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 WA - Exercice n° 6 Voir la page du message 
De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Mercredi 15 novembre 2006 à 16:46:21
Aujourd’hui se tient le Grand Conseil ( au choix : des ministres, de la tribu, de la planète, de la galaxie...). L’ordre du jour est : faut-il faire la guerre à l’Autre ( nation, tribu, planète, galaxie...). Deux orateurs vont parler successivement, l’un en faveur de la guerre, l’autre contre. L’un des deux ( à vous de choisir lequel) sera un homme, l’autre une femme. Indépendamment de l’accord des adjectifs et participes, le but du jeu est de montrer, à travers le raisonnement et la formulation du discours des personnages, la différence entre le masculin et le féminin .
Comme je pense que c’est asez difficile, vous avez trois semaines, jusqu’au 7 décembre.
Pour les commentaires, j’ai obtenu l’accord de Fladnag pour donner son avis, ainsi aurez-vous deux points de vue différents ( vive la parité !).
Je rappelle que les commentaires de tous ( auteurs ou non) sont toujours les bienvenus. Plus la WA sera interactive, plus elle sera enrichissante pour tous.
A vos plumes, à vos claviers, vous avez une nation ( tribu, planète, galaxie...) à sauver !
Narwa Roquen, encore une question de point de vue...


  
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Réponses à ce message :

Pages suivantes : 1 - 2
Netra  Ecrire à Netra

2006-11-15 20:21:06 

 Youpi, un truc bien dur !!!Détails
Oulà ça promet !!!
Là on a intérêt à pas faire ça à l'arrache... ça va être un jeu difficile à jouer...
On va bien s'amuser, merci Narwa !!!

Netra, en kilt un drapeau blanc dans une main et un cosmogun dans l'autre...

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-11-15 20:44:28 

 Strating box...Détails
Epatant ce thème...

On va jouer à Settlers...


M.

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Shadow Fae  Ecrire à Shadow Fae

2006-11-20 11:35:39 

 RE:Exercice n°6Détails
Hello

Ah ! c'est sympatique de proposer des exercices comme ça ! :-)
Lol, comme d'hab, j'ai un train de retard sur la chose, alors je vais aller lire ce qui a été fait dans les exercices précédents ^^

@ ++
Mysdrim, The Shadow Fae

Ce message a été lu 4527 fois
Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-11-20 19:10:13 

 WA - Participation exercice n°6- PrologueDétails
J'ai replacé les 2 éléments de l'exercice dans une histoire complète :il y aura une introduction (le texte ci-dessous), les 2 discours et un épilogue. Cela permettra d'aérer ma contribution!
Intro et épilogue sont hors exercice bien sûr...
____________________________

Introduction :


L’horizon s’assombrit. La tempête souffle contre les murailles de notre royaume qui semblent si fragiles pour contenir les légions du Roi des Steppes. La guerre avance sur nous, jour après jour. Las, je ne suis qu’un hoqueton et mon capitaine serait fâché s’il me voyait ainsi vous narrer, gente damoiselle, cette funeste journée qui vient de s'achever!

Imaginez la grande salle capitulaire située derrière celle du Conseil, illuminée par une forêt de torches enflammées. Sur les gradins contre les formidables murs ont pris place les Hauts Conseillers, tâches de couleurs incongrues dans ces temps troublés. La sellette fait face à la Tarasque sculptée dans les moellons supportant l’estrade royale. Le Protecteur est là bien sûr, tout de blanc et de rouge vêtu, dans l’angle sinistre de la salle. Entre ses mains repose la Diseuse de Vérité. Il ne dit rien et ne voit rien, la cagoule sacrificielle lui recouvre les yeux. Il entend. Et c’est là son Art. Sais-tu que cette salle se caractérise par la finesse de son acoustique ? La parole s'y fait entendre sans effort grâce aux douze croisées d'ogives. On dit que le son y est tellement pur qu’il monte jusqu’au ciel comme une alouette !

Je me tiens entre la sellette et les trônes, entouré de cinq de mes compagnons d’armes. Nos lourdes pertuisanes sont tendues à l’horizontale pour former une barrière symbolique. Le premier Oracle pénètre dans la salle capitulaire, escorté par la garde du Khrêstêrion. Ces gardes ne sont ni hommes ni femmes et je crache par terre chaque fois que je les croise durant mon service. Nul ne les aime. Qui pourrait aimer celui qui lui ravit son premier né ?

Les trônes sont vides. Le Roi et sa Reine entreront plus tard. Avant de poursuivre, laisse-moi placer ce grain de raisin doré entre tes lèvres si douces et écoutes car nous entrons au coeur de cette cérémonie. L’Oracle s’assied sur la sellette pendant que toutes les torches s’éteignent, sauf trois. Le silence s’installe dans la salle capitulaire. Alors, la voix du premier Oracle s’élève, claire et forte.

(to be continued....)

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-11-27 22:17:40 

 WA - Participation exercice n°6- Acte PremierDétails
Bonsoir,

Après le prologue, l'acte 1. J'ai essayé d'imaginer une mini-histoire qui intègre les éléments de l'exercice n°6. C'est pas facile...et j'ai le sentiment que j'ai finalement privilégié le fil de l'histoire au strict respect de la problématique homme/femme même si l'épilogue restera...surprenant.

Bonne lecture

________________________
« Dans les profondeurs du Khrêsterion, mes Maîtres ont consulté les signes trois jours pour me désigner truchement des Dieux. Mon nom est Rinne Go .En vérité je vous le dis, je suis le cycle des causes et des conséquences, la somme de ce que nous avons fait. Avant que l’étoile du Nord ne pâlisse dans le ciel nocturne, notre destin sera scellé et la Vérité révélée.

Les temps changent. Les certitudes que nous croyions éternelles s’évanouissent aussi sûrement que le pont de lumière après une averse orageuse.Les hautes et inexpugnables murailles que nous avons érigées ont vu se briser durant des siècles les échos affaiblis du monde extérieur. Nous avons protégé nos trésors et notre confort en enfermant dehors les étrangers, ceux qui ne nous ressemblaient pas, ceux qui sont pourchassés par les gargouilles nées des guerres du Crépuscule. Oui, nous avons bâti un royaume des Cieux juste à côté d’un vaste camp de concentration.

En vérité je vous le dis, le jour vient où tout sera pesé car il arrive celui qui est annoncé dans les tables des prodiges. Derrière le Roi des Steppes marchent les peuples oubliés des nations dévastées. Ces enfants perdus ont formé une armée innombrable. Ce n’est pas une armée de conquête, une armée d’invasion, non...mais une armée de libération pour assurer le salut de leurs âmes égarées. Le Roi frappera trois fois contre les portes du Paradis. Laissez celles-ci s’ouvrir et dressez des couronnes de fleurs éternelles pour en ceindre le front du Roi et de sa suite. Partagez vos richesses amassées pour que notre monde enfin réuni puisse s’éveiller d’un long cauchemar. Une aube nouvelle se lèvera alors, promesse d’un nouveau commencement.

Je sais que dans vos coeurs, nobles Conseillers, brûle la flamme de la colère et de la peur car dans l’ombre des temples, j’ai discerné les paroles amères que soufflent Hugin et Munin. Mais que sont la pensée et la mémoire si nous hésitons à emprunter la voie qui nous ramènera vers notre humanité perdue. J’entends également les défenseurs du Grand Trek protester contre la pollution physique et spirituelle qui ruinera notre royaume et jettera à bas les fondations de nos valeurs morales. Je réponds que c’est moi qui suis assis sur la sellette face à la Tarasque et je suis une partie indivisible de la Vérité. Elle jaillira ce soir car je suis né pour vivre ce moment et les mots que les Dieux forment dans ma bouche parlent de paix et de fraternité, de pardon et d’amour

Demain, si les oriflammes de guerre se déploient sur le chemin de ronde des murailles tutélaires, je vous promets la victoire de nos armes avant la fin du jour. Mais lorsque le fracas et les cris cesseront, tout espoir de refondation pour notre humanité aura disparu. Il fut un temps où les steppes extérieures étaient de vastes étendues d’eau appelées océans. Et il fut un temps où notre monde comptait plus d’eau que de terre. Il fut un temps où les hommes franchissaient la barrière des cieux pour se rapprocher des Dieux, pour devenir des Dieux à leur tour. Mais les vrais Dieux courroucés par cette présomption ont semé la discorde dans le coeur de ces hommes. Ainsi éclatèrent les guerres du Crépuscule. Lorsque le nouveau soleil se leva bien plus tard, le visage de notre monde avait profondément changé.

Aujourd’hui ne gaspillons pas l’ultime occasion de restaurer la primauté des Hommes sur la Terre. Aux côtés du Roi des Steppes, défions les monstres et les mutants qui nous confinent sur des territoires de plus en plus restreints. Le Roi des Steppes possède le nombre, nous avons la puissance. Séparément, nous n’avons pas la moindre chance de parvenir au dernier chapitre du Livre des Prodiges. Mais unis, ce Livre sera alors refermé tandis que le Livre de l’Expansion, jusqu’à présent clos, pourra être ouvert. En vérité je vous en conjure, demain, déployez les étendards immaculés de la paix et les anges descendront des cieux pour bénir cette nouvelle alliance. »

C’est ainsi, gente damoiselle, que parla celui appelé Rinne Go. Lorsqu’il eût fini, ses paupières se sont abaissées en signe de soumission et l’ombre du Dieu a déserté son visage, comme une ombre dissipée par une plus grande lumière. Aussi certainement que vous buvez mes paroles, l’assistance est restée coi un long moment. Les couleurs semblaient pourtant plus vives et l’espoir transfigurait de nombreux regards. Cependant, dans son coin, le Protecteur restait aussi immobile qu’une statue.

Mais ce n’était que le premier acte, douce aimée, du protocole divin. Les gardes du Khrêsterion se sont approchés silencieusement de l’oracle masculin. Ils l’ont invité à quitter la sellette. Ils l’accompagnèrent jusqu’au mur soutenant l’estrade royale où il s’est courbé jusqu’à ce que ses lèvres déposent un fugitif baiser sur le front de l’animal fabuleux, scellant ainsi son destin Enfin, un hallebardier en livrée rouge et noir de la garde personnelle du Protecteur lui saisit le bras pour l’escorter jusqu’à la place qu’il occupera jusqu’à la Décision.

