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 WA, exercice n°85 Voir la page du message 
De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Jeudi 4 novembre 2010 à 23:07:43
Et donc c'est vraiment l'automne, les premiers frimas, les nuits qui s'allongent, les champignons (vénéneux) qui recommencent à pousser, les araignées qui sortent de leurs tanières, les hibous qui hululent en chassant les pauvres mulots transis, le brouillard épais propice à dissimuler les mauvais coups... Et Halloween... Alors nous allons suivre les traces du Maître SK, et nous livrer aux délices de l'Horreur! Vous n'êtes pas obligés de rester dans le Fantastique; vous pouvez flirter avec le thriller, la fantasy,la SF et même l'humour!
Si vous jugez que votre texte peut choquer les âmes sensibles , merci de prévenir le lecteur!
Moi, je n'ai pas le choix, il faudra que je vous lise... Sans doute le jour...
Vous avez trois semaines, jusqu'au jeudi 25 novembre, jour des plantations...
Que la nuit soit propice à votre imagination!
Narwa Roquen,brrrrrr!


  
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Réponses à ce message :

Pages suivantes : 1 - 2
Hivernale  Ecrire à Hivernale

2010-11-05 20:16:50 

 Réellement tout le monde ?Détails
Bonsoir :-)

Je suis nouvelle sur le forum et je me questionne un peu sur son fonctionnement, j'écris suite au poste sur l'exercice n°85 car le sujet est je dois dire très attirant :-)
Malheureusement je vois qu'il s'agit toujours des mêmes personnes qui participent aux exercices et je ne voudrais pas qu'une participation de ma part puisse gêner quelqu'un.
Vous savez comment c'est d'être nouveau, on veut bien faire :-)
J'attends votre feu vert (ou rouge) pour me lancer (ou pas) dans la rédaction d'un essai sur le sujet proposé.

Bonne soirée à vous,
Hivernale

Ce message a été lu 3933 fois
Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2010-11-05 22:37:32 

 Bienvenue!Détails
Tout le monde peut participer, absolument tout le monde. La WA (Writers Academy) c'est un petit atelier d'écriture où nous nous entraînons à écrire sur des thèmes donnés. Tout le monde peut participer, tout le monde peut commenter. Personnellement, puisque j'ai la merveilleuse responsabilité de cette rubrique, je m'engage à commenter tous les textes, et si tu as lu mes commentaires tu dois savoir que mon but n'est pas de décourager les auteurs mais au contraire de les aider de mon mieux à prendre confiance en eux et à développer leur talent. Alors si le thème te tente, fonce! Et si d'autres thèmes passés t'inspirent aussi, tu peux participer à retardement (d'autres le font régulièrement); je consulte toujours les "nouveaux messages", donc rien ne m'échappe! Une seule restriction: je ne commente jamais avant d'avoir posté mon propre texte, et je le fais dans l'ordre des réceptions : donc pas de panique si j'ai quelques jours de retard...
Narwa Roquen, chouette, de la lecture en perspective!

Ce message a été lu 5147 fois
Maeglin  Ecrire à Maeglin

2010-11-06 12:19:04 

 Des nouvelles de nouvelles!Détails
Et moi qui me retenais d'une saillie sur la pauvre fréquentation de cet espace dédié aux meilleurs écrivains de la génération!

Je me demande d'ailleurs comment on nous trouve?

Ce qui m'aurait fait rire: une réponse genre "ce forum n'est pas fait pour accueillir de nouveaux prétendus auteurs. Il est constitué d'une élite accoutumée d'elle-même, qui apprécie plus que tout l'entre-gens et l'auto-référence. Afin de pénétrer ce cercle exigeant, il est nécessaire de nous faire parvenir l'ensemble de vos textes. Ceux-ci ne doivent contenir aucune scorie, incorrection ou néologisme, et doivent répondre à certains critères en termes de culture générale, approche philosophique et maîtrise de la poétique. Une série de commentaires sarcastiques vous sera alors adressée, ainsi qu'à vos proches, afin de tester votre résistance à l'humiliation.
Si vous persistez, vos WA seront publiées après validation d'un collège de critiques littéraires, dans une sous-rubrique "débutants", et ceci durant trois ans. Bienvenue néanmoins."


Comme je pense à peu près exactement le contraire, ENVOIE DU TEXTE VITE ET FAIS-TOI PLAISIR!

Bienvenue néanmoins,
Maeglin

Ce message a été lu 5390 fois
Netra  Ecrire à Netra

2010-11-07 00:12:06 

 *fait la révérenceDétails
Chère Hivernale,

Bienvenue en ce lieu inexistant où nous nous sommes rencontrés aujourd'hui. Les gars, ramenez une chaise de plus, j'ai de la Guiness d'Irlande, du cidre de Bretagne et y'a des verres propres au-dessus de l'évier, et cette fois pour changer c'est du quatre-quart aux pommes (oui ben hein les crêpes... faut bien changer un peu ^^)

Tu trouveras une place entre les créatures hétéroclites que nous sommes tous, un tas de saines lectures, et plein de jolis dessins, et des fraises tagada.

Ici y'a pas la star ac' mais la writer academy, et pas d'éliminatoires
Ici chacun a le droit de donner son avis, et pour de vrai en plus !!!
Ici y'a des critiques, mais ce sont des coups de main,

Pour aller un peu plus loin dans un monde qui pour une fois a le droit d'être enchanté sans désillusion...

Après ce traditionnel discours de bienvenue, permets-moi je te prie de te rassurer sur un point : bien sûr que tu peux écrire !!! Chouette chouette chouette une nouvelle !!!

*sautille sautille sautille*

En Faeries tout le monde a le droit à la plume, et on n'attend que ça, de nouveaux auteeeeurs *-*
Netra, portier un peu trop absentéiste, pardoooon *-*

Ce message a été lu 5522 fois
Hivernale  Ecrire à Hivernale

2010-11-07 22:33:51 

 :-)Détails
En tout cas merci à vous pour vos messages bienveillants à mon égard. (et aussi pour le cidre de Bretagne, les fraises tagada et tout et tout :-p)

Dès la première approbation je me suis lancée dans la rédaction d'un récit inédit dont les premières lignes ont été acclamées par mon plus fidèle et unique lecteur jusqu'à maintenant : mon chat :-)

Je survole également vos écrits précédents, je voulais même, comme suggéré, écrire un peu sur les thèmes précédents, mais il y en a tellement qui me semblent intéressants à traiter que j'ai commencé une dizaine de fichiers texte répondant à une dizaine de sujets. Aucun intérêt. Je devrais me contenter de lire vos oeuvres :-)

Encore merci de votre accueil, j'essaierai d'être la plus présente possible et de vous abreuver de ma bonne humeur sur le forum.

Hivernale

Ce message a été lu 5484 fois
z653z  Ecrire à z653z

2010-11-09 17:22:08 

 BienvenueDétails
Et un conseil, si tu comptes écrire sur un thème, je te déconseille de lire les textes des autres avant (pour éviter d'être influencée), mais ce n'est que mon humble avis.
PS : un petit appel pour les autres lecteurs qui n'écrivent jamais de message, lancez-vous :)

Ce message a été lu 4743 fois
Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2010-11-10 08:41:27 

 Bienvenue à toi!Détails
Bonjour et très bienvenue à toi (si-si, ça se dit, j'ai décidé!!).

Veux-tu savoir pourquoi ce sont toujours les mêmes qui écrivent? Parce que les autres enfin je parle pour moi, sont des flemmards victimes d'un sort terrible qui les coince dans un espace-temps maudit où tout va toujours trop vite pour avoir le temps d'avoir l'énergie d'avoir la motivation d'avoir des idées pour écrire, et puis le temps de coucher les idées sur papier, toussa...... Ca paraît confus?? Damned... Je suis complètement à la ramasse ces temps-ci... Y'a qu'à voir le temps que j'ai mis à te souhaiter la bienvenue, une honte!!

Bref, un jouuuuuur, mon priiince viendrââââ, euh, non, un jour je reviendrai parmi les écrivains de la WA. I'll be back. Ce jour-là ça fera mal. En attendant, vous êtes tranquilles, je crois qu'à Montpellier les journées ne durent que 15 heures au lieu de 24, à cause des marées et du soleil qui dessèche les aiguilles des horloges, ou un truc comme ça. Quoi, y'a pas de marées en Méditerranée?? Vous êtes sûrs??

Faut que je dorme.
Bisous à vous tous,

Elemm'anifestement à l'ouest. Pourtant Montpellier est plutôt Sud-Est. Faut que j'y réfléchisse...

Ce message a été lu 5677 fois
Netra  Ecrire à Netra

2010-11-10 17:33:22 

 Mais mais maisDétails
Mais non ça n'a pas aucun intérêt de vouloir répondre aux thèmes !!! Bien au contraire !!!

Nous aussi on veut de la lecture *dit la bestiole en retard...*

Encore un coup de cidre ?
Netra, portier un peu trop absentéiste, pardoooon *-*

Ce message a été lu 5483 fois
Netra  Ecrire à Netra

2010-11-10 17:36:04 

 Je plussoieDétails
Je plussoie, j'm'y retrouve plus dans ma nouvelle vie de musicien pro, moi, faut que j'étire le temps au max pour avoir le temps d'écrire et le projet Mascarade phagocyte un peu le reste. C'est mal !

I'll be back aussi, bientôt, promiiiiis *-*
Netra, portier un peu trop absentéiste, pardoooon *-*

Ce message a été lu 4779 fois
Estellanara  Ecrire à Estellanara

2010-11-10 17:40:43 

 Bienvenue !Détails
(Très joli pseudo, j'aime bien.)
Je serais ravie de te lire (même si je vais sans doute le faire avec beaucoup de retard) et je t'encourage à participer.
Pour ma part, c'est le manque de temps (enfin disons plus précisément des difficultés à gérer mes priorités) qui m'empêche d'écrire plus souvent pour la WA mais si tu remontes dans les exercices, tu me trouveras à peu près une fois sur quatre.
Et j'ajoute que ce lieu est ouvert à toutes les bonnes volontés. Encore bienvenue.

Est', moins qu'un fantôme de forum.

Ce message a été lu 5440 fois
Estellanara  Ecrire à Estellanara

2010-11-10 17:47:15 

 Bien joué, cher/chère portier !Détails
Permission d'être chiante ?
J'attends toujours la version du discours de bienvenue en alexandrins, chantée, avec un accompagnement à la harpe celtique...

Est', moins qu'un fantôme de forum.

Ce message a été lu 4040 fois
Netra  Ecrire à Netra

2010-11-11 11:42:39 

 Promis...Détails
J'y travaille mais je sais que si je me rate y'a l'Istari de service qui va me tirer mes oreilles, et elles sont déjà assez pointues comme ça...

Et à la harpe... ça c'est une surprise.
Netra, portier un peu trop absentéiste, pardoooon *-*

Ce message a été lu 4700 fois
shaana  Ecrire à shaana

2010-11-14 23:01:43 

 Bienvenue! ... Euh! On te l'a déjà dit, non ?Détails
Bienvenue dans la WA!

Dans ton premier message, tu notais que certains faeriens contribuaient plus assidument que d'autres.

Moi qui règne par mon absentéïsme, ne participant qu'en pointillés -- l'exercice de l'écriture peut m'être très douloureux parfois --, crois-moi, l'accueil est toujours chaleureux -- tu veux une tagada ? -- et les commentaires ne sont jamais, ô grand jamais, assassins, même pour les déserteurs comme moi.

Ce qui nous rassemble, c'est le plaisir d'écrire, de tisser des histoires, mais aussi de lire ce qui naît des esprits des autres faeriens.

Au plaisir de lire tes premières contributions!
A qui le sujet de la dernière WA donnerait bien l'envie de s'y remettre ...

Ce message a été lu 5201 fois
Maedhros  Ecrire à Maedhros

2010-11-23 22:17:12 

 WA - Participation exercice n°85 (edit)Détails
Je n'avais pas les yeux en face des trous hier soir... alors une version expurgée des plus grossières maladresses. Il doit en rester d'autres!!!


POINT OF YOU



Ouf, je ne suis pas en retard. Les embouteillages et les livreurs intrépides qui envahissent les couloirs de bus ont bien failli m’avoir. Heureusement que je ne suis pas en retard car elle ne m’attendra pas. Ne souriez pas. Elle n’attend pas, ne serait-ce qu’une minute. Si je ne suis pas à l’heure, c’est comme si elle me zappait. Sans appel. Elle est d’une ponctualité maladive. C’est ainsi qu’elle conçoit la vie. J’apprends à la connaître. Je m’habitue à ses contradictions. Elle possède tant de facettes différentes. Je veux toutes les explorer. Au début de notre liaison, elle me mettait en rogne plus souvent qu’à mon tour. A juste raison. Sa personnalité est complexe et je me trompais quand j’essayais de décrypter ses intentions. Cela arrive moins souvent aujourd’hui. Elle m’apprivoise et je me laisse faire. Comment lui en vouloir, je ne suis pas le plus simple des hommes.

