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De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Dimanche 20 janvier 2013 à 21:36:01
Bon, en retard mais pour me faire pardonner, j'ai instillé une once de la consigne du n°116.

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LES FOUDRES



Impassible, Ampélitien observe Fladnag. C’est son rival. Mieux. Son meilleur ennemi. Certes, il faut bien reconnaître que le port du masque d’ivoire lui procure un avantage non négligeable. Il a fort peu goûté la manoeuvre du Maître des Arcanes Solaires lors de la première épreuve qu’il aurait dû remporter. Le Pentathlon est un concours où la dissimulation, la stratégie et l’intelligence d’opportunité sont essentielles. Il faut éviter de terminer en tête, pour ne pas risquer un contrat de vie à durée déterminée. Il faut également se garder de terminer à la dernière place pour éviter, paradoxalement, de perdre la tête.

Le Gardien de la Porte laisse glisser son regard vers l’Arcane Céleste, étroitement entouré par plusieurs personnels du CIA vêtus comme à l’accoutumée d’habits fuligineux. Leurs plastrons noirs absorbent la lumière du jour sans aucune réverbération. Il note le fait qu’ils semblent avoir resserré leur dispositif. L’Arcane Céleste, plus blafard que jamais, se donne une certaine contenance mais Ampélitien n’a pas manqué de remarquer la fine ligne de transpiration qui glisse sur sa tempe. Quelque chose se prépare. Fladnag ? Celui-ci ne trahit aucune émotion particulière et n’a pas jeté le moindre regard vers la tribune céleste. Mais quelque chose se prépare.

Alors Ampélitien récite mentalement une courte et sombre incantation. Elle se détache de son esprit comme une vrille évanescente douée d’une vie propre. Invisible, elle s’élève gracieusement dans les airs. Certes, elle ne lui sera d’aucune aide, sur quelque plan que ce soit, matériel ou immatériel, dans le concours. D’ordre mineur, elle ne laisse aucune trace susceptible d’être détectée par le Choeur des Magiciens-Enquêteurs des Jeux Magiques. Si la force de son esprit et la maîtrise des sciences occultes du Gardien de la Porte sont nettement supérieures à celles de bon nombre de ses pairs, un Chorus Magicus parviendrait sans aucune difficulté à déceler la plus petite anomalie du champ éthérique qui baigne l’arène. La sanction en serait immédiate.

Les archers postés sur le pourtour de l’enceinte agiraient sans délai. Leurs flèches, aux pointes protégées par un sort de classe arcanique de toute agression éthérique, viendraient se ficher droit dans son coeur avant même que le Jugulateur n’ait fini pointer sur lui le drapeau noir strié de rouge désignant les tricheurs. Non. Il a assemblé avec le plus grand soin la poignée de phonèmes de puissance qui a donné naissance à cette subtile incantation. Aussi aérienne qu’une bulle de savon, elle est capable d’emmagasiner un nombre considérable de détails indiscernables à l’oeil nu, après les avoir dûment discriminés et organisés pour mettre en lumière les liens subtils qui, éventuellement, pourraient les unir. C’est une sorte de mémoire volatile qui rapportera à son maître, bien à l’abri dans sa gibecière, sa cargaison d’informations aussi sûrement que le meilleur des chiens de chasse. Suivant les ordres inscrits dans sa matrice primordiale, elle flottera sans jamais être repérée, grossissant au fur et à mesure qu’elle absorbera les mille et un petits riens qui composent le réel.

Le Grand Maître de la Maison des Ombres, tout aussi immobile qu’une statue faite d’ombre et d’ivoire, coule un autre de ses regards vers Karitessia, la Passion des Sensuelles. L’aurait-elle trahi ? Elle ne l’a pas averti de l’assaut de son ennemi juré pendant que leurs zombis se livraient un assaut mûrement et soigneusement préparé. Elle aurait pu lui adresser le signe convenu, ainsi qu’ils en avaient convenu derrière les rideaux de velours cramoisi hermétiquement fermés du lit à baldaquin, là-bas, dans le clos secret du Temple des Illusions et des Regrets.