To be continued

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-12-02 18:26:14 

  WA - Participation exercice n°6- Acte DeuxDétails
Voici l'acte 2. Je crois que j'ai franchi un peu la ligne jaune mais bon...à vous de juger


-------------------------------------------------

Ma douce, enchaîne-moi au bout mignon de votre coeur et je te suivrai hors des murailles protectrices. Mais avant cela, laisse moi poursuivre ma petite histoire. Nous sommes maintenant au milieu de la nuit et la clarté des torches vacille dans l’appel d’air glacé qui s’engouffre soudain. Tous inclinent alors la tête pour ne pas croiser le regard de celle qui s’avance, enveloppée dans une longue cape noire. Elle est d’une beauté stupéfiante, de cette beauté sauvage des enfants du Khrêsterion. De longs cheveux auburn cascadent en boucles rebelles autour d’un visage espiègle.

Elle est grande, presque aussi grande que les gardes qui l’entourent. Elle sourit et ses dents sont autant de perles dans un écrin de velours rose. Elle pourrait damner nos saints d’une seule oeillade assassine. Ses maîtres ont patiemment construit son intelligence et le langage des anges n’a plus de secret pour elle. La magie enokéenne a modelé ses perceptions en les étendant bien au-delà de nos pauvres et humaines limites. Elle s’appelle Mélusine, ce qui signifie, vous le savez, la bâtisseuse. Elle s’assied sur la sellette, en disposant soigneusement sa cape autour d’elle. Une étrange atmosphère s’installe dans la salle capitulaire. L’éclat des torches se ravive brusquement quand la prêtresse lève ses bras soudain dénudés vers la voûte enténébrée :

« Eveille-toi, Ô noble et puissante force draconique,
Eveille-toi en moi et rayonne à travers tout mon être !
Ô souffle des dragons, grands et sages,
Faites de mon esprit un réceptacle de la Vérité !
Manifeste-toi en moi et rayonne à travers mon être !
Draconis... Draconis.. Draconis ! »

Les ombres projetées sur les murs dansent une sarabande ensorcelée. Immenses dragons de nuit glissant entre les ogives, terreurs oubliées aux ailes déployées, frôlant en sifflant les conseillers pétrifiés.

« Je suis Mélusine et je m’avance au coeur de cette nuit drapée dans la force des dragons, pour protéger le royaume. Souvenez-vous, au temps jadis, bien avant la Chute des Hommes, dans une langue maintenant oubliée, le mot « Darkamei » signifiait « voir, regarder ». Il a donné naissance au mot « Dragon ». Ainsi, toute la force du Dragon réside non dans sa cuirasse, ses griffes ou son feu mais bien dans son oeil.

Le Roi des Steppes avance aussi sûrement que le fléau de Dieu. Les légions noires des peuples déchus le suivent. Ils seront bientôt là, ils seront là demain, à nos portes, juste de l’autre côté des murailles tutélaires, menaçant notre paix et notre harmonie. Les gémissements des cornes de bataille s’élèveront sur la plaine. Avez-vous déjà vu une charge d’exogenétics ? Cela dépasse toute imagination ! Avez-vous entendu les affreux meuglements des taureaux de combat dressés pour tuer ? Non bien sûr ! Le Roi des Steppes frappera trois fois le battant de la porte du Soleil. Au troisième coup, l’obscurité voilera le jour. C’est écrit dans les astres. L’éclipse sera totale durant 6 minutes 6 secondes et 6 fractions. Le nombre de la bête.

Conseillers, il vous faut rappeler le ban et l’arrière-ban, les seigneurs et les barons des terres intérieures. Rassemblez les blancs pavillons des chevaliers sauroctones, l’élite de nos troupes. Il vous faut invoquer aussi les trois Vradysconns : Daraco, Paetryn Daraco et Aethyr Daraco car nous aurons grand besoin des forces conjuguées du Feu, de la Terre et de l’Air pour repousser l’assaut des forces du Mal.

En vérité je vous le dis aussi, la vie croît en moi. C’est le cycle immuable des choses. Cette vie frémissante, ans défense, aspire à naître dans un monde préservé des mutations cellulaires, éloigné des catastrophes écologiques qui ont suivi la Grande Chute. Les Maîtres du Khrêsterion, guidés par l’esprit divin, n’ont pas choisi en vain. La conjonction était favorable pour que le lent processus de création s’immisce en moi. La force du Sigillum Dei Aemeth, le pentacle de cire, s’est déversée alors au plus profond de mon être pour se mêler intimement à la segmentation holoblastique. C’est le gage de ma fidélité.

Demain, les anges descendront parmi nous pour combattre à nos côtés. Ce jour glorieux verra l’Ange Nalvage ouvrir le Livre Saint pour enfin en révéler le sens. Les bataillons du Roi des Steppes seront frappés de stupeur sacrée et les lames brillantes de nos armées faucheront une moisson infinie d’âmes, les libérant enfin du joug démoniaque. Le crépuscule sera rouge du sang impur qui coulera comme un fleuve impétueux jusqu’à l’antique Mare Nostrum qui, asséchée, boira cette source jusqu’à la dernière goutte. Beaucoup d’entre nous ne verront pas la fin du jour, martyrs d’une foi inébranlable, héros d’un futur épargné. Leur sacrifice ne sera pas oublié : leurs noms formeront la trame d’une route ensoleillée qui nous mènera à nouveau vers les étoiles. Là où nous devrions être. Notre destin, aussi sûr que la vie pousse en moi, s’écrit en lettres d’or dans l’écrin des cieux !

Alors ne baissez pas vos regards vers la fange et l’ordure, le passé et ses erreurs, les monstres et les mutants. Soyez insensibles aux sirènes qui supplient pour mieux vous précipitez vers votre perte. Fortifiez votre foi et levez les yeux vers le ciel qui vous attend. Ne quittez pas cet espoir. Le ciel vous attend...mais pas longtemps. La patience n’est pas divine. »

Sur ces derniers mots qui ont résonné comme une menace dans mon âme, belle enfant, Mélusine s’est tue. La cape a glissé sur ces épaules et elle est apparue, vêtue comme à son premier jour, exposant à tous les lignes parfaites de son corps à la blancheur d’albâtre. Elle ne se pressa pas, me semble-t-il, pour se rhabiller. Les gardes de son Ordre l’emmenèrent vers la Tarasque qu’elle toucha simplement d’un frôlement de doigts avant que les gardes du Protecteur l’accompagnent vers l’endroit où se tenait Rinne Go. Elle se tint droite sans jeter un seul regard vers son compagnon.

Tu souhaites connaître avant tout le monde le dénouement de cette histoire, gentille damoiselle ? Alors laisse-moi glisser quelques mots à ton oreille coquine. Quoi, tu rougis ? Libre à toi mais tu devras alors patienter encore quelques heures pour connaître, comme tout un chacun, le sort réservé à notre royaume. Tu secoues la tête ? Es-tu prête alors à payer le prix ?


To be continued

M.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2006-12-04 21:28:03 

 Petite histoire sans prétention-WA n°6Détails
Aujourd'hui, le Grand Conseil s'est réuni. Maman présidait la séance, en bout de table. Papa, assis à sa gauche, avait posé à côté de lui le plateau avec les quatre verres, le jus d'orange et la bouteille d'eau gazeuse. Pauline et moi, assis face à papa, nous tenions droits comme des i, pour ne pas irriter plus maman, qui semblait déjà hors de ses gonds:
"Bon, je vous avertis, je n'en peux plus! C'en est trop! si je le croise encore une seule fois sur mon chemin, je lui tords le cou, je lui brise les os, je le réduis en cendre et je réunis ses restes dans la benne à ordures!
- Chérie, voyons, les enf...
- On ne m'interromp pas, je n'ai pas fini! Vous n'avez pas l'air de le voir, mais l'ennemi s'est si bien infiltré qu'il se croit ici chez lui. Il nous nargue, nous envahit, prend ses aises comme un pacha bienheureux, et mes tentatives de... négociation semblent l'indifférer au plus haut point. Je passe donc à l'offensive. Et je décrète qu'à compter d'aujourd'hui, s'il a le malheur d'effleurer encore mon parquet, je le transperce de mon couteau à viande, je le dépiote et je vous le sers en civet au dîner!

Papa réprima un petit rire gêné.
- Hem, allons chérie, nous sommes réunis ici pour statuer sur son sort, ensemble, personne ne doit prendre de décision hâtive. Après tout, il n'a rien fait de mal, ce pauvre...
- Rien de mal? Rien de mal! C'est un diable, un infernal et machiavélique démon, paresseux, puant et vicieux!Ah bien- sûr, toi qui ne sais même plus à quoi ressemble un balai, tu ne remarques pas toutes les saletés qu'il fait entrer sous mon toit! J'ai le double de travail depuis qu'il s'est invité. Comme si je n'avais pas déjà assez à faire avec les trois cochons que vous êtes! Et cuisiner en sa présence est un vrai calvaire, je passe mon temps à perfectionner des subterfuges pour mettre mes plats à l'abri de sa gloutonnerie de rapace malhonnête. Et je ne parle même pas de la façon dont il a dévasté la chambre de Lili..."

Là, évidemment, Pauline fit sa moue de princesse au désespoir, et se mit à geindre de sa voix stridente:
"Ouiiii, il a mis ses traces de pas sur mes cahiers, et aussi, il a cassé ma danseuse en porcelaine que papa m'avait donné..."

J'avais envie de m'écrier que sa danseuse était cassée bien avant qu'il n'arrive, mais je voulais surtout éviter d'envenimer les choses; et puis, vouloir faire entendre raison à Pauline, c'est comme essayer de faire entrer un T-Rex dans un étui à lunettes. Maman était de son côté, et elle n'avait pas encore touché à son verre de Badoit, ce qui était très très mauvais signe. La situation était critique, et les chances de réussite de la mission semblaient au plus bas...

"En plus, reprit maman en croisant les bras, il se couche n'importe où, dort sur les pulls tricotés par Mamie, laisse ses poils sur le canapé, et mon oreiller sent le... le fauve! Cette bestiole se faufile par la moindre ouverture. Va-t-on devoir se cloîtrer chez soi pour y être tranquille? La prochaine fois qu'il s'endort dans le tambour de la machine, je ferme le hublot et je lance le programme "linge très sale"! Peut-être que ça désinfectera ce... Ce...
- Chaussette" sortit de ma bouche avant que je ne me morde les lèvres. Oups... Analyse de la situation: maman me regardait l'air ahuri, papa l'air embarrassé et Pauline avec son sourire mesquin. Je venais de saborder la mission.