Tout ce qu’elle attend de moi, c’est que je sois aussi ponctuel qu’elle. Si je ne suis pas à l’heure, il faudra me lancer à sa poursuite, deviner son itinéraire parmi le flot des travailleurs qui trottinent sur les trottoirs. Il me faudra scruter les silhouettes et les visages pour reconnaître son allure et ses traits. Cela prend parfois la tournure d’une quête. Je joue le Chevalier Noir et nul ne peut apercevoir mon visage derrière le heaume fermé. Heureusement, elle ne m’en veut jamais. Pas rancunière. Elle est simplement pressée de rejoindre son travail. Je la quitte invariablement sur le pas de la porte cochère de la rue Lepic. Pas d’embrassade, pas d’effusion sentimentale. J’ai besoin de temps. J’ai encore besoin de temps pour exprimer tout à fait ce que je ressens. Elle fait semblant de comprendre. Alors la frustration grandit et je passe à autre chose. Je zappe. Je reprends mes occupations.

Dès que je vois la porte cochère s’ouvrir et qu’elle apparaît, c’est un soleil de minuit rien que pour moi . Elle disperse d’un coup la grisaille du crépuscule et inonde la petite rue en pente d’une lumière douce et dorée. Je ne me lasse jamais de parler d’elle. Vous voyez bien, je ne peux m’en empêcher. Chaque fois est un plaisir renouvelé. Je m’impatiente à l’entrée de son immeuble. Elle est fascinante et elle joue de son charme singulier d’une façon désarmante, en esquivant mes regards, en remontant le col de son blazer. Elle fait ça pour moi, rien que pour mes yeux. Elle semble peaufiner chaque jour davantage son petit numéro aguicheur. Je suis devenu son meilleur spectateur. Oui, j’ai une chance inouïe de l’avoir rencontrée. Qu’elle ait fait attention à un vieux chat de gouttière solitaire et farouche. Grâce à elle, une ancienne cicatrice s’efface sur mon coeur, une cicatrice qui me chatouillait les soirs de blues.

Elle referme peu à peu une très longue parenthèse de ma vie. Une période sombre et orageuse. Quinze années de ma vie.

Sophie. Mon amour. Rien qu’en évoquant ce prénom vous voyez, le passé investit sans peine ma mémoire. Je l’aimais si fort. Nous avions tous les deux vingt ans et le meilleur était devant nous. Notre habitions un petit nid douillet dans le douzième arrondissement où, de notre balcon, nous pouvions contempler la vue apaisante de la coulée verte. Je travaillais chez Surcouf qui venait d’ouvrir avenue Daumesnil. Passionné d’informatique et de jeux de rôle, je stockais un tas de composants informatiques qui traînaient partout dans le minuscule séjour. Des cartes mères et graphiques, des processeurs et des ventilateurs, des barrettes de ram, des cordons et des nappes qui grouillaient sous le petit canapé.

Sophie demeurait stoïque tant qu’elle pouvait contre cette invasion électronique. Cependant, à intervalle régulier, elle craquait. Alors, armée de son balai, elle poussait rageusement les boîtiers contre les murs en me criant dessus. Je rigolais mais j’éteignais les écrans et je posais le fer à souder. Pour me faire pardonner, je l’emmenais dans un petit restaurant italien à deux rues du Viaduc des Arts. Il y avait une table un peu à l’écart qui était devenue notre table. Nous commandions des pâtes ou du rizotto et nous bavardions sans fin sur les étapes de notre grand voyage sur les traces de Lamartine. Elle voulait un enfant. Une fille qu’elle aurait appelée Graziella bien sûr. Avant le dessert, elle finissait toujours par me sourire et les nuages disparaissaient. Je n’ai jamais su si c’était mes efforts ou le sortilège de ce vin de Toscane. Nous rentrions amoureux et en paix. C’était magique et grisant.

Nous avons été heureux jusqu’à ce funeste mardi de juillet. Il était autour de cinq heures de l’après-midi. A cet instant, le bonheur que je croyais éternel a volé en éclats. Non. Sophie n’est pas morte dans l’explosion. Je suis allé à l’hôpital dès que les urgences m’eurent prévenu. Sophie était là, derrière la vitre, son corps meurtri caché par un drap bleu sali, respirant avec peine sous un lourd appareillage. J’ai senti un craquement sinistre dans ma poitrine, juste sous le coeur. J’ai alors étrangement laissé mes regards dériver vers les oscillations vertes et hachées qui s’affichaient sur l’écran du moniteur de surveillance. Elles étaient d’une beauté malsaine et pourtant elles m’hypnotisaient. Je n’ai pas vraiment entendu l’interne me débiter des fadaises sur un ton compatissant. Sophie était partie. Ce qui gisait là-dessous n’était pas Sophie. N’était plus Sophie. Sophie s’était enfuie. Il n’y avait plus rien d’elle sur ce lit tubulaire. J’ai fait brusquement un pas en arrière, en proie à un vertige inexplicable. Je suis sorti précipitamment des soins intensifs sans faire attention à ce que me criait le personnel médical. J’ai erré en titubant le long des interminables couloirs de l’hôpital. Je l’ai abandonnée ce jour-là. Un comportement abominable, abject me dites-vous. Je ne le nie pas, vous avez mille fois raison. Sophie avait cessé d’exister pour moi. C’est difficile à exprimer. J’ai fui. J’ai pleuré mais les larmes ne m’ont pas libéré.

Vous ne verrez pas son nom sur la plaque qu’ils ont posée à la station Saint-Michel. Elle a dû finalement survivre. Je n’en sais rien. Je n’ai rien voulu savoir. J’ignore ce qu’il est advenu d’elle. Je n’ai jamais cherché à la revoir, bâillonnant sans pitié la voix de ma conscience. L’Italie s’est détachée de ma géographie personnelle, péninsule perdue et imaginaire. J’ai perdu le goût du Chianti.

J’ai fait mon deuil comme on dit maintenant. Le temps a fait le reste. J’ai refermé les volets. J’ai repoussé les autres, surtout les femmes. J’ai brouillé les pistes et maquillé mon identité. C’est fou ce que l’informatique réussit à faire de nos jours. Bien sûr mes petits bidouillages ne résisteraient pas à un examen minutieux. Mais je vivais en pointillé alors qui allait s’intéresser à moi? J’ai quitté mes anciens amis et je n’ai pas de famille. J’ai donné ma démission à Surcouf et j’ai trouvé un autre boulot à l’autre bout de Paris. Un boulot solitaire, fait d’ombres et de silence où je me suis caché, loin de la lumière du soleil. Il me fallait ça, une sorte de tombe où je pouvais expier mon immense péché. J’ai vécu en marge de la société, logeant dans une minuscule chambre de service sous les toits.

C’est là que s’est réveillé le chat au pelage gris muraille, un chat qui ne faisait confiance à personne. Mes yeux ont acquis cette extraordinaire acuité féline. Aucun détail ne leur échappait plus. La nuit était mon domaine, mon territoire. J’ai pris goût à des jeux bizarres et interdits. Invisible et silencieux comme un matou aux aguets, j’ai hanté vos pas sans que vous ne vous en doutiez. Au milieu de la nuit, quand les tensions exacerbent les sens, je vous observe, jamais bien loin. Je me rappelle la première fois.

C’était au fond d’un parking. Au dernier sous-sol. Une voiture isolée était garée. La dernière voiture. J’étais là un peu par hasard. Enfin, c’est ce dont j’essaie de me convaincre. Une femme est entrée dans mon champ de vision. Assez jeune. Un carton dans les bras. Je me suis approché tandis qu’elle ouvrait le hayon de sa voiture. Elle a dû sentir ma présence parce qu’elle a brusquement fait volte-face, les clés à la main. Elle a balayé du regard le parking désert. J’ai reculé, plus par malaise que par peur d’être démasqué. Quand elle m’a aperçu, elle a, me semble-t-il, esquissé un demi-sourire et a haussé les épaules. J’ai pris son geste pour une invitation. Je me suis avancé un peu plus près. Elle a déposé son paquet dans le coffre qu’elle a refermé en faisant claquer la tôle. Le bruit a réveillé un long écho métallique qui a rebondi sur les piliers du parking. Il est sorti de l’ombre à cet instant. Un bas de femme sur le visage. Je n’ai rien fait. Si, j’ai regardé. Jusqu’au bout. Quand elle a crié dans ma direction, je n’ai pas bougé, suspendant un geste conditionné. J’ai reculé. Encore reculé jusqu’à ce que leurs formes deviennent indistinctes. Sans doute à cause des larmes qui ont envahi mes yeux. Il a fini par se lasser et l’a laissée en me faisant un bras d’honneur. Elle ne bougeait plus, ses vêtements déchirés autour d’elle. Sa tête reposait contre le pare-choc de la Mégane. Elle avait cessé de crier. Je me suis approché à nouveau. Elle était prostrée, visiblement en état de choc. J’ai distingué des marques sombres qui naissaient sur sa peau dénudée. Elle sanglotait doucement, presque en silence. J’ai tourné autour d’elle lentement. Il y avait quelque chose qui planait au-dessus de cette femme violée. J’ai cherché. En vain. J’ai quitté comme à regret cette scène en noir et blanc. Le deuil et les regrets sont forcément en noir et blanc.

J’ai effacé toute trace de ce souvenir. Proprement. Elles sont revenues. Les images ont ressuscité au milieu de mes rêves, me tirant brutalement du sommeil. Je n’ai pu me rendormir, trop de lumière derrière les persiennes. J’avais mal à la tête. Peu à peu, j’ai compris que cela me manquait déjà. Une sorte d’impatience. La nuit suivante, je me suis lancé à sa recherche. A la poursuite de cette chose qui attire les chats quand tombe la nuit.

Au début, je croyais que je pourrais rester maître de la situation. J’ai défini une limite à ne pas franchir. Mais la tentation accentua son étreinte et j’ai repoussé cette limite. Je me mis à attendre fébrilement le moment où les ténèbres enfantent les monstres et les fantômes. Je me transformais alors en frôleur d’enfer, une créature du démon qui se promènait sur le fil ténu séparant le monde des vivants et celui des morts. Le chat noir qui porte malheur à ceux qui croisent sa route. Je devins le spectateur privilégié des horreurs qui hantent ce monde quand les bonnes gens se blottissent sous leurs draps. A l’heure où les ombres se détachent des murs et prennent consistance. Je calque mes mouvements sur les leurs, un pacte secret les empêchant de me nuire. J’ai goûté au plaisir interdit et j’en ai redemandé.

Je vous suis à votre insu. Je peux demeurer dans votre sillage sans jamais ressentir la moindre fatigue. Epiant par-dessus votre épaule. Epiant vos secrets. Vous ne pouvez pas me distancer où que vous alliez, quoi que vous fassiez. J’ai développé un sens surhumain et crépusculaire. Le chat s’est mué en une horrible bête qui allonge ses foulées au-dessus de vos têtes. Une bête de cauchemar qui jamais pourtant ne s’en prend directement à vous. Non. Je reste un peu à l’écart, tel un charognard.

J’aime vous voir mourir. Oui, je l’ai avoué. Il y a tant de pièges qui se tendent une fois le soleil disparu. J’aime vous observer quand le dernier réflexe crispe votre jambe, quand le dernier hoquet soulève votre poitrine, quand votre bouche s’ouvre sur un cri silencieux, ces mille et un détails que je collectionne sans relâche. Que je répertorie dûment. Ma collection est immense. J’en ai tellement. Mon royaume s’est progressivement étendu à la ville toute entière. Aucune rue n’échappe désormais à ma vigilance. Je me fonds dans le décor urbain bien mieux que plus grand prédateur. Mieux que le jaguar au sein de la jungle brésilienne. J’ai investi également votre vie privée. Vous croyiez-vous à l’abri lorsque vous fermez la porte à double tour ? Ce n’est que l’illusion de la sécurité. Je m’introduis chez vous et je me repais de vos vices et de votre solitude, juste de l’autre côté de la fenêtre. Cela me confère un indéniable avantage. Je vous ai à l’oeil plus que jamais.

Une petite voix s’est levée un jour dans ma tête. Une toute petite voix qui m’a posé une simple et unique question. Au début je n’ai pas écouté. Alors elle a reposé la question. Encore et encore. Inlassablement. Je me suis arrêté et j’ai entendu. La petite voix répétait : où es-tu ? Où es-tu ? OU ES-TU ? J’ai ouvert la fenêtre, poussé les volets et j’ai vu un rayon de lumière qui, en déchirant les nuages, a embrasé le Sacré-Coeur comme un signal du Ciel. Le doigt de Dieu.

C’était la veille du jour où je l’ai croisée. Cette rencontre dissipa les ténèbres qui emplissaient mon existence. J’ai regardé vers la terre ferme. J’étais loin de la côte. J’ai ramé. Ramé dur pour regagner le port. Elle m’a aidé sans compter ses efforts et chaque jour était une victoire arrachée à l’horreur. Elle a cru en moi. Elle était là au bon moment, au bon endroit. Ah oui, ce jour marquait aussi le quinzième anniversaire mon exil infernal.