Il tressaille à cette pensée. Sa peau se souvient encore des caresses que la Maîtresse des Sensuelles lui a prodiguées, à la fois douloureuses et terriblement excitantes. Il ne permet pas au souvenir de se déployer complètement, c’était intensément... délicieux. Cela ruinerait sa concentration. Ces sorcières n’ignorent rien des passions du corps et Karitessia commande les sorcières. La Mort et l’Amour font partie du même cercle. Ils ne sont « ni en haut, ni en bas », ainsi que le disent les apocryphes gravés sur les bas-reliefs d’une ancienne cité engloutie par les sables. Ampélitien aime Karitessea depuis longtemps, bien avant qu’ils n’occupent l’un et l’autre les fonctions directoriales de leurs Ordres.

Il revoit une jeune fille aux cheveux fous qui court dans la poussière du chemin devant lui en le narguant gentiment. Ils galopaient jusqu’au puits, situé à l’extrémité du gros bourg, où ils jouaient à des jeux plus tout à fait innocents. Chaque fois qu’il pense à elle, il revoit cette scène et cette fille rieuse. Et quand il revoit cette scène, il surprend toujours un autre adolescent qui la couve aussi des yeux. Le fils d’un médecin de quartier. Son meilleur ami. Et son rival dans la conquête du coeur de la jeune fille.

Non. Il s’en veut d’avoir gravement sous-estimé les ressources de Fladnag. Il a toujours considéré le Maître des Arcanes Solaires comme peu enclin à se donner du mal, à endurcir son corps et exercer ses muscles. Sa victoire contre Delphinos, le Maître de la Conque Marine, a été plus rapide que la plus pessimiste de ses prévisions. La Chimère du seigneur des Eaux n’a pas tenu longtemps devant le zombie du Maître des Eclairs. Ampélitien ne répètera pas deux fois la même erreur.

Les trompettes retentissent à nouveau. L’Arbiter s’avance sur le balcon qui surplombe l’arène. Il lève un bras, réclamant le silence. Dans son poing, il tient l’Athamé, le symbole de sa fonction. Le brouhaha des conversations et les innombrables appels des vendeurs ambulants tentant d’attirer l’attention des chalands s’éteignent progressivement. L’Arbiter savoure quelques secondes cette accalmie dans un océan d’émotions. Puis il prend la parole, veillant avec délectation à respecter une diction dont la précision et l’emphase rivalisent sans effort avec celles des plus grands ténors de la scène ou du barreau.

« Chers citoyennes et citoyens ! Après une première épreuve remportée brillamment par le Grand Maître des Arcanes Solaires... »

Une clameur immense salue ces paroles et magnanime, l’Arbiter consent à partager ce moment avec Fladnag en esquissant le début d’une courte révérence à son endroit. Il ne faut jamais prendre le public à rebrousse-poil, tel est le premier enseignement que doit apprendre tout impétrant au magistère d’Arbiter. L’arène couronne l’émeute, prévient un dicton populaire. Fladnag jouit d’une estime non négligeable et son Ordre est le plus respecté des cinq, sinon le plus aimé. Les preneurs de paris ne l’ont pas retenu parmi les favoris de l’épreuve des Lames et sa cote est élevée. Ceux qui ont osé parier sur lui ont encaissé une jolie plus-value dont une bonne partie a été immédiatement prélevée par les Décimators qui pullulent aux abords des caisses attendant, avec une impatience difficilement contenue, que les pièces changent de main.

Les Décimators, habillés entièrement de gris, forment une caste à part dans l’organisation sociale de l’Empire Céleste. Une confrérie à part et intouchable, incomprise et détestée. Certains vont jusqu’à prétendre que les Décimators sont des créatures à moitié humaines, conçues artificiellement dans des cuves aux eaux noires situées dans l’obscurité humide et glauque des souterrains les plus profonds de la Maison des Ombres. On raconte aussi qu’ils sont nourris exclusivement, jusqu’à leur sevrage, d’aliments magiquement assaisonnés d’arômes pécuniaires. Ils en sont à ce point imprégnés qu’ils consacrent le reste de leur existence à poursuivre inlassablement la moindre trace de transactions financières afin de ponctionner la part revenant au Trésor Céleste. Inutile d’essayer de leur soustraire le moindre écu, leur flair est infaillible et leur courroux impitoyable. En comparaison, les huissiers istréens eux-mêmes passent pour d’aimables philanthropes aux douces manières urbaines.

