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De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Samedi 17 juillet 2010 à 14:24:51
3 – LE JARDIN DU LUXEMBOURG



J’ai accroché ce tableau dans mon petit cabinet de curiosités où nul autre que moi ne pénètre jamais. Je rassemble là quelques objets précieux et chargés de souvenirs. Beaucoup d’autres reposent au fond de cryptes profondes et secrètes creusées sous de hautes montagnes, à l’abri des hommes et des autres. J’ai déposé le masque au fond d’un arca marmorea byzantin et j’ai repoussé le couvercle de marbre au-dessus de lui. Avant de sortir, j’ai caressé la hampe d’une lance qu’un de mes ancêtres acheta à un légionnaire romain fuyant Jérusalem sur le chemin de Cappadoce. Une pensée saugrenue m’assaillit. Qui percera mon flanc quand je tournerai mes yeux vers le ciel? J’ai refermé la porte dissimulée du cabinet et j’ai soigneusement tourné la clé dans la serrure. Je pensais m’accorder du temps.

Hélas, la nuit suivante fut agitée et mon sommeil peuplé de cauchemars. En fait un seul et même rêve revint heure après heure me hanter. J’étais sur le promontoire, la mer dans mon dos. A la limite de mon champ de vision, un point grossissait peu à peu. Je devinais bientôt une silhouette qui s’avançait vers moi. Progressivement, j’acquis la certitude qu’il s’agissait d’une silhouette féminine. Oui, à son pas et à ses lignes, une femme s’approchait. Et plus elle s’approchait, plus un sentiment d’impatience grandissait en moi. Elle semblait glisser dans ma direction, sa longue robe blanche était une voile diaphane qui se gonflait dans le vent tourbillonnant. Elle devait être belle, surhumainement belle. De ses épaules et de ses hanches se dégageaient une force d'attraction étrangère à ce monde. Ebloui par un rayon de soleil malicieux, je n’arrivais pas à apercevoir ses traits noyés dans une orbe scintillante. Seules étaient visibles les flammes sombres de ses cheveux qui se tordaient en tous sens dans la sphère de lumière étincelante. Mon impatience se transformait bientôt en désir. Elle s’arrêtait chaque fois juste à un pas. Curieusement, son visage demeurait toujours invisible. Je n’arrivais pas y porter mes regards, aveuglé par la lumière. Elle tendait lentement son bras et dans sa main, il y avait le masque. J’avais envie de le prendre, besoin de le prendre, répondre à son invitation.

C’est à cet instant que je me réveillais, suffocant, mon coeur battant la chamade. Une amère frustration stagnant au fond de la gorge. Ce rêve me hanta toute la nuit. Quand l’aube daigna enfin se lever, j’étais assis dans mon lit, tremblant et transpirant. Le rêve ne s’est pas évanoui avec le jour. Chacune de ses images était gravée dans ma mémoire aussi distinctement que si j’avais réellement vécu cette scène. Mon poing droit était fermé si fort que mes phalanges me faisaient mal. Lentement j’ai déplié mes doigts. De ma paume toute blanche glissa un petit bout de métal doré. La clé du cabinet des curiosités!

Je m’habillai. C’était dimanche et le temps était frileux au dessus de Paris. Je n’étais pas vraiment en forme. Vidé, sans énergie. J’ai enfilé un pardessus et je suis sorti. J’ai marché sans but, simplement pour respirer un air différent, pour oublier les affres de la nuit. Quand j’ai levé la tête, l’entrée du jardin du Luxembourg s’ouvrait de l’autre côté de la rue. Une ambulance démarrait en trombe, son gyrophare hurlant en brefs éclairs bleutés. Un policier discutait avec un employé municipal. Celui-ci haussait les épaules en écartant les bras. Non, ce n’était sans doute pas de sa faute. J’ai traversé la chaussée et j’ai pénétré dans le jardin.

