Version HTML ?

Messages FaeriumForum
 Ajouter un message Retour au forum 
 Rechercher un message Statistiques 
 Derniers messages Login :  S'inscrire !Aide du forum 
 Masquer l'arborescence Mot de passe : Administration
Commentaires
    Se souvenir de moi
Admin Forum 
 Derniers commentaires Admin Commentaires 

 WA - Participation exercice n°38 - partie 1 Voir la page du message Afficher le message parent
De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Lundi 26 mai 2008 à 20:38:59
Voici, la première partie...
Qui a parlé de miroir?

___________


ENTROPIE PERVASIVE

Je n’aurais pas dû écouter la jolie voix de mon guide, Natalie. Elle a frappé à la porte et je n’attendais que ça en fait. Elle était là dans la partition, entre les lignes ondulantes des notes sur la portée. Son visage resplendissait sur les vitraux de ma cathédrale g_o_t_hique, illuminé par une lumière descendant des nues.

Dès qu’elle s’est mise à parler, j’ai su que mon destin était définitivement lié au sien.

« Vous avez raison, je ne suis pas venue pour vous tuer. La mort viendra bien assez tôt pour moi et pour vous si je ne réussis pas à vous convaincre. Avant, j’étais une journaliste d’investigation à SLO TV. Jusqu’à ce que la diffusion cesse. J’ai travaillé sur les Ténèbres depuis le début au point d’en devenir spécialiste.»

Elle a continué, en choisissant ses mots avec un soin extrême, comme si elle soutenait une thèse dans un amphithéâtre universitaire :

« Les Ténèbres. Ce n’est qu’un concept arbitraire pour désigner un virus d’une nouvelle génération. Avant, d’autres avaient déjà sévi mais leurs dégâts furent généralement limités. Quand vinrent les Ténèbres, tous les protocoles antérieurs se sont avérés impuissants à les contenir et encore moins les combattre. Ce virus attaque la texture de la matière, ne faisant aucune différence entre une personne et un objet inerte. J’ai interrogé les meilleurs chercheurs, les meilleurs virologues. Aucun ne comprenait son mode de fonctionnement.»

Et moi, j’entendais des cordes et des harmoniques, les plaintes murmurées des violons alto ajoutant leur note grave aux cors anglais. Car ce qu’elle disait réveillait en moi des souvenirs douloureux. Au début de la contamination, il y avait simplement un ou deux corps retrouvés chaque matin par les services de nettoyage. Un dormeur ayant squatté un banc pour passer une nuit mémorable sur le wharf du port des Terres Anciennes, sous les sept lunes accrochées au firmament. Ou bien un fêtard en costume bariolé pailleté d’or et de strass, affaissé dans une allée des Jardins du Crépuscule, tenant encore un verre à pied brisé. La lèpre virale rampait déjà sur eux, les transformant inexorablement en matière diffuse. Puis les victimes se multiplièrent, jour après jour. Les fêtes exubérantes ont déserté les places et les rues auparavant si animées se sont vidées. Le virus frappait n’importe où, quelle que soit l’épaisseur des murs, quelles que soient les précautions prises. Il n’utilisait aucun vecteur de contagion connu ou détectable.

Et les souvenirs continuaient à affluer, les notes se succédant aux notes. Je n’en oublierai aucune, j’en étais certain. Ma symphonie gagnait en force et en profondeur. J’ai fermé les yeux et je me suis retrouvé assis sur mon canapé, la télécommande à la main, devant le journal de SLO TV. J’assiste au naufrage d’Amsterdam englouti par la marée noirâtre. Je frémis en contemplant Nantli Xolal submergé par un épais brouillard de suie. Je pleure quand les Ténèbres engloutissent le quartier Parioli. Là-bas, j’avais chanté dans la célèbre salle aérienne par un lumineux soir d’été. Je vois disparaître tant de lieux magiques, emplis d’échos de rencontres merveilleuses avec des êtres fascinants. Oui, tant de belles choses ne sont plus.