Je l’ai tout de suite remarquée parmi les autres. Une attraction singulière. Il se dégageait de sa personne une force vitale indomptable qui a réveillé quelque chose au fond de moi. Je l’ai croisée d’abord sans vraiment m’intéresser à elle alors que j’étais déjà piégé. Je suis revenu sur mes pas, la cherchant parmi les inconnus qui ne comptaient pas. J’ai cru la perdre, maudissant ma négligence. J’ai remonté le boulevard et les rues adjacentes. J’allais abandonner la mort dans l’âme quand j’aperçus son abondante chevelure qu’elle coiffait avec une exubérance étudiée. Je ne la perdis plus de vue ensuite. J’ai essayé d’apercevoir son visage mais à chaque tentative, il y avait toujours un obstacle qui bouchait la perspective. Un passant importun, une devanture de magasin, l’éclat de lumière intempestif d’un réverbère... J’enrageais. Je ne la quittais pas des yeux mais impossible de voir les siens ! Les frimas de l’hiver ne m’aidèrent pas non plus. Les cols et les écharpes furent bientôt mes pires ennemis ainsi que les parapluies.

Je fus un amoureux transi et maladroit, incapable de faire le premier pas. Je me contentais de la suivre. Elle possédait une allure souple et féline, une détermination manifeste. Elle dépassait les autres passants en choisissant des trajectoires surprenantes, quitte à empiéter sur la chaussée quand le trottoir ne lui laissait pas le choix. J’ai remarqué la fluidité de sa silhouette et la grâce de ses gestes déliés. J’étais sous son charme. Je cheminais sur le bord des toits, juste au-dessus de sa tête. Je suis tombé... amoureux quelque part entre le Sacré-Coeur et la place Pigalle. Définitivement amoureux. Je n’aurais pas cru cela encore possible!

Invariablement, elle s’arrêtait au café Bruant, au pied de la butte, où elle buvait une boisson chaude. Je patientais sur le trottoir d’en face et je la distinguais derrière l’auvent. Elle réglait l’addition et poursuivait son chemin tandis que la nuit s’épaississait sur Paris. Je lui ai déclaré ma flamme sur un trottoir où la pluie jouait en flaques multicolores. Enfin, quelque chose dans le genre. Elle n’a rien dit. J’ai préféré. Entre nous le non-dit est plus important que tout le reste. Elle m’a permis de l’accompagner. C’est suffisant. J’ai mis fin à mes petits jeux pour me consacrer à elle. Ce chemin que beaucoup considèrent comme celui du vice et du péché est devenu celui de ma rédemption. Je remercie la Providence que nous soyons tous deux des travailleurs de la nuit sinon nous n’aurions eu aucune chance de nous rencontrer.

Maintenant, j’ai décidé qu’il était temps que notre relation évolue. Ce soir, j’ai décidé de lui faire une surprise. J’ai attendu la fin de son service. Il est bientôt six heures et le jour de novembre frissonne déjà au-dessus de la butte. Il va faire beau je le sens et je n’irai pas dormir. Pas dormir chez moi. J’irai dans son lit avec elle pour saluer l’aube. Et nous ne dormirons pas. Non. Nous laisserons entrer le soleil à grands flots et nous rirons comme des enfants. Nous nous aimerons en plein jour et tous les pigeons du Sacré-Coeur s’envoleront d’un coup pour nous rejoindre au milieu du ciel. Oui, cela va être fabuleux. Je lui parlerai de l’Italie et j’irai acheter des croissants et une bouteille de Chianti. Je sens la vie parcourir mes veines et j’ai de nouveau confiance en l’avenir. Elle me montrera enfin son visage, un visage que je reconnaîtrai bien sûr. Sophie.

Là voilà, elle est ponctuelle vous ai-je dit. Quoi ? Qui est cet homme qui s’approche d’elle ? Pourquoi s’embrassent-ils ? Mais... mais... Je me recule, une douleur perce mon flanc. Ils s’en vont enlacés. Elle ne me jette aucun regard. Aucune explication. Je suis stupéfait. Sa trahison me crucifie. Je respire difficilement. Qu’a-t-elle fait ? Que fait-elle ? Elle piétine mon coeur et elle voudrait que je n’en souffre pas ? Je les talonne à quelques pas derrière. Je suis perdu entre rage et désespoir. Je dois réfléchir. Garder mon sang-froid. Elle pose sa tête contre son épaule et cela me fait mal. Ils tournent à l’angle du trottoir. Je traverse la rue et je les observe se rapprocher de moi. Ils se parlent sans se quitter des yeux. Elle fait comme si je n’étais pas là, comme si je n’existais pas.

Je ne suis pas seul à les suivre. Quatre silhouettes longent le trottoir d’en face. La rue est déserte. Je reporte mes regards vers la source de mon malheur. Ils s’embrassent. Mon coeur s’arrête de battre. Devient pierre. Un bloc de roche noire et froide. Aussi noire que les ténèbres, aussi froide que le vide. Les quatre ombres traversent la rue et se jettent sur eux. Ils les entraînent au fond d’une sombre impasse encombrée de cagettes empilées et de poubelles. Ma main hésite. Je me rapproche au plus près mais l’obscurité se fait profonde et contrarie mon point de vue. Ma main hésite. Je peux encore intervenir. A quoi bon? Elle s’est jouée de moi. Elle s’est moquée de moi. Je distingue les signes confus et épars de la violence qui bouillonne sous mes yeux, à quelques mètres. Mais la douleur est trop grande et submerge ma conscience. Alors j’écarte la main du bouton d’alarme et je coupe simplement l’écran de contrôle. Il y en a tant d’autres à surveiller. Je n’ai plus mal. Je me lève de mon siège et j’extirpe une pièce de ma poche. J’ai envie d’un café fort.


M

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Hivernale  Ecrire à Hivernale

2010-11-25 11:34:07 

 participation au WA n°85Détails
Trente-et-un octobre


1- Yin

Il avait disparu. Il était clair que ce gamin ne m'apportait que des ennuis depuis que sa mère me l'avait confié. Et même s'il était destiné à devenir un grand sorcier, il était encore adolescent. J'étais convaincu qu'il mettait un point d'honneur à me rendre la vie impossible. Un étrange frisson me parcourut. J'étais persuadé d'avoir oublié quelque chose de capital mais je n'arrivais pas à identifier ce que c'était. Il fallait que je trouve ce qui me dérangeait, je n'étais plus un jouvenceau et cette peur qui planait autour de moi n'était pas habituelle. Je me levai et laissai ma table d'autopsie de côté où une étrange créature récupérée un peu plus tôt dans la soirée gisait. Je la regardai avec pitié, oui c'était vraiment une très étrange créature. Et c'était d'autant plus inhabituel qu'elle se trouvait dans le sous sol lorsque je l'avais trouvée, dans un des t-shirt ridicules du gamin. Je m'approchai de la fenêtre de ma salle de recherche, poussai légèrement le rideau de dentelle noire pour voir ce qui se passait dehors. Immédiatement je compris. Une citrouille ridiculement découpée afin de lui donner un semblant de rictus, trônait sur la fenêtre des voisins. Nous étions le jour d'Halloween. Quelle plaie. Un nouveau frisson. Je devins blanc comme un linge, tout apparaissait comme une évidence, le gamin m'avait désobéi, une fois de plus, mais ce coup-ci je doutais fort qu'il s'en sorte seulement avec une remontrance et mon armoire d'archives de fluides à ranger.

" Pourquoi t'entêtes-tu toujours à me défier ? "

Comment allais-je pouvoir retrouver le gamin ? Il avait dû utiliser un sort de transfert et se perdre dans un monde différent du notre, et ceci le jour d'Halloween, le jour où les morts ressortent de leurs tombeaux. Ce jour avait particulièrement un sens dans les autres mondes où le 31 octobre n'était pas célébré que par des enfants... Certains mondes avaient même la particularité de n'être peuplé que de morts, et Halloween les mettait dans une humeur particulièrement festive. Maudit sois tu Hopinel ! J'étais abattu, désemparé, je posai doucement mon front contre la vitre froide et regardai tous ces gamins dont la seule préoccupation était de ramener le plus de friandises possible ce soir chez eux.

" Comment vas tu faire pour rentrer à la maison, pour lancer le sort inverse sans te faire repérer ? A moins que j'arrive à te rejoindre. "

Je réfléchissais à la façon de procéder quand ma vision s'obscurcit. Je clignai des yeux. Quel était donc encore ce souci ? Je me mis à voir comme à travers un épais brouillard, un brouillard noir d'une densité absolument incroyable. Mon coeur s'accéléra. Des millions de possibilités pour expliquer ce nouveau phénomène arrivèrent à mon esprit dérouté, toutes plus affreuses les unes que les autres. J'essayai d'analyser le plus rapidement possible la situation afin de décider d'une conduite à suivre. Ma condition empira, le brouillard entra par mes narines m'insufflant son odeur de décomposition. Je me mis à pleurer, ce qui en soi était la réaction la plus stupide à avoir, cela affaiblissait encore ma visibilité. Mais je ne pouvais pas m'en empêcher, l'odeur était tellement nauséabonde qu'elle me piquait atrocement les yeux. Ajouté à cela ma peur grandissante et je me retrouvais déversant toute l'eau que mes yeux pouvaient contenir le long de mes joues. Une idée me vint, oui c'était évident, je restais là, le front posé contre ma vitre à pleurer toutes les larmes de mon corps pour retarder le moment inévitable de faire face à la chose qui m'attaquait par derrière, mais la chose qui m'attaquait était le brouillard lui-même. L'envie, le besoin de fuir se fit oppressant. Mon coeur battait toujours aussi vite et le nuage noir qui s'immisçait dans mes poumons était tellement dense que je commençais à forcer douloureusement pour emplir et désemplir d'air ma poitrine. Je posai mes deux mains sur la vitre afin de prendre appui et me retournai lentement. Je cherchais à éviter le combat de tous les moyens possibles et un geste trop brusque pourrait être mal interprété par mon agresseur. Je tremblais de tout mon corps, des perles de sueur coulaient depuis la base de mon cuir chevelu, dégoulinaient le long de mes tempes et venaient se confondre avec mes larmes toujours abondantes sur mes joues. Je compris mon erreur en me retournant. La table d'autopsie était vide.

2- Hopinel

Je m'en voulais terriblement, j'aurais dû écouter ce vieux rabat-joie d'oncle Yin. Je réfléchissais pour faire passer le temps. Je me demandais si dans ma vie, courte mais pourtant déjà bien garnie, je m'étais déjà retrouvé dans une posture aussi inconfortable. La réponse était évidemment non. Que pouvait-il m'arriver de pire qu'être coincé dans la souche d'un arbre pourri, poursuivi par des dizaines de morts-vivants ? Malgré ma situation, et de manière étrange je commençai à me détendre. Avec les hordes de ces affreux zombies qui étaient passées à côté de ma cachette sans me voir, j'acquérais la relative certitude que ma cachette était bonne et qu'on ne me trouverait pas de sitôt. La douleur de mon pied coincé dans une fissure présente au fond de la souche creuse commençait à légèrement s'atténuer, et heureusement car je sentais que je devrais rester un long moment ici. J'observais les zombies autour de moi et de mes premières conclusions, il me semblait qu'ils ne parlaient pas. Ce qui était assez logique quand on observait que la plupart d'entre eux avaient la trachée partiellement ou totalement ouverte sur le reste du monde. Ils se contentaient d'émettre des bruits gutturaux et des gargouillis peu encourageants à la discussion. Il me semblait aussi qu'une certaine hiérarchie se fût mise en place, hiérarchie somme toute assez simple : les plus gros dominaient les plus maigres. Mais une multitude de questions arrivaient à mon esprit : pourquoi n'y avait-il aucune femme parmi les morts ? D'où venaient-ils ? Etaient-ils majoritaires dans le monde où je me trouvais ? Comment se nourrissaient-il ? Cette dernière question commençait à me peser, car le même problème viendrait à se poser pour ma propre personne. Tout ce qui m'entourait était mort, animaux, êtres humains, plantes, cela ne les empêchait pas de bouger ; au contraire, tout ce petit monde cherchait inlassablement à m'attraper depuis déjà le milieu de journée et la nuit commencait à tomber. Même cette petite créature que j'avais rencontré était morte mais pourtant bien active. Elle n'avait pas semblé avoir d'idées malveillantes à mon sujet, ce qui m'avait encouragé à la laisser venir se blottir contre moi dans la souche. J'avais pu l'observer de très près. Elle était étrangement attachante malgré son apparence repoussante et son odeur de putréfaction. Elle avait un tout petit visage de la forme de celui d'une chauve-souris, avec des grandes oreilles, vraiment immenses puisqu'elles pouvaient la recouvrir totalement, la transformant ainsi en une drôle de balle de football américain un peu tordue. Elle possédait un petit corps semblable à celui d'un gros rongeur et elle avait deux pattes minuscules qui lui permettaient de se tenir debout. Mais le plus frappant chez elle étaient ses grands yeux jaunes et les deux énormes trompes qui pendaient depuis le milieu de son ventre. En effet deux longs tuyaux creux s'agitaient devant elle, ils étaient articulés au même titre qu'un bras, et apparemment elle s'en servait pour garder son équilibre. Mais pour ma part, je soupçonnais une utilisation bien moins avouable de ces canaux aussi noirs que le néant qui semblaient partir directement de ses intestins. Je pensai pendant un instant que ces trompes servaient à se nourrir, car je m'étonnais grandement de l'absence de dents dans la bouche de ma colocataire de fortune. Quoiqu'il en soit, elle devait être loin. J'avais utilisé un sort de lien basique sur elle, je pouvais sentir ce qu'elle ressentait, dans une certaine mesure, et "communiquer" avec elle. Nos communications s'étaient limitées à un échange d'images et de séquences de nos vies, c'est ainsi que je lui avais mentalement envoyé une image de mon oncle, de sa maison, de ma chambre. Après quelque temps, elle était partie, elle s'était envolée par dessus ma tête, non pas en utilisant ses oreilles comme j'aurais pu m'y attendre mais simplement en nageant, oui c'est exactement ça : elle semblait nager dans l'air. Quelques instants plus tard elle disparaissait dans un trou noir crée par ses soins. Je ressentis immédiatement qu'elle était arrivée chez mon oncle, je n'en croyais pas mes visions, mais elles ne pouvaient me tromper. Je repris espoir de sortir indemne de ce monde dénué de vie. Je la sentis se blottir contre mon linge encore humide dans la machine à laver. Mais malheureusement la connexion se coupa.
Cela faisait plusieurs heures que je me demandais pourquoi la connexion avait ainsi été interrompue et je maudissais mon ignorance, et mon manque d'entrainement de ce sort. J'espionnais les faits et gestes d'un mort-vivant à travers un tout petit trou dans le bois, pas plus grand qu'une pupille, quand ma vision s'obscurcit. Il faisait déjà nuit depuis longtemps mais une chape de brouillard semblait vouloir se rajouter à la noirceur ambiante. Je regardai aux alentours, notamment le zombie au loin, mais ce brouillard semblait se tenir exclusivement devant mes yeux, ou devrais-je dire dans mes yeux. J'aperçus le dos d'un homme plutôt mince, aux cheveux gris-argent avachi près d'une fenêtre, les mains posées contre la vitre. De la buée s'était formée là où il avait respiré. Il était entièrement baigné dans un nuage de ténèbres, je reconnus instantanément mon oncle avant même qu'il se retourne et ceci malgré les images floues que je recevais. Je pus distinguer sa peur, sentir l'odeur de sa transpiration, et entendre son coeur taper anormalement vite et fort dans sa cage thoracique et tout ceci m'apporta satisfaction. Enfin il allait payer pour les tortures qu'il m'avait subir sur son affreuse table d'opération, enfin...
Je dus me mordre l'intérieur des joues jusqu'au sang pour m'empêcher de crier d'effroi. Je secouai ma tête. L'étrange créature était en train de prendre le pas sur ma propre conscience, et je voyais la salle de recherche de mon oncle à travers ses yeux. Je ressentais sa douleur et sa folie. Je compris ce que mon oncle lui avait fait subir. L'ayant trouvée dans la cave, il l'avait portée jusqu'à la salle de recherche, ou peut être l'avait elle suivi. De là il l'avait ligoté à une planche, ressemblant étrangement à une planche à découper. Il lui avait injecté un produit, la plongeant dans un coma éveillé depuis lequel elle avait pu l'observer lui ouvrir le torse avec un scalpel, faire gigoter ses trompes et ses viscères avec une pince à épiler et tout un tas d'autres choses plus horribles les unes que les autres. Attachée, hébétée, la pauvre bête qui ne pouvait mourir car elle était déjà morte avait dû observer son tortionnaire jouer avec ses organes durant de longues heures. Mais je devais me reprendre, il fallait que j'empêche l'étrange créature de tuer.

