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De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Dimanche 29 juillet 2007 à 20:49:24
J'espère que cette histoire insolite vous intéressera. Elle se situe finalement entre le gris et le noir. Et c'est tant mieux.

_______________

Impression déstabilisante. Choc émotionnel. Chaque fibre de mon corps me rappelle que c’est bien Viviane qui me sourit, qui me tend ses bras aimants. Un tel amour ne saurait mentir. Pourtant, une ombre obscurcit mon âme et jette un trouble dans mes certitudes. Je crie son nom mais le Mistral, vent capricieux, l’emporte au loin. La rive où elle se tient s’éloigne de plus en plus vite. Nous sommes bientôt séparés par un lac aux eaux parfaitement immobiles reflétant les ocres et les mauves du ciel. Elle n’est plus qu’un point qui perd peu à peu toute consistance.

Abattu, je tourne le dos au lac et rebrousse tristement chemin vers le château papal. Il y a une foule immense qui m’attend au bout du pont, une multitude immobile qui m’observe en silence. Ils sont si nombreux comme autant de points lumineux qui semblent clignoter doucement. Le corps enveloppé dans une longue cape de couleur, ils portent tous un masque, blanc ou noir, chacun exprimant une émotion différente : ennui, peur, colère, envie, regret, amour, espoir, renoncement....Il y a tant d’émotions que je ne peux toutes les déchiffrer alors que je m’avance vers eux. Le château papal me domine de sa masse gigantesque, ses plus hautes tours se confondent avec les cieux au-dessus. Son ombre étend ses ailes sur l’esplanade. Je serre un peu plus la cape autour de mes épaules et me courbe pour résister à la violence du vent.

Parvenu sur la berge, je tourne mes regards vers l’autre rive mais celle-ci a disparu, emportant Viviane hors d’atteinte, hors de vue...elle a disparu, pas mon amour. Cet amour qui se lit sur le masque que je porte désormais comme une seconde peau. Il fait partie de moi et jamais je ne l’ôterai. C’est le seul lien qui me rattache encore à Viviane, le seul témoignage de notre amour, le dernier vestige de mon désir romantique

Parmi les autres masques, j’ai trouvé ma place, celle qui m’a été assignée. A mes côtés, à ma droite et à ma gauche, silencieux, ils sont là mais je ne les regarde pas, me contentant de fixer droit devant moi. Fixant un horizon fermé au-delà des eaux magiques du Rhône, lui aussi immobilisé, figeant ses eaux aux reflets mauves et aux teintes turquoises. Je ne parviens pas à distinguer plus loin que cette surface verticale à la blancheur immaculée. Nul paradis à attendre de ce côté. Juste une neige lumineuse qui agresse les yeux quand on la contemple trop longtemps.

Je suis finalement bien. Je ne ressens ni tristesse ni mélancolie à présent. Je suis empli de cet amour inaliénable et éternel et cela me suffit. Nul besoin de bouger ou de parler. Nulle fatigue également. Oui, je suis étonnamment bien. Nulle soif. Nulle faim. Ni trop chaud ni trop froid. Extase et plénitude. Nulle question à se poser non plus et c’est reposant. Plus de doute, plus d’angoisse, plus de peur. Elle m’aime. Elle m’aimera toujours ici. Aucun danger ne nous guette, le temps s’est arrêté. Extase d’éternité. Je suis un masque et une belle cape bleu indigo. Corps et âme. Je ne les quitterais pour tout l’or du monde. Jamais.

Elle reviendra, je le sais, un jour, demain peut-être. Elle reviendra, c’est écrit dans les taches vertes du ciel, dans les reflets roux du château. Elle reviendra pour moi. Et ensemble, nous emprunterons ce pont qui s’élance au-delà de notre pauvre imagination, au-delà des eaux dansantes du Rhône. Il rejoint l’autre rive, celle que nous avons tous rêvé un jour d’atteindre avec l’être aimé pour ne plus quitter cette plage où s’abandonnent les amants fatigués.

Je dessinerai des arabesques magiques pour qu’elle n’oublie pas la route qui la mènera vers moi. Demain. Oui, c’est ça, demain. Je ne souris pas, seul le masque que je porte exprime mes émotions. La matière dont il est constitué est si douce que je ne la sens pas sur ma peau, mélange intime.

