'ombre fraîche, c’est bien... Cela fait trop de temps que je suis resté courbé au-dessus de la terre retournée. Combien? Oh, si je vous le disais, vous ne me croiriez pas. Vous auriez tort certes mais je n’ai nul besoin de vous convaincre de votre erreur. Regardez moi. Regardez mes mains. Elles sont noueuses et calleuses. J’ai parfois l’impression qu’elles ont leur vie propre, une vie parfaitement réglée. Ni trop vite ni trop lentement. Maintenir la bonne cadence. C’est le premier des secrets de ma profession. La régularité. Mais aujourd’hui la chaleur est vraiment accablante. Le soleil frappe plus fort. Croyez-moi, il darde ses rayons d’une façon vraiment différente, meurtrière. C’est vraiment le qualificatif qui convient, meurtrier. Il devient pénible de respirer convenablement. Voilà un autre secret de ma profession. Trouver la bonne respiration. Mais quand l’air se raréfie et que brûlent mes poumons, j’éprouve beaucoup de mal à continuer de creuser. Ma conscience me joue des tours et ma concentration se délite peu à peu. Je me mets à rêver en lentes spirales, au calme absolu et à la fraîcheur qui règnent juste en dessous. Sous mes pieds.

Lorsque je ressens les premiers symptômes, il est impérieux que je me repose avant de m’engourdir complètement, avant que la terre ne se mette à boire goutte après goutte mon essence qui s’écoule. Simple capillarité. Elle attend ça depuis si longtemps! Je suis une anomalie. Ceci n’est pas un secret. Une incongruité dans les règles du jeu. La pièce en trop. La pièce délaissée par erreur ou par nécessité. Celle qui n’a plus vraiment sa place sur le grand damier du monde mais qui n’interfère pas avec le cycle des saisons. Celle qui est posée dans la marge. Le moment est passé. L’instant où il aurait été possible de me retirer définitivement. A présent, il est trop tard. Je suis toujours là et nul ne pourra me faire disparaître contre ma volonté. D’ailleurs, qui se souvient comment faire ? Pas même moi. Mais si je m’immobilise, je sais que tout s’arrêtera. Immobile, je suis vulnérable. Immobile, la terre se réappropriera tous les éléments qui composent les fibres de mon être. Jusqu’à ce que ne demeure que mon esprit. Il flânera encore quelques temps au-dessus de ce lieu... Puis il oubliera progressivement ce qui le rattache à ce monde.... Alors je me dissiperai définitivement, à l’image de ce fin panache de fumée qui s’échappe de la cheminée plantée sur le toit du funérarium. Telle sera ma fin. Pour l’heure, je suis bien où je vis et j’aime ce que je fais. Nul n’y trouve à redire.

Je suis si vieux vous ai-je dit. Pourtant j’évolue tranquillement sur ce coin de terre sans que personne ne s’en étonne. Jamais. Tout change, tout passe... Sauf moi. Ma présence est tacitement admise. Je fais partie intégrante du paysage. Un élément qui ne choque plus. Une ombre familière qui se dresse entre les ombres des grands arbres aux formes étudiées. Une longue silhouette solitaire debout contre la lumière grise. Seule. A l’écart. J’assiste toujours en silence à chaque cérémonie. Je n’en manque aucune. En quelque sorte, c’est l’aboutissement de mon travail. Le point final. J’observe attentivement les visages, les expressions, la façon dont ils se tiennent. Les subtils signaux qu’ils se renvoient les uns les autres. Les manifestations policées et retenues des inimitiés qui n’osent pas se dévoiler complètement. La tristesse par-dessus tout. Cet indéfinissable sentiment de perte et d’abandon. Cette sensation entropique les unit tous en ce moment unique. J’aime ça. Cela me révolte parfois mais je ne suis jamais indifférent à ce qu’ils éprouvent ou, au contraire, à ce qu’ils n’éprouvent pas.

