Version Flash ?

Messages FaeriumForum
 Ajouter un message Retour au forum 
 Rechercher un message Statistiques 
 Derniers messages Login :  S'inscrire !Aide du forum 
 Afficher l'arborescence Mot de passe : Administration
Commentaires
    Se souvenir de moi
Admin Forum 
 Derniers commentaires Admin Commentaires 

 WA, exercice n°147 Voir la page du message 
De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Dimanche 17 janvier 2016 à 22:11:25
A vous tous, auteurs et lecteurs, je souhaite une excellente année 2016. Puisse-t-elle être sereine, remplie de joies et de merveilleuses découvertes. Puisse-t-elle combler vos désirs et vous donner l'occasion de combler les désirs de ceux que vous aimez. Puisse-t-elle vous faire rire et vous offrir l'illusion que la vie est facile... Juste pour 366 jours...
Et donc... pour cette nouvelle WA, je vous propose un challenge périlleux. Positiver l'insoutenable...
Votre héros (ou héroïne), qui s'exprimera à la 1° personne du singulier ( je), va découvrir qu'un de ses proches parents, ascendant ou descendant (en clair parent ou enfant) est un horrible criminel, dans le genre sérial killer, sociopathe sans pitié et sans remords, je ne parle pas de voleurs de poules! Face à cette situation dramatique, il (elle) va se battre pour que l'espoir perdure.
Je veux du lourd, du tripal, du violent. Je veux que le lecteur en sorte choqué, transi, traumatisé. Ils adorent ça, ils en redemandent, et pire, ils sont prêts à payer pour ça! Juste pour qu'ils se disent que leur vie étriquée et banale est finalement une grande chance!
Allez, soyez généreux, offrez du bonheur à vos lecteurs!
Vous avez jusqu'au jeudi 18 février pour faire trembler dans les chaumières! Je vous laisse libres du style et du genre. Mais je veux que ça bouscule et que ça dérange!
Narwa Roquen, le Défaiseur ne passera pas!


  
Ce message a été lu 7855 fois

Smileys dans les messages :
 
Réponses à ce message :
Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2016-02-18 22:51:15 

 WA, exercice n°147, participationDétails
Gentille maman




C’est quand les flics m’ont convoquée à propos de la petite du boulanger que j’ai commencé à me poser des questions. Avant, je n’avais rien vu, ou rien voulu voir. Mais cette histoire a réveillé en moi des échos douloureux.
Et l’angoisse.
Cette peur de la peur. Cette torture sourde. Cette solitude trouble et pesante. C’est sûrement ma faute. L’angoisse, c’est vorace et opaque. Ca vient de nulle part, ça se jette sur vous pour vous dévorer et on n’y voit rien à travers. Mais qu’est-ce que j’ai fait de mal ?
La petite était tombée dans la Garonne. Un passant avait plongé et l’avait sauvée. Elle accusait mes enfants de l’avoir poussée. Elle était simplette, les parents étaient de braves gens, il n’y aurait pas de suite.
J’ai confié les jumeaux à ma voisine Léa, en qui j’ai toute confiance. C’est une obsessionnelle de la sécurité, et je savais qu’elle ne les aurait pas quittés des yeux.
Je suis allée marcher dans les bois avec Ellie, ma bergère allemande. C’est une reine. Elle a marché à mon flanc, négligeant les pistes odorantes et les terriers entrouverts. Elle sait quand j’ai besoin de protection.
Et c’est remonté.
« Clémence... Ta maman souhaite que je te dise certaines choses, parce qu’elle est trop bouleversée pour te les dire elle-même. Tu sais ce que ça veut dire, bouleversée ? »
J’avais fait « non » de la tête. J’avais six ans, j’étais plutôt timide et cette grande personne dans ce bureau glacial me faisait penser que j’allais me faire gronder et je ne savais pas pourquoi.
« Ca veut dire qu’elle a beaucoup de chagrin. »
Maman avait tout le temps du chagrin. Elle essayait de se cacher mais je savais bien quand elle avait pleuré. Elle ne me disait rien, alors moi non plus. Quand les adultes n’ont plus de mots, c’est que c’est très grave. Et à six ans, on ne peut pas les aider. Une fois j’ai dit « Je t’aime, maman, je serai toujours sage». Mais elle a pleuré encore plus, alors après je n’ai plus rien dit.
« Ton père a été très méchant et il a fait de très vilaines choses. Il a été condamné par la justice et il va rester en prison pendant très longtemps. Ce n’est pas ta faute. Il t’aime et il t’aimera toujours et tu as le droit de l’aimer aussi. Mais il va rester en prison. »
Je n’ai rien compris.
Le soir j’ai demandé « Où est papa ? ». Maman a éclaté en sanglots. Je n’ai plus posé la question.
Je ne sais plus comment, peut-être en cherchant quelque chose dans les tiroirs de ma mère, un jour j’ai découvert un article de journal où on disait que mon père avait violé et assassiné trois enfants. J’ai cru que je ne respirerais plus jamais.

J’ai fait des cauchemars, j’avais tout le temps envie de vomir. On m’a emmenée voir une psychiatre. Elle était... douce, accueillante, belle. Ses mots coulaient comme du miel, apaisant mes horreurs, illuminant ma nuit. J’aurais aimé l’avoir pour mère. Elle ne pleurait pas, ses mots donnaient du sens à ma vie. J’ai survécu.
Je n’ai jamais revu mon père. J’étais sûre de ne pas être comme lui. Je travaillais bien à l’école, j’avais des amis, on disait de moi que j’étais gentille. J’ai épousé Henri, un garçon honnête et travailleur, vétérinaire. Silencieux. Mais droit. A vingt-cinq ans j’ai eu les jumeaux, Noah et Noémie. Le plus beau jour de ma vie.
Ils avaient leur monde à eux, c’étaient des jumeaux, il paraît que c’est normal. Quand ils faisaient une bêtise, Noah (délégué aux relations extérieures) disait :
« C’est pas nous. C’est Nono. »
Ce Nono, je savais pas qui c’était. Un être imaginaire ? Je soupçonnais juste Noémie de dicter ces paroles à son frère. J’avais lu. Un des deux dirige l’autre, et le non-dominant parle aux étrangers. Même moi, pour eux, j’étais une étrangère. Les jumeaux pensent qu’ils sont le Monde. A eux deux, ils ont l’altérité. Il y a eux, et les autres, insignifiants et vains. Inutiles. Ils sont le Tout, ils n’ont besoin de rien d’autre. De personne d’autre. Je les ai grondés quand je les ai surpris en train de décapiter vif un mulot. D’arracher les ailes des grillons. De battre le chat des voisins après l’avoir attiré avec du jambon. Je leur ai expliqué, je les ai punis. Je n’ai pas été indifférente, je n’ai pas été laxiste. Et ils ont failli tuer la fille du boulanger.
Je m’arrête. Ellie s’arrête. Elle me regarde. Il y a tout l’amour du monde dans ses yeux. Je m’accroupis, je la caresse. Je m’en veux de lui faire porter ça, mais elle me fait comprendre que ça ne la gêne pas.
Alors je pleure et je m’en veux de faire comme ma mère. J’hallucine. Je rêve que j’entends la voix d’Ellie qui me dit : « Tu n’es pas ta mère. Tu n’es pas ton père. Tu es toi, tu es quelqu’un de bien. Pleurer n’est pas un crime. Moi, je t’aime. »



J’ai retrouvé Ellie morte deux semaines plus tard, dans le jardin, la gueule ouverte comme pour chercher de l’air.
Les jumeaux ont eu l’air étonné, mais pas tristes. Le soir même au dîner j’ai réfréné ma colère et j’ai dit :
« Je ne sais pas qui a tué Ellie. Mais si c’est vous, sachez que je trouve ça cruel et inadmissible. J’aimais cette chienne, et elle ne faisait de mal à personne. »
Noémie a levé vers moi ses grands yeux bleus candides, et Noah m’a souri.
« Tu es notre gentille maman. Nous t’aimons beaucoup. Nous n’avons rien fait de mal.
- Alors c’est Nono ? » ai-je lancé presque malgré moi.
- Ah... c’est possible », a souri Noémie sans un battement de cils.