L’Arbiter poursuit :

« ... Il a ramassé les points décernés au vainqueur. Après application des différentes pondérations dûment validées par les Questeurs et les Juges, je vais vous donner lecture du classement à la fin de cette première épreuve. »

Le classement est un savant calcul basé d’abord sur le nombre de points attribués aux candidats en fonction de leur place à la fin des chaque épreuve. Dans celle des Lames, ils ont été classés selon la durée de survie de leur zombie. Ainsi, Fladnag, vainqueur, a reçu 50 points, Ampélitien 35 points, Karitessia 20 points, Delphinos 5 points et Hellégos, le premier à être éliminé, n’a obtenu aucun point. Ensuite, des majorations ou des minorations sont appliquées en fonction du vote des Juges et des Questeurs dans la limite du tiers de la moyenne résultant du total des points sur le nombre d’épreuves déjà réalisées. Puis des coefficients sont pris en compte selon la nature de l’épreuve et la qualité du Grand Maître. Ainsi, la première épreuve étant considérée comme le point fort de l’Empire des Sens, la note de sa représentante a reçu le plus petit coefficient. Au contraire, le plus fort coefficient a été attribué à Fladnag, ceux des autres participants s’étageant entre les deux. Enfin, l’Arbiter et l’Arcane Céleste répartissent discrétionnairement leurs cinq points entre les participants.

« Les Arcanes Solaires occupent la première place provisoire avec 55 points. Il précède la Maison des Ombres qui totalise 46 points. Ces deux Maisons se détachent nettement des autres ordres. Avec un score de 32 points, l’Empire des Sens accuse déjà un retard de 14 points sur la deuxième place. Puis, plus loin, la Grande Conque et la Maison d’Hellegos ferment la marche, avec respectivement 14 et 8 points. Mais rien n’est perdu. Le concours ne fait que commencer. Voyez, tout est prêt pour l’épreuve des Foudres dont les règles sont si simples que je suis confus de vous les rappeler.

Les cages vont être treuillées tout en haut des mâts auxquels elles sont fixées. Les cages mettront le temps que se vident douze clepsydres, pour rejoindre le sommet des pylônes et traverseront quatre niveaux différents. A chaque niveau correspond une métamorphose des créatures chaotiques enfermées dans les cages. Chaque transformation les rendra plus fortes, les dotant de pouvoirs supplémentaires, tant défensifs qu’offensifs. Elles deviendront capables de proférer des incantations de plus en plus dangereuses. Ne vous inquiétez nullement. Toutes les précautions sont prises pour éviter tout débordement éthérique. Un double Quatuor de Magiciens Protecteurs tisse une barrière infranchissable pour les créatures chaotiques. Seuls les avatars et les Grands Maîtres seront directement exposés.

Chaque avatar est muni d’un arc et d’un carquois garni de six flèches aux pointes creuses. Les Grands Maîtres pourront y loger un sort de classe chaotique qu’ils choisiront parmi ceux mis à leur disposition. Ne croyez surtout pas qu’il sera facile, pour les archers, de toucher les créatures chaotiques aux niveaux inférieurs ! Une Triade de Magiciens travaillera à perturber les conditions éthériques qui affecteront les trajectoires des flèches. Chaque fois que les cages franchiront un niveau, un magicien se retirera de la Triade. Cela signifie que la Triade aura été complètement dissoute lorsque les cages atteindront le quatrième et dernier niveau. Les Grands Maîtres ne pourront utiliser qu'un seul zombie au cours de cette épreuve. Le vainqueur sera celle ou celui qui parviendra à détruire le plus rapidement sa créature. J’ai dit. »

L’Arbiter se tait.