Elle m’attendait à notre lieu de rendez-vous habituel. Mon coeur se gonfla d’allégresse et je me sentis soudain revigoré, comme allégé d’un énorme poids. Elle sourit en me voyant. Je lui souris en retour. Je m’assis près d’elle.

J’ai hésité à parler. Elle a respecté mon silence et nous sommes restés plusieurs longues minutes sans essayer de troubler une atmosphère sereine et fragile. Le jardin est un havre de paix où je me réfugie quand les choses ne tournent pas comme je le souhaite. Vous savez que c’est l’un des derniers endroits dans Paris offrant cette qualité particulière. Elle contemplait les pelouses qui s’étendaient au-delà de l’allée.

« Tu parais troublé ! »

Elle avait murmuré ces mots si doucement que je ne suis pas sûr qu’elle les ait réellement prononcés. Son sourire complice flottait sur ses lèvres. Elle me connaît intimement. Je lui ai confié mes rêves et mes espoirs, mes peines et mes joies. Je la connais beaucoup mieux qu’elle ne le croit. Elle n’est que douceur. Chacune de ses lignes en est empreinte, modelée idéalement. Elle est toujours là quand j’ai besoin de réconfort. Elle trouve toujours les mots justes qui me vont droit au coeur et dissipent mes doutes. Elle m’indique ce qui est bien et ce qui est mal. Le lien qui nous unit est bien plus fort que l’amour. Il se situe sur un plan différent. Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, nous nous sommes reconnus. Des amis qui se retrouvaient après s’être perdus de vue.

« Il m’arrive une histoire extraordinaire ! » lui dis-je en ramassant une poignée de graviers

Je lui fis alors le récit le plus fidèle possible, sans omettre le moindre détail. Je gardai la tête baissée, conservant ce ton mezzo voce qui caractérise nos conversations. Quand j’eus fini, elle ne répondit pas tout de suite.

« En effet, une bien curieuse histoire que celle-ci ! Elle parlait lentement, choisissant ses mots. Ce masque... il y a tellement de contes qui circulent à propos des masques, leurs pouvoirs étranges, leur symbolisme, ce qu’ils dévoilent tout en cachant... »
« Je ne crois pas à l’étrange ! »
« Ah bon ! rétorqua-t-elle en souriant. Toi ? Toi, tu ne crois pas au surnaturel ? »
« Il y a bien longtemps que j’ai refermé les livres de contes et légendes pour enfants! Ce qui semble surnaturel n’est qu’une réalité incomprise faute de clé disponible ! »
« Et le dieu Pan ? Ne m’as-tu pas dit qu’il s’était invité à ta petite fête ? » Elle eut un rire léger.
« Tu m’as parfaitement compris, répliquai-je. Ne joue pas sur les mots. Quelques lignes de coke et tout l’Olympe débarque dans le salon ! »
« Tout l’Olympe ? »
« Oui et jusqu’à Aphrodite ! Surtout elle d’ailleurs, accompagnée du petit archer ! »
« Ne te réfugie pas derrière l’ironie ou des mots d’esprit! Si tu es ici, ce n’est pas vraiment par hasard ! » Je sentis un raidissement dans le timbre de sa voix.
« Pourtant mes pas m’ont conduit ici inconsciemment. Explique-moi. J’ai besoin de savoir ! »
« Tu veux la vérité ? »
« Oui. Dis-tu jamais autre chose que la vérité ?
« C’est ma nature! Alors puisque tel est ton désir, entends-moi bien. Tu as franchi une frontière. Tout ce que tu prenais hier pour solide et réel va se révéler friable et étrange. Tu as dit que tu ne croyais pas au surnaturel. Tu devras alors t’adapter très vite car le temps risque de te manquer. Le masque et le tableau sont intimement liés. Regarde le tableau. Regarde le bien, c’est un messager. Il te préviendra. Le masque... il n’est pas en mon pouvoir de t’en parler beaucoup. Je risquerai cependant pour toi ce conseil. Ne le porte plus. Conserve-le sous la pierre comme tu l’as fait. Essaie de résister à son attraction. Il est puissant et il a goûté ta chair, alors fais bien attention à toi! » Elle parla très vite, comme si elle craignait que quelqu’un ou quelque chose ne surgisse pour l’interrompre.
« Si je m’en séparais ? »
« Tu as déjà établi le lien. Tu as fait le pas de trop. Tu ne pourras plus jamais l’éloigner de toi. »
« Mais pourtant en cet instant, il est loin d’ici? »
« Peut-être que tu n’as pas été jusqu’au bout de la laisse que tu portes au cou, me répondit-elle. Mais sois certain qu’elle raccourcira si tu le portes à nouveau ! »
« Je peux le détruire ? »
« Tu as déjà essayé. »
« Et cette inconnue, la femme dans mon rêve ? J’éprouve une envie croissante de la revoir ! Je sais que ce je que je suis en train de dire est stupide! Comment revoir l’habitante d’un rêve ? »
« Je ne peux rien t’en dire ! » Elle avait soufflé ces mots. Il m’a même semblé qu’elle pâlissait. Elle qui a le teint naturellement si pâle.
« Pourquoi ? »
« C’est plus fort que moi. Les mots ne sortiront pas de ma bouche et je souffrirais si je persistais. »