J’ai commencé à avoir peur. Je les surveillais du coin de l’oeil, en me demandant de quoi ils étaient capables. Je ne doutais pas une seconde que ce soi-disant Nono n’était que l’alibi qu’ils se donnaient, une sorte d’entité malfaisante issue de leur couple et nommée d’après leurs deux prénoms. Génétique ou pas, j’étais leur mère, et si quelque chose pouvait être fait pour infléchir leur tendance criminelle, cela était de ma responsabilité.
Je les ai envoyés chez deux psychiatres différents, deux fois par semaine. C’était compliqué pour les horaires, mon patron me regardait de travers, j’ai payé des taxis.
Au bout de trois semaines, la psy de Noah, un mastodonte brun plus ou moins femelle, m’a convoquée et m’a déclaré d’un ton bourru :
« Votre fils va très bien. Il n’est pas autiste, il n’est pas hyperactif, il n’est pas dépressif. Il n’a pas besoin de soins. »
J’ai payé.
Au bout de six mois, à 100 euros la séance (très partiellement remboursés par la Sécu), la mignonne petite et frêle blonde qui recevait Noémie m’a souri une fois de plus sur le pas de sa porte en me tendant la main pour recevoir son chèque.
« Noémie, va t’asseoir dans la salle d’attente. J’ai à parler avec cette dame.
- Mais madame, je... »
Les yeux papillonnants, elle a reculé sous ma charge jusqu’à son bureau. Son côté innocent ne faisait que renforcer ma colère. La gentille, c’était moi. Ca avait toujours été moi. Donc elle faisait partie des méchants. Des pires méchants, ceux qui se déguisent en gentils.
« Je veux savoir où vous en êtes avec ma fille. Les dessins, la pâte à modeler, c’est très mignon, mais ça me coûte un bras, un bras très peu remboursé. Je vous écoute. »
Elle aussi m’a regardée de ses grands yeux bleus candides, mais j’avais ça à la maison, ça ne me faisait plus rien. Elle a articulé comme une Barbie traquée par un psychopathe :
« Votre fille... est vraiment très intelligente, très... sensible... Elle vous aime beaucoup... mais elle a l’impression que vous ne lui faites pas confiance, et c’est très douloureux pour une petite fille de dix ans... Votre... hem... histoire personnelle... Je conçois... Sans doute projetez-vous sur elle des affects incontrôlés... Je peux vous recommander un confrère qui vous aiderait... »
J’étais en mode combat. Cette petite mijaurée et ses diplômes à la noix m’ont fait tourner au vinaigre, après tout j’avais des excuses, j’avais du sang de tueur dans mes veines. Je me suis laissée aller à exprimer le fond de ma pensée, au nom de tous les parents escroqués par des marchands d’angoisse.
« Vous vous foutez de ma gueule, là ? Mes jumeaux ont tué ma chienne et failli noyer une gamine, et c’est moi qui déconne ? J’ai déboursé 5400 euros pour entendre ça ? Je ne suis pas une vache à lait, je gagne 1800 euros par mois et si ma fille a réussi à vous mettre dans sa poche, ça prouve qu’elle est intelligente, c’est sûr, mais ça prouve aussi que vous êtes une sacrée nunuche. Et vous pouvez vous asseoir sur vos derniers cent euros, vous n’en verrez jamais la couleur. Faites-moi donc un procès, si vous ne craignez pas que cela nuise à votre réputation. »
J’ai embarqué ma fille et je suis partie sans payer.
Mais le soir, dans mon lit, c’était vraiment dur. Je n’avais pas envie de pleurer. J’avais trop de chagrin pour ça, et trop de peur. En plus le virement d’Henri n’était pas arrivé, c’était la première fois en dix mois, mais va savoir... J’étais à découvert de trois cents euros. Et on n’était que le dix du mois. Ellie me manquait. Mais pas question de mettre un autre animal en danger. Et comment faire pour joindre Henri ? Ouagadougou, c’était tout ce que j’en savais.
Mes idées étaient confuses. Des enfants. Ce n’étaient que des enfants. Dont le grand-père... Une malédiction ? Ou simplement les lois de Mendel ? Comment devient-on criminel ?


Je l’ai fait. J’avais juré que jamais, mais ce n’était pas pour lui. J’ai posé une journée, et je suis allée à Fresnes. Ma demande avait été acceptée. Par précaution, j’avais pris une boîte postale juste pour ça. Même Léa n’était pas au courant.
Vingt fois j’ai failli m’enfuir. Dire à ces gens qui me toisaient que ce type, je le connaissais pas, que j’en avais rien à foutre, qu’il pouvait crever. J’avais deux enfants à sauver, si c’était possible.
Enfin il est entré dans la pièce. Vieux. Les yeux comme des poignards. Terrifiant, et je n’avais pas besoin de ça. J’aurais dû prendre un anxiolytique. Ou au moins du Gelsemium. Je crevais de trouille. Alors j’ai pensé à Ellie. C’était la plus gentille des chiennes, mais le jour où un type m’a bousculée dans la rue, elle a grogné, montré les crocs et elle était prête à lui sauter dessus. Le gars a reculé, s’est excusé. Si Ellie avait pu le faire...
Je ne souris pas.
« Bonjour, Papa.
- Ma petite fille... Tu as bien grandi... Je n’aurais jamais imaginé te revoir avant de mourir... Mais je suis bien content ! Comment vas-tu ? Tu as du travail, tu es mariée ?
- J’ai du travail, je suis mariée. J’ai deux enfants, des jumeaux.
- Ah, magnifique, je suis grand-père ! Raconte ! Tu as une photo ? »
Je montre la photo (j’avais prévu).
« Noah et Noémie. Dix ans.
- Ah... Ils sont splendides. Tu dois être fière d’eux ! Oh... Ils ont mes yeux, tu ne trouves pas ? Ils sont un peu coquins, non? Noémie, surtout... elle a l’air diablement intelligente... »
Ces mots-là me font frémir. Mais je ne vais pas lâcher. Ellie est avec moi.
« Papa... Comment as-tu pu devenir un criminel ? »
Ses yeux me transpercent. Mais j’ai tout barricadé, il n’y a rien à voir. Je suis sûre de ne pas être comme lui.
« Ce n’est pas pour toi que tu me demandes ça, n’est-ce pas ? Toi, tu n’es pas comme moi, tu es gentille, tu as toujours été gentille. Tu étais mon rayon de soleil. Tu m’as tellement manqué...
- Papa, s’il te plaît...
- Noémie ? Ah, ils sont jumeaux... Les deux, peut-être... »
Je me tais. Je sais que je ne suis pas de taille. Je peux juste résister, pas plus.
« Tu as raison. Si je peux t’aider, je te dois bien ça. Vois-tu... »
Il se cale sur sa chaise, en se reculant un peu, et un étrange sourire apparaît sur ses lèvres, il ferme les yeux.
« Tout enfant déjà, j’ai éprouvé le bonheur de tuer. Des animaux, petits d’abord, puis plus gros. C’est... c’était... une jouissance... »
Il ouvre grand les yeux, et les ombres qui les illuminent sont d’immenses flammes sombres. Je ne détournerai pas le regard. Je fixe son nez. Je suis à l’abri. Il faut qu’il m’explique.
« Mais les enfants... Comment te dire... Je me suis pris pour Dieu, et Dieu était d’accord pour partager son pouvoir avec moi, sinon il m’en aurait empêché, tu ne crois pas ? Ta mère était parfaite, mais... le sexe, c’était une corvée pour elle, et à la longue, pour un homme, c’est chiant... J’aurais pu la tromper, je crois que je l’ai fait, une fois ou deux, mais ça ne me suffisait pas... Et puis je me suis souvenu... Et c’était trop bien... Un sentiment de toute-puissance, une érection digne des plus grands acteurs de X, sauf que là c’était moi, et c’était pour de vrai... Ah... quel pied... Alors forcément, tu comprends, quand tu as vécu ça une fois, tu recommences... Tu ne peux pas résister...
Je ne sais pas pourquoi. Je suis né comme ça. Indifférent au mal. Juste envie de me faire plaisir. Je peux concevoir la douleur des familles. Si quelqu’un t’avait fait ça à toi, je l’aurais tué de mes mains... Mais ce plaisir-là, c’est au-dessus de tout... Ce que les autres en penseront... on n’en a vraiment rien à foutre... Mais tu vois, j’ai quand même fait des progrès. J’avais une perpète avec une sûreté de vingt ans, et ça fait dix ans que je leur demande de ne pas me laisser sortir. Je fais exprès de raconter des horreurs aux psys. S’ils me relâchent... Je ne peux jurer de rien. Il suffirait d’une toute petite occasion... Et même, je suis encore capable de partir en chasse... Personne ne peut me guérir de ça. Alors si tes enfants...
- Mes enfants vont bien, Papa. Je voulais juste comprendre.
- Tu n’es pas du genre à vouloir comprendre. Tu es comme ta mère. Tu acceptes et tu pleures. C’est louable de te battre pour sauver tes enfants. Mais tu n’y arriveras pas. Ils sont nés comme ça. Et je les envie d’être dehors et de pouvoir... »
Je me suis levée. Le gardien m’a ouvert la porte. Je me suis retrouvée dehors. Et Ellie m’a manquée plus que jamais.