"Chaussette! Ah parce qu'il a un nom maintenant? Ben voyons! Non mais je rêve! J'hallucine! Je, je, je nage en plein délire! On l'appelle Chaussette, on trouve qu'il ne fait rien de mal, on le défend, ... Vous voulez pas aussi qu'on l'adopte, tant qu'on y est?"

Papa me regarda un instant et je regardai papa. Il va le dire, il va le dire... Il ne dit rien! Bon, il était temps de sortir ma dernière carte, la seule qui puisse encore sauver Chaussette de la noyade dans l'Ariel. Je fis monter les larmes jusqu'au bord de mes yeux, je posai une main timide sur le gros bras musclé gisant devant moi, et je lançai un combo regard éploré/"Papa..." suppliant.

Silence. C'était au tour de papa d'analyser la situation. Il me regarda, regarda sa femme, me regarda à nouveau. Et là... Il prit une grande inspiration:
"Eh bien, puisque tu en parles... Justement... J'ai fait le tour du quartier, il n'appartient à personne. On pourrait... le laver, et lui apprendre les bonnes manières. Avoir un animal de compagnie est très bon pour le développement des enfants, ça les responsabiliserait, et je suis sûr que tu finiras par t'y faire. Tu verras, il est très affectueux quand on sait l'approcher..."

Maman était effarée. Un silence de mort pesait sur le Conseil. Seule Pauline semblait tranquille, probablement parce qu'elle n'avait pas tout écouté. Quand le silence se brisa, c'est un minuscule filet de voix qui sortit de la bouche de maman:
"Quelqu'un veut dire autre chose?"

Silence.

"Vote."

Maman posa alors au centre de la table quatre pages du carnet à scrutins, et chacun, avec sérieux et concentration, procéda au vote à bulletin secret. Avant de tracer "POUR CHAUSSETTE" sur mon bulletin, je donnai un coup de genou à Pauline pour qu'elle lève les yeux, et de mon air le plus menaçant (et en toute discrétion), je fis passer le stylo sous ma gorge.

Chaussette obtint 3 voies contre 1. Chaussette fut élu.

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2006-12-06 19:24:32 

 Exercice n° 6, participationDétails
Les Wats font partie de ces espèces nouvellement apparues après la guerre de 3054-3055 ; en réalité, on ne sait avec certitude si leur émergence relève des conséquences de la guerre, ou s’ils sont le fruit de manipulations génétiques secrètes pratiquées avant la guerre, la destruction des laboratoires leur ayant permis de s’en échapper.
Toujours est-il que les Wats existent. Ces créatures ressemblent plus ou moins à des chats. Plus gros ( une dizaine dekilos, environ trente-cinq centimètres au garrot), leur fourrure est épaisse en particulier sur le crâne, d’où elle retombe presque comme des cheveux. Ils peuvent se dresser debout, mais se déplacent surtout sur leur quatre pattes, et leur course est plus rapide encore que celle du guépard. Ce sont des mammifères du type félin, carnivores, et pourtant friands de noix, de miel et de baies. Ils vivent en clans hiérarchisés.
Leur caractéristique essentielle est d’avoir aux membres antérieurs des pouces opposables, ce qui les rend aptes aux manipulations fines et donc à la fabrication d’objets et d’outils rudimentaires. Ils ont également une intelligence bien supérieure à celle des autres mammifères quadrupèdes. Leur larynx, très évolué, leur permet de produire des sons très modulés, et ils possèdent donc un langage bien développé, comprenant des termes abstraits, comparable en cela à un langage humain ( quoique pratiquement imprononçable pour nous).
Ils vivent essentiellement de chasse, à un degré moindre de cueillette ; le vol ( s’il est pratiqué à l’extérieur du clan) est considéré comme un acte de bravoure. Ce sont des chasseurs et des combattants redoutables, grâce à leurs griffes très longues quoique rétractiles, et leurs crocs aussi acérés que des lames de couteaux.
Certains clans maîtrisent le feu, certains fabriquent même des armes de jet, comme l’arc et la lance. Actuellement leur niveau technologique s’apparente à celui de notre préhistoire, mais il ne fait aucun doute qu’il soit amené à évoluer.



Quand la nuit fut tout à fait noire et que la pleine lune installa son disque brillant juste au dessus du campement, le vieux chef de la tribu des Montagnes, assis sur le Rocher du Commandement, prit la parole en ces termes :
« Frères et soeurs Wats, ainsi commence le Conseil. Chaque adulte y a droit de parole, s’il vient au centre du Cercle et si ses mots préservent la Justice et le Respect. Qui veut parler ? »
Léonida la Fière s’étira en se levant. Un frémissement parcourut l’assistance. Ses courbes voluptueuses et son port de reine avaient fait gémir de désir plus d’un mâle vaillant, mais peu d’entre eux pouvaient se vanter d’avoir su conquérir ses faveurs.
Elle s’assit face à Tamak, le vieux chef à l’oreille droite arrachée dans un glorieux combat, et le clair de lune complice mit des étincelles dans ses yeux verts et des paillettes dans son pelage noir.
« O Chef Tamak et vous, frères et soeurs de la Montagne, écoutez-moi ! Grande est la sagesse de Tamak, et fière la race des Wats de la Montagne ! Juste est la Loi de Tamak, et nobles et courageux vous êtes, frères et soeurs ! A-t-on jamais entendu parler de chasseurs plus patients, plus agiles ou plus rapides ? Généreux est le clan de la Montagne, où chacun donne un peu de sa part pour nourrir les anciens quand leurs forces les abandonnent. Sage et prévoyante est notre race, qui élève ses petits dans le Respect et la Justice, afin qu’ils deviennent à leur tour des chasseurs valeureux et des parents avisés ! Nous sommes les Seigneurs de la Montagne ! »
Un murmure d’approbation courut dans les rangs des Wats couchés dans l’ombre tiède autour du halo de lumière.
« Eh bien, frères et soeurs, je vous le demande, comment notre race de Seigneurs peut-elle encore supporter que des cervelles d’oiseau viennent piller nos territoires de chasse, souiller l’eau de nos sources et pire, ô malheur insurmontable, enlever nos nouveaux-nés comme de vulgaires lapins ! Leurs cris moqueurs nous narguent, tandis qu’ils dévorent la tendre chair de notre chair et l’avenir de notre peuple ! Nous ne sommes pas des proies sans défense ! Nous sommes les Maîtres de la Montagne ! Nous ne pouvons pas tolérer plus longtemps cette insolence cruelle ! Cardille, Tania, Lomance, dites-leur si je mens, vous dont la mamelle palpite encore de l’absence douloureuse ! Dites-leur si vous souhaitez que nous courbions le front, et que tous nos petits soient mis à mort les uns après les autres ! Non ! Je vous le dis, frères et soeurs, il n’est que temps ! Il nous faut attaquer les Grands Aigles, exterminer cette race de voleurs et d’assassins, jusqu’au dernier de leurs oeufs ! Nous devons sauver notre peuple, nous devons protéger nos enfants ! Nous devons nous mettre en guerre, parce que c’est pour la Justice et le Respect que nous nous battons ! »
Un sourd grondement s’éleva de l’ombre. Quelques uns parmi les plus jeunes commencèrent à scander avec enthousiasme :« La guerre ! La guerre ! »
Tamak se dressa pour ramener le silence.
« Nous t’avons entendue, Léonida. Quelqu’un a-t-il un autre avis ? »
Diogen le Gris se leva, et Léonida lui céda la place, avec un feulement insultant. C’était un grand mâle dans la force de l’âge, au pelage uniformément gris, réputé pour sa vaillance et sa sagesse. Le bruit courait que bientôt Tamak le désignerait comme son successeur.
« O Chef Tamak et vous, frères et soeurs de la Montagne, écoutez-moi ! Belles en vérité sont les paroles de Léonida, qui réveillent la passion dans vos coeurs de chasseurs intrépides ! Belles et fortes sont ses paroles, et insensées ! Ce n’est pas avec de beaux discours que nous pourrons vaincre les Grands Aigles ! Certes nous sommes un peuple vaillant, et courageux, et rapide ! Mais redoutables sont les Grands Aigles, armés de becs tranchants et de serres puissantes ! Imprenables sont leurs refuges perchés sur les sommets ! Le soleil t'a-t-il brûlé la tête, Léonida ? Le vent du sud a-t-il fait pousser des ailes sur ta jolie robe noire ? Comment crois-tu pouvoir triompher de ces monstres ?
Ils chassent sur nos territoires, c’est vrai. Mais jusqu’à présent il y a toujours eu du gibier en suffisance. L’un de vous a-t-il connu la faim depuis qu’il est venu au monde ? Les aigles chassent le jour et nous chassons la nuit. L’un de vous a-t-il déjà dû leur disputer sa proie ? Jamais ! Nous vivons côte à côte, et sans dommage aucun. Dis-moi, Léonida, combien de nos petits ont-ils réellement été enlevés par les Aigles ? Les as-tu vu faire ? Est-ce qu’ils ne se seraient pas plutôt perdus, en s’aventurant trop loin de leur mère, est-ce qu’ils ne se seraient pas noyés dans la rivière, par maladresse ou imprudence ? De tout temps les petits les plus faibles se sont perdus, se sont blessés ou se sont noyés, et c’est Justice. Qui voudrait d’un chasseur maladroit, imprudent, inattentif ?
Cette guerre inutile conduirait notre peuple à sa perte ! Je refuse de voir mes frères et mes soeurs égorgés, éventrés, massacrés, par des Aigles furieux qui vengeraient les leurs ! Je refuse de condamner notre race tout entière parce qu’une Wat prise de démence aura confondu le rêve et la réalité.
Nous ne sommes pas en danger. Nous ne l’avons jamais été. Rentrez chez vous, veillez sur vos familles, et continuez sans crainte à chasser et à procréer. Personne ne menace les Wats. Personne, exceptée Léonida, dont la folie ne mérite que votre mépris ! »
Tamak se leva.
« Merci, frères et soeurs. Ainsi se termine le Conseil. Zyrcon, Garance, suivez-moi. Nous allons délibérer. Notre décision vous sera connue demain soir. Chassez en paix, et respectez la Loi. »
Narwa Roquen,en hommage à Kipling

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2006-12-07 19:42:54 

 Commentaire Maedhros, ex n°6Détails
D'abord un détail technique dans le texte n°1: "l'assistance resta coi". Malheureusement, coi est un adjectif, dont le féminin est "coite", ce qui n'est pas très heureux à l'oreille...
Mais venons-en au fait!