Quelque part entre les roux et les bleus, passent les années et déclinent les soleils. Pour moi, c’est le même instant. Chantent les sirènes et pleurent les muses sur leur balancelle. Les fontaines ruissellent et le fleuve rejoint la mer. Je vis dans un monde figé et éternel. Un monde à deux dimensions. Une bulle magique au coeur d’une forêt oubliée. Nul regret. J’aime Viviane. Mon masque en porte la marque. Viviane. Nulle amertume. Dans ce monde sans hier et sans demain, mon amour ne se délitera pas au fil du temps. Un temps qui corrompt tout, qui jaunit le plus bel éclat de rire et qui éteint la lueur dansante au fond d’un regard amoureux. Ici j’aime Viviane et Viviane m’aimera, à jamais.

Sur le pont, j’aperçois une autre silhouette masquée, emmitouflée dans une grande cape magenta qui s’avance vers nous lentement. Encore quelques pas et nous pourrons lire son masque, connaitre cette émotion ou ce sentiment qui, comme chacun d'entre nous, restera ici à jamais...


OOO



La pluie a cessé. Pour toujours. Elle était tombée sans discontinuer durant trois longues années, rongeant mon âme comme une pluie acide. Trois années ramenées à néant. La page est enfin tournée.

Je peux affronter le tableau. Ce tableau devant lequel nous nous étions rencontrés, il y a si longtemps, riant comme des adolescents miraculeusement confrontés à une évidence amoureuse. Plus tard, sous les toits, dans sa petite chambre d’étudiante, elle m’avait expliqué la technique picturale employée par Signac tandis que j’explorais le creux de ses reins. Viviane, nullement fâchée du résultat de mes explorations, et de ses effets sur moi, m’avait doctement chapitré sur l’emploi que l’artiste faisait des couleurs primaires et sur son approche résolument scientifique.

« Signac considère que l’oeuvre ne nait réellement que dans l’oeil de celui qui la contemple. C’est pourquoi, il utilise ces juxtapositions de touches de couleurs pures. C’est toi qui reconstitue la cohérence d'ensemble, ton regard. Il y a une magie dans chaque oeuvre d'art, une magie qui capture l'émotion qu'elle suscite chez celui qui la contemple, un petit bout de présent enfermé à jamais. Elle nous restitue ensuite, sur un plan sans doute inconscient, la charge émotionnelle qu'elle contient!»

Pointillisme et divisionnisme furent ainsi les deux mamelles, si j’ose dire, du plus beau cours sur l’impressionnisme que j’ai jamais suivi. J'avoue que j'ai été attentif comme un écolier du fond de la classe, plus intéressé par des appâts moins géométriques, plus courbes et beaucoup plus sensuels.

« Tu ne comprends rien » disait-elle en riant et en ramenant le drap jusqu’au menton. « Tu ne comprendras jamais rien à la peinture ».

Je ne lui ai jamais dit que c’était Courbet mon peintre favori, elle aurait rougi.

Puis le temps, cet affreux monstre, nous a éloignés, séparés. Les examens, les universités étrangères. La science financière ne rime pas harmonieusement avec l’histoire de l’art. Harvard est bien loin de Florence. Elle a quitté ma vie comme j’avais déserté la sienne. Mais, de retour en France, voici trois ans, je me suis précipité en Avignon, espérant comme un collégien qu’elle serait là, m’attendant devant le tableau de Signac.

Il n’y avait personne bien sûr.. J’allais quitter la salle lorsque mes regards ont plongé, l’espace d’un instant, dans l’alchimie des couleurs du tableau. Un flot d’émotions que je croyais disparues m'a alors submergé. Ensorcelé par les couleurs féériques, piégé par la vague de remords et de regret qui a tout emporté sur son passage. C’est à ce moment qu'il a commencé à pleuvoir.

Aujourd’hui, les nuages se sont écartés et la pluie a cessé. Je suis devant le tableau, je ne ressens plus aucune douleur. Je n’ai rien oublié mais la blessure semble s’être cicatrisée. Pourtant, j’ai la sensation très nette d’avoir déposé un peu de moi entre les bleus et les roux de ce tableau. Quelque chose de précieux et de secret, d’indiciblement brillant. Quelque chose qui sera conservé intact tant que survivra cette toile, dépositaire universelle d’une émotion pure et sincère. Il y a un peu de moi entre ces couleurs primaires et c’est tant mieux. Viviane, même si nos vies ont pris des trajectoires différentes, même s'il n'y a plus rien entre nous, quelque part entre les bleus et les roux, nous nous aimons encore.

Et c’est bien.

M


  
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3 Commentaire Maedhros, ex n°20, histoire 1 - Narwa Roquen (Jeu 30 aou à 16:58)
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3 Exercice 20 : Maedhros => Commentaire histoire 1 - Estellanara (Mar 21 aou à 12:31)
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