Les virements d’Henri se sont arrêtés. Pas de réponse à mes mails. Etait-il toujours en Afrique ? Comment le savoir ? En attendant, j’ai rogné sur tout. J’ai fait des heures sup. Un jour mon patron m’a proposé une formation en informatique, pour moi qui ne dépassais pas le stade du copié-collé, et encore, en regardant chaque fois mon petit carnet. Contrôle A pour sélectionner, puis Contrôle C... J’ai ramé, j’en ai rêvé la nuit, j’ai refait les leçons sur mon ordi jusqu’à pas d’heure, j’ai vidé des litres de café, avalé des tonnes de chocolat noir pour ne pas m’endormir... Je ne sais pas pourquoi je me suis autant accrochée. Sans doute le Dieu qui joue aux dés avec notre destinée m’en avait-il intimé l’ordre.
J’ai appris beaucoup de choses.
Suffisamment en tout cas pour avoir les moyens d’en apprendre plus.
Alors j’ai cherché de l’aide, et j’en ai trouvé. Bénie soit la communauté des geeks.
Encore que... Mais jusqu’à quand peut-on s’enfouir la tête dans le sable ? Tôt ou tard, la réalité vous rattrape toujours. C’est moins douloureux si on a pris l’initiative de la dévoiler.
Je me suis servie de mes connaissances toutes neuves.
J’ai cherché l’adresse IP d’Henri, et je l’ai trouvée.
Et là, j’ai vraiment eu peur. C’était chez moi.




Je n’ai jamais passé une journée aussi longue que celle qui a suivi ma découverte. Moi qui n’avais jamais menti, j’ai affiché une humeur joviale au travail, et plus difficile encore, à la maison. Je me sentais menacée, et sans savoir au juste de quoi, j’avais décidé que je survivrai. J’avais besoin de temps pour réfléchir. J’ai couché les jumeaux. J’ai pris ma guitare, j’ai laissé mes mains courir dans des arpèges réguliers, volontairement monotones. Je me disais que tant qu’ils m’entendraient jouer j’avais un alibi, ils ne chercheraient pas plus loin. L’esprit libre, je me suis concentrée sur ce qui me préoccupait vraiment. Mes enfants n’aiment pas la musique. Peut-être parce que l’apprentissage d’un instrument demande un certain effort, et que les enfants intelligents sont habitués à la facilité. Ou peut-être, ou plutôt, parce qu’on ne peut pas tricher avec la musique.
La dernière fois que les jumeaux avaient vu Henri, c’était l’année passée. Je les avais mis dans le train pour Quimper, et il les avait récupérés. La maison venait de sa famille, elle était tout près des falaises. Une petite maison bretonne, avec des volets rongés par le sel des embruns, qu’il fallait traiter deux fois par an. Ca sentait le moisi, on y avait toujours froid... Mais Henri y avait passé toutes ses vacances d’enfant, et il en avait hérité à la mort de ses parents. Les premières années du mariage, on y allait tous les étés. Henri passait tout son temps à bricoler, réparer, repeindre. Un jour j’ai craqué, j’ai loué un petit appartement à Narbonne. Là au moins, il faisait chaud et les enfants pouvaient se baigner sans risque. Il n’est pas venu, il est parti en Bretagne, seul. Et après il m’a fait la gueule. Longtemps. Et puis il a voulu faire un break pour réfléchir. Et il n’est pas revenu. Mais bon, on n’était pas divorcés. Il prenait les enfants pour les vacances, puisqu’il avait déménagé là-bas.
Donc il m’avait téléphoné pour me dire que tout allait bien. Puis un mail pour me donner l’horaire d’arrivée du train, le dimanche soir. Il avait terminé en me disant « je t’aime », ce qui m’avait interpellée, ça ne lui ressemblait pas. Mais comme il m’annonçait en même temps qu’il partait sur une mission de plusieurs mois à Ouagadougou, je ne l’ai pas rappelé.
Et depuis, tous ses mails étaient émis depuis mon ordi. Donc par eux. Donc... J’ai fait une fausse note. Coup de stress. J’ai continué à jouer en espérant qu’ils n’avaient rien remarqué. Il y avait sûrement une infime probabilité que je me trompe. Un accident... Avant de réfléchir plus avant, il me fallait une absolue certitude.



« Bon voyage ! Amusez-vous bien !
- Gentille maman, tu vas nous manquer... »
Noah semblait au bord des larmes, ce qui me fit penser qu’il n’était pas moins doué que sa soeur. Et puis après tout, peut-être même pas. Il était possible aussi qu’il m’aime. Et aussi Noémie.
J’avais fait croire à Léa que j’avais gagné des places pour Disneyland, et la voilà partie avec sa fille, les deux miens et son mari. Moi, j’avais trop de travail. Et pour de vrai, une urgence bretonne.