Pas facile de commenter ce texte ! Tu te caches derrière tes histoires, un poisson s’y noierait !
Certes, l’homme dit le plus souvent « nous » et la femme « vous » : l’auditoire serait-il en majorité masculin ?
Certes, la femme use de son corps et elle est enceinte ; mais ce n’est pas du langage.
En fait, si on enlève la grossesse, on pourrait facilement changer le sexe des personnages sans que ça choque. Je dirais même plus, je trouve l’homme plus féminin dans son parler que la femme ! Il parle de couronnes de fleurs, d’humanité, de sentiments de colère et de peur, il parle d’amour...
La femme parle de force, de puissance, de combat, de sacrifice glorieux, d’être insensible... Alors oui, on peut imaginer un homme sentimental et une femme insensible, mais on est quand même loin des archétypes... et c’était quand même un exercice... où tu t’es bien amusé à brouiller les cartes, pour que j’y perde mon latin, coquinus maximus !
Je serais ravie que tu uses de ton droit de réponse !
... ce qui ne doit pas t’empêcher d’écrire l’épilogue promis ...


NR, sancta simplicitas !

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2006-12-07 19:45:30 

 Commentaire Elemmirë, ex n°6Détails
Drôle de famille ! La mère effectivement parle comme une femme, plus peut-être d’ailleurs par les occupations qu’elle décrit que par les propos eux-mêmes, encore qu’il y a une tendance à la généralisation et pas de demande précise.
Le père est un peu trop effacé pour qu’on y reconnaisse vraiment un langage masculin. Il ne semble pas concerné par les difficultés de sa femme, il se laisse traiter de « cochon » sans réagir... Il y a quand même deux phrases qui sont tout à fait « mâles » : « après tout il n’a rien fait de mal », et surtout « je suis sûr que tu finiras par t’y faire ».
La petite fille par contre est tout à fait femelle ! Quant au personnage qui raconte, après quatre lectures attentives je pense qu’il s’agit d’un garçon. Non ?

L’exercice n’était pas facile, les commentaires ne le sont pas non plus, ça m’apprendra à faire la maline !


NR, qui grommelle dans son coin « bien fait pour ta gueule, t’avais qu’à leur demander de raconter leurs vacances... »

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-12-07 21:53:03 

 De honte, je me réfugie sous la coite!Détails
C'est vrai que le féminin n'est pas là où on le croit (une coite qui manque d'air!) De fait, cette confusion est venue presque par hasard : quand j'ai commencé à écrire le texte 1, une phrase rappelle Tiresias, le devin aveugle, par un biais très improbable (l'oracle masculin dit qu'il y a eu plus d'eau que de terre) :

"Take a little trip back with father Tiresias (...)
Once a man, like the sea I raged
Once a woman, like the earth I gave
But there's in fact more earth than sea"

( genesis - The cinema show - 1973 )



Ensuite, dans le Khrêsterion, l'ambivalence règne (les gardes sont d'ailleurs ni hommes ni femmes) ce qui peut expliquer que les oracles sont moins sexués que les autres habitants du royaume des Cieux.

Enfin, il y a aussi 2 autres protagonistes (le narrateur et la courtisane) qui illustrent certainement l'aspect masculin/féminin et qui ne seront sans doute pas si passifs que ça dans l'histoire!

Mais je sais très bien que j'ai lourdement chargé la barque de pas mal de motifs secondaires (Chorda semper oberrat eadem) .

Eu égard à sa longueur, je pense que je vais proposer à Fladnag de publier le texte in extenso dans la partie Librerie (c a d prologue +acte 1 + acte 2 + épilogue).

In cauda venenum, je ne suis pas sûr d'être le seul à avoir virilement chargé le personnage féminin!

M

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2006-12-07 22:37:08 

 Explications :)Détails
Eh oui, forcément, entre ce que j'ai voulu faire et ce que ça donne, c'est pas évident...
Je voulais que ce soit la femme qui soit pour la guerre, parce que. Peut-être juste pour éviter le côté stéréotypé du garçon qui se bat et de la fille qui préfère les fleurs :)
Donc, je voulais une femme (la maman) un peu hystérique, dominatrice, chef de famille dans l'âme, mais avec une famille qui s'en fout un peu parce que quand-même, je voulais que Chaussette gagne :D
Le papa, je le voulais assez effacé, parce que face à une femme aussi autoritaire, s'il répondait ils ne seraient probablement déjà plus ensemble... (encore que bon, je ne suis pas sûre qu'il y ait de règles en la matière!).
La petite fille soutient sa maman, puisque les filles sont pour la guerre, et l'autre enfant, oui, est bien un garçon; pour moi l'ambiguité est annulée dès le départ par le "Pauline et moi, assis...", mais ce pourrait être une faute d'accord, c'est vrai. Et je ne l'ai pas assez fait ressortir, c'est pas très clair. J'ai cherché un moment à remplacer l'"étui à lunettes" par un autre contenant plus masculin, mais je n'ai rien trouvé de convenable. Mais je me suis dit que le T-Rex suffirait... Il n'y a que la menace finale, qui me semble assez typique, mais j'avoue que la façon de se défendre (la demande éplorée au papa) rajoute à l'ambiguité. C'est un petit garçon probablement pas très vieux, pas très courageux, voire effacé, et qui ne tient tête qu'à sa petite soeur, en fait. Bon, faudra que je retravaille! :)

Et puis, j'ai beaucoup concentré mon attention sur le fait que l' "ennemi" ne soit pas identifié trop vite, et pas assez sur les descriptions des personnages, c'est vrai... Je ne voulais pas faire trop long (peur qu'on s'ennuie car je sais que mon style laisse à désirer), mais je suis sûre qu'un meilleur auteur aurait su les décrire en quelques mots. Bon, ben faut encore que je travaille, quoi! Et tant mieux :)

Elemm', qui se demande si les commentaires de commentaires aident un peu...?

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Fladnag  Ecrire à Fladnag

2006-12-08 11:40:58 

 WA 6 - Commentaire Maedhros (P+1+2)Détails
Je voulais attendre l'épilogue pour commenter, mais j'ai peur de me faire taper sur les doigts (genre : n'oublie pas de commenter !) par une certaine sorcière rouge ;o)

J'ai également trouvé que les langages masculins/feminins n'étaient pas assez marqués, ce qui était le but de l'exercice apres tout. J'ai cru également apercevoir l'auteur derriere chaque orateur, peut etre a cause de ce manque de contraste, ils ont l'air d'être une seule et même personne.

Le choix de la femme pour la guerre et de l'homme contre la guerre ne me choque pas plus que ca, et c'est apparement le parti pris également par Elemmirë. Apres tout... Athéna est la déesse de la guerre !

Autre chose qui m'a un peu choqué : Peut etre les protagonistes sont ils tous déjà au courant de tout les détails, mais j'ai trouvé que l'argumentation des deux orateurs se fondaient uniquement sur les sentiments et leur charisme, et bien peu sur une volonté de convaincre animée par des faits. Chacun essaye de convaincre l'auditoire que son choix est le bon "parce que le futur doit se dérouler ainsi". C'est d'autant plus dommage que tu as montré dans les WA précédents que tu pouvais exposer avec brio des points de vues différents de memes faits (mais peut etre etait-ce volontaire pour ne pas retomber dans cet exercice)

Sinon... pas de problème pour une publication future en participation libre ;o)

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Fladnag  Ecrire à Fladnag

2006-12-08 11:55:46 

 WA 6 - Commentaire ElemmirëDétails
J'ai beaucoup aimé l'ambiance du texte, et j'étais mort de rire a la mention du T-Rex, l'expression est interessante ;o)

Peut etre est-ce un peu dommage d'avoir fait du père un personnage si effacé, son argumentation s'en trouve forcement réduite (en longueur) par rapport a celle de la femme, meme si elle est finalement plus pertinente.

Quand a la dissimulation du "monstre", elle est bien réalisée, j'ai mis plusieurs paragraphes avant de comprendre, m'obligeant donc à réanalyser les précédentes phrases sous un jour nouveau (je m'attendais a un ami d'un des enfants, voir un oncle ou un voisin un peu encombrant, mais y a des mots qui étaient vraiment "trop" pour être appliqués à un être humain ;o)

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Fladnag  Ecrire à Fladnag

2006-12-08 12:49:28 

 WA 6 - Commentaire Narwa RoquenDétails
Au debut j'ai pensé a Dark Angel (serie TV) en lisant le début du texte... un futur apocalyptique, des mutants venant de laboratoires secrets et dont l'ADN a une partie féline... mais l'analogie s'arrête là.

Les points de vus sont bien marqués, l'emportement, l'action rapide et irréfléchie face a la reflexion et a l'analyse. Toutefois, je trouve qu'il manque... une justification.
Je m'explique :

Ils vivent apparement avec les aigles depuis longtemps sans le moindre affrontement, aussi je m'étonne de voir Léonida s'enflammer pour une cause sans raison apparente. J'en vois 3 plausibles :
* Elle souhaite "voir jusqu'ou elle peux aller" en menant son peuple a la guerre uniquement par attrait du pouvoir, alors qu'elle a deja visiblement le pouvoir de séduire tout les hommes de la tribu... ca ferais vraiment d'elle une ambitieuse vraiment très prononcée.
* Elle fait ca pour une raison plus personnelle (mais non explicité ici), par exemple peut être une amie, une soeur, une parente qui aurait perdue un enfant de cette maniere. Ou même aurait t'elle eu un enfant elle meme qu'elle aurait caché (pour ne pas etre lié a un homme ?) et qui aurait disparu.
* Pleine de la fierté, de la certitude de superiorité de son peuple, elle déclenche cette "guerre" car elle ne supporte pas qu'une chose leur résiste... C'est sans doute la solution la plus plausible, mais c'est celle qui m'attire le moins, j'aurais préféré l'une des deux au dessus ;o) Cette possibilité restreint Léonida a une "simple" folle inconsciente... l'enthousiasme de la jeunesse peut etre. (tiens, à ce propos, je verrais bien un thème de WA sur le contraste jeunesse/vieillesse : un meme evenement raconté avec 40 ou 50 ans (ou plus, 200, 3000, selon la durée de vie du personnage) d'ecart par la meme personne)

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-08 12:51:34 

 Pente glissanteDétails
Justement, le piège n'était-il pas de tomber dans des archétypes ? C'eut été trop facile... Où commencent réellement les différences entre les hommes et les femmes et où s'arrêtent nos préjugés, les images d'Epinal, le carcan de notre éducation sexiste ?