Mais Natalie n’a tenu aucun compte de mon trouble :

« Vous êtes parti à temps mais bien des choses ont changé en bas. Les Ténèbres se sont amoncelées sur l’horizon comme d’innombrables cumulus noirs et menaçants. Elles resserrent progressivement leur étau et rien n’échappe à leur étreinte. Tout ce qu’elles recouvrent disparaît à jamais. Les spécialistes ont baptisé ce phénomène la «destructuration». A la place, il n’existe plus rien. Un trou dans la matière, un néant absolu. Et ce vide est infranchissable. Rien ne passe. C’est une oblitération définitive. Certains ont parlé de viro-trous noirs terrestres, d’autres ont voulu voir là les signes d’une punition divine, comme les adeptes Haves ».

La secte HAVE. J’avais pu observer l’essor de cette secte apocalyptique, née sur le terreau fertile de la peur et de l’ignorance. Comme d’habitude. Son nom était suffisamment mystérieux pour berner les crédules et les mystiques cherchant un sens caché sous chaque pierre du chemin. Dès les premières victimes et les manifestations quasi surnaturelles, ses adeptes ont afflué pour errer en longues processions, vêtus d’amples tuniques bleu clair et le visage peint en bleu sombre. Avant ma fuite, j’ai pu en voir qui marchaient lentement au milieu de la chaussée en psalmodiant d’incompréhensibles paroles tout en agitant leurs bras dressés vers le ciel. Le plus terrifiant, c’est qu’ils ne faisaient pas cent pas sans qu’un d’entre eux ne s’affaissait lentement, foudroyé, avec ces horribles taches moirées s’élargissant sur la peau et les vêtements.

Natalie a croqué délicatement dans un disgestive biscuit tout en poursuivant :

« Les Haves ont payé le prix fort. Entre la répression et le virus, il n’en reste plus beaucoup en vie à cette heure. Quelques poignées à peine, plongées dans leurs transes hypnotiques et attendant la fin en priant les Dieux. Mais si les Dieux existent, alors ils sont restés sourds aux prières de leurs fidèles. »

J’ai éclaté de rire :

« Ah oui, les vieilles lanternes sur les Créateurs, nos créateurs, le mythe de la caverne. J’ai écrit une chanson sur ce sujet. D’après certains hallucinés, nous ne serions que des créatures sans âme et nous errerions dans un monde artificiel, loin de la vraie lumière. Ce que nous prenons pour la réalité ne serait en fait qu’une parfaite illusion. Nous ne serions qu’une forme de rêve, des jouets sans libre-arbitre entre les mains de nos Créateurs. Si je me rappelle bien, la chanson n’avait pas été un franc succès.

Mais le regard de Natalie m’a culpabilisé :

« Vous savez, en bas, il n’y a plus aucune route jaune ouverte, même la vieille et respectable Route Jaune 45! Elles sont toutes coupées par le mur de ténèbres qui encercle dorénavant la cité et sa proche banlieue. Les quartiers côtiers sont déjà inaccessibles et ils l'ont été bien avant les autres. Il n'existe plus aucun moyen d’atteindre la mer. Cependant, j’ai eu l’occasion de parler à une femme peu avant qu’elle ne meure. Elle s’appelait Sharon et c’était une prêtresse Have. Elle m'a parlé d’une route, une route fabuleuse. Une route qui mène vers un sanctuaire préservé de l’infection. Ce sanctuaire semble être une île. Mais pas une île ordinaire. Elle pourrait, disait-elle, accueillir tous ceux qui demanderaient asile. Il leur suffit simplement de trouver la route. Vous allez me dire que je suis folle mais quelque chose dans le timbre de sa voix, dans l’éclat de ses yeux, dans la façon dont elle m’a doucement serré le poignet, m’a convaincu qu’elle disait la vérité. D’une façon ou d’une autre. »

J’ai arrêté d’imprimer un mouvement circulaire à la tasse que je tenais, m’amusant à regarder le mini maelström qui creusait le liquide ambré :

« Une route, ici ? Alors vous êtes alors venue pour rien. Il n’y a aucune voie carrossable, tout juste quelques sentes de chèvres, les créneaux dentelés des montagnes et rien après. C’est pour cette raison, entre autres, que j’ai décidé d’y construire mon refuge. J’ai englouti une fortune pour obtenir toutes les autorisations nécessaires. Les normes BVH sont draconiennes. »


M


  
Ce message a été lu 3750 fois

Smileys dans les messages :


Forum basé sur le Dalai Forum v1.03. Modifié et adapté par Fladnag


Page générée en 107 ms - 289 connectés dont 2 robots
2000-2019 © Cercledefaeries