La porte était fermée à clef, et elle n’était ni sous le paillasson, ni sous les pots de fleurs. Mais, chose que les jumeaux ignoraient, Henri m’avait laissé un double. Je suis entrée. Et ça puait... J’ai mis trois kleenex sur mon nez. Ce qu’il restait d’Henri était couché dans son lit. Je n’ai pas vérifié que c’était lui, mais qui d’autre ? J’ai couru dehors pour aller vomir dans le jardin. J’ai respiré un peu, et je suis rentrée à nouveau dans la maison, avec toujours mes Kleenex sur le nez. Il n’avait pas changé la combinaison du coffre. Les jumeaux ignoraient son existence, mais je n’avais pas oublié. Il y avait plusieurs liasses de billets. Je les ai prises. Question de survie.
J’ai refermé à clef, je me suis forcée à reprendre la voiture pour qu’on ne me voie pas dans les parages. Je me suis garée sur la première aire d’autoroute. Epuisée. Terrifiée. Horrifiée. Etais-je en danger ? C’était possible. Mais d’autres l’étaient sûrement, et je ne pouvais pas laisser faire. J’ai ouvert la boîte à gants. J’ai posé mon problème dedans, en promettant de le reprendre dès mon arrivée. J’ai conduit sans encombre jusqu’à chez moi. J’ai remis le problème dans la poche de mon manteau. Et je suis partie me coucher.


Le dimanche matin, il y avait un message sur le répondeur du fixe.
« Ma fille chérie... J’ai demandé une libération conditionnelle, et je l’ai obtenue. J’ai bien compris que tu t’inquiétais pour les jumeaux, et je ne peux pas te laisser seule face à cela. Je suis le seul à pouvoir t’aider, de toutes les manières. C’est toi que je protègerai en priorité. Tu comprends très bien ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Je serai chez toi lundi 25. Je suis tellement content de te revoir ! Je t’embrasse, à bientôt. »
Une semaine.
Je n’ai pas besoin de lui.
Ellie, au secours !
J’irais bien marcher dehors mais si les jumeaux rentrent avant l’heure après avoir assassiné Léa et sa fille et son mari et qu’ils me suivent et que...
Clémence, tu délires.
Un café.



Personne ne touchera à un cheveu de mes enfants.
Jamais.
« Oh, gentille maman, c’était bien, c’était bien !
- Mais c’était long aussi, tu nous as manqué !
- Oh oui, tu nous as manqué !
- Mes chéris, mes amours ! Je vous promets que ça n’arrivera plus. Je me débrouillerai, mais je ne vous manquerai plus jamais. Nous serons toujours ensemble. »
Tous deux me regardèrent avec dans les yeux un émerveillement de bonheur infini, et ils se jetèrent dans mes bras et ils y restèrent longtemps. Ils étaient probablement sincères. Ce n’étaient encore que des enfants.





Ah, je ne vous l’ai pas dit. Je suis préparatrice en pharmacie. C’est mal payé, mais quelquefois ça peut aider.
C’était samedi soir. Crêpes Nutella-chantilly. Ils s’en sont empiffrés. Et comme il fallait s’y attendre, vers minuit, ils avaient tous les deux mal au ventre et envie de vomir. Je leur ai préparé une nouvelle tisane, dont on m’avait dit le plus grand bien.
« Là, mes chéris, j’ai ajouté un peu de miel d’acacia... Très vite vous n’aurez plus mal... »
Noémie a rouvert les yeux un instant.
« Gentille maman... tu as fait ça ?
- Ne t’inquiète pas, ma chérie, il me reste de la tisane... Dors bien... »
Quand j’ai été sûre qu’ils ne respirent plus, je me suis versée un grand bol et je me suis installée sur le canapé. Mes ennuis étaient finis. J’étais heureuse. Je pouvais profiter de la nuit silencieuse, la paix était revenue sur le monde, tout était bien. J’ai soulevé la tasse et je l’ai portée à mes lèvres.
Et puis sans savoir pourquoi, je me suis levée, j’ai pris mon sac et mon manteau, j’ai fermé la porte à clef et je suis allée prendre le premier vol en partance pour Paris. Et puis, Caracas. Pourquoi pas ?


Confortablement installée dans un petit hôtel tranquille, j’ai flâné joyeusement sans lire les journaux ni consulter le moindre ordinateur. Un soir, au dîner, le serveur qui parlait un peu français m’a demandé :
« Vous avez vu cette histoire, en France ? Il y a vraiment des fous... Ces pauvres jumeaux... »
J’ai réussi à garder mon calme.
« Ah ? Non, je n’ai pas lu les journaux, je suis en vacances. »
Je me suis forcée à finir mon assiette pour asseoir mon innocence, puis je me suis précipitée vers un cybercafé.
Partout sur le net repassait en boucle l’interview que mon père avait accordée à un journaliste.
« ... Je n’ai pas pu m’en empêcher. Je suis un criminel récidiviste, vous savez. J’ai étranglé mes petits-enfants et puis j’ai tué ma fille. Je n’étais pas obligé, c’est surtout les enfants qui me font plaisir. Mais je me suis dit qu’ainsi elle ne souffrirait pas. C’était une personne très sensible, voyez-vous. Après, j’ai jeté son corps dans la Garonne, et je voulais en faire autant avec mes petits enfants, et puis je n’ai pas eu le courage. Ils étaient si beaux, endormis sagement dans leurs petits lits... Je les ai regardés pendant tout le jour et toute la nuit. Je savais bien que ça ne pourrait pas durer. Alors j’ai eu envie d’en parler à quelqu’un... Je vous ai appelé, monsieur Baratin, parce que je sais que vous êtes un journaliste honnête. Et j’ai aussi appelé la police. Ils viendront me cueillir à la fin de l’interview. Alors prenez votre temps, hein, posez-moi toutes les questions que vous voulez... Des regrets ? Pourquoi j’aurais des regrets ? Je suis un criminel, je me suis fait plaisir. Et j’ai offert à ma fille une vie meilleure, elle qui avait tant souffert de mon absence. Non, pas de regrets. Que du bonheur. »



J’ai changé de nom, j’ai changé de vie. Je me suis inventée un père qui m’a sauvée de l’incendie de notre maison et qui est mort de ses blessures. Ugo est très gentil avec moi, il m’aime beaucoup. Il a juste du mal à accepter que je ne veuille pas avoir d’enfant.
Narwa Roquen, vacances de quatre jours, ceci explique cela

Ce message a été lu 6237 fois
Maedhros  Ecrire à Maedhros

2016-02-20 19:59:46 

  WA - Participation exercice n°147 editDétails
A LA TABLE DES MONSTRES


La bande-son

Mon père avait un rituel invariable quand il remontait des sous-sols.

Il s’arrêtait dans la buanderie où ma mère avait ses machines. Il y avait aussi un grand évier de pierre marbrée. C’était le petit lavoir dans lequel ma mère lessivait les immenses draps blancs qu’elle étendait ensuite dans l’enclos derrière la maison. Au-dessus du grand robinet en cuivre, au long cou de cygne, une niche était creusée dans l’épaisse muraille, la place attitrée d’un gros morceau de savon de ménage dont ma mère se servait avec des gants.

Je voyais mon père remonter ses manches jusqu’au coude, ouvrir à fond le robinet, faisant gicler l’eau avec force, et empoigner le bloc de savon. Il me faisait un clin d’oeil dans le grand miroir qui surplombait l’évier. C’était un code secret entre nous. Le temps du partage. Le temps de la réunion tant attendue. Il est loin ce temps-là, hein, Commandant ? Bien loin.

Mon père prenait tout son temps pour se laver les mains. A la manière des chirurgiens, il ne s’arrêtait pas aux mains. Il passait le savon sur ses poignets et remontait jusqu’en haut de ses avant-bras. Il frottait fort et longtemps. Le savon de ménage décapait tant sa peau qu’elle en devenait écarlate. Mais il n’en avait pas fini. Il prenait une brosse et il recommençait. Trois fois. Jamais plus, jamais moins. La musique de l’eau qui tambourinait contre le fond de pierre m’évoquait ce chant limpide et frais qu’entonnent, après une rude bataille, à la fois les vainqueurs et les vaincus. Vous voyez à quoi je fais allusion, hein, Commandant ? Ce chant éphémère qui réconcilie les guerriers venant de s’entre-tuer pendant de longues heures. Ce chant qui accompagne le crépitement des brasiers allumés sur la plaine, où amis et ennemis, les corps se consument sans distinction de grade ou de privilège.