Est', pensive.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-08 12:57:47 

 En fin de compte...Détails
... toutes les filles vont être bellicistes et tous les mecs pacifistes !
Quand j'ai vu le sujet, je me suis dit immédiatement "waouh, le piège, si on fait le mâle pour la guerre, on tombe dans des gros clichés pas intéressants". Eh ben, j'étais pas la seule à avoir eu cette pensée !

Est', à la bourre.

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-12-08 14:22:53 

 Mantique.Détails
Effectivement, à l'instar des autres auteurs, l'approche sexuée de homme/guerre femme/paix m'a paru trop "logique" (un vieux reste de machisme, ayant trop joué aux petits soldats de plomb dans ma prime enfance).

J'ai donc utilisé une licence pour m'exonérer de l'obligation de "sexuer" les deux interventions : j'ai recouru à l'oracle. En Grèce, l'oracle était "la réponse donnée par un dieu que l'on a consulté à une question personnelle, concernant généralement le futur. De tels oracles ne peuvent être rendus que par certains dieux, dans des lieux précis, sur des sujets déterminés et dans le strict respect de rites : la prise d'oracle s'apparente à un culte" (wikipedia).

Donc, l'argument premier de l'oracle n'est pas de convaincre mais de révéler. Dans cette histoire, il y a 2 oracles visiblement inspirés par des factions différentes de divinités (rappelez-vous la guerre de Troie qui a déchiré aussi les Dieux ).

Grâce à cet élément qui, je vous le concède, frôle le "hors-jeu" semantique, je fais d'une pierre 2 coups :

- je m'affranchis de devoir aligner des arguments masculins/féminins visant à convaincre l'assemblée.

- je repousse l'arbitrage au-delà des prophéties des 2 oracles : c'est une autre "sainte trinité" (la Tarasque, le Protecteur et la Diseuse de Vérité) qui apportera la réponse (Décision) au Roi et à ses conseillers. Il y aura donc un dernier rite qui scellera le destin de ce royaume (objet du prologue).

Plus un coup secret : je suis le Dieu qui inspire les 2 oracles ce qui explique le parallélisme de leur divination (juste pour le fun....).

Ouf, j'espère ne pas avoir été trop alambiqué dans mes explications. Et puis, je suis au regret de vous apprendre que Brio a claqué la porte avant cette histoire!

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2006-12-08 22:37:28 

  WA - Participation exercice n°6- EpilogueDétails
Ouf...j'en ai terminé pour cette fois. Bon courage ou bonne lecture.

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Epilogue

Après le tumulte de nos sens, cette coupe d’ambroisie parfumée réveille en moi une nouvelle vigueur. Bel oiseau de nuit, tu as tenu ta promesse. Permets-moi de tenir la mienne à présent. Le rideau va se refermer sur ce théâtre d’ombres.

Les oracles ont parlé. Les conseillers se tournent les uns vers les autres, chuchotant en se masquant la bouche d’une main prudente. La décision marquera un tournant dans l’histoire du Royaume. De fait, ces oiseaux multicolores n’ont que peu de poids dans la balance du jugement. Juste présents pour perpétuer la tradition. Mes compagnons et moi reculons jusqu’à ce que nous encadrions la Tarasque de pierre.

Un léger arpège retentit, s’enroulant autour des piliers soutenant les ogives, trille éphémère qui annonce l’entrée du Roi et de sa Reine. Je ne le vois pas. Mais chacun sait qu’il est grand, vieux et sage. La Reine de Saison est à ses côtés. La voix du Roi est forte et majestueuse :

« Conseillers, les Dieux ont parlé. L’étoile du Nord pâlit et se couche déjà sur l’horizon Les temps changent. Rien ne sera demain comme aujourd’hui. Les rêves que nous avions caressés, les projets que nous avions formés, tout sera oublié. L’aurore est proche, ses doigts roses étendant devant nous un avenir incertain. La sentinelle sur le rempart scrute l’horizon vers l’Est où se pressent les foules derrière celui qui se fait appeler le Roi des Steppes.

Qu’on amène les deux oracles devant la Tarasque et que le Protecteur brandisse la Diseuse de Vérité. Il est tard. Peu de temps nous sépare de la guerre ou de l’alliance. »

Les Conseillers se penchent légèrement en avant. C’est une occasion unique d’assister à une cérémonie dont les origines se sont perdues. La vie d’un homme est trop courte pour en vivre deux !

Le Protecteur se lève lentement. Il maintient fermement la Diseuse de Vérité, grande lame de vermeil. Nul ne peut la regarder directement sans éprouver une gêne douloureuse. C’est comme regarder le soleil au travers un nuage peu épais. C’est une flamme vibrante faite d’un métal oublié semblant changer constamment de texture, sorte de bouillonnement froid et métallique, source de pure énergie. Le Protecteur, qui ne s’en sépare que pour la transmettre avant de mourir, vit une perpétuelle souffrance qu’il a appris à dompter dès son initiation. La terrible lame boit sa force vitale en échange de cette parcelle de divin qui le distingue entre tous.

Le Protecteur se place à deux pas de la Tarasque dont le mufle monstrueux s’ouvre en une sombre cavité. Comme un rêveur qui étend le bras de l’autre côté du miroir, la pierre s’éveille à la vie et palpite d’une chaleur nouvelle.

Les gardes rouges et blancs encadrent les deux oracles. Ces derniers ont rabattu le profond capuchon de leur cape sur leur visage. Rien ne les distingue plus à présent, étranges clones asexués. Il paraît que le Khrêsterion cultive ces pousses humaines, gommant la moindre aspérité émotionnelle tout en préservant l’enveloppe corporelle originelle. En quelques pas, ils sont devant le dragon tutélaire. Dans leur dos se tient le Protecteur, la lame dressée vers le plus haut point de la nef cathédrale.

Je ne vois toujours pas le Roi et la Reine, mais les conseillers se sont massés sur les premiers rangs des gradins. J’ai failli sourire à les voir se pousser et jouer des coudes pour être encore plus près. Mais sourire signifie mourir à cet instant, je suis trop près du flot d’énergie qui se prépare à jaillir.

Ferme ta si mignarde bouche ou tu pourrais gober...pourquoi cette tape, méchante ? Ne t’inquiète pas, je poursuis mais n’oublie pas.

Alors Rinne Go plonge son avant bras gauche dans le mufle grimaçant tandis que Mélusine fait de même, mais avec son avant-bras droit. Je transpire un peu sous mon casque. Tout ce que je sais de ces rites m’a été enseigné lors de mon initiation. J’ignore ce qui va réellement se passer, comme tous ceux qui se tiennent là. Nous occupons tous des places et des rôles qui ont été écrits pour nous dans le livre des Prodiges mais que nous n’avons jamais joués, ni même répétés.

L’alchimie s’opère dans une atmosphère irréelle. Il ne reste qu’une seule torche et son éclat habille la scène d’une teinte ambre profond. Les voûtes sont noyées dans l’obscurité. Je distingue de moins en moins nettement les oiseaux multicolores. L’air se densifie et chaque respiration devient oppressante, nécessitant un effort supplémentaire.

Un violent éclair illumine la nef d’une lumière aveuglante et persistante. Je rentre le cou dans les épaules attendant le coup de tonnerre qui ne viendra pas. Je n’ose me tourner vers la Tarasque, juste à ma droite. A la limite de mon champ visuel, une forme monstrueuse se développe lentement, deux énormes pattes prennent appui sur les dalles, suivies par une tête effrayante, démoniaque. Une autre paire de pattes se détachent du mur puis une dernière. Le dos de la bête supporte une carapace d’écailles irisées hérissée de pointes plus sombres. Enfin, elle déplie sa queue terminée par un dard menaçant. Le monstre fabuleux s’introduit dans notre dimension dans un silence soufré. Les oracles ont disparu. La Diseuse de Vérité pulse lentement, langue de feu blanc reliant la terre au ciel.

La bête légendaire ouvre ses yeux couleur ambre clair. Elle gronde sourdement, ses muscles roulent sous la peau cartilagineuse. Elle secoue sa tête en fouettant l’air de sa queue. Ma pertuisane ne sera pas d’un grand secours aussi je commence à ânonner les prières de l’agonisant, persuadé que ma dernière heure est venue. Ne pas bouger, telle est la règle que l’on nous a enseignée lors de l’initiation. Ne pas bouger ou perdre la vie. La Tarasque se redresse de toute sa gigantesque taille devant le Protecteur, le toisant de son regard chélonien.

Celui-ci me semble être la marionnette de son glaive de feu. Plus vite que l’oeil ne peut le voir, la lame a paré un formidable fouet décoché par la Tarasque, le dard stoppé net à une main du visage du Protecteur. Toutefois la puissance du coup l’oblige à mettre un genou à terre. Le souffle de la bête caresse son visage. La gueule s’approche, les crocs brillent d’un éclat humide. Alors le Protecteur pousse un hurlement tout en portant un coup d’estoc qui le désarticule vers l’avant, la pointe de feu embrochant le dragon de part en part. Devenu Protecteur Sauroctone, il se redresse hébété, jetant des regards éperdus autour de lui.

L’animal fabuleux de dissout rapidement dans l’air surchargé de soufre. Bientôt il ne reste qu’un tas de vêtements. Je les reconnais : ce sont les manteaux des deux oracles. Un tas qui bouge faiblement ! Le Protecteur s’agenouille à nouveau et délicatement écarte les étoffes où apparaît le visage d’un chérubin, d’un nouveau-né qui braille soudain et c’est toute la tension accumulée qui retombe enfin. Il le prend avec précaution pour le présenter à l’assemblée et au Roi au-dessus qui lance d’une voix forte :

« Ecoutez tous ! L’enfant est né, fils des oracles, pour manifester clairement la volonté des Dieux. Cela sera donc la guerre que voulait sa Mère mais l’enfant rappellera à chaque instant l’espoir que son Père avait mis en nous ! »

M

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-09 13:44:17 

 WA participation (en retard, grrr) 1/3Détails
Je réclame l'indulgence du jury : ceci fut écrit dans la précipitation la plus totale et même un début de panique sur la fin...