3- Yin

Ma situation semblait désespérée, je ne voyais pas comment m'en sortir. Je ne pouvais pas me jeter par la fenêtre et courir dans la rue, il était hors de question que je risque la vie de tous les enfants qui gambadaient dans la rue en quête de bonbons. Je ne voyais pas l'étrange créature, je la cherchai du regard, en vain. Mon armoire de travail se trouvait en face de moi, il fallait juste que je contourne ma table d'autopsie pour y accéder. Elle contenait nombre de choses qui pourraient être utiles dans cette situation. Au cours de mes recherches je m'étais frotté à des fluides aux propriétés extrêmement intéressantes, comme celui permettant de dissoudre toute matière vivante instantanément. La peur me clouait sur place, je cherchais au fond de moi le courage nécessaire pour traverser la pièce. J'étais persuadé que le brouillard sapait mon sens pratique et me paniquait en déroutant tous mes sens. Mes mains étaient moites, mais je sentais de moins en moins l'humidité qui les recouvrait. Je me rendis compte que mon ouïe elle aussi semblait me quitter, les cris des enfants paraissaient de plus en plus étouffés, comme si j'étais à l'intérieur d'un bocal. Ma conscience m'alarmait et me demandait de me dépêcher de me rendre à mon armoire, de fuir cet endroit, de faire quelque chose mais mon corps lui, n'aspirait qu'à se recroqueviller contre le mur. Je sentais mes genoux se plier sans que je leur demande quoique se soit. J'étais entrain de m'avachir par terre sans arriver à me ressaisir. Cela me faisait penser à certains poisons d'animaux venimeux destinés à paralyser totalement leur proie. C'était exactement cela : j'étais une proie. Le brouillard sembla s'éloigner un tout petit peu, du moins me laissait il voir à quelques centimètres devant moi, suffisamment pour observer que le nuage se condensait, se changeait en matière sur ma table de travail. J'étais à présent assis par terre, les jambes repliées, mes yeux dépassaient à peine par dessus mes genoux, juste assez pour voir l'étrange créature se reformer devant moi, intacte. Je ne comprenais pas comment cela était possible. J'avais autopsié cette drôle de bête, et aucun être ne pouvait survivre à un tel traitement, cela n'avait aucun sens. Ses contours restaient malgré tout assez flous, elle semblait vaporeuse et je pensais même pouvoir passer ma main à travers son corps. Elle me souriait. C'était très malsain. Je sentis son dégoût et son désir de meurtre. Elle sauta de la table et vint se camper devant moi. J'aurais pu la toucher si j'avais eu le courage de tendre mon bras, ne serait ce que pour tenter de lui tordre le cou. Nous restions là à nous dévisager. Ses trompes paraissaient essayer de me renifler, elles bougeaient frénétiquement devant son ventre. Elle se mit tout à coup à pencher légèrement la tête comme si elle essayait d'écouter quelque chose, je fis de même mais n'entendis rien. Elle recula. Ses oreilles aux dimensions immenses se déplièrent de derrière son dos et se mirent à onduler, et celle de droite me désigna la porte de la pièce. Je n'osai pas regarder dans la direction qu'elle m'indiquait, persuadé qu'il s'agissait d'un piège et qu'elle attendait que je la lâche des yeux pour me sauter au cou et m'égorger. Elle se mit à gémir doucement. Son comportement était vraiment étrange, son animosité envers moi semblait se dissoudre. Tout cela n'avait aucun sens. J'inspirai un grand coup, et je m'aperçus que cela ne me posait plus aucun problème. Une odeur âcre de décomposition revint à mes narines, je ressentais de nouveau les gouttes de sueur couler le long de mes tempes : l'emprise de l'étrange créature se dissipait. Je me détendis un peu.

- " Grroncle Grriiiine "

Oncle Yin ? Comment cela était il possible ? Etait-ce mon imagination qui me jouait des tours ?

- " Gamin ? C'est toi ? "

La petite créature rabattit son petit menton contre son torse en signe d'acquiescement.

4- Hopinel

Cela était un comble, malgré ma situation je venais de sauver la vie de mon oncle. La communication reprise, j'avais convaincu mon drôle de compagnon de se calmer, et de laisser oncle Yin vivant. Je lui avais en échange trouvé un nom. C'était uniquement ce qu'elle demandait, un peu d'attention. Je soupirai de soulagement. Un léger craquement de bois mort me tira de ma rêverie, je plaquai mon oeil contre ma fissure d'observation et je vis une autre pupille, noire, m'observer depuis l'extérieur de la souche. Je hurlai.

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2010-11-25 23:31:43 

 Brrr! Charmant!! :/Détails
L'ambiance y est, le scénario se tient et la fin, évidemment, est tout à fait horrible :) Un bon point!!

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans ton texte dans la première partie, qui manque de rythme. Je pense que certaines phrases mériteraient d'être tournées différemment (exemples: "j'étais persuadé" deux fois, "Je me levais et laissais ma table d'autopsie de côté où une étrange créature récupérée un peu plus tôt dans la soirée gisait."--> j'aurais dit "Je me levai et laissai de côté ma table d'autopsie, où gisait une étrange créature récupérée un peu plus tôt dans la soirée."), et qu'un peu de ponctuation... Des points d'exclamation (Quelle plaie!), de suspension, etc, donneraient plus de vie à ton texte.
Ensuite on entre dedans et c'est sympa. J'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur le monde de Yin, il semble habitué à trouver ce genre de créatures, j'aurais bien voulu en savoir un peu plus.

Quelques fautes d'orthographe aussi, que je n'ai pas relevé sur le moment... Ah si, il y avait l'ouïe, qui est un mot féminin (avoir l'ouïe fine).

Mais c'est un bon travail et je suis ravie de lire du sang neuf (miam miam!!) sur le forum! Et puis, faut dire que je lis très rarement les textes (moins rarement que ce que j'en écris, quand-même!), alors si je l'ai lu jusqu'au bout, c'est déjà un compliment en soi (oui, je suis une flemmarde professionnelle!!) :)

Encore bienvenue parmi nous, et au plaisir de lire ta prochaine participation!

Elemm', c'est qu'ça caille dans ce pays!

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2010-11-26 21:11:58 

 WA 85 : participationDétails
Après avoir galéré sur le WA 80, après avoir galéré sur un premier synopsis sur le 85, me revoilà !! Bon, c'est très premier jet comme truc mais voilà.
(Edit suite aux critiques de Z, Narwa et Zog)

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Un sourire pour l'éternité



Très tôt, je fus fascinée par les gens. Je passais de longues heures à les regarder, chaque jour. Je les observais par la fenêtre de chez mes parents, je les observais en marchant dans la rue, en prenant le tramway, en allant au théâtre. Je les observais durant les après-midis interminables des garden parties, durant les dîners familiaux, en cours de musique. Partout. Sans cesse. Leurs traits, leurs expressions, dont la variété semblait sans limite, m'hypnotisaient. J'étudiais leur façon de se mouvoir, leur costume et tout ce qui transparaissait de leur personnalité. Je m'intéressais au moindre détail inhabituel, un sourire mystérieux, un bijou original, une cicatrice... Mentalement, je notais le moindre indice, forme, texture, son, couleur, odeur, et tentais de le retenir, de le conserver. Un rien me passionnait. Je voulais les comprendre, les décoder, capter leur essence, leur étincelle de vie. Mais je les scrutais de loin, évitant soigneusement leur regard, ne m'approchant jamais, effrayée à l'idée qu'on me remarquât.

J’aimais les gens. Mais je ne les aimais pas comme on aime un amant, sa mère ou son chien. Je les aimais plutôt comme on aime les timbres ou les papillons exotiques épinglés dans des cadres. L’entomologiste tuerait-il aussi cruellement les papillons s’il leur portait vraiment de l’amour ? J’aurais voulu collectionner les gens, pouvoir les ranger soigneusement, les posséder.

Parfois, je voyais plusieurs fois les mêmes. Ceux-là acquéraient alors un statut subtilement différent, comme si je les connaissais. Je les regardais avec un intérêt accru, tentant de déceler ce qui avait changé en eux depuis la dernière inspection. Cette activité me prenait beaucoup de temps chaque jour et il y eut des réprimandes parentales. "Arrête de rêvasser !", "Une jeune fille bien élevée ne dévisage pas les passants !", "Réponds quand on te parle !". J'appris donc à assouvir mon vice avec plus de discrétion et à garder une oreille distraite sur la conversation soporifique de ma famille.


A quinze ans, je tombai éperdument amoureuse d’une cousine éloignée, avec laquelle ma mère avait renoué. Avec elle, ce fut tout de suite différent. Honorine était tout ce que je n'étais pas : belle, gracieuse, extravertie, intéressante. Elle avait les yeux bleus les plus charmants, les tâches de rousseur les plus adorables, le déhanché le plus envoûtant. Je n'avais de cesse de l'admirer à la dérobée. La perspective qu'elle découvrît mon penchant pour elle me terrifiait mais je ne pouvais tout simplement pas réfréner le désir qui m'habitait. Cette pulsion s’accompagnait d’une intense frustration puisque je savais que je ne pourrais jamais la posséder. Un jour, elle se marierait et cesserait de venir chez nous. Et le plaisir de la regarder reviendrait à un autre. Cette perspective me rendait mélancolique et venait ternir la joie de la voir.

Je suppose qu'elle finit par sentir peser mon regard sur sa nuque ou la cambrure de ses reins car elle s'arrangea pour me surprendre. Comme elle se repoudrait au sortir de la messe et que je la dévorais des yeux comme à l'accoutumée, elle se retourna brusquement et me demanda pourquoi je l'observais ainsi sans cesse. Je bafouillai une dénégation mais elle m'arrêta immédiatement et réitéra sa question. Éperdue, les joues brûlantes de honte, je laissai échapper le premier prétexte venu : j'étudiais son visage pour faire son portrait. Le regard d'Honorine s'illumina de ravissement. Cette idée flattait fort sa vanité de jouvencelle. Que ne le lui avais-je dit ? Elle serait bien aise de poser pour moi. Et dès demain !

