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 Wa, exercice n°89 partie 2, où le Soleil se couche. Voir la page du message Afficher le message parent
De : Netra  Ecrire à Netra
Page web : http://terredelune.eu
Date : Mercredi 30 mars 2011 à 12:39:08
Sur le toit

Je retournée à la fenêtre, pour voir dehors. J'ai tellement de mal à rester entre quatre murs... Bartholomey disait que je vivais dehors, c'était pas tout à fait vrai, je suis toujours rentrée dormir à la cabane sauf une fois ou deux où j'étais allée trop loin, mais je sais dormir dans les arbres... Remarque, je le ferai plus, si j'ai bien compris de l'autre côté on n'a pas le droit d'approcher le soleil, ça brûle. Érik déteste le feu et le soleil, ça j'ai bien compris. Ça avait l'air d'être pareil pour Sig, alors ? C'est vraiment comme dans les légendes ? Pourtant, l'ombre de l'église, elle n'avait pas peur de la croix... Je suis un peu perdue. Je crois que j'ai un peu peur aussi. Et si Érik se rate et si je meurs vraiment ? Bah, ça fera pas un grand vide. Pour ma famille, je suis morte il y a cinq ans. Pour Bartholomey, j'étais peut-être quelque chose mais ça ne risque plus. Pour Mael, je suis un défouloir, pour Hildegarde un animal de compagnie pratique et pour Érik, ça... Je sais pas. Il me reproche d'être imprudente quand il n'est pas avec moi, mais me demande des choses risquées. Il me protège, mais je lui obéis. Il semble m'avoir choisie, mais est-ce qu'il avait vraiment le choix ? Il veillait sur les bergers. Peut-être me préférait-il Jehan, ou Romaric ? Peut-être que je suis juste un genre d'esclave pratique et docile ?
Lou, tu te poses trop de questions. 
J'ouvre la vitre. C'est pas du tout comme le château de Lehon, ici, y'a des vitres aux fenêtres avec le toit en dessous. C'est joli de dehors mais surtout c'est très pratique : s'il n'a pas plu depuis quelques jours, on peut monter sur le toit, au-dessus de la fenêtre, et s'asseoir à califourchon dessus. C'est un palefrenier qui m'a montré comment faire. Je jette un oeil à l'intérieur. Mael et damoiselle Hildegarde jactent comme des pies, et comme d'habitude personne ne fait attention à moi. Parfait. Je me glisse par la fenêtre ouverte, j'assure ma prise sur la pierre, je grimpe quelques pieds et je m'assois là où c'est bien horizontal, une jambe de chaque côté de la pente, juste au-dessus du carreau. J'ai une vue superbe sur Paris, ses dédales de rues sales et puantes et encombrées et détestables, mais mieux encore je vois le soleil descendre sur la campagne au-delà des murs. Alors j'en profite, une dernière fois. Il est jaune d'abord, puis orange et puis rouge, un beau rouge, un peu moins dur que les yeux d'Érik dans la nuit, un peu moins violent que les robes d'apparat de damoiselle Hildegarde. Il a... la couleur des fraises des bois. Je n'avais jamais remarqué que le soleil couchant avait la couleur des fraises des bois, un rouge à la fois vif et tendre et brillant... C'est beau. 
Ça me rappelle Romaric. On allait voir le soleil se coucher sur la colline, quand on était petiots. Il descendait, et descendait, et grossissait en même temps. Toute tiote, j'avais peur qu'il n'enflamme les forêts à l'ouest de chez nous, tellement il semblait proche, et Jehan et Romaric se moquaient de moi en disant qu'il était bien trop loin, qu'il tombait dans l'océan. Alan et Pierrig croyaient comme moi, mais c'est qu'on avait presque le même âge. Quand j'avais peur les premières fois dans la forêt, mon frère et Romaric se mettaient chacun à côté de moi et me donnaient la main. Ils m'apprenaient à apprivoiser la forêt, à reconnaître les baies qui se mangent et celles qui tuent ou rendent malades, et les champignons, les traces d'animaux... Ils disaient, les garçons, qu'ils me protégeraient toujours, mais que je devais aussi savoir me protéger moi-même, et ils me défiaient et on se battait. On était heureux. 
Même après, chez Bartholomey, c'était pas pareil mais j'étais heureuse aussi. Sereine, c'est plus juste. Bartholomey avait le don d'apaiser, de calmer. Ma soif de vengeance, ma haine pour Abélard, la douleur sourde d'avoir perdu ceux que j'aimais pour toujours, ma colère envers moi-même qui avais survécu quand ils étaient tous morts, il les avait apaisées sans que j'aie même à lui raconter. En cinq ans, je n'ai jamais eu envie d'aller au château tuer Abélard. Mes pas se détournaient du chemin de mon village sans que j'y réfléchisse. C'était Bartholomey qui faisait ça, je crois. Il était doux et gentil, n'élevait jamais la voix et les rares fois où il m'a punie, c'était en me faisant réciter mes prières. Il ne m'a jamais demandé d'où je venais, pourquoi ni ce que j'avais fait. Il m'a accueillie, simplement. 
Et moi, j'ai abandonné son cadavre dans la cabane sans même lui donner une sépulture. Petite Lou, tu dis qu'Érik est aussi monstrueux que bienveillant, mais regarde-toi ! Tu es encore humaine et tu es déjà un monstre, toi aussi. Et tu n'es pas bienveillante, tu ne penses qu'à sauver ta peau.
Ah... 
Le soleil n'est plus qu'un fin, très fin filet de lumière à l'horizon. Il va bientôt disparaître, j'attends. Je veux voir le dernier rayon s'éteindre. Après tout, c'est la dernière fois, non ? Je peux bien en profiter !
Voilà. Il fait nuit. Je redescends de mon perchoir avec précaution, pas l'intention de me faire mal ou pire, de tomber ! Je repasse par la fenêtre, Mael et damoiselle Hildegarde n'ont même rien vu. Comme toujours. Je suis sûre que je disparaîtrais ils s'en apercevraient trois ou quatre jours plus tard ! Je traverse la chambre, je passe presque devant eux. Cette fois Mael réagit.
- Lou ?
- Je vais retrouver Érik. On se retrouve de l'autre côté !
Je fais semblant que tout va forcément bien se passer pour tout le monde, mais je ne suis pas tout à fait tranquille quand même. J'espère que les Sires de Mael et surtout, surtout d'Hildegarde ne vont pas les rater, sinon comment je vais manger ? À moins qu'Érik ne me ramène à Dinan tout de suite mais ça m'étonnerait...
Je suis dans la cour. Il a dit qu'il viendrait. 
Il a dit qu'il viendrait.
Fais-lui confiance, Lou. Fais-lui confiance.
Netra, première session d'enregistrements J-19


  
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