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Un quartier plutôt huppé de Seine Saint Denis, minuit moins huit.

Une brise se leva et les nuages effilochés laissèrent apparaître les formes rebondies de la pleine lune. La clarté soudaine découpa les silhouettes fantomatiques d’immeubles bourgeois vétustes bordant des rues désertes. Ca et là, se dressaient des arbres décharnés, à l’écorce attaquée par les gaz d’échappement, aux racines asphyxiées par le bitume. Un vieux clochard, effondré contre le mur de la gare de RER, dormait emmitouflé dans une couverture élimée. L’air sec charriait une odeur de rouille et de frites refroidies.

Le vent souleva un tourbillon de feuilles mortes et les chassa sous le pont de chemin de fer, agitant au passage les affiches vantant des sites web de charme. Le souffle glacial poursuivit sa route dans les rues étroites, faisant le tour d’un panneau stop tagué, puis s’engouffra dans le couloir d’un immeuble. L’antique porte heurta violemment le mur et un carreau de verre jaune se brisa avec un son de cloche.

Même quartier, une maison qui a connu des jours meilleurs, minuit moins cinq.

Le couloir débouchait sur une cour intérieure cernée de murs lépreux. Le tourbillon automnal vint y mourir dans un dernier sifflement et les feuilles rouges formèrent une tâche de couleur incongrue sur la grisaille ambiante. Le sol de la cour était de ciment nu, zébré de fissures et moucheté des reliquats d’un carrelage verdâtre. De temps à autres, un lambeau de crépis moisi ou une plaque de mousse tombée d’une gouttière venaient s’y ajouter. Au deuxième étage, un peu de lumière filtrait entre les rideaux jaunis. Du troisième, résonnait le battement assourdi d’une musique électronique.

Un ancien bac à fleur, dans la cour de la maison, minuit moins une.

Dans un coin de la cour, derrière une pile de tôles ondulées, reposait un grand bac qui avait du contenir des fleurs, au temps où l’immeuble était une élégante maison de famille et non encore un HLM, éclaté en studios exiguës. Sur la terre décrépite ne poussaient plus désormais que des mégots noircis. Un insecte ovale, aux ailes brunâtres, y courait en zigzag, reconnaissant les environs de ses antennes minces, s’arrêtant un instant pour sonder un détritus puis recommençant sa ronde.

Un second cafard escalada le bac puis un troisième. Les deux insectes se croisèrent sur l’humus et se palpèrent un instant avant de reprendre leur route. Des colonnes de cancrelats noirs, bruns et ocres envahissaient à présent le bac dans un fourmillement de pattes, un crissement d’ailes, une sarabande de pièces buccales. Ils trottinaient dans le plus grand désordre, se grimpant les uns sur les autres, recouvrant la terre de leur pullulement. Quand le bac fut empli de la marée luisante et grouillante, l’un des insectes émit une stridulation syncopée et se dressa sur son abdomen :
- Amis cafards, ziitzz, bienvenus à notre assemblée générale !

Le martèlement enthousiaste de milliers de pattes répondit à cette déclaration. On amena une boite de thon rouillée et le crieur se jucha dessus afin que tous l’entendent. Il reprit de sa voix suraiguë, entrecoupée du sifflement de ses mandibules :

- Veuillez je vous prie accueillir la délégation des honorables représentants du rez-de-chaussée, krikri : Callypso, Carlos et Cassius !

Les trois élus s’avancèrent et la foule leur fit une haie d’honneur. Ils étaient grands, très sombres de chitine, et lançaient des « Salam alei kum » à la ronde avec jovialité. Ils représentaient les blattes résidentes du kebab en bas de l’immeuble. On amena des capsules de bières multicolores sur lesquelles ils prirent place. Puis, le crieur lança :

- Veuillez je vous prie, sreeeee, accueillir la délégation des honorables représentants du local à poubelles : Carmen, Carl et Cassandre !

Les cafards s’avancèrent à leur tour sous les applaudissements. Ils allaient à petite allure car ils étaient tous trois ridiculement obèses. Les plaques de leurs carapaces étaient distendues et leurs six pattes ployaient sous le poids de leur énorme abdomen. L’un d’entre eux grignotait négligemment une épluchure de clémentine.

Vinrent ensuite les délégués du premier étage, Casimir, Casper et Carolina. Ceux-là étaient mal en point car ils habitaient avec une famille nombreuse. Les bambins de leurs hôtes humains avaient trouvé amusant de leur arracher quelques pattes et antennes et l’un d’eux s’aidait d’une patte de bois en allumette pour marcher.

Les représentants du deuxième étage, Cathy, Camelia et Caius, les suivaient. L’étage était le domicile d’une vieille dame guindée, d’une propreté maniaque. Les trois cafards avaient développé des maladies de peau suite à l’excès de produits d’entretien et les teintes exotiques que prenaient leurs allergies étaient un sujet d’étonnement renouvelé pour leurs confrères.

Enfin, fermant le cortège, venaient les élus du troisième, Casey, Calvin et Callista. Ils résidaient chez un ingénieur informaticien et, bien qu’on ne comprit pas toujours ce qu’ils disaient, ils étaient fort populaires grâce à leurs gadgets. Ce soir-là, chacun d’eux portait une LED et ils avaient fière allure dans le chatoiement pourpre.
Tous les représentants du peuple blatte prirent place en demi-cercle face à la foule et quand les applaudissements déchaînés finirent par décroître, le crieur reprit sa harangue :

- Amis cafards, nous sommes ici pour débattre d’une question d’une importance capitale pour l’avenir de notre race, kkk.

Sur ce, il marqua une pause dramatique pour s’assurer de l’attention de l’auditoire. La foule était si captivée qu’on pouvait entendre le bourdonnement lointain du périphérique parisien. Il reprit :

- Depuis longtemps, nous cohabitions pacifiquement avec les humains, shrrr, dont nous pensions qu'ils étaient nos frères. En effet, ils nous nourrissaient et nous hébergeaient gracieusement, ziiitzritt. Ils semblaient partager les trois valeurs cafard : Surpopulation, Saleté, Satisfaction. Bien sûr, ils témoignaient par moments d’un sens de l’humour, akakk, douteux... Le crieur adressa un signe de tête aux éclopés du premier étage qui lui rendirent son salut. Mais dans l’ensemble, l’humain a toujours été le meilleur ami du cafard. Jusqu’à la semaine dernière...

L’orateur marqua de nouveau un temps d’arrêt et l’assistance frémit à l’évocation des horreurs des derniers jours. Un bébé blatte commença à pleurer et ses cinquante sept frères et soeurs éclatèrent à leur tour en sanglots étouffés.

- Oui, amis, frrron, ces jours ont été des jours noirs. Une nouvelle humaine est arrivée dans l’immeuble et a semé derrière elle dévastation et carnage, kriii.
Avec un engin aspirant pervers, elle a délogé tous les habitants de l’immeuble en détruisant leurs foyers : araignées, rats, cloportes. Beaucoup sont morts, ashrr ; les autres se sont enfuis. Puis, elle a répandu des produits chimiques sur le sol et jusque dans les poubelles. Nos sources de nourriture ont été polluées. Plusieurs des nôtres, kriikk ont péri ou sont grièvement blessés.
Cette créature diabolique en blouse verte a même tendu des pièges à nos frères, shreee. Elle a déposé d’appétissantes offrandes dans les coins mais ceux qui en ont mangé ont succombé au poison dans de terribles souffrances.

Un silence lugubre planait sur l’auditoire, encore sous le choc. De mémoire de cafard, on ne se rappelait nul événement aussi affreux. Le crieur continua sa harangue d’une voix forte :

- Il est évident à présent que l’espèce humaine s’est retournée contre nous, zrrtrtt, et veut notre perte. Nous ne pouvons croire à un incident isolé puisque cela s’est reproduit chaque matin, frrron.
Aussi, voici la question dont nous débattrons : faut-il déclarer la guerre aux humains ?
Deux orateurs ont été désignés par le conseil de l’immeuble, akakk, pour vous présenter les arguments antagonistes, rrrt. Callista du troisième étage parlera pour la guerre et Carl du local à poubelles parlera pour la paix.

Le crieur descendit de la boîte de thon et les deux orateurs y grimpèrent à leur tour.

... à suivre.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-09 13:48:22 

 WA participation 2/3Détails
Après une rapide partie de papier-caillou-ciseaux pour décider qui parlerait le premier, Carl recula d’un pas. Sa collègue parcourut du regard la foule attentive. Callista était une femelle cafard des plus séduisantes. Ses antennes articulées étaient longues et minces comme des fouets, ses quatre ailes d’une transparence de cristal. Elle dégageait une envoûtante senteur de rance. Elle prit la parole d’une voix vibrante :

- Mes frères et soeurs, nous vivons une tragédie !! Les humains, kreee, ont trahi notre confiance et nous ont blessés dans notre propre chair !

Oui, oui, scanda l’assistance ; et certains se tordaient les pattes de désespoir.

- Ils nous ont traités comme des nuisibles alors que nous accomplissons une oeuvre de santé publique en détruisant les déchets, frrrronrr. Qui est donc le plus nuisible ? Le cancrelat qui élimine les détritus ou l’humain qui les a produit ??

L’humain, l’humain, fredonna la foule, indignée par tant d’injustice.

- Pire que ça, shriii, les hommes nous ont traités comme des objets, nous déniant le droit de vivre ! Nous devons regagner le respect qui nous est du, kkk, par la force s’il le faut ! A bas la discrimination !!

Un déchaînement d’applaudissements suivit cette déclaration. Les auditeurs entrechoquaient leurs cerques abdominales pour marquer d’encore plus bruyante façon leur approbation. Callista se lissa gracieusement les antennes et reprit :

- Les produits chimiques ont corrompu nos sources alimentaires, rrritt. Il faut switcher ASAP sur le mode offensif avant que le black-out ressources n’impacte tous les users.

Un silence perplexe tomba tandis que l’assistance ouvrait de grands yeux. L’oratrice fit la moue :

- Pardon...
Comment allons-nous subsister les mois à venir ? Comment nourrirons-nous nos jeunes, zzitzz ? Que leur dirons-nous quand ils tendront vers nous leurs petites pattes avides ? Quand leurs ventres crieront famine ? Quand leurs petits yeux humides se lèveront vers nous ?