J'étais fort embarrassée par cette histoire, n'ayant jamais pris un seul cours de dessin. Mais ce petit stratagème allait me donner l'occasion de me délecter de sa beauté autant que je le voudrais, sans même me cacher. Je commençai donc à la peindre. Chaque après-midi, elle venait me rendre visite et nous nous retirions dans mon étude. Mes parents étaient ravis de cette nouvelle complicité féminine. Si seulement je pouvais m'inspirer de cette cousine, aimable et courtisée... Je pouvais désormais la regarder dans les yeux sans redouter un quiproquo et je plongeais avec délectation dans ces prunelles aigue-marine. Cela me procurait un plaisir presque physique et j'avais l'impression enivrante de sonder son âme.

Honorine insista à plusieurs reprises pour voir mon ébauche mais j'alléguai que cela ne manquerait pas de ruiner mon inspiration. Je ne lui montrerais que le tableau terminé. A ma grande stupéfaction, je me révélai douée à l'exercice de la peinture. Séance après séance, le visage devenait plus ressemblant, la silhouette se dessinait, les traits de la gracieuse enfant s'affinaient sur la toile. Par moment, l'image me semblait prête à sourire ou à battre des paupières, comme animée d'une vie propre. Dans le même temps, ma belle cousine fut frappée de langueur. Ce fut d'abord une pâleur à ses joues toujours si roses. Puis, elle s'affaiblit progressivement. Elle parlait moins, elle marchait plus lentement et elle perdait le goût des choses. Plus le tableau semblait expressif et plus ma cousine s'altérait, plus je peaufinais les couleurs et plus elle s'affadissait. Elle autrefois si pleine d'énergie, si débordante de santé n'était à présent plus qu'une ombre vague, sans substance. Et je me surprenais à regarder avec plus de plaisir l'image que le modèle. Elle venait toujours à nos séances de pose mais uniquement par habitude, comme un fantôme hantant un lieu familier. Et elle ne soutenait plus qu'à grand peine mon regard scrutateur.

La dernière chose qu'elle me dît fut qu'elle en avait assez de sourire. Elle n'avait plus de force et cette remarque glissa dans un souffle de ses lèvres blêmes. Je lui expliquai que, grâce au tableau, sa beauté serait désormais immortelle et qu'elle sourirait pour l'éternité. Elle hocha faiblement la tête. Le portrait était alors pratiquement fini. Une demi-heure plus tard, j'y mis la dernière touche et apposai ma signature, le coeur gonflé de fierté. On eût dit la toile d'un maître italien tant les cheveux semblaient soyeux, tant la chair était satinée et les yeux brillants. Jamais je n'aurais cru achever une oeuvre d'une telle perfection, d'un tel réalisme. Je plongeai mon regard dans celui de l'image et y retrouvai parfaitement reproduite toute l'essence de ma cousine, sa fraicheur, sa gaieté. Elle semblait si réelle dans sa robe blanche dont les pans diaphanes ondulaient dans le vent. Ondulaient vraiment !

En un instant, je réalisai que le tableau me fixait véritablement. Je me rapprochai fébrilement et observai mieux. Un souffle lent mais régulier soulevait la poitrine peinte. Le sourire sur le visage disparaissait progressivement pour faire place à une horreur naissante. J'avais fait ce dont tous les peintres rêvent. J'avais capturé l'âme de mon sujet. Et comme cette révélation s'imposait à mon esprit, je relevai la tête et fixai la vraie Honorine. Elle était plus pâle que jamais et ses prunelles contemplaient le vide. Tout ce qui était elle l'avait désertée. Il n'en restait rien. Je congédiai dédaigneusement cette enveloppe inutile. Quelle sorte de vie l'attendait à présent, je ne me le demandai point. Seul m'intéressait le portrait. La beauté d'Honorine y resterait fixée pour l'éternité. A moi. A moi seule. La radieuse cousine était mienne finalement, mieux que n'aurait jamais pu l'être son corps. Je pourrais la garder pour toujours, intacte. Une incroyable euphorie éclata sous mon crâne comme un feu de Bengale. A moi ! A moi seule !

Mes parents me trouvèrent bien gaie ce soir-là et m'en demandèrent la raison. Je ne répondis pas et ils se dirent peut-être que j'étais amoureuse. Ce qui était vrai en un sens. Je passai toute la nuit à réfléchir à ce pouvoir extraordinaire et, à plusieurs reprises, je me relevai pour contempler le portrait avec adoration. Il ne me vint aucunement l'idée d'en parler à quelqu’un. Je n'avais pas d'amie, pas de confidente. Et ce don était trop précieux et trop étrange pour être partagé. Je devins encore plus solitaire, occupant mes journées à admirer Honorine.


Un an s'écoula avant que je ne me lasse d'elle. Je regardais toujours le portrait mais j'y trouvais de moins en moins d'agrément et je me demandais même comment j'avais pu en être si éprise. J'étais comme un gastronome qui, après s'être amplement régalé d'un plat, en est subitement dégoûté. Je songeai à goûter d'autres douceurs et me mis en quête d'un modèle. Ma seconde oeuvre fut un homme d'âge mur, élégant et plein de verve. Il me rendait visite en prétendant me donner des cours de poésie mais occupait nos séances de pose à me faire sa cour. J'aimais ses yeux pétillants et sa moustache artistement taillée, qui frémissait en permanence d'un rire contenu. Il me fallut une attention toute particulière pour capter son humour et sa joie de vivre. Je l'accrochai à côté d'Honorine et pris l'habitude de fermer à clé la porte de mon étude. L'idée que d'autres yeux que les miens se posent sur mes tableaux me rendait malade de jalousie.

Cette seconde passion me passa encore plus vite que la précédente et au bout de deux saisons, je me remettais en chasse. Je décidai de m'aménager un atelier en ville pour plus de discrétion et, grâce aux largesses de mon père, m'installai à mon compte en tant que portraitiste. Mais je ne peignais que pour moi afin d'assouvir mon obsession. Ils défilaient devant mon chevalet, esprits vifs, sourires goguenards, personnalités tortueuses, douces innocences... Et je les capturais un à un. Il me les fallait tous; j'étais insatiable. Mes tableaux s'alignaient sur le mur, chefs d'oeuvre dédiés à la splendeur de l'esprit humain. Je hantais les rues de la ville pour repérer mes proies, comme un improbable vampire diurne. Puis, je posais mes pièges, je les attirais, avant de me saisir de leur âme. "Un sourire pour l'éternité" leur disais-je à chacun avant l'instant final et ce rituel augmentait encore mon plaisir. Chaque nouveau portrait achevé me procurait une jouissance délicieuse, un vertige divin. J'étais une artiste et je m'enivrais de beauté. Mais, bien vite, le nouveau venu perdait sa saveur et je repartais en quête. Il me fallait de longues semaines pour approcher mes modèles, les convaincre, puis les peindre. La lenteur du procédé m'exaspérait tandis que se faisait plus pressant mon désir insane.


Un jour, presque par hasard, je fis l'acquisition d'un appareil photo. Je me remettais alors d'une foulure au poignet, conséquence d'une chute stupide, et les longues séances de peinture m'étaient impossibles. Je cherchais une marotte qui m'occuperait l'esprit le temps de ma convalescence. La photographie m'amusa immédiatement et j'installai dans mon atelier un laboratoire de développement. Je fis de nombreuses natures mortes, des paysages, des monuments. Puis, comme je discutais un matin avec un adolescent agité et hirsute qui devait être mon prochain modèle, me vint l'impulsion de le prendre en photo. Sans cesser d'écouter son babillage hystérique, je m'emparai de mon boitier, cadrai soigneusement le sujet et, vrillant mes prunelles dans les siennes : "Un sourire pour l'éternité". Le bruit du déclencheur résonna sèchement dans la pièce et la voix du gamin se brisa. Dans ses yeux, la vie vacilla et disparut comme la flamme d'une bougie. Je restai un instant confondue puis me précipitai dans mon labo et développai fébrilement le cliché. Parfait. Tout était là dans l'image en noir et blanc : la nervosité du garçon, ses mèches ébouriffées, jusqu'au tic qui agitait sa bouche.

Ce fut une véritable révolution. Je pouvais à présent capturer une âme en quelques secondes. Sans effort. Il me suffisait d'attirer son attention et elle était à moi. Je vécus quelques semaines d'excitation extrême, où je fis des dizaines de portraits. J'étais frénétique. Puis, la raison me revint et je cherchai alors à me restreindre car je craignais qu'on ne finît par remarquer une corrélation entre l'épidémie de langueur morbide et la fréquentation de mon atelier. Cependant, je ne m’inquiétais guère. Qui aurait pu se douter qu’il existât un pouvoir comme le mien ? Je fis moins de portraits mais je privilégiai des gens avec de brillantes personnalités. Et je me mis à les immortaliser dans des lieux publics. Ce fut à ce moment que mes parents moururent, d'une maladie tropicale contractée en croisière. L'héritage réglé, j'achetai un vaste appartement. La vie d'ermite oisive qui s'offrait à moi me laisserait tout mon temps pour cultiver mon vice.

J'abandonnai la peinture laborieuse pour la photographie mais je me laissais le temps de bien choisir mes proies. Je retrouvais le goût des longues observations discrètes de mon enfance, rôdant dans les galeries marchandes, les expositions, les gares de chemin de fer. Quand je repérais quelqu’un dont l'allure ou l'expression me séduisait, je le suivais. J'étudiais ses vêtements, notais son adresse et faisais le relevé de ses habitudes. Je m'intéressais aux lieux qu'il fréquentait ou me rapprochais pour écouter ses conversations. Succulents préliminaires... Jusqu'à la capture. J'avais dans mon appartement une collection fabuleuse de portraits en noir et blanc, soigneusement encadrés. Mais je conservais aussi précieusement mes toiles. Je passais de longs moments à les contempler tous avec jubilation. Si je venais deux fois à une heure d'intervalle, je pouvais noter leurs subtils changements de position, l'un ayant croisé les jambes, une autre ayant rajusté sa coiffure. Certains souriaient encore, parfois niaisement, parfois avec vanité. Mais beaucoup semblaient inquiets, comme s'ils possédaient une conscience vague de leur horrible condition. Et il me semblait parfois les entendre murmurer leur désespoir.

Toujours, je recherchais l'excellence : un sujet intéressant, le moment propice, le meilleur cadrage. J'étais une artiste; il me fallait le meilleur. Après avoir quadrillé systématiquement les quartiers de la ville, je me mis à prendre le train pour diverses destinations. Puis le bateau. Je les cherchais, patiemment, et lorsque je les tenais, "Un sourire pour l'éternité" !


Aujourd'hui, j'ai rencontré une délicieuse jeune femme. Un hasard charmant l'a fait trébucher juste devant moi et elle a lâché les livres qu'elle venait d'acheter. A suivi une scène digne d'une comédie romantique où elle s'est répandue en remerciements tandis que , diligemment, je me penchais pour ramasser les ouvrages. Nous avons échangé quelques mots tandis que je la dévorais du regard. Son visage est d'une grande douceur, encadré de boucles légères, et piqueté des mêmes adorables tâches de rousseur que ma belle cousine. Elle m'a souri d'un air rêveur, les yeux dans le lointain, et une chaleur soudaine m'a envahie. Elle paraissait si pâle et triste et néanmoins si belle. J'ai senti qu'il y avait quelque chose de spécial en elle. Il me la faut.

Je suis retournée tous les jours devant cette librairie et je l'ai finalement revue. Je l'ai saluée et ai engagé la conversation sur ses goûts littéraires. Nous avons marché ensemble un moment avant de nous séparer. Elle n'ose jamais croiser mon regard; sa timidité est adorable. Elle se nomme Julia. Elle est tout simplement exquise. Sa peau veloutée, sa voix, son air mélancolique, la courbe de son sein sous son corsage, sa démarche nonchalante, tout me séduit en elle. Elle me plait autant qu'Honorine. Quand elle sera mienne, je les mettrai dans le même cadre, en vis à vis; ce sera magnifique.

Nous nous sommes retrouvées dans un café et elle me parle d'elle. Elle évoque la maladie de son frère, qui, un mois plus tôt, a soudain plongé dans une léthargie inexplicable. Elle parle de sa tristesse et de sa colère. Je l'écoute à peine. Fascinée, je l'étudie tout en me berçant de son timbre grave et doux. Est-ce cela l'amour ? Le désir de posséder l'autre ? De l'avoir pour soi seul ? De le faire sien, complètement et pour toujours ? Un désir qui vous domine, vous obsède, une frustration suave. Mais pas pour moi car je sais que le moment approche où je la possèderai véritablement, comme nul autre n'en est capable. Je lui fais part de ma passion pour la photographie, lui dis que j'aimerais faire son portrait. Distraitement, elle me répond qu'elle ne sait pas trop si cela la tente. J'insiste. Elle finit par céder et nous nous fixons rendez-vous dans le parc le lendemain.