Ampélitien fait le vide dans son esprit et établit rapidement le lien. Sur le sable, derrière une ligne matérialisée par des cailloux blancs, Jahnam, le second de ses cinq zombies, s’éveille à la vie qui l’entoure. Son corps perd cette rigidité qui caractérise les zombies inhabités. Janham était un apprenti qui avait succombé lors du rituel du Portail de Feu, l’une des innombrables épreuves d’initiation qui parsèment le parcours des Officiants Noirs. Ampélitien connaissait un peu son histoire. Comme lui, il était le fils d’un forgeron. Comme lui, il avait été repéré par des rabatteurs qui lui avaient fait miroiter un extraordinaire destin. Dans les temples de la Mort, ses précepteurs avaient remarqué en lui de vraies potentialités mais les Puissances des Enfers en avaient décidé autrement. Son coeur s’était brutalement embrasé pendant qu’il franchissait le seuil immatériel où brûlait un brasier invisible. Les Thanatopracteurs s’étaient emparés de lui et avaient préparé son corps pour l’Insertion.

Le drapeau aux cinq couleurs est agité rapidement. C’est le signal du début de l’épreuve. A l’autre extrémité de l’arène, le grincement des chaines qui s’enroulent autour des axes des treuils vrille les tympans. Les cages s’élèvent lentement. Jahnam prélève une flèche dans le carquois et la positionne sur la corde de l’arc. Ampélitien se concentre. Il doit gérer trois plans différents. D’abord, le tir à l’arc nécessite une coordination sans faille du corps de sa marionnette. Ensuite, la formulation du sort requiert une fraction non négligeable de ses facultés magiques. Enfin, il lui faut lutter contre les effets visuels et balistiques de la désorientation éthérique tramée par la Triade. Malgré la puissance de son art et la qualité du lien qui l’unit à Jahnam, le Gardien de la Porte doit mobiliser toutes ses ressources mentales. Alors que la distance qui sépare les zombies des mâts ne dépasse pas les trois cent cinquante pas, elle lui semble beaucoup plus grande. Il aperçoit difficilement la cage déjà à hauteur d’homme et encore moins la minuscule silhouette qui l’habite. La cage tangue comme un bouchon de liège pris au milieu de remous. L’oeuvre de la Triade.

Le Grand Maître n’entend pas les vivats qui descendent des gradins où les partisans des différentes maisons arborent des tenues à leurs couleurs et rivalisent d’encouragements et de démonstrations bruyantes. Il retient sa respiration. Il a déjà logé un sort très puissant dans la partie creuse de la pointe de la flèche. Il ne peut s’en désintéresser totalement au risque de le voir se déliter rapidement. Jahnam tend lentement la corde. Loin, très loin devant lui, la cage danse sans qu’il soit possible d’anticiper ses balancements. Et entre son zombie et la cage, l’air lui-même est pris de convulsions comme au coeur de la fournaise du désert de l’Est. La corde est de plus en plus tendue.

Ampélitien attend. Sa concentration est telle que les sons extérieurs lui parviennent étouffés. Il entend à peine la rumeur déçue qui accompagne l’essai du zombie de Fladnag. Il tend toute sa volonté vers cette cible mouvante qui progresse lentement le long du mât. Il commence à percevoir de plus en plus nettement les piaillements de la créature enfermée. Ne faire qu’un avec la corde, la flèche et la cible. Il attend toujours. D’autres cris. Un autre échec. Il le sait car aucune trompette n’annonce un premier succès. La cage franchit le premier stade de son ascension. Elle semble moins tanguer. Un magicien a quitté la Triade. Cette absence diminue un peu la pression que subit le champ éthérique. Ampélitien attend encore. Les piaillements se muent en grondements plus graves pendant que la créature prend une consistance plus épaisse. Ses contours se précisent, laissant deviner poils, cornes et griffes. Un éclair fugace trace une trajectoire de feu à partir d’une des cages à gauche de son propre mât. Encore trop faible, il tombe trop court. Mais c’est un avertissement sans frais. Les créatures acquièrent d’autres pouvoirs et leur soif d’entropie n’a d’égale que leur haine des hommes. C’est le propre du Chaos.