J’aime l’endroit où je vis. C’est un havre de paix dans un monde en perpétuel changement. Un îlot au milieu d’un flot métallique et pollué qui charrie cris et ordures. Je pourrais voyager loin d’ici. Je n'en suis pas prisonnier. J’ai marché sur les trottoirs de la grande ville, au-delà du périphérique. J’ai levé la tête pour embrasser les nuages qui couronnaient les immeubles. Ils me regardaient de leurs fenêtres aveugles. Les passants s’écartaient quand je parvenais à leur hauteur et, invariablement, se retournaient sur mon passage. Je sentais longtemps leurs regards fichés entre mes omoplates. Je me suis arrêté devant une vitrine où plusieurs mannequins tendaient leurs mains de celluloïd vers moi. Et dans le reflet de la glace, il y avait une grande ombre aux vêtements aussi gris que la froide couleur des pierres de mon jardin. C’était moi. J’ai cru un instant que l’un des mannequins s’éveillait à la vie quand j'ai surpris une interrogation muette dans son regard de verre. Mais ce n’était finalement qu’un jeu de lumière. Je me suis éloigné. J’ai marché jusqu’au bout du trottoir. La clarté du jour se tamisait déjà quand je suis arrivé devant elle. Jeune et vieille à la fois. Impatiente et insolente.

« Viens... murmurait-elle. Viens... entre... je te connais... regarde, ils viennent tous là avant que tu ne les accueilles. Regarde... regarde... la lumière chaude et modelée qui cascade des mille cierges qu’ils ont allumés... Oh, entre... viens... »

Je suis resté sur le trottoir. Sous la flèche cathédrale qui me narguait de très haut en me montrant un point distant dans le ciel crépusculaire. Les lumières artificielles de la ville occultaient la voûte céleste. Pourtant je connaissais bien ce qu’elle me désignait. Je n’ai rien dit. Une vieille femme s’est approchée, un fichu brodé lui couvrant la tête et les épaules. En me voyant, elle a hésité, ralentissant son pas. Je n’ai pas bougé. Elle a semblé soupeser un instant ses chances puis, rentrant son cou dans les épaules, elle m’a soigneusement contourné pour se précipiter dans l’obscurité protectrice de la maison de son dieu. A-t-elle vraiment fait ce signe de croix? A-t-elle senti le corbeau marcher sur sa tombe ? Avant que la porte ne se referme, j’ai aperçu le miroitement singulier d’une eau qui brillait dans la vasque et l’éclat des cierges qui brûlaient près d’un autel. Je n’ai pas franchi le seuil. Je n’appartiens pas à ce troupeau !

Je suis revenu ici. Comme à chaque fois. Si rien ne m’attache à ce lieu, rien ne m’appelle au-delà. J’aime ses allées silencieuses. La sombre harmonie de ses grands arbres alignés. La muraille des cyprès sempervirents, la fluidité vert liquide des saules pleureurs et la douceur indolente des longs peupliers. Les arbres me parlent quand le vent se lève. Leurs feuillages bruissent de mille histoires qu’ils sont impatients de me rapporter en murmurant. Moi, je travaille, courbé au-dessus de la terre. La pelle et la pioche. Mes outils préférés.

Je n’ignore rien des méthodes modernes pour ouvrir la terre. Je croise certains de mes confrères au hasard des allées. Plus rien ne les différencie de leurs contemporains. Ils sont pourtant mes héritiers. Ce n’est pas convenable. Ils ne sont plus à l’écoute du monde d’en bas. Ils sont devenus sourds et aveugles. Ils travaillent de 9 heures à 17 heures et plus tôt en fin de semaine. Ce n’est pas convenable. Les grands arbres le disent. Les pierres levées et les dalles couchées le regrettent. Les anges de pierre en pleurent et se cachent le visage derrière leurs mains. Ils ne le remarquent pas. Ils ne remarquent rien. Complètement insensibles aux parfums et aux changements de température. Ils ont perdu le lien avec les saisons, la façon convenable d’ouvrir la terre. Elle n’aime pas la manière qu’ils ont de creuser sa chair. Elle n’oppose qu’une faible résistance lorsque leurs outils la mordent cruellement en se moquant d’elle. Leurs maîtres ont oublié. La terre pourtant n’oublie pas. Moi non plus.

Je creuse toute la journée. Je creuse dans les règles de mon art. Il y a un nombre d’or à respecter, une qualité de pelletée à surveiller, une profondeur idéale. Ce n’est pas juste un trou, un trou dans la terre. Non. C’est bien plus que ça. C’est un espace qui va accueillir un corps en transhumance. Une âme en partance. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils outragent la terre et les âmes.