Toutes les mamans cafards essuyèrent une larme et tous les papas cafards leur mirent une patte sur l’épaule pour les réconforter en reniflant discrètement.

- Oui, mes frères et soeurs, shreee, c’est de notre survie qu’il s’agit ! Il faut lutter, sous peine de disparaître ! L’affrontement est notre seule solution. N’attendons pas que nos réserves s’épuisent pour réagir, akakkk ! Si cette situation continue ne serait-ce que quelques jours, nous courons à la catastrophe.
Et nous savons que l’ennemi n’a pas utilisé tout son potentiel de mort. Oui, nous savons de source sûre que les humains possèdent des armes de destruction massive !!

Un murmure d’horreur parcourut l’assemblée. Callista se lissa de nouveau les antennes avant de reprendre d’une voix altérée par l’émotion :

- Ils ont des gaz... des poudres terribles... des poisons encore plus violents que ceux dont nous avons fait l’expérience, shrikkk. Nos espions les ont vus dans la chambre de l’humaine à la blouse verte, srress. Les créateurs de ces armes ignobles poussent le vice jusqu’à représenter des cafards morts sur les emballages ! Contre cette barbarie, la guerre est la seule solution !!

La guerre, la guerre reprit la foule en choeur. Un peu partout, des poings griffus se levaient et on entendait claquer des mandibules. Des opposants à la confrontation se manifestaient également et chacun tentait bruyamment de convaincre son voisin. Le crieur dut appeler au calme en frappant un tesson de bouteille avec une vis. Le brouhaha s’apaisa progressivement et Callista reprit d’une voix douce :

- Enfin, kkk, je vous demande d’accueillir notre ami Carmelo.

Celui-ci s’avança péniblement. Il faisait peine à voir avec ses appendices tordus et rongés par les produits chimiques, sa chitine à demi corrodée. Il utilisait une armature métallique de bouchon de champagne comme déambulateur et dégageait une vague odeur de brûlé. Sur son passage, les blattes tendaient leurs antennes et l’effleuraient avec délicatesse pour lui manifester leur compassion. On hissa le pauvre bougre sur l’estrade tandis que l’oratrice continuait :

- Carmelo est l’un des survivants des atrocités de la semaine dernière. Il se promenait, frrr, dans le couloir lors de la première vague d’eau de javel. Raconte-nous ce qui s’est passé, Carmelo.

- Ben... je me baladais tranquille sur le carrelage, kriiikr... Je cherchais un truc à manger, normal quoi. Au loin, akakk, je voyais une grande forme verte avec un chiffon noué sur la tête et qui faisait des trucs et des machins. Et là, y a eu comme un nuage toxique. Ca puait, je pouvais à peine respirer ! Un peu comme au deuxième étage quand la vieille humaine fait le ménage mais pire, srisrii. J’ai entendu un roulement de tonnerre, je me suis retourné pour voir d’où ça venait et c’est là que je l’ai vue...

L’auditoire retint son souffle, attendant la suite avec anxiété, même si beaucoup connaissaient déjà l’histoire.

- Une énorme vague qui me fonçait dessus ! Un raz de marée de mousse puante ! J’ai pas pu l’éviter... J’ai été balayé, frofrro. L’eau chaude est rentrée dans mes trachées et le truc toxique a commencé à bouffer ma carapace. Ca me faisait un mal de chien, fshhh, et je pouvais plus respirer. J’ai appelé au secours et je suis tombé dans les pommes. Quand je me suis réveillé, dzziiit, je savais pas où j’étais. Je pouvais à peine bouger tellement j’avais mal. C’était horrible... Alors, j’ai rampé et j’émettais des phéromone de détresse... Pis, deux potes m’ont trouvé et me vlà...

- Tous n’ont pas eu cette chance, enchaîna Callista d’une voix étouffée en essuyant ses larmes. Beaucoup d’entre nous ont péri, riiirt. Dans cette assistance, nombreux sont ceux qui pleurent un frère, kreee, un ami, un enfant... Et ceux qui ont survécu sont aujourd’hui mutilés...
Mes frères et soeurs, je vous le dis : plus jamais ça ! Vengeance !!!

Oui, oui, répondit la foule avec ferveur, vengeance pour nos frères ! Mort aux humains !
Callista se retira en saluant sous les applaudissements déchaînés. Les cancrelats bondissaient sur place et des invectives guerrières fusaient du peuple en délire. Le bac à fleurs tout entier vibrait de la frénésie des insectes. Le crieur remonta sur la boîte de thon et réclama à grand peine le silence :

- Amis, nous venons d’entendre Callista, zrrizt, honorable représentante du troisième étage. Avant d’écouter son contradicteur, nous allons faire une petite pause car tout le monde doit avoir faim. Un buffet, kkk, et quelques rafraîchissements sont à votre disposition dans le coin du bac, shreee. La séance est levée pour un quart d’heure.

Oubliant instantanément toute velléité belliqueuse, les cafards se ruèrent avec un vorace enthousiasme vers le buffet. Des mets particulièrement appétissants avaient été disposés : moisi de pizza, épluchures de pommes de terre, marc de café et papiers gras. Les auditeurs se servirent du lait tourné et trinquèrent à l’avenir, quel qu’il soit, et à la démocratie. Des discussions passionnées s’engagèrent sur les derniers évènements. Même si l’oratrice avait été extrêmement convaincante, la majorité du public attendait la suite pour se faire une opinion définitive.

A peine leur portion engloutie, les bébés étaient partis jouer et ils couraient joyeusement en tous sens en poussant des cris perçants. Ils se poursuivaient, se chamaillaient, se roulaient par terre et sautillaient partout. Certains montaient sur l’estrade et faisaient semblant de discourir, déclenchant l’hilarité de leurs camarades. Quand l’entracte prit fin, les parents cafards eurent un peu de mal à les discipliner et durent administrer aux plus récalcitrants une tape sur chacune de leurs six pattes. Le crieur reprit son poste.

... à suivre.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-09 13:52:02 

 WA participation 3/3Détails
- Amis, veuillez je vous prie accueillir, ziitzzz, l’honorable représentant du local à poubelles.

Carl s’avança, son énorme ventre se balançant sur ses petites pattes. Sa carapace jaunâtre était constellée de tâches de ketchup. Il dut s’y reprendre à trois fois pour monter sur la boîte de thon et atterrit peu gracieusement sur le flanc, tout essoufflé. Après deux minutes de récupération, il prit la parole d’une voix calme :
- Chers compatriotes, la guerre n’est une solution à rien.
La guerre ruine, abîme, détruit, tue, estropie. Elle ne résout rien, kkk. Depuis la nuit des temps, le peuple cafard est pacifique. Il prône la non-violence, rirrrt, et l’harmonie. Devons-nous à présent renier nos convictions ?

Un silence pensif était tombé sur l’assistance. Chacun semblait peser le pour et le contre.

- La guerre est bonne pour les espèces dotées d’un intellect peu développé, gouvernées par leurs instincts primaires, shreeshree. Tous les animaux qui réfléchissent l’ont abandonnée depuis longtemps. Succomber ainsi à une pulsion de violence, rrtrt, serait nous avilir, nous rabaisser au rang de barbares. Je crois que nous valons mieux que ça, akakk. Trouvons une solution constructive et rationnelle !

Des applaudissements enthousiastes saluèrent cette déclaration. Nous valons mieux que ça, répétaient les auditeurs en se rengorgeant. Carl mit à profit l’interruption pour sortir un croûton rassis de sous son aile et l’engloutir. Il reprit posément :

- La raison nous incite également à examiner avec attention la situation, sresss. Ne prenons pas de décision inconsidérée, kkk, que nous pourrions regretter par la suite. Enquêtons au préalable et analysons les faits, shriii.
Voyons, que savons-nous des humains ? Ce sont des animaux charmants, aussi désordonnés, sales et prolifiques qu’il convient de l’être, shhhsh. La plupart d’entre eux se comportent avec nous de la plus aimable manière en mettant à notre disposition tout ce qu’il nous faut, krikriii : des lieux sombres et humides, de la chaleur et surtout, beaucoup de nourriture !

A ces mots, on entendit plusieurs estomacs gargouiller et il y eut des éclats de rire.

- Nous vivons avec les humains depuis qu’ils existent, frrron. Nos légendes racontent les ripailles de mammouth grillé, rrittt, à l’époque des cavernes et les festins de cuissot de cerf au temps des châteaux forts.

Les cancrelats du dernier rang lorgnèrent discrètement le buffet pour voir s’il ne restait rien à manger tandis que l’orateur continuait :

- Nous connaissons les humains, kreee, et nous avons appris à les apprécier. Ils sont comme nous. Je refuse de croire, kkk, qu’ils se soient du jour au lendemain ligués pour nous détruire. Rien ne prouve que cette humaine en blouse verte n’aie pas agit seule. Pour étayer mes dires, shrrr, je prie Camille de bien vouloir venir témoigner, zzzitz.

Carl fit signe de s’approcher à la jeune blatte. Celle-ci était fort intimidée et se recroquevillait sur elle-même comme si elle essayait de disparaître sous ses propres ailes. C’était une minuscule femelle brune, à l’abdomen délicat et aux mouvements gracieux. Elle monta sur la boite de thon, se retourna et resta un instant tétanisée par le spectacle de la foule. Carl lui entoura les épaules d’une patte et reprit :

- Comme vous le savez tous, frrroro, Camille fait partie de la brigade d’intervention secrète. Cette semaine, krikrii, elle a été chargée par le conseil des élus d’observer les faits et gestes de la nouvelle humaine. Dis-nous ce que tu as découvert, Camille.

- Euh... l’...l’...l’ennemi n’est pas comme les... les autres... les autres humains, ashrrr. Il n’y a pas de lit dans... dans sa chambre. Ni de four. Ni de frigo. Juste des bou... bou... bouteilles de produits toxiques, kkk, et des chiffons. Et ça ne sent pas la nourri...nourriture comme dans les autres chambres mais juste le chimique. Et l’ennemi arrive le matin, zitzittt, et elle re... repart le soir. Elle n’habite pas dans l’immeuble.

L’assistance mit un moment à assimiler ces révélations et leurs implications. La rumeur enfla progressivement tandis que chacun faisait part de ses supputations à ses voisins qui répondaient par les leurs. Quand tous les yeux se retournèrent vers lui, Carl rangea la moitié de frite qu’il mâchonnait sous sa carapace. Il reprit avec assurance :

- Jugez-en vous-même, sreee, cette humaine est différente. Nos locataires n’ont sans doute rien à voir avec elle, akkak. Il ne serait pas juste qu’ils payent pour des crimes qu’elle a seule commis.