Les deux doigts de Jahnam s'apprêtent à libérer la corde quand un tonnerre d’applaudissements éclate sur sa droite suspend son geste. Fladnag. Il ne l’a pas vu mais en son for intérieur, il sait déjà. Fladnag a réussi à toucher sa cible. De rage, Ampélitien manque de relâcher imprudemment son emprise sur le zombie. A quel jeu joue donc le Maître des Arcanes Solaires ? Décrocher la première place des deux premières épreuves est un schéma tactique très dangereux. Cela ne se voit pas souvent. C’est aussi rare que quatre jours successifs de beau temps durant un été anglais. Pour autant qu’il y ait encore etc...

Sur les huit occurrences qui se sont déjà produites, trois se sont conclues par la victoire finale de leur auteur. Ce qui n’est pas brillant. Le Gardien de la Porte se concentre à nouveau. La cage a presque atteint le troisième niveau. Quand le moment se présente, il est prêt. La corde se détend avec un claquement sec et la flèche file selon une trajectoire qui lui apparaît curieusement incurvée. Illusion d’optique. La cage et elle ont rendez-vous. C’est écrit. Alors qu’elles paraissaient encore diverger quelques dizaines de pas avant, elles finissent par se rejoindre juste à temps comme si c’était ce dernier et non l’espace qui avait commandé cette heureuse conjonction. Passant entre deux barreaux, la flèche se plante droit dans le corps déformé de la créature qui disparaît dans un noeud de pure énergie.

Les spectateurs lui font une ovation qui ébranle l’arène toute entière. Une lutte entre les Arcanes Solaires et la Porte Noire est toujours une garantie de spectacle et de rebondissements particulièrement épiques. Le masque d’ivoire se tourne vers les gradins, son regard aveugle balayant les rangées en délire. Puis, fiévreusement, il cherche Fladnag. Il le trouve enfin, tranquillement adossé à l’enceinte, les bras croisés, un sourire presque narquois aux lèvres. Ampélitien est de plus en plus convaincu que le Porteur de l’Eclair fomente quelque diablerie. Cela devient évident. Sans montrer son étonnement, le Gardien de la Porte lui lance un bref salut avant de retirer son zombie de la zone de compétition.

Les trois cages encore occupées parviennent au troisième niveau. Leurs créatures sont à présent parfaitement discernables. Leurs formes sont étrangères à toute tentative de description rationnelle. Elles offrent des visions d’horreur qui hantent l’inconscient de ceux qui les regardent. Chacun les voit sous un jour différent qui n’appartient qu’à lui. Pour certains elles prennent l’apparence de ce qui les épouvante dans les ténèbres, pour d’autres elles revêtent les traits de ce qui les dégoûte le plus. Elles se nourrissent des reflets les plus noirs des âmes humaines et s’en repaissent sans jamais en être rassasiées.

La représentante de la Maison d’Hellegos, une femme si mince qu’elle ressemble à une liane ondulante, réussit à son tour un coup au but. Des vivats s’élèvent des gradins mais un assesseur s’approche d’elle en toute hâte et lance un fanion à ses pieds. Un fanion rouge. Malencontreusement, un des pieds du zombie est posé du mauvais côté de la ligne de cailloux blancs. Lexus, trop absorbé par les préparatifs de son tir victorieux, n’a pas suffisamment veillé aux mouvements de sa Possédée.

L’un des effets collatéraux du Lien est qu’il réveille parfois des réflexes ataviques dans les membres du corps du trépassé. Des gestes inscrits dans les messages nerveux à l’instant du trépas et qui n’ont pu être accomplis. Généralement ils sont sans gravité et facilement maîtrisés par le Possesseur. Malheureusement pour Lexus, ce mouvement véniel est intervenu au plus mauvais moment. L’entorse au règlement est aussitôt sanctionnée. Plusieurs traits empennés de noir viennent se ficher, avec un bruit mat, dans la poitrine et le dos du zombie. Bien évidemment, ils ne peuvent tuer ce qui est déjà mort. Le sang ne s’échappe d’aucune des blessures mortelles. Mais, enduits de sorts arcaniques virulents, ils rompent sans ménagement le Lien et libèrent dans le corps du zombie des mantras carnivores.