Une fois son méticuleux nettoyage achevé, mon père s’essuyait avec autant de soin. Il utilisait les torchons que ma mère empilait pour lui sur la margelle de l’évier. Ils étaient toujours propres et sentaient le frais. Elle les changeait chaque jour.

Mon père était un gaillard de plus de sept pieds, une vraie force de la nature. Quand il avançait de son pas lourd et traînant, on aurait dit le Destin en marche. Ses pognes étaient énormes, tels des battoirs. Mais peut-être était-ce mes yeux d’enfant qui les voyaient ainsi. Mon père, c’était mon héros. C’est ce que sont les pères pour leurs fils, hein, Commandant ? Je n’ai pas les mots qui vont bien mais c’est dans l’ordre des choses, non ? Quel fils ne voit-il pas son père comme ça ? Bon, je vous accorde que, comme le Père Noël, ces choses ne durent qu’un temps. Mais moi, j’avais l’âge d’y croire encore. Sinon mon histoire serait banale et je ne perdrais pas mon temps à vous la raconter. Nous avons mieux à faire, non ?

Donc, j’ai six ou sept ans. Et nous sommes sur Belliqueuse.

Belliqueuse est une planète des Systèmes Extérieurs, autant dire au-delà de la frontière de l’Empire, bien après la dernière station de l’Astrométro. Arrivé là, il faut encore prendre la Crémaillère des Etoiles, ce tortillard qui se traîne à des vitesses infra-luminiques. On voit peu de Voyageurs sur Belliqueuse. Il faut dépenser beaucoup trop de chrono-crédits pour s’y rendre. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

C’est quoi, Belliqueuse ? Une planète de type standard aux immenses forêts et aux lacs profonds. Pas d’industrie lourde, pas de technologie de pointe, aucun artefact alien, une immigration formée aux métiers de la forêt et de la pêche. Cela a donné naissance à une société de type médiéval, castes et châteaux, seigneurs et féodaux, codes rigides et quêtes initiatiques, le tout couronné par une mythologie fondée sur d’invincibles héros et peuplée de magiciennes jeteuses de sort et d’une galerie de créatures fantastiques. Un Gloubi-Boulga d’influences mal définies régurgitées à la va-vite. Heureusement, les fonctionnaires de l’Astroport et des Services Impériaux veillent avec efficacité et nonchalance. Tant que les quotas sont remplis, ils n’interviennent pas. Le Gouverneur Impérial peut dormir du sommeil du juste dans son palais flottant en orbite basse au-dessus de la ceinture équatoriale.

Je suis né à l’ombre d’un château dont le Seigneur, un Prince, possédait un domaine forestier qui couvrait une partie non négligeable du troisième plus grand continent. Avec ma famille, j’habitais une tour adossée à la muraille intérieure, à un jet de pierre du donjon seigneurial. Bien sûr, notre tour n’était pas aussi haute mais elle dépassait les faîtages d’ardoise des maisons pelotonnées contre la muraille extérieure du château, le plus loin possible des bois qui montaient à l’assaut de la vaste butte seigneuriale.

Dans mon souvenir, quand je regardais l’horizon de la meurtrière de ma chambre, j’avais l’impression d’être sur une île battue par les flots d’un océan vert profond. Je savais que des monstres vivaient sous la surface, sous la canopée. Ils étaient capables d’avaler d’une seule bouchée l’imprudent qui s’écartait de la route en plastbéton qui reliait le Château au réseau des voies terrestres continentales.

Au pied de la butte, formant une lisière à la courbure parfaite, des conifères géants en rangs serrés balançaient leurs lourdes branches sur un rythme lent et incessant, inquiétant. Quand vous les fixiez trop longtemps, cela finissait par vous taper sur les nerfs. J’ai entendu que le vent pouvait avoir ce genre d’effet. Le vent des fous, qu’on l’appelle, sur certaines planètes. Sur Belliqueuse, son équivalent, c’est cette danse des arbres, et elle, elle peut vraiment rendre fou. Le feu, le fer et les machines avaient peut-être jugulé la forêt mais, à intervalles réguliers, un bûcheron ou un technicien arboricole, ou même un membre de la maisonnée princière, ne rentrait pas à la nuit tombée. Les équipes lancées à sa recherche rentraient toujours bredouilles.

Au coin de l’âtre, les anciens racontaient, lors des longues veillées d’hiver, qu’une nymphe d’une beauté surnaturelle hantait la forêt. Une beauté inhumaine bien sûr, le côté anthropomorphique des contes et des légendes ! Ils disaient que tous les arbres étaient ses amants. A l’aide de puissants enchantements, elle leur enjoignait de venir partager sa couche quand elle le désirait. Les anciens murmuraient que les enfants qui bourgeonnaient de cette étrange union possédaient de longs cheveux de bruyère et une peau dure et crevassée comme une écorce végétale. Ils les appelaient, en se signant trois fois d’affilée, les Anges de la Forêt. Des Anges exterminateurs, bien entendu ! Ceux qui avaient la malchance de contempler leurs yeux lumineux et mordorés, n’y voyaient qu’une seule chose. Une ultime image. La vision de leur terrible trépas.

La nymphe était furieuse contre les humains mais elle était impuissante contre leurs machines. Alors elle se vengeait quand elle surprenait un téméraire ayant surestimé ses capacités. On le retrouvait, bien après sa disparition, coincé entre les racines immergées d’un grand saule, comme si l’arbre l’avait foulé à ses pieds. Sur son visage se lisaient une épouvante sans nom et la trace d’une indicible douleur, sans compter les vilaines plaies qui déchiraient un peu partout son corps supplicié.

Je vous ai prévenu. Ma planète porte bien son nom. Vous pensez peut-être que tout ceci est pure superstition ? Peut-être. Mais quand on pense à tous les évènements qui nous ont conduits ici, l’un et l’autre. Songez-y un instant. Songez à la somme de toutes les circonstances accumulées ayant permis cette rencontre ! Impossible de la traduire en équation rationnelle n’est-ce pas, mais vous êtes là et vous écoutez mon histoire. Alors, continuons.

Mon père n’était pas noble mais nous vivions sous la protection tutélaire du Prince. Cela nous conférait un statut particulier. J’avais le droit de fréquenter les lieux interdits aux Serv.... Ah oui, vous ignorez sans doute ce que sont les Serv ? C’est un terme tiré du Contrat de Service, le contrat standard que signent les techniciens embauchés par les Seigneurs, sur Belliqueuse. Cela fait référence, parait-il, à un concept bien plus ancien, mais celui-là, je ne connais pas. Bref, mon père n’était pas un Serv. Pour un enfant de six ou sept ans, cela le rendait presque aussi puissant que le Seigneur lui-même et lui accordait de droit la place enviée du Roi de la Montagne, quand il jouait avec ses petits camarades.

Nous pouvions prier dans la chapelle seigneuriale, quand aucun membre de la Maison Princière de s’y trouvait, bien sûr. Nous avions droit à une petite part des venaisons et des récoltes du château, et cela subvenait à tous nos besoins. Nous avions même quelques automates domestiques encore opérationnels, quand le Château les remplaçait par des modèles plus récents.