C'est une journée magnifique. Les rayons du soleil jouent dans les feuillages, à travers les gouttes de rosée. Des passereaux se posent au bord de la fontaine pour boire délicatement. La lumière est parfaite. L'expectative aiguise mes perceptions : les couleurs me semblent plus vives, les sons plus aigus. Mes mains tremblent d'émotion et je la dévore des yeux. Mutine, Julia affecte de s'intéresser aux plantes plus qu'à moi tandis que je déballe fiévreusement mon matériel. Elle s'assoit sur le banc à mes côtés et s'empare du boitier : "Je vais vous prendre aussi, ce sera amusant". Je suis agacée par ce délai mais je ferais tout pour lui faire plaisir. Ma belle, ma déesse, qui sera bientôt toute à moi. Elle cadre maladroitement, en souriant à demi. Je prends la pose. Elle est si fraiche, si pleine de vie. Comme je suis heureuse de l'avoir trouvée. Elle sera mon chef d'oeuvre, c'est certain. Je m'aperçois qu'elle parle : "...mon enfance. Je me suis crue un monstre. Je me suis crue seule au monde... J'ai fait de mon mieux pour étouffer cette face sombre de mon être. Jusqu'à maintenant." Elle m'observe par dessus l'objectif. Nos yeux s'accrochent pour la première fois et une expression étrange se dessine sur ses lèvres : "un sourire pour l'éternité"...


Estellanara, FDEPPER (fédération des écrivains presque pas en retard).

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2010-11-26 23:09:12 

 WA, exercice n°85, participation (édit)Détails
A la réflexion je me dis que ce texte pourrait choquer les âmes sensibles; je le déconseille également aux jeunes lecteurs.


Note: après lecture du commentaire de z653z, je me suis dit que je n'avais pas été très claire, et j'ai donc modifié le coup de téléphone.


BONBON



« Entre les deux, mon coeur balance
Je ne sais pas laquelle aimer des deux
C’est à Julie la préférence
Et à Bonbon les cent coups de bâton !
- Je m’appelle Elodie !
- Bonbon, Bonbon, les cent coups de bâton ! »


Trois d’un coup. Je suis très fière de moi. Peut-être me faudra-t-il disparaître précipitamment, changer d’identité... Je n’ai encore jamais été amenée à le faire. Mais l’occasion était trop belle. Je suis délicieusement émue. J’ai réussi à faire taire cette petite peste de Léa, qui a eu l’impudence de me dire, la semaine dernière :
« Maîtresse, tu es belle comme une Barbie ! »
Ses grands yeux innocents pleins d’étoiles... Une Barbie ! Quelle abomination ! Ce simulacre de poupée, avec ces choses-là, ces choses, ces... seins...
J’ai aussi attrapé sa grande amie Emma, petite nymphette blonde aux souliers vernis, toujours à faire des mines devant le miroir de la salle polyvalente... Et j’ai eu Laetitia en prime, quel bonheur ! Avec son chignon haut, à cinq ans, parce que mademoiselle prend des cours de danse classique... Petites garces stupides, en mon pouvoir désormais, en mon pouvoir !


« Ma petite chérie d’amour ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu es toute sale, ton joli gilet rose... Et ce vilain bleu sur ta joue... Et tes mignonnes petites ballerines, pleines de terre... Tu as filé ton collant rose... Ma pauvre petite chérie... Je t’avais dit de ne pas jouer avec les petites filles... C’est méchant, les petites filles... Viens là, ma petite poupée d’amour, maman va t’acheter une jolie petite robe rose, et une jolie petite robe blanche, et une jolie petite robe bleue... »


Quelle horreur ! Je me suis cassée un ongle. Au moins deux mois avant que je sois à nouveau présentable. Et le vernis qui s’écaille sur le petit doigt... Vite, une retouche. Où est mon « rose indien » ? Sauvée, le voilà. Mais avant...
Ah, ça fait du bien. La joue de Léa s’orne de quatre longues griffures parfaitement parallèles, où le sang commence à perler. Magnifique. Elle n’a pas bougé. Elle est assise devant la table, les mains sur les genoux, le regard dans le vide, sage comme une image. Mon pouvoir m’enivre.



Ah, si je l’avais découvert plus tôt ! Mais quand j’ai été placée en famille d’accueil, j’étais tellement jeune... et tellement triste.... J’ai vécu trois mois dans un mutisme absolu, résignée, désespérée, jusqu’à ce soir-là où je m’étais relevée pour aller boire et où j’ai entendu le couple qui discutait dans la salle à manger.
« Pauvre gosse, hein, quand même ! Douze gamines, tu te rends compte ! Comment elle a pu élever sa fille et en assassiner douze ! Chizo quelque chose, il a dit le psy. Folle à lier, oui ! Des gaffettes entre trois et cinq ans, enlevées, torturées, et à qui elle a tordu le cou comme à des lapins... Faudrait la peine de mort pour ces gens-là. Paraît qu’elle s’est pendue à l’hosto. Moi, j’aurais été l’infirmière, je l’aurais fait de mes mains. Remarque, c’est peut-être bien ce qui s’est passé. Sinon on finit toujours par les laisser sortir. Alors un coup de médicaments et crac, ni vu ni connu, tu l’accroches au radiateur et tout le monde est tranquille. La gosse, je vais pas la garder. Ces machins-là c’est toujours héréditaire. Elle est pas claire, je te dis. Elle cause pas, elle te regarde pas en face. Trois mois qu’elle est là, pas un mot, pas un sourire. Demain je vais voir l’assistante, qu’ils se démerdent, elle me fout les jetons ! Ouais, pour toi c’est facile, t’es jamais là. Mais quand je suis seule avec elle... Et Kevin, tu y as pensé ? Merde, il a trois ans ! Je vais pas risquer la vie du petit pour une frappadingue aussi givrée qu’un troupeau de belettes... »
Elle descendait l’escalier avec Kevin dans les bras. Il chouinait qu’il ne voulait pas aller à l’école. Je suis montée en courant, je l’ai bousculée. Et puis je suis allée voir la voisine. J’ai beaucoup pleuré en racontant l’accident, qu’est-ce que j’aurais pu faire, elle avait trébuché. Je n’ai jamais aussi bien dormi que cette nuit-là, j’étais contente.



« Alors mes petites chéries, on se réveille ? Vous avez fait une jolie sieste !
- J’ai froid, maîtresse !
- J’ai soif...
- J’ai mal à la joue... », ajoute Léa dont les yeux papillotent encore.
- « Allons, allons, mes petits enfants, regardez le beau joujou que Maîtresse Elodie vous a apporté ! »
Je pose le poupon sur la table et j’entrouvre la couverture rose qui l’enveloppe.
« Mais c’est un vrai !
- Il est à qui ce bébé ?
- Il s’appelle comment ? »
Le nourrisson s’agite et commence à pleurer. Ca m’agace, ces cris stupides, il est là pour jouer le bébé, pas pour me casser les oreilles ! Je le Regarde, mais il a les yeux fermés, rien à faire. Je le bâillonne de la main, il s’agite de plus belle, on dirait un petit lapin. Comment faisait maman avec les lapins, déjà ? Ah oui, crac. Ca y est, le gosse s’est calmé.
« Alors, mes toutes belles, qu’est-ce qu’on va faire de ce bébé ? Du pâté, du confit ? Un petit rôti au feu de bois, ça vous tente ? Je te garde une cuisse, Emma ? Ca a l’air bien dodu, ça...
- Mais, maîtresse, on ne mange pas les bébés...
- Mais si, regarde, je vais t’apprendre. Une grande marmite, quelque herbes... Ah flûte, il est trop long, il faut le découper. Maîtresse Elodie a tout prévu ! »
Quatre coups de hachoir à la racine des membres, et ça tient. Je me suis poussée juste à temps pour éviter les éclaboussures. Faire la cuisine sans tablier, aussi, ce n’est pas très malin. Je touille avec ma grande cuillère en bois, et je chante en souriant aux petites filles :
« Je fais de la purée pour mes petits cochons. Pour un, pour deux, pour trois... »
Laetitia a un haut le coeur et elle vomit sur la table. C’est dégoûtant !
« Méchante fille ! »




Alice, elle était méchante. J’étais au Foyer depuis deux ans, j’avais huit ans. Elle en avait cinq. Depuis quinze jours elle nous rebattait les oreilles avec son adoption à Elle, et les parents ceci, et la piscine cela, et le chien aux longs poils, et la chambre avec le lit à baldaquin...
Au dîner, elle me prit à partie.
« Je pars demain. Mes parents viennent me chercher. Toi, ça t’arrivera jamais, tu es trop laide, tu es trop vieille ! »
Je n’ai rien dit.
J’avais découvert le Regard. Ca ne marchait pas encore chaque fois, mais sur Karine, une éducatrice, c’était un régal. Elle sortait de la DDASS, elle était faible, elle buvait en cachette. Je l’ai obligée à entrer dans la chambre d’Alice, quand tout le monde dormait. Elle l’a étranglée. J’ai bien dormi. Le lendemain, il y avait des policiers partout, et Karine hurlait qu’elle ne se souvenait pas... Il faut punir les méchantes petites filles.


J’ai étranglé Laetitia. On ne pouvait pas jouer avec elle, elle était trop sale. J’ai fait taire les autres.


J’ai appris à moduler le Regard. Je peux mettre quelqu’un dans un état d’hébétude, silencieux et immobile. Mais je peux aussi le faire bouger selon ma volonté, comme une marionnette. J’ai toujours adoré les marionnettes. Maman m’emmenait souvent les voir, au jardin municipal, et je riais, je riais...



« Allez mes petites chéries... Dansez, chantez... »
« ... C’est à Elodie, la préférence
Et à Léa, les cent coups de bâton... »
J’ai mis le tisonnier dans la main d’Emma, et elle frappe, elle frappe...
« C’est bien, ma chérie, là... Ne va pas la tuer tout de suite, on n’a pas fini de jouer... »



Au début, je ne savais pas trop comment m’y prendre. J’étais tellement timide... J’étais très sage, au Foyer, je travaillais bien à l’école, j’ai eu une bourse, j’ai fait des études. Professeur des Ecoles ! Le monde m’appartenait. Mon premier poste, c’était à Nevers. Grande section de maternelle. Ma première paie ! Quand j’y pense, j’en ai encore les larmes aux yeux. Finis les pulls gris ou marron, les gilets informes, les tennis troués... J’ai acheté un pull rose en mohair, avec le gilet assorti. J’adore le mohair. Ces longs poils soyeux... J’en porte tous les jours, maintenant, j’ai l’impression d’être une fille-chat, c’est tellement doux, tellement féminin... A l’époque j’étais encore obligée de porter des jeans, c’est très laid, une vraie fille ne devrait jamais mettre ça. Mais les jupes roses, c’était trop cher, et il aurait fallu des collants noirs, et de jolis escarpins... Au moins en haut, j’étais moi. Le bas est venu plus tard. Ces escarpins que je porte aujourd’hui, 230 euros... Deux véritables bijoux de grâce et de finesse, la si jolie cambrure de la semelle, l’élégance majestueuse de ce talon long et fin comme une dague royale... Maman serait fière de moi. Je ne néglige aucun détail. Même en hiver, les ongles de mes pieds sont aussi nacrés que ceux de mes mains. C’est une question de dignité. Et c’est beaucoup plus important que de vivre dans une jolie maison. Ma caravane me suffit. Personne ne sait où j’habite, et je me fais muter chaque année, c’est plus pratique.
Ah, Nevers. Je n’avais pas osé y mettre la main. Ce n’était pas très courageux, mais j’étais si jeune...
Elle s’appelait Natacha, elle avait quatre ans. Insolente, garçon manqué, toujours en pantalon et baskets, elle ne jouait qu’avec les garçons, une insulte grossière à la féminité ! J’emmenais ma classe à la piscine le mardi après-midi. C’était facile. Il m’a suffi de la Regarder. Elle s’est noyée. Bien sûr, j’ai crié, suffisamment tard pour que l’on ne puisse plus la ranimer. J’étais tellement bouleversée, tout le monde a bien compris que je devais être prioritaire pour la mutation l’année suivante. Caen, pourquoi pas ? Une ville affreuse, sans passé, sans pittoresque, mais je ne sors jamais. J’allais acheter mes vêtements à Paris, c’était commode. Au bout d’un mois j’ai demandé à être mutée à la prochaine rentrée. J’avais trois certificats médicaux attestant que l’humidité me donnait de l’asthme. Tellement simple... Les médecins sont souvent un peu empathes, ils laissent leur porte grande ouverte, aucune défense... Le dernier jour de classe – ah, j’avais rongé mon frein jusque là, c’était long ! – j’avais convaincu mes collègues de laisser les élèves jouer dans la cour jusqu’à l’heure de la sortie. Quand la cloche a sonné, j’ai fait venir Charlotte dans le local technique. Une brunette ridicule, toujours à geindre et pleurnicher, qui était dans la classe de madame Sicard, grosse dondon bêtifiante et « teeeellement gentille » ! J’ai quelques notions pratiques d’électricité. Charlotte a dansé pour moi une gigue très originale, au bout de mes fils, délicieux pantin témoin de ma puissance infinie. Ca n’a pas duré très longtemps mais c’était très drôle. J’en riais encore sur l’autoroute, quel accident stupide, la curiosité est un vilain défaut, madame Sicard vous aurez un blâme, vous auriez dû surveiller vos élèves, j’étais la seule à savoir que Charlotte avait vraiment le rythme dans la peau...