Je le sais. Je sais où et quand regarder certaines nuits lorsque la lune est ronde et rousse. Certaines nuits autour des solstices. Il y a dans l’air nocturne une magie ancienne et lunaire. Je les vois doucement émerger des pierres froides et s’élever en formes spectrales et évanescentes. Je les guette, les deux pieds sur la pelle et la pioche posées en croix. Elles me saluent de loin en dansant sur le rayon de lune qui s’accroche aux cheveux des grands saules. C’est le ballet magique des âmes blanches qui s’élèvent en glissant sur le rayon d’argent, au-delà de la cime des grands cyprès, plus haut, toujours plus haut. Elles s’affranchissent peu à peu des limites de la sphère terrestre, appelées vers un point distant dans le ciel de minuit. Loin d’ici, très loin. Mais certaines d’entre elles essaient vainement de les suivre. Malgré leurs efforts, elles ne dépassent pas les basses branches des bouleaux aux troncs droits et pâles. L’attraction terrestre est beaucoup trop forte. C’est ainsi que la terre se venge des outrages subis. Alors, défaites et tremblantes, les âmes déchues déclinent et se confondent à nouveau avec la pierre inerte, disparaissant en poussant de longues plaintes. A chaque nouvelle nuit propice, elles essaient de suivre leurs soeurs. A chaque fois, elles s’élèvent un peu moins haut. La terre est impitoyable. Elle les retiendra toutes à jamais.

Mon coeur saigne et mon coeur gémit. Je me bouche les oreilles quand leurs clameurs de désespoir deviennent assourdissantes. Elles sont de plus en plus nombreuses à supplier, à menacer... chaque nuit plus nombreuses... Je suis si fatigué de creuser dignement la terre pour qu’elles puissent rejoindre le havre dans le ciel... Je suis seul et je suis vieux ! J’ai beau travailler longtemps, du matin au soir, chaque jour, je ne parviens pas à creuser suffisamment de trous pour les nouvelles âmes en partance. Cela me brise le coeur !

Voilà pourquoi, avant que je reprenne ma pelle et ma pioche, laissez-moi vous montrer mon petit jardin secret derrière la remise. Voyez, ce ne sont que quelques arpents de terre que je travaille selon mes désirs. Nul ne vient ici. En fait, une magie subtile empêche quiconque d’y porter une attention soutenue. Les regards se détournent rapidement et l’esprit oublie. C’est une magie simple. Une magie blanche. Ne vous fiez pas aux apparences. L’endroit est plus grand qu’il n’y paraît. Bien plus grand. Laissez-moi vous le montrer vraiment tel qu’il est. Voilà ! Que voyez-vous ? Des alignements de pierres tombales grises et froides. Des dizaines de fosses parfaitement alignées. Des pierres plates et noires, une roche douce et lisse.

Approchez-vous. Plus près. Encore plus près. Que voyez-vous à présent. Juste une pierre tombale nue et froide posée sur un renflement de terre. Penchez-vous. Plus près. Penchez-vous plus encore. N’entendez-vous rien? Collez votre oreille contre la pierre. Ah, vos yeux s'arrondissent. Vous les entendez maintenant ? Ils sont vivants vous savez ! Vivants et morts à la fois. Conscients de la moindre minute passée dans le trou. C’est moi qui ai creusés tous ces trous, un par un. J’ai passé un pacte noir avec la terre. Un pacte terrible. C’est moi qui les ai enterrés là. Ecoutez leurs gémissements et leurs cris de frayeur. Chaque nuit, ils sentent les vers et les autres petites bêtes des profondeurs fouiller et grignoter leurs chairs. Ils hurlent de douleur mais nul ne les entend. Sauf moi. Ils ne peuvent non plus espérer que la véritable mort viendra les délivrer de leur supplice. La mort est mon amie. Elle ne fera rien pour eux. Ils resteront vivants. Chaque nuit, cela recommencera. Je suppose qu’ils se croient en enfer. Non. C’est simplement la terre qui se venge. Ils n’avaient qu’à la respecter et faire les choses convenablement. Pour eux, il est trop tard. C’est la peine pour leur crime et c’est moi leur bourreau.

Voilà, je vous ai conté mon histoire. Je vais devoir retourner creuser la terre. Convenablement. Je finirai sans doute un peu plus tôt aujourd’hui. Un autre travail m’appelle. Jeune et hâbleur. Il ne respecte pas la terre lui non plus.

M


  
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Réponses à ce message :
3 Exercice 50 : Maedhros => Commentaire - Estellanara (Mer 31 dec 2008 à 17:28)
3 Commentaire Maedhros, exercice n°50 - Narwa Roquen (Jeu 11 dec 2008 à 23:20)
3 écrire un texte lourd, redondant, bavard... - z653z (Sam 6 dec 2008 à 00:54)


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