Ma mère m’adorait. Elle me préparait toujours de succulentes brioches ou des pâtés en croûte qui fondaient sous la langue. Elle avait eu une grossesse compliquée. Le soleil de Belliqueuse possède une force gravitationnelle qui ne ménage pas les organismes exogènes. Ni les esprits du reste. Elle avait voulu braver les recommandations sanitaires de l’Empire en enfantant selon les règles naturelles. Elle a souffert pendant huit mois et je n’ai vraiment respiré qu’au bout de plusieurs minutes incertaines. La ménine toute ridée qui m’avait nettoyé, juste après la césarienne, s’était signée quand elle avait remarqué la tache qui ombrait mes lombaires. Une tache pâle et verdâtre où elle avait cru reconnaître une forme sylvestre. C’était à ses yeux une marque funeste.

Mon père avait ri en me prenant dans ses bras. Il m’avait levé au-dessus de lui et il paraît que je me suis arrêté aussitôt de pleurer. Mon père m’a rendu à ma mère et n’a pas dit un mot. Mais ma mère m’a confié qu’il avait été très fier et très ému de ma réaction.

Venons-en au fait. Le temps passe et j’aime raconter les histoires. J’avais donc six ou sept ans. L’âge où les pères sont des héros et les mères, pas encore des saintes. Mais ça, vous le savez, non ?

C’était un matin.

J’étais allé observer les gens d’armes du Princes sur le terrain d’entraînement aménagé derrière la muraille nord. J’aimais bien voir les machines bourdonnantes s’éveiller sur leur socle et les prologrammes reconstituer les différents types de terrains qu’on trouvait sur Belliqueuse. Sous les ordres d’instructeurs sourcilleux, les hommes du Prince menaient d’impressionnants assauts contre des preneurs d’otages d’outre-espace ou contre des éco-rebelles en tenue de camouflage. Mais la plupart du temps, ils s’évertuaient à sécuriser une clairière arrachée de force à la forêt primordiale. Ils repoussaient les assauts des créatures ou des éléments lancés par la Nature hostile. Des tsunamis végétaux, des pluies canopéennes transformant les chemins en bourbiers d’où jaillissaient des homoncules terreux aux bras démesurés et à la force herculéenne. Il y avait aussi des moustigres aux dards barbelés, des sangsues sauteuses qui vous arrachaient la gorge pour boire à la jugulaire et les mimonkeys, les singes mimétiques qui s’insinuaient sous les tentes pour tout saccager à l’intérieur. Les répliqueurs reproduisaient fidèlement les comportements et les stratégies. Les blessures, plus ou moins graves, n’étaient pas rares malgré les mesures de sécurité qui entouraient les exercices.

J’ai surpris, à plusieurs reprises, des conversations qui tournaient autour de la Nymphe qui était supposée régner au coeur de la forêt. D’après la légende, elle vivait dans un endroit où les règles de la physique étaient différentes des nôtres. Aucun chemin humain ne conduisait jusqu’à lui. C’était un lieu inviolable et secret appartenant à une autre dimension.

De toute ma vie passée sur Belliqueuse, je n’ai jamais aperçu cette Nymphe. Je n’ai lu aucun rapport digne de foi ayant jamais rapporté des preuves tangibles de son existence. Plus tard, j’ai compris. Bien plus tard. Vous ne m’écoutez pas. La douleur est trop forte ? Je vais essuyer la bave rougeâtre qui suinte de vos lèvres. Ne bougez pas, vous souffririez bien davantage. Vous êtes toujours avec moi ? Bien. Bien. Mon histoire n’est pas finie. Regardez, je pose mes mains. Elles vous font peur, je sais. Elles ne tremblent jamais.

Tenez, à propos de mes mains, j’ai lu un vieux texte. Il remonte à des temps où les mots n’étaient encore écrits que sur du papier. L’imprimerie, ils appelaient ça. Des gens écrivaient des histoires et d’autres gens les lisaient. C’étaient une sorte de commerce, voyez-vous. Des mots contre de l’argent, bizarre non ? Bref, j’ai lu l’histoire d’un joueur que le jeu a perdu. Un joueur qui aurait pu être sauvé par l’amour d’une femme mais qui a préféré l’enfer du jeu et la déchéance qui allait avec. Cette admirable femme a cru pendant quelques heures qu’elle avait vaincu la malédiction et rompu le cercle infernal. Mais non, celui qui avait juré qu’il remettait sa vie entre les mains de sa bienfaitrice, avait bafoué sa parole et avait replongé dans son vice pour ne plus jamais remonter. Une histoire tragique comme l’était l’époque, je suppose. Et bien, l’auteur avait fait une description minutieuse des mains de ce joueur pendant le jeu et c’était ahurissant la façon dont elles semblaient douées d’une vie propre. La magie des mots est fascinante, même s’ils remontent à des temps pré-Egiréens. Ils arrivent à faire vibrer le présent. Quand j’eus fini de lire cette histoire, j’ai regardé mes mains et je vous jure que j’ai ressenti la même émotion.

Dans l’arène, l’entraînement allait bon train. Peut-être avais-je eu soif ou avais-je cru entendre ma mère m’appeler, je ne m’en souviens plus. Mais, pour une raison ou une autre, je suis revenu chez moi. Ma mère n’était pas là. L’automate de service s’activait dans la salle commune, ses cardans grinçant de sinistre façon. Je me rappelle leur bruit désagréable. La machine n’allait pas tarder à tomber en panne. C’est là que j’ai remarqué la porte ouverte, tout au fond du couloir ; La porte menant aux sous-sols ; celle qui faisait face à la buanderie ; celle que refermait mon père derrière lui. La porte défendue.

A six ou sept ans, on joue à l’aventurier, au magicien de l’espace ou au commando Orion, la crème des spacemarines impériaux. On joue à des jeux qui font appel à l’imagination. Alors, un petit pas après l’autre, je me suis approché de la porte. Je m’attendais à ce que mon père en jaillisse et me barre le chemin. Mais il n’est pas apparu. J’étais sur le seuil et mon ombre s’allongeait déjà sur les marches qui m’invitaient à la suivre. Je n’étais pas une poule mouillée, non. J’ai posé mon pied sur la première marche. Le monde ne s’est pas écroulé. Aucune grosse voix ne m’a hurlé de reculer. J’éprouvais une sensation de puissance enivrante. J’ai posé mon autre pied sur la seconde marche et rien ne s’est passé non plus. Une main sur le mur, j’ai continué jusqu’en bas. Il y avait un couloir qui aboutissait à une salle au sol pavé d’où partaient trois autres corridors.

J’ai emprunté celui de gauche, en sachant que je ne devais pas faire ça. Mais à six ou sept ans, les interdits sont relatifs. Que pouvait-il m’arriver ? Mon père était là, non ? Une porte s’encadrait dans la paroi et elle était entrouverte. Je percevais des murmures et des soupirs, des voix désincarnées et des bruits métalliques. C’était intriguant. Je suis parvenu à la hauteur de la porte. Elle s’ouvrait sur une pièce assez étriquée. Elle m’a fait penser à une chambre d’hôpital : des murs blancs, des appareils chromés munis de tubes souples, des cadrans, des oscilloscopes et des flacons suspendus. Il flottait des odeurs entêtantes de produits chimiques. Au centre, sous une couronne de lumières aveuglantes, il y avait un grand fauteuil articulé comme ceux des cabines de téléconsultation. Un homme s’y trouvait attaché, sur lequel se penchait une forme spectrale qui ondoyait sous le violent éclairage. Cela ressemblait à une chrysalide fantomatique à l’intérieur de laquelle quelque chose se mouvait. A l’époque, cette vision m’apparut simplement monstrueuse. Je revois encore la bouche ouverte et démesurée de l’homme sanglé dans le fauteuil. Il devait hurler mais je n’entendais qu’un sifflement ténu et inoffensif.