Elle se tut, les yeux dans le vague. Elle luttait visiblement pour reprendre le contrôle. Elle que je croyais forte comme le roc. Puis elle reprit :

Tu m’as parlé d’une lance n’est-ce pas ? »
« Oui, elle appartient à ma famille depuis plus de vingt siècles ! »
« Tu connais donc son histoire? »
« Celle du centurion romain et de la croix? Bien sûr. »
« Quelles raisons poussaient les romains à percer le flanc des crucifiés à l’aide de lances semblables? »
« C’est une question? Je crois avoir lu quelque part qu’ils voulaient s’assurer que les condamnés étaient bien morts avant de les descendre de leurs croix ! »
« C’est bien ça. Cette lance pourra peut-être t’aider. D’une certaine manière, elle t‘offrira un moyen de te défendre. »
« Contre qui ?»

J’attendis sa réponse. Mais elle s’était murée dans un profond silence. C’était sa façon de me dire qu’elle était lasse. Notre rendez-vous venait de prendre fin. Je l’ai quittée et sans me retourner je revins chez moi.

Perdu dans mes pensées, sans m’en rendre compte, je me suis retrouvé face à la porte du cabinet des curiosités. Mû par un désir sourd, j’ai déverrouillé la porte malgré l’avertissement de mon amie, en oubliant qu’elle ne s’était jamais trompée. Je me suis arrêté devant le reliquaire de marbre. J’ai posé les mains sur son couvercle de pierre. J’ai senti la fraîcheur du marbre et aussi... autre chose. Une douce pulsation, comme les battements d’un coeur au repos. J’ai retiré les mains. Ils se sont tus. J’ai reposé les mains. Un léger picotement titilla le bout de mes doigts.

J’ai alors tourné les yeux. Sur le tableau pendu au mur, mon double souriait toujours. Le sourire m’était indubitablement destiné. Il semblait me dire : « vas-y idiot.. vas-y si tu veux la revoir ! Elle sera là ! Vas-y puisque tu n’attends que ça ! ». J’ai ensuite tressailli. Je tenais le masque à la main.

Mais l’envie submergea tout. Oui, je voulais la revoir. J’ai poussé le couvercle et je me suis emparé du masque blanc. Presque frénétiquement. La lance posée contre la paroi ne me fût d’aucune aide. J’ai recouvert mon visage de sa toute nouvelle peau. Elle était bien là, à quelques pas. Nous n’étions pas seuls.

M


  
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Réponses à ce message :
3 Le baiser, le baiser! - Narwa Roquen (Mer 21 jul 2010 à 13:46)
       4 Plus c'est long... - Maedhros (Mer 21 jul 2010 à 18:59)


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