Il se retourna vers l’espionne pour la remercier et celle-ci prit congés avec précipitation pour disparaître dans la foule. Carl prit un air sérieux et poursuivit :

- Je veux maintenant attirer votre attention, shriii, chers compatriotes, sur un point important. Même s’il s’avérait que la guerre soit justifiée, fshhh, nous ne sortirions pas indemnes d’un tel conflit. Les humains sont très puissants et les pertes seraient lourdes, rttrt.
Considérons qu’un cafard, shriik, pèse en moyenne deux grammes et demi et un humain soixante quinze kilos, sresss, considérons également qu’un humain peut générer quelques six cent watts, rttrt, pour attaquer et un cafard un cinquième de watt, considérons enfin qu’il y a douze humains et onze mille deux cent vingt huit cafards dans l’immeuble, zitzitt. Si l’on rapporte la masse réciproque, kkk, des deux espèces à la puissance développée, on démontre facilement qu’il faudrait que nous soyons plus de cent cinquante mille pour avoir une chance.

Le public était totalement absorbé par le calcul et les systèmes nerveux chauffaient sous l’effort. Avec un peu d’imagination, on eut bientôt vu de la vapeur s’élever du bac à fleurs dans l’air nocturne. Carl asséna l’incontestable vérité :

- Il est mathématiquement impossible, shreee, de battre les humains.
Certes, nous sommes courageux, dynamiques et inventifs. Mais toutes ces qualités, rrrtt, ne feront pas le poids. Ce n’est pas la lâcheté mais bien le réalisme qui doit nous pousser à chercher une alternative. Au lieu d’opter pour une escalade de la violence, privilégions la négociation, shriik. Et si cela ne marche pas, nous prendrons le maquis le temps de revoir notre stratégie. Chers compatriotes, donnons une chance à la paix.

Un tonnerre d’applaudissements rendit hommage à cette noble déclaration. A cet instant, chacun était fier d’appartenir à une race aussi avisée et réfléchie. L’assistance se leva pour saluer l’orateur et on entendit résonner quelques « hourra pour la paix ». Carl se laissa glisser en bas de l’estrade, atterrit lourdement sur le dos et rejoignit les autres élus.

Pendant les minutes qui suivirent, l’auditoire examina pensivement les options et on discuta ferme dans les rangs. D’aucun voulaient laver leur honneur dans le sang ; on leur répondait qu’il n’y avait nul honneur dans la violence. Quelques uns souhaitaient tenter leur chance contre les humains, d’autres non. D’aucun préconisaient de ne pas faire des jeunes des orphelins ; on leur répondait qu’il valait mieux être orphelin que morts de faim. Finalement, le crieur reprit sa place et s’adressa une fois encore au peuple des insectes :

- Amis cafards, vous avez à présent entendu les arguments des deux courants de pensée, ashrshrr. Nous allons procéder au vote. Que ceux qui sont pour la guerre lèvent la patte !

Les cancrelats votèrent dans un joyeux désordre, le crieur opérant le décompte des voix. On dut s’y reprendre à plusieurs fois car, dans leur enthousiasme, certains avaient levé plusieurs pattes. Finalement, on se rendit compte qu’en additionnant les pour et les contre, on n’aboutissait pas au total des votants. En effet, les plus indécis avaient jugé pertinent de voter pour les deux options à la fois. Le résultat était tout de même sans équivoque : autant de voix des deux côtés.

Après proclamation des chiffres, une confusion indescriptible s’empara de la foule. Chacun tentait furieusement de convaincre son voisin, à grand renfort de phéromones argumentatives et de frôlements d’antennes empathiques. Le conseil des élus cherchait également une solution équitable à l’indécision générale. Finalement, le crieur remonta sur sa boîte et annonça :

- Amis cafards, dans sa grande sagesse, le conseil a choisi d’opter pour un compromis, rrritt : éliminer uniquement l’humaine à la blouse verte. Que ceux qui sont pour lèvent la patte !

Cette proposition recueillit l’unanimité. Après avoir passé quelques instants à louer le conseil et à se féliciter de l’avoir élu, tous les auditeurs se mirent à soumettre des façons de tuer l’ennemi :

- Enduisons l’escalier d’huile à frites avant son passage, shriii !
- Mettons un steack cru dans sa poche et lâchons le pittbull du voisin !
- Branchons son engin aspirant sur la ligne à très haute tension, akakk !
- Dévissons les charnières des fenêtres pour le jour où elle fait les carreaux du troisième !
- Empoisonnons son sandwich avec de la poudre anti-cafards !
- ...

Quand le soleil se leva sur la banlieue parisienne, que le ronflement des voitures et le grincements des rideaux de fer qu’on lève envahirent à nouveau les rues, l’inspiration homicide des cafards n’avait toujours pas décru...


Merci à John Payson pour son film Joe’s apartment, sans qui ce texte n’eut pas existé.

Est', FDEER.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2006-12-09 14:07:07 

 Clap clap clap!Détails
Moi aussi, je frappe mes pattes l'une contre l'autre pour témoigner de ma satisfaction :)
D'abord, chapeau pour l'univers original et drôlement bien décrit; ensuite, les argumentations des deux parties sont très convaincantes, bien différenciées, travaillées. Moi, j'aime beaucoup!
Je trouve juste qu'il manque un 4/3 (mais peut-être l'auront-nous dans le prochain exercice?) : alors, guerre ou pas guerre???

Elemm', espantée

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-09 14:21:33 

 Beuh !!! J'avais pas fini de le publier !Détails
Je viens de mettre le dernier paragraphe !!! J'avais pas eu le temps de le relire ! Retournes-y, ça devrait te paraitre plus complet ! Merci pour les compliments, heureuse que tu aimes !!! (^_^)

Est', à la bourre.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2006-12-09 14:27:57 

 MdrrrDétails
Ha ha ha, moi je suis une LGV :p

Et du coup, c'est encore mieux avec la fin ^^
Merci pour ce bon moment!

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-09 14:32:39 

 Excellent !!!Détails
Tu lis plus vite que ton ombre !
Merci à toi de me lire !!! Lecteurs, je vous aime !

Est', enthousiaste.

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Fladnag  Ecrire à Fladnag

2006-12-10 09:05:00 

 WA 6 - Commentaire EstellanaraDétails
Très bon texte super original (je ne sais pas combien de temps tu aurais voulu y passer encore, mais il me parait tres bien abouti ;o)

J'ai bien aimé l'argumentation scientifique du cafard du local a poubelle, je ne m'y attendais pas... pour une fois que la science est au service de la paix ;o)

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2006-12-11 19:20:03 

 commentaire Estellanara, ex n°6Détails
Ravie de t'accueillir à nouveau dans la WA!
J'ai bien aimé les deux argumentations, la femelle faisant cas d'être traitée comme un objet ( très juste), et se préoccupant des enfants ( normal), le mâle, au demeurant fort habile, beaucoup plus abstrait et scientifique ( j'ai adoré sa démonstration!).
Au total un texte excellent qui valait bien qu'on l'attende un peu, et que j'applaudis à mon tour.
Ceci dit, entre nous, et sans vouloir en rien diminuer ton mérite, je persiste à dire que la WA est une série d'exercices...pas forcément longs, pas forcément structurés comme une nouvelle de Concours...
L'impression globale que j'ai en lisant tes trois textes c'est que tu serais plus à l'aise dans un roman. J'ai le sentiment que tu as du mal à renoncer à tout dire; or dans une nouvelle, seul l'essentiel doit apparaître, sous peine d'affaiblir le texte, contrairement au roman, où tout est une question de souffle... et tu n'en manques pas! Ne te vexe pas de ma remarque, c'est très bien, ce que tu fais. Mais penses-y ...
A qui peut donner beaucoup...

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2006-12-12 18:05:20 

 Mirci !Détails
C'est justement là mon problème : je ne sais pas faire court. J'ai un problème avec l'esprit de synthèse. Toute idée se met à vivre sous mon crâne et se multiplie joueysement jusqu'à ce que le texte fasse plein de pages...
Par exemple, les cafards, j'en avais comme qui dirait plein la tête tout le temps. Je marchais tranquille dans la rue et boum ! j'avais une idée pour eux. Alors, je la rajoutais. Même maintenant, les cafards chantent et dansent dans mon esprit et je me dis "mince, j'aurais pu rajouter ça".
Tu vois, même pour le premier exercice avec la phrase "je le frappai de plusieurs coups de couteau", je n'avais pas pu renoncer à en faire un truc complet. Et du coups, j'avais dépassé le nombre de lignes.

Plus à l'aise dans un roman ? Pfouyouyou ! Déjà que je mets des années à écrire une nouvelle et que la plupart restent inachevées car ayant trop trainé, que serait-ce si j'écrivais un roman ?! J'ai essayé autrefois mais ça prenait des proportions démentes et j'écris avec une lenteur desespérante. Il s'agissait d'un roman de vampires, un peu sentimental, un peu dans l'espace. Il s'est écoulé plusieurs années entre le début et la moitié et du coup, mon style avait totalement changé. J'avais changé également de mentalité et je trouvais le début tartignole. Je l'ai laissé tomber.

Si j'écrivais plus vite, je m'y remettrais peut-être mais il me semble que je dois d'abord maîtriser des formats relativement courts. C'est plus facile. Cela dit, je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait que je n'accepte pas de ne pas tout dire. Quand j'écris un personnage qui me plait, j'aime le mettre en valeur et lui donner l'occasion de s'exprimer.
Certes, en délayant trop, on affadit. C'est pour cela que je limite les dialogues et les descriptions. J'en écris d'avantage puis je résume.
Je ne me vexe nullement et j'approuve des deux nageoires mais je préfère continuer à m'exercer sur des formats modérés en attendant de trouver un jour peut-être un vrai rythme.

Est', qui espère vous avoir fait changer d'avis sur les cafards.

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z653z  Ecrire à z653z

2006-12-15 15:48:40 

 Sexe de l'auteurDétails
J'ai eu du mal à me dire que c'était un garçon vu la demande éplorée au papa. J'ai pensé à un garçon manqué avec les autres détails décrits.
Sinon, c'est très bien écrit (il faudrait que je commente plus souvent).

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