Soudain, mon père fut devant moi. Je redevins d’un coup le petit garçon désobéissant. Mon père était grand, je vous l’ai dit. Ce jour-là, il me parut immense, sa tête paraissait toucher le plafond. Il portait une curieuse tenue qui réfléchissait bizarrement la lumière. C’est à ce moment que j’ai aperçu ses mains. Elles étaient rouges et poisseuses. Des gouttelettes sanglantes se formaient lentement au bout des doigts. Quand leur poids devenait trop lourd, elles s’en détachaient au ralenti pour plonger vers le sol dallé sur lequel elles explosaient en silence. Mais dans ma tête, c’était aussi assourdissant que le fracas des mines qui délogeaient, dans la forêt, les souches millénaires. Les mains de mon père étaient immobiles le long de son corps mais elles semblaient prêtes à me sauter à la gorge.

J’eus la sensation d’être face à deux monstres dérangés dans leur occupation et qui voulaient me faire payer cet outrage. Deux monstres habités d’une sourde fureur, ramassés et attendant que mon père les libère sur moi. C’était si palpable que d’effroi, j’ai reculé. J’ai levé la tête. J’ai vu le visage de mon père et ses yeux brillaient d’une fièvre étrange. Il n’a pas crié mais son expression était bien pire. Je me suis mis à trembler.

« Remonte, vite ! »

Ce fut les seuls mots que prononça mon père. Ils ont résonné comme le premier coup de tonnerre avant l’orage. J’ai tourné les talons et je me suis enfui, en sentant son regard dans mon dos. D’une traite, j’ai voilé au-dessus de l’escalier et je me suis précipité à l’air libre où j’ai télescopé ma mère qui revenait vers la maison. Elle a compris tout de suite. Elle m’a passé un gant d’eau froide sur le visage puis elle m’a serré entre ses bras et m’a embrassé.

J’avais six ou sept ans. La vie reprit son cours. Tout avait changé mais aucun mot ne fut échangé sur ce qui s’était passé dans la salle du sous-sol. Nous continuâmes à vivre comme avant. Mon père poursuivit son rituel. Je n’ai jamais posé la moindre question, ni à lui ni à ma mère. Cela resta à l’intérieur.

Et puis j’ai grandi. Mon père devint moins inaccessible, plus humain, plus ordinaire, comme tout ce qui m’entourait. J’ai compris certaines choses et le monde devint moins surnaturel autour de moi. J’ai appris les arrangements et les dissimulations. C’est à ce moment que j’ai senti mes mains, ces mains que vous voyez là, s’éveiller à la vie, appelant en moi des instincts ancestraux. Ma mère a reconnu la première cette transformation. Elle a soupiré et a détourné la tête. Mon père n’a eu aucune réaction mais, à partir de ce jour-là, j’ai vu l’inquiétude qui naissait dans son regard quand il le posait sur mes mains. Il voyait ce que j’avais vu dans la salle du sous-sol. A chaque repas, quatre monstres se faisaient face, de chaque côté de la table et ils se reconnaissaient. Il advint de moi ce qui devait advenir. J’ai trouvé ma place dans la société. Il n’y a pas de Nymphe sur Belliqueuse. Il n’y en a jamais eu. Aucun papillon chatoyant ne naîtra jamais de la chrysalide de plastique. J’ai fait voeu d’allégeance, comme mon père longtemps avant moi.

Les chiens ne font pas des chats, mais ça, tu le sais, hein, Papa?


M

Ce message a été lu 6447 fois
Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2016-09-04 22:02:28 

 Commentaire Maedhros, WA n° 147Détails
Quel délicieux mélange de SF et de Faërie... Marion Zimmer Bradley aurait apprécié. Le vent fou me rappelle "la planète aux vents de folie", encore qu'à Toulouse on dit que l'autan peut rendre fou...
L'histoire est bien construite, ménageant le suspense jusqu'au bout. Horrible, oui, peut-être, mais on a bien compris depuis le début qu'on était loin des Bisounours et que les autorités étaient complices. Et puis, frissonner quand il fait chaud, quel luxe!

Bricoles:
- quand aucun membre de la maison Princière de s'y trouvait: ne
- d'une traite j'ai voilé au dessus de l'escalier: volé?
- Il y a un Commandant, qui est prisonnier de ton héros. Mais tu ne dis strictement rien de cette situation. Au début on pense que le héros, prisonnier, passe aux aveux. Et puis tu exprimes très clairement que le vaincu est le Commandant. Alors, quelques phrases explicatives seraient les bienvenues.

C'est une bonne histoire, bien écrite. Tu possèdes un vocabulaire SF que je t'envie, l'intrigue se tient - sauf en ce qui concerne la motivation du héros à raconter sa vie.
C'est effrayant, mais suffisamment distancié pour qu'on n'en rêve pas la nuit suivante. La découverte de la monstruosité par le héros enfant est tout à fait juste.
Pourquoi j'ai le sentiment que ça aurait pu être plus fort? Peut-être sur le moment où le héros bascule dans la succession criminelle, étrangement sans aucun état d'âme. Je pense que tu devrais étoffer la fin. On peut assumer le statut de monstre, et c'est cette acceptation qui serait intéressante.
Comme tel, c'est sympa. Mais tu connais Madame Plus, jamais contente...
Narwa Roquen, qui se ressemble toujours...

Ce message a été lu 6259 fois
Maedhros  Ecrire à Maedhros

2016-09-18 20:41:23 

 Le crime de MédéeDétails
Dans ce récit à la première et dernière personne, rôdent des fantômes. Ceux qui se glissent la nuit venue hors des placards où on les enferme à double tour, où qui tendent un bras de sous le lit quand on cherche à tout prix le sommeil sans savoir si cela sera un refuge ou un piège. J'ai pensé à ces histoires qui jettent le trouble durant les repas de famille quand la conversation échappe à la vigilance des plus vieux. Alors on se regarde gêné par-dessus les assiettes, juste au bord de l'abîme, tout près de la frontière de la no-go zone familiale. Comment ça, cette bonne vieille tante Mathilde...? Cela commence souvent comme ça. Quelques mots anodins et puis tout devient glissant et on bredouille des demi-phrases jusqu'au rappel à l'ordre qui coupe court au malaise, au plus grand soulagement de tous

Je sais, c'est une bien trop longue introduction mais c'est ainsi que j'ai ressenti cette histoire de monstres génétiques, vous savez, comme ces maladies qui sautent une génération pour mieux s'épanouir. Il y a, entre les protagonistes de cette histoire, la mère, le père, les enfants, dans le désordre bien sûr, des liaisons dangereuses et des jeux interdits, incompréhensibles pour le monde extérieur. Il y a aussi de curieuses propriétés mathématiques à l'oeuvre dans le dénouement où les extrêmes s'annulent, afin de rompre l'infernale continuité des gènes, pour aboutir à une équation produit-nul.

Dans la première partie du récit, in media res bien sûr, on sent monter l'inquiétude et l'im^puissance de cette mère confrontée à un présent qui lui tend le miroir de son passé. Ensuite, elle lutte, avec les maigres moyens qu'elle a à sa disposition. Mais comment combattre la fatalité génétique? C'est très bien vu. Il y a une dimension tragique, au sens mythologique du terme, dans la résilience dont fait preuve cette femme. Elle ira jusqu'à pénétrer dans l'ombre d'un passé lourd et maudit pour tenter d'échapper au destin qui lui est promis mais peine perdue, elle répétera le geste commis par la reine Médée. Et son salut peut-être inattendu viendra de celui qu'elle n'attendait pas et qui éteindre les lumières de ce petit cabinet des horreurs.