Ampélitien voit Lexus grimacer de douleur sous la brûlure qui consume le Lien. La foule se tait devant le spectacle du zombie qui est littéralement écorché, pelé et dévoré par des milliers de bouches avides. Sa peau, ses chairs, ses muscles, ses tendons et ses cartilages sont goulûment grignotés et avalés par un essaim d’invisibles et microscopiques charognards. En un rien de temps, il ne reste du zombie qu’un squelette encore debout qui semble soudain s’apercevoir de l’incongruité de sa situation. Il se disloque alors d’un coup et ses os s’éparpillent sur le sable en une pluie d’ivoire.

Pour Lexus, la sentence signifie aussi qu’il sera certes, dernier de l’épreuve, mais qu’il fera désormais l’objet d’une étroite surveillance. Un second fanion rouge entraînera le sinistre fanion noir. La certitude de fouler plus rapidement que prévu la terrible planche. Une pression supplémentaire.

Pendant cet intermède, l’épreuve se poursuit. Une très belle et jeune sorcière évite de justesse un éclair de lumière blanche qui frappe le sol à l’endroit où elle se tenait l’instant d’avant. La blondeur de sa chevelure et ses formes adorablement sculptées font amèrement regretter son sort à bon nombre d’hommes, mariés ou non, à peine dissuadés par l’extrême pâleur de son visage où s’ouvrent des yeux vides et blancs. Les deux dernières cages frôlent le dernier niveau et les créatures du Chaos représentent à présent des dangers bien tangibles. Les monstres secouent les barreaux et poussent d’affreux hurlements comme si des milliers d’âmes damnées criaient ensemble leur souffrance et leur terreur.

La beauté d’outre-tombe n’a plus qu’une seule flèche à sa disposition tandis que non loin d’elle, une somptueuse Sirène, presque aussi belle que sa rivale malgré une longue chevelure bleue et des ouïes qui palpitent sur son cou, a encore deux flèches dans son carquois sans compter celle qui est posée sur la corde de son arc. La sorcière des Sens évite encore une boule de feu qui explose tout près mais déséquilibrée, elle lâche involontairement la corde et la flèche dessine une vaine parabole dans le ciel.

La Sirène lui accorde un seul regard, symétrique à celui de Delphinos qui a également tourné son attention une infime seconde vers la sorcière. La créature du Chaos n’a pas besoin de plus de temps. Un lanière de fouet sanglante se déploie depuis sa cage et vient cingler violemment la Sirène. Son corps est parcouru de tremblements dont l'intensité augmente rapidement. Bientôt, elle semble rayonner comme si une ardente lumière intérieure bouillonnait en elle. Puis cette lumière jaillit de sa bouche ouverte, de ses yeux sans cornée, de ses oreilles et de l’extrémité de ses doigts palmés. Elle est si puissante qu’elle en paraît solide. Dans les cheveux de la malheureuse, dressés tout droit au-dessus de sa tête, crépite une myriade de feux de Saint-Elme. La lumière l’enveloppe bientôt dans un linceul scintillant qui la cache peu à peu aux regards médusés. La Sirène disparaît, engloutie dans un éblouissant halo d’énergie miroitante. Quand la magie du Chaos se dissipe enfin, il n’y a plus rien. Plus la moindre trace de la représentante de la Grande Conque.

L’épreuve des Foudres est terminée.

M


  
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Réponses à ce message :
3 Commentaire WA 115 : Maedhros - Estellanara (Mer 24 avr 2013 à 15:18)
3 Commentaire Maedhros, exercice n°115 - Narwa Roquen (Jeu 31 jan 2013 à 23:35)
       4 Cachez ce visage que je ne saurais voir! - Maedhros (Sam 2 fev 2013 à 17:49)
              5 Cache-cache - Narwa Roquen (Dim 3 fev 2013 à 14:33)
3 Cela fait très pro... - Maedhros (Lun 21 jan 2013 à 16:53)
       4 Commentaire Glossaire 115 : Maedhros - Estellanara (Ven 26 avr 2013 à 08:56)
              5 Merci pour ta lecture... - Maedhros (Ven 26 avr 2013 à 19:42)


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