J’ai faim. Il est presque dix heures du soir et j’ai très peu mangé à midi, j’étais trop excitée. Tant que les filles sont sages, je fouille dans les placards. Purée instantanée. Oui, mais ça va être fade. Une idée géniale. J’attrape un long couteau, et la planche à découper. Le coeur et le foie, hachés menu, ça va relever le goût. J’ai trouvé un fond de bouteille d’huile, mais l’odeur est bizarre, je ne veux pas tout gâcher. Il doit bien y avoir un peu de graisse sur les cuisses, ça n’a pas trop de muscles à cet âge-là. Il suffit de la faire fondre... C’est moins goûteux que la graisse de canard, mais avec un peu de sel et de poivre... Oh, et voilà un sachet d’herbes de Provence, c’est parfait ! Hmm, ça commence à sentir bon ! Improviser un repas sur le pouce dans une maison inconnue, avec les moyens du bord, ce n’est pas à la portée de tout le monde ! Tu es quelqu’un d’exceptionnel, ma chérie ! Je sais, je sais, j’ai un véritable talent pour innover...
Je réveille les filles.
« A table, mes petites chéries, c’est prêt. De la bonne purée avec un petit ragoût, nous allons nous régaler ! »
Elles ont toutes les deux les yeux écarquillés, et il faut le dire, un peu brumeux.
« Où est Laetitia ? », demande Emma qui semble plus alerte que son amie.
« Elle était fatiguée, je l’ai mise au lit. »
En quelque sorte.


On a frappé à la porte. Je n’ai pas rêvé ! Mon coeur fait un double saut périlleux dans ma poitrine. Vite, je Regarde les filles.
« Madame Marchand! Madame Marchand! C’est Yves ! Vous êtes rentrée ? »
Je rajuste mes vêtements, je prépare mon plus beau sourire. Au pire, je le Regarderai.
« Oh, désolé, mademoiselle, j’ai vu de la lumière... J’ai cru que Madame Marchand était rentrée... »
Triple saut périlleux. Un gendarme en uniforme.
« Non, non, elle est toujours en maison de repos. Vous savez, à son âge... Elle me prête sa maison pendant quelque temps, j’ai eu des soucis... domestiques, et c’est une amie de ma mère...
- Bonbon ? »
Je sursaute malgré moi, j’ai peur, j’ai horreur d’avoir peur, je me suis jurée de ne plus jamais avoir peur ! Je le Regarde de toute ma hargne, de toute ma colère, de toute ma rage... Et il me sourit.
« Mais oui, c’est bien toi ! Tu ne te souviens pas ? Yves Boutonnet, on était en classe ensemble, au CP, à Castanet... Tu étais souvent habillée en rose, tirée à quatre épingles, c’est pour ça qu’on te surnommait « Bonbon »... Elodie, c’est ça ? »
Pourquoi le Regard ne fonctionne pas ? Je suis troublée, mais c’est l’émotion de revoir un vieux camarade.
« Ouiii ! Yves ! Quel hasard merveilleux ! Comment vas-tu ? Ca fait si longtemps... Je suis sûre que je ne t’aurais pas reconnu...
- Oh toi, tu n’as pas changé ! Moi je suis presque chauve, et j’ai pris de la brioche, mais toi... On dirait encore une petite fille, tu as le même sourire, la même voix... Tu as cinq minutes, je peux entrer ? Ca me fait tellement plaisir de te revoir ! »


Douze, je n’en suis qu’à douze, et encore, je n’en ai pas fini avec les deux filles. La treizième, je l’adopterai. Il me faut une petite fille pour passer le flambeau, une petite fille rien qu’à moi, délicieusement parfaite, à habiller, à laver, à coiffer... Je mettrai du vernis rose sur ses mignons petits ongles, je tresserai ses jolis cheveux blonds et je mettrai des rubans roses au bout de ses nattes. Je lui achèterai les plus belles robes, rose, blanc, bleu, et même vert pâle, vert amande, vert eau... ou turquoise, oui, turquoise c’est plus joli pour le teint... et des petites bottes fourrées, comme celles que je désirais tant et que maman n’a pas eu le temps de m’offrir...
Il y en aura d’autres, ensuite, bien entendu, mais la treizième je la garderai pour moi, rien que pour moi, je lui apprendrai tout, elle n’aura même pas besoin d’aller à l’école, je l’appellerai Elodie, c’est le plus joli des prénoms, maman l’avait choisi pour moi, maman m’aimait plus que tout au monde...Personne ne m’empêchera d’avoir ma petite fille à moi, la treizième, la mienne, je l’ai bien mérité...


Je le précède dans la pièce, les filles sont bien sages.
« Ce sont mes petites nièces. Oh, vous ne vous êtes pas servies, mes chéries, vous n’avez pas faim ? Vous êtes tellement fatiguées, après une journée au grand air... Assieds-toi, Yves, je couche les filles et je reviens. »
Je les emmène dans la pièce d’à côté. J’aurais aimé fignoler un peu, ça me gâche mon plaisir mais je n’ai plus le temps, tant pis, je ferai mieux la prochaine fois, crac et crac, et de douze.
« Bonne nuit, mes chéries, dormez bien. Faites de beaux rêves. »
Au moins, elles ne m’embêteront plus.
« Alors raconte, qu’est-ce que tu deviens ? »
Je le vois lorgner sur le plat.
« Tu as faim ?
- Ben... en fait je rentrais chez moi, après le service...
- Pas de souci ! Trois minutes au micro-ondes... »



Manifestement, il se régale. Il fait des mines et des petits bruits de bouche, et il a interrompu le récit stupide de sa vie depuis le CP. C’est vrai que c’est bon. D’une texture exquise, fondante, délicate, d’un goût subtil et inédit.
« C’est quoi comme viande ?
- Des abats de veau. De très jeune veau. »
Je suis allée chercher une bouteille de vin à la cave, les garçons boivent toujours du vin. J’ai pris au hasard, je n’ai jamais avalé une goutte. J’ai dû bien choisir, il a l’air d’apprécier.
« Alors », continue-t-il quand il a fini son assiette, après un regard triste sur le plat vide, « je me suis engagé dans la gendarmerie. Mais en même temps je continue à dresser des chevaux, des entiers surtout, des chevaux difficiles... Il paraît que j’ai un truc. Ils sont souvent plus effrayés qu’agressifs, les pauvres, et j’arrive à les rassurer. »
Je l’écoute à peine, en me demandant pourquoi le Regard ne le touche pas.
« J’ai eu de la chance, jusqu’à maintenant je n’ai jamais connu d’échec. J’ai eu des collègues qui me traitaient de fou... Je n’ai jamais reculé devant un cheval. C’est curieux, non ? Je n’ai pas peur. Je sais qu’ils sont dangereux. Mais je n’ai pas peur. J’ai peut-être bien un don, après tout. C’est plutôt sympa, même si ça ne sert pas à grand-chose. »
Est-ce que je peux lui répondre « Ca te sert ce soir à rester en vie ? »
Probablement pas.
D’autant que rien n’est moins sûr. Si je le laisse repartir, impossible de m’éclipser en laissant tout en l’état. Ca veut dire faire un grand ménage, cacher les corps, aller voir la mère Marchand pour la Regarder (elle n’a jamais entendu parler de moi, ni de ma mère), et continuer à enseigner ici jusqu’à la fin de l’année. Et si j’ai commis la moindre petite bévue...
C’est risqué, et surtout c’est épuisant. Même avec des gants, mes ongles ne vont pas résister... Je n’aime pas tuer des adultes, ça ne me procure aucun plaisir. Je ne le fais que s’ils se mettent en travers de mon chemin. L’idée seule me fatigue déjà, mais je m’évite la corvée de nettoyage, et ça, c’est un argument de poids.


Son téléphone sonne.
« Oui, mon Ca...nard des Iles! C'est ça... Tout à fait... Pas vraiment... Non, tout va bien... pour moi... Ecoute ma... chérie, là il est tard, on dîne ensemble demain ? Je suis passé voir madame Marchand, tu sais, cette vieille dame qui... Mais si, je t’en ai parlé... La ferme Bordeneuve, en haut de la côte de Pompertuzat... Oui... Je t’embrasse... Oui... A demain... »
Il me sourit.
« Désolé... C’était ma copine. Je l’aime beaucoup, mais elle est terriblement jalouse, c’est pénible... Et toi, alors, raconte !»
Je n’ai aucune envie de raconter ma vie. Il faut que je parte, je le sais, je le sens. De toute façon, on ne peut pas jouer avec les garçons, ils sont trop différents, ils n’aiment pas les mêmes choses que nous. Et j’ai ma treizième qui m’attend, quelque part, toute blonde, toute belle...
Je me lève pour débarrasser, en faisant semblant de commencer un récit.
« Eh bien donc, je suis instit... »
Le long couteau est resté près de l’évier. Je pose bruyamment les assiettes, il me faut trois secondes, empoigner, pivoter, égorger...
Il s’est retourné en même temps que moi, de face je ne peux que viser le coeur, mais il esquive, j’érafle à peine son épaule et en même temps il y a un grand bruit comme un feu d’artifice et une douleur dans ma poitrine et je ne tiens plus debout. J’arrive encore à regarder mon gilet rose, horriblement troué et sali par une grande tache rouge, j’ai pourtant fait attention... en cuisinant... Ce n’est pas ma faute...
Maman me dit :
« Je te l’avais bien dit, il ne faut pas jouer avec les garçons... Ils sont trop différents... »
Il y a du bruit dehors, des lumières... Encore des invités... Je n’aime pas les... invités... J’ai sommeil... J’ai mal... Un bruit de couvercle de marmite... et le garçon qui vomit dans l’évier... C’est toujours sale, les garçons... Je rangerai tout demain, promis... Et je laverai... ce gilet... rose...
Narwa Roquen,en retard, en retard, je suis en retard...
Narwa Roquen, entre deux foies et trois confits ( de canard!)
Narwa Roquen,travailler à ma table étroite, travailler...
Narwa Roquen,travailler à ma table étroite, travailler...

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2010-11-27 23:03:07 

 Commentaire Maedhros, exercice n°85Détails
Etrange... Toi, le maître de l’horreur quand ce n’est pas spécifiquement dans le thème, tu écris un texte qui dégage plus de tristesse que d’horreur... Une ode à la solitude et au désespoir, en accord parfait avec l’automne glacé qui nous entoure. Ou alors c’est moi qui me suis endurcie ?
Comme d’habitude, tu restes obscur et ambigu, ta grande clémence nous permettant tout juste de raccrocher les wagons dans les dernières phrases. Seule solution pour comprendre : relire... Moi, ça ne me rebute pas. Tu sais que je suis une de tes grandes fans, et que mon pote Oscar aurait adoré (« Seuls les grands maîtres de style réussissent à être obscurs »). Mais tu flirtes sans cesse avec les limites de la compréhension d’un lecteur moyen ! Tu es dur avec ton lecteur, Maedhros ! S’il te connaît et qu’il t’apprécie, s’il est curieux, accrocheur, intelligent, il va faire l’effort. Dans tous les autres cas, il va te lâcher. Alors non, il ne s’agit pas de faire du commercial ni de la démagogie. Mais Bon Dieu, si un jour tu veux vendre, fais un effort ! J’ai parfois l’impression que tu écris pour toi. Et nous, dans l’affaire ?
L’histoire de ce voyeur professionnel est originale, déchirante, poétique, baudelairienne. Tu maîtrises ton art avec facilité. Et moi, j’en veux plus. Ce que je ressens, c’est que tu veux qu’on aille te chercher là où tu es, qu’on te signe un chèque en blanc, qu’on te suive les yeux fermés... Et si tu nous tendais la main ?
J’ai adoré les images du chat. A ceci près qu’à mon sens le chat n’est pas un voyeur mais un chasseur. Mangeur ou pas, le chat ne guette que pour tuer, sans état d’âme, d’ailleurs, c’est un chat. Qu’est-ce qui attire les chats quand tombe la nuit, sinon l’aventure, l’inconnu, la chasse ? Le jeu, la traque, l’instinct, la nécessité, exercer ses muscles, jouir de la nuit, réaliser son destin de prédateur – une histoire d’équilibre de l’écosystème, le chat s’en fiche, le chat ne sait pas pourquoi il tue, il tue, c’est tout.

Frôleur d’enfer : ah que c’est bien trouvé !


Bricoles :
- J’ai un problème avec tes portes cochères : « Je la quitte sur le pas de la porte cochère de la rue Lepic », « dès que je vois la porte cochère s’ouvrir et qu’elle apparaît » : 2 portes cochères ? Une seule ? Ce n’est pas très clair
- Virgules : « ce prénom, vous voyez »
« abject, me dites-vous »
- Le paragraphe « au début, je croyais que je pourrais... » est un mélange de temps, imparfait, passé simple, passé composé, présent...
- Bien mieux que grand prédateur : oubli de « le »
- Vous croyiez-vous à l’abri lorsque vous fermez : croyez... fermez, ou croyiez... fermiez
- Même problème de temps dans le paragraphe « je l’ai tout de suite remarquée... »
- « il est bientôt six heures et le jour de novembre frissonne... » : en novembre, en France, le soleil se lève entre 7 h 37 au début du mois et 8 h 21 en fin de mois. Et d’ailleurs quand je me lève à 6 heures, c’est simplement la nuit...