C'est une histoire circulaire qui s'enroule sur elle-même jusqu'à la suffocation, celle qui étreindra à jamais ces enfants. Ces enfants terribles dans lesquels la mère voit grandir l'ombre de son propre père. Quand je vous disais qu'il s'agissait d'une histoire psychanalytique que n'aurait pas renié Freud! La scène de la prison est un des moments fort. Elle se place dans le récit comme le verrou qui saute et qui permettra la suite. Bien vu les prénoms des enfants jouant avec le nom de l'ami imaginaire et qui, d'origine hébraïque, signifient "reposé", calme ou "apaisé"!.

Juste un bémol en ce qui concerne l'interview du père que je trouve trop direct et trop basique par rapport à l'ensemble du récit.

M
qui salue ton retour parmi nous!

Ce message a été lu 6078 fois
Estellanara  Ecrire à Estellanara

2017-01-10 15:14:24 

 WA 147 Maedhros : commentaireDétails
Hum, un titre intriguant !
"Quand il avançait de son pas lourd et traînant, on aurait dit le Destin en marche." : joli.
Mystérieux, cette histoire de sous-sol. Je me doute que le père y fait un truc pas racontable, qui nécessite ensuite de faire disparaitre toute trace de ses mains.
Sympa le nom de la planète Belliqueuse.
La technologie n'est pas utilisée et la société a régressé ? Curieux... Ah si la technologie est encore utilisée par les riches.
C'est quoi une ménine ?
Sympa, la description des dangers de la forêt primordiale.
Héhé, je commence à deviner que ce commandant à qui il parle a eu un petit accident de forêt...
OK, j'ai rien compris. Quelle transformation ? Quatre monstres ? Les mains du père et du fils ? Ils sont pas censés être trois dans la famille ?
Et c'était quoi cette chrysalide ? Et c'est qui ce commandant ? C'est le père, le serial killer du sujet ?

Deuxième lecture : go !
OK, il se passe un truc horribe en bas, que le père veut soigneusement laisser en bas, d'où ce lavage rituel qui laisse penser que ce qu'il fait en bas lui répugne.
Il y a une allusion aux mains du père. Il y a donc bien un truc spécial avec les mains.
Y a un truc inquiétant en rapport avec la forêt. Les habitants se sont forgé le fantasme de la nymphe et des hybrides humains.
Tu balances pas grand chose comme indice sur le commandant...
OK, le narrateur est né avec la marque de la forêt, si je suis bien, qui préfigure ce qui va lui arriver.
L'histoire semble suggérer que la légende de la nymphe, et donc les disparitions de bûcherons, s'expliquent en quelques sortes par ces mains spéciales du père et du narrateur.
La scène où le commandant bave du sang semble suggérer que le narrateur est en train de le torturer avec ses mains.
Et l'anecdote sur le livre suggère que les mains du narrateur ont une vie qui leur est propre.
La chrysalide pourrait être un scaphandre d'isolement comme ceux des scientifiques dans E.T.
Le père torturerait donc quelqu’un avec l'aide d'un scientifique ? Et directement avec ses mains. La métaphore suggère que les mains spéciales ont un rapport avec la forêt.
A la première lecture, je pensais que les deux monstres étaient le père et la chrysalide mais non, ce sont les deux mains du père.
OK, les quatre monstres à table sont bien les mains du père et du narrateur. Je me demande pourquoi la mère n'est pas touchée. La dernière phrase suggère que la malédiction est génétique.

Bon, j'ai compris le plus gros, je pense. La plus grande zone de flou reste :
- qui est le commandant ?
- qui est cette chrysalide pour laquelle le père et le fils semblent torturer des gens ?
- quel est le lien entre ces mains vivantes et tueuses et la forêt ?

Trucs et machins :
"Quel fils ne voit-il pas son père comme ça ?" : à mon avis c'est pas correct.
"Elle a souffert pendant huit mois" : avait
"je n’ai vraiment respiré" et verbes suivants : idem, concordance des temps

C'est un vrai jeu de piste que de te lire : stimulant !

Est', en pleine lecture.

Ce message a été lu 5924 fois
Estellanara  Ecrire à Estellanara

2017-01-12 14:12:46 

 WA 147 Narwa : commentaireDétails
Déjà, rien que le titre est jubilatoire !
Tu rends très bien l'incompréhension et l'impuissance des enfants face aux affaires des adultes.
Rho peuchère, quelle histoire horrible, ce père...
Ah le côté mystérieux et angoissant des jumeaux ! J'adore ! Ça m'a toujours fascinée. Ceux-là sont inquiétants à souhait.
La narration est très réaliste. Tu suggères la séparation des parents avec "le virement d’Henri".
Waouh, le personnage du père est flippant, le vrai génie du mal ! Juste ambigu comme il faut.
Ah, Google, notre meilleur ami, à la rescousse !
What ? Henri écrit de chez lui ? Ah la vache, ses enfants sont eux aussi des génies du mal ! Ils s'organisent des vacances loin d'elle pendant lesquelles ils doivent donner libre court à leurs plus bas instincts.
Cela dit, reste la possibilité que la narratrice soit en pleine parano.
Glaçant comme la narratrice remet en cause toute possibilité de sentiment humain chez ses enfants depuis qu'elle a parlé à son père.
Rarg, quelle horreur ! Ils ont tué leur père !
On se demande toujours, que ce soit dans les films d'horreur et les romans, pour quoi le héros ne contacte pas la police. Là, vu comme les sentiments de la narratrice envers ses enfants ont évolué, de l'amour à la peur, elle ne va peut-être plus tarder à le faire.
Houuu, le père se ramène ! Hihihi, le scénario est sadique !
Punaise, la mention de la pharmacie me laisse présager un empoisonnement de groupe.
La petite sait que sa mère l'a empoisonnée. Elle est vraiment diabolique, cette histoire.
Ah elle comptait se tuer aussi mais elle renonce, apparemment.
Elle a vraiment sombré dans la folie si elle parvient à flâner "joyeusement" après avoir assassiné ses enfants.
Bien vu, le père qui s'accuse et paye ainsi sa dette à sa fille. Ah, les dernières phrases du père sont juste merveilleuses !
Horriblement excellente cette histoire !! J'ai adoré !

Est', qui rattrape son retard, plus qu'un an !

Ce message a été lu 5913 fois
Maedhros  Ecrire à Maedhros

2017-01-12 19:16:55 

 Merci pour ta lectureDétails
Bon, c'est vrai que le chemin est tortueux. Le père est évidemment le bourreau du prince et son fils mettra ses pieds dans les pas paternels.

Les monstres sont donc leurs mains où siège l'horreur de leur fonction.

Si le twist est plutôt subliminal, le commandant est le père, et, pour des raisons non dites, qui se retrouve entre les mains de son fils.

Enfin, tu as raison, c'est une histoire d'hommes où la femme n'a pas trouvé sa place.

NB : bonne année et bonne santé à tous les faériens, actifs ou non.

M

Ce message a été lu 5966 fois
Estellanara  Ecrire à Estellanara

2017-01-13 12:03:59 

 Bon sang mais c'est bien sûr !Détails
Ah mais oui, c'est logique que le type en scaphandre soit le prince. Ça explique pourquoi la famille reçoit un traitement de faveur.
J'y avais pensé que le père et le commandant pouvait être une seule et même personne mais j'avais écarté l'hypothèse car il lui raconte son histoire. Le fiston doit avoir un peu perdu les pédales, ce qui n'est pas étonnant avec un métier pareil.

Est', bientôt le week end !

Ce message a été lu 6406 fois


Forum basé sur le Dalai Forum v1.03. Modifié et adapté par Fladnag


Page générée en 824 ms - 307 connectés dont 2 robots
2000-2024 © Cercledefaeries