Je t’ai maltraité. Tu as un style unique, un vrai talent, une intelligence supérieure, et une petite musique particulière qui fait ta force ; nous sommes tous très heureux de te lire à chacune de tes participations. Ne change pas. Mais la prochaine fois que tu te relis, pose-toi simplement la question : qu’est-ce qu’ils vont comprendre ? Tout le monde n’est pas z653z...
Narwa Roquen,qui voudrait parfois apprendre à mentir
Narwa Roquen,qui voudrait parfois apprendre à mentir

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z653z  Ecrire à z653z

2010-11-29 16:06:10 

 merci du compliment...Détails
... mais il y a un détail que je n'ai pas saisi :
"Je lui ai déclaré ma flamme sur un trottoir où la pluie jouait en flaques multicolores." Soit il est plus malade que je ne l'imaginais, soit j'ai du mal à imaginer la scène une fois qu'on a lu la fin.
La plupart des agresseurs vont par groupe de 3.
Chaque paragraphe est utile et cela m'a beaucoup plu.
J'ai adoré le twist final idéalement placé.
Pour moi, il n'y a qu'une porte cochère.
Et encore merci pour le compliment, Narwa.
PS : j'ai toujours vu écrit risotto

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z653z  Ecrire à z653z

2010-11-29 16:38:10 

 lectureDétails
Les paragraphes sont longs et denses. J'ai eu du mal à les finir.
Au début, j'ai cru que l'oncle avait autopsié son neveu (à ce moment : "dans un des t-shirt ridicules du gamin").
On ne fait pas assez la différence entre l'oncle Yin et le neveu Hopinel quand ils racontent l'histoire. Par exemple :
Yin : "J'essayai de me remémorer le plus rapidement possible s'il m'était déjà arrivé de me retrouver dans un brouillard similaire"
Hopinel : "Je me demandais si dans ma vie, courte mais pourtant déjà bien garnie, je m'étais déjà retrouvé dans une posture aussi inconfortable"

Sinon l'histoire est bien trouvée.
Un détail : "le long de mes temps" -- tempes

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z653z  Ecrire à z653z

2010-11-29 17:22:33 

 une musique connueDétails
J'ai très bien aimé ton histoire (assez originale) sauf que la fin est un peu prévisible. Comme dans un film d'horreur, où la musique indique qu'il va se passer quelque chose.
Surtout cette phrase : "je sens le poids de son regard" le moment où la musique s'accélère avant le point d'orgue.
Bref, j'aurais aimé une petite fausse piste.
Le mot hasard qui se répète au tout début des deux paragraphes importants (au niveau du rythme) était une piste.
Sinon, "insane" est anglais.
et "ses goûts littéraire"

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z653z  Ecrire à z653z

2010-11-29 18:16:20 

 A la réflexion...Détails
Hum, pas besoin de réfléchir pour mettre un gros bandeau. A mon avis, il choquera.

"je me suis cassé" -- cassée
"gaffettes" -- j'ai un peu de mal à le lire dans ce genre de texte.
"sans pittoresque" et "empathe" -- je vois ce que tu veux dire mais ça me gène.

"Douze, je n’en suis qu’à douze, et encore, je n’en ai pas fini avec les deux filles"
"J’aurais aimé fignoler un peu, ça me gâche mon plaisir mais je n’ai plus le temps, tant pis, je ferai mieux la prochaine fois, crac et crac, et de douze."
Elle n'est pas douée en maths l'instit'.

C'est bizarre que les filles ne mangent pas... et les griffures à la joue de Léa qui s'est pris des coups de tisonnier. Un peu trop de détails louches que le gendarme a du remarquer.

"ça te sert ce soir à rester en vie" annonce la fin.

Sinon, il y a un peu trop de sang à mon goût. Je relirai à tête reposée.

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2010-11-29 23:00:38 

 Commentaire Hivernale, exercice n°85Détails
C’est une histoire agréable, originale, bien rythmée, drôle, juvénile, pétillante, avec quelques ingrédients classiques de l’horreur : les morts-vivants, l’impuissance des héros, la peur de la mort, la possession de l’esprit... La construction est bonne. Les personnages sont sympathiques, l’intrigue rebondit en restant cohérente. Je suis juste restée un peu sur ma fin – faim, bien sûr. Elle est un peu abrupte (la fin). Et il n’y a pas de titre ! Le titre, c’est la carte de visite, c’est indispensable.


Quelques maladresses de style :
-répétitions : tu abuses du « persuadé » : deux tout proches au début, un vers la fin. « C’était définitivement... », « Et c’était... ». « Tout petit visage », « petit corps », « petites pattes », « quatre pattes ». « Semblable », deux fois tout près. « Communiquer »,« communication ». « Connexion coupa », « connexion coupée ». « Planche », deux fois.
- mettre la main : sur un objet, pas sur une idée.
- ma table d’autopsie de côté où une étrange créature : il faut mettre le « de côté »... ailleurs ; et le « gisait » à la fin tombe mal.
- définitivement : n’apporte rien
- Je devins blanc comme un linge : oui s’il est devant un miroir ; sinon, au mieux, il se sent pâlir
- je doutais fort qu’il s’en sorte seulement... : il ne peut pas douter, c’est lui qui inflige les punitions
- Ramener le plus de friandises : le plus possible, si tu veux. « Le plus » tout seul, ça ne se dit pas
- ceci ajouté à ma peur et je me retrouvais... : la phrase est trop longue et bancale
- qui m’attaquait depuis derrière : par derrière
- Comment cela pouvait être pire qu’être coincé : que pouvait-il m’arriver de pire que d’être...
- et de mes premières conclusions : d’après
- Son apparence complètement repoussante : l’adverbe est inutile ; idem un peu plus loin pour « complètement gris-argent »
- visage de la forme de celui d’une chauve-souris : trop de « de »
- des petites pattes pour le finir : bof
- au même titre : comme
- elle s’en servait pour son équilibre : pour s’équilibrer, ou pour garder son équilibre.
Ton petit monstre est bien trouvé, mais toute ta description rame. Il faut que tu réécrives entre « elle avait un tout petit visage » et « équilibre ». Condense, va à l’essentiel, trouve des équivalents.
- totalement baigné : entièrement
- tortures qu’il m’avait subir : oubli de « fait »
- planche à couper de cuisine : planche à découper ; cuisine est superflu
- de me rendre dans mon armoire : on entre rarement dans une armoire.
- mes jambes repliées sur moi-même : les jambes repliées

Comme te le faisait justement remarquer z653z ( surnommé Oeil-de-Lynx), l’oncle et le neveu s’expriment de manière trop semblable. C’est une des difficultés du récit à plusieurs voix : qu’on puisse différencier les personnages selon leur manière de s’exprimer.


Orthographe :
- je me levais et laissais : passé simple (action brève) : ai
- id : je la regardai
- lorsque je l’avais trouvé : trouvée
- différent du notre : nôtre (pronom)
- quel était encore ce soucis : souci
- ce fût un échec : fut
- je commençais à me détendre : commençai
- il me semblait aussi qu’une certaine hiérarchie se soit mise en place : se fût ; « s’était », est possible aussi
- n’y avait-il aucune femmes : femme
- cela ne les empêchaient pas : empêchait
- je pensais pendant un instant : pensai
- après quelques temps : quelque
- elle était arrivé : arrivée
- je regardais aux alentours : regardai
- entrain de prendre le pas : en train
- l’ayant trouvé, il l’avait porté : trouvée, portée (la créature). Idem : ligotée
- je la cherchais : cherchai
- je cherchais au fond de moi : cherchai
- l’humidité qui les recouvraient : recouvrait
- mon ouïe lui aussi : elle aussi
- dégout : dégoût
- j’inspirais : inspirai
- le long de mes temps : tempes



Par rapport au précédent, ce texte est beaucoup plus inventif, plus posé aussi. Je pense que plus tu vas travailler, plus tu vas progresser.
Donc je suis sûre que tu te feras une joie de me réécrire au plus tôt la description de ton monstre...
Narwa Roquen,travailler à ma table étroite, travailler...

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2010-11-30 10:03:57 

 Merci pour ta lecture !Détails
Certes, il m'avait semblé qu'on voyait arriver la fin à trois kilomètres. J'ai corrigé la phrase que tu cites et la faute. Insane s'utilise aussi en français, bien qu'anglais à l'origine, d'après mon dico en ligne (http://www.cnrtl.fr/lexicographie/insane).

Est', c***e de neige.

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2010-11-30 23:13:12 

 Commentaire Estellanara, exercice n°85Détails
Ton récit m'a fait penser au "Portrait de Dorian Gray", et aussi à "La goutte d'or", de Michel Tournier, où le héros en vient à quitter son Sahara natal parce qu'une étrangère l'a pris en photo et que chez lui on pense qu'elle lui a volé une partie de lui.
L'horreur est plutôt soft, intellectuelle plus que physique, mais c'est bien construit, la progression, avec le crescendo de l'addiction, est cohérente, c'est agréable à lire, et même si on se doute de quelque chose, le charme reste entier.

bricoles:
-dîners
- envoûtants
- que ne lui avais-je dit: que ne le lui avais-je dit
- laboratoire pour développer: de développement
- j'abandonnai la peinture... mais je me laissais... : tout le reste du paragraphe est à l'imparfait; "j'avais abandonné" serait plus juste
- où je la possèderais véritablement: possèderai (futur)


Le titre est bien trouvé. Les changements de rythme, avec les passages au présent, sont les bienvenus dans ce style très vieille France, un peu compassé, qui par ailleurs s'accorde à merveille à la personnalité obsessionnelle de ta collectionneuse, qui regarde, vole les images ( et l'âme immatérielle), mais qui est complètement déconnectée du charnel. Sa manière de "posséder" est dans le "no touch"... Psychologiquement, c'est très juste.
Je t'ai connue plus horrifique, mais apparemment vous vous êtes tous passés le mot...
Narwa Roquen,
Narwa Roquen,qui n'a jamais aimé être photographiée...

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Maeglin  Ecrire à Maeglin

2010-12-02 06:26:40 

 Jésus peur, dès que Jésus crieDétails
Ben tiens, ça m'a un tantinet collé les miquettes. Pas tant dépiauter des gamines ou une nana correctement vrillée de la tronche que de faire la tambouille avec des ingrédients chelous.
On ne touche pas aux mères et aux foies de veau, règle absolue de la littérature.

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2010-12-03 16:09:49 

 Merci !Détails
Grand merci pour ta lecture.
Il y a effectivement du Portrait de Dorian Gray dans ma nouvelle. J'y ai pensé en l'écrivant. Par contre, je ne connais pas La goutte d'or.
Rargl, encore des fautes d'orthographe ! Damned !
Je crains que le "style très vieille France, un peu compassé" ne soit ma façon naturelle de m'exprimer, hihihi !
Il faut cela dit que je reprenne ce texte car mon béta-lecteur m'a fait des remarques. La nouvelle version intègrera quelques éléments de plus sur Julia.

Est', qui n'aime pas la neige.

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Hivernale  Ecrire à Hivernale

2010-12-04 15:18:36 

 merciDétails
Merci à vous pour vos commentaires instructifs. J'ai corrigé ce qu'il y avait à corriger. Et je travaille déjà sur mon prochain texte qui ré utilisera probablement le monde crée :-)

Quelqu'un aurait une idée d'un traitement de texte sympa pour mac ? J'écris sur un bloc note, sans correction d'orthographe, sans mise en page... pas toujours évident de s'y retrouver.

Encore merci,

Hivernale

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2010-12-04 18:50:35 

 Parce que les fleurs c'est périssable…Détails
J’aime bien la grande cohérence de ce récit qui dépeint la trajectoire d’un monstre décimant les classes maternelles. Douze victimes. Telle mère telle fille, si tant est qu’il y ait bien un lien de filiation entre les deux. Même si tu laisses à penser qu’il a un facteur d’hérédité entre elles, cette notion de filiation élective m’aurait plu. Une folie duodécimale plane sur ce drame. La malédiction du chiffre 13 a encore frappé.

Cela me rappelle une autre comptine pour les tous petits, une comptine italienne qui fait :

Mie mama mata mata
la m'ha mis dentar in t'la pignata.
Mia surela bela bela
l'ha m'ha mis in t'la ziztela.
Mie popà luin luon
al m'ha magnà tutt'in tun con.

L’agencement des éléments de l’histoire est rigoureux, mélange de présent et de passé, illustrant la confusion mentale du monstre qui n’a jamais cessé de jouer avec ses poupées qu’elle enveloppe du Regard. Cela les attendrit, enfin moins bien visiblement que quelques coups de maillet. Les détails limite gore sont habilement abordés. Le plat de l’ogresse est un clin d’oeil réjouissant au brave Hannibal avec une touche d’interdit supplémentaire.

La fin est amenée un peu rapidement avec ce pandore qui se révèle être un camarade de cour d’école, S il avait été un limier lancé sur ses traces il aurait, j’imagine, cherché à sauver les 2 fillettes. Par contre, son aptitude à résister au Regard est bien trouvée, l’art du dompteur qui apprivoise... La scène finale est réaliste, abaissant le rideau sur cette histoire de poupées de sang et d’horreur.

M

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