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 WA - Participation exercice n°20 - partie 2 Voir la page du message Afficher le message parent
De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Samedi 28 juillet 2007 à 21:16:46
La suite de la romance picturale...bon courage! Overdose de festival d'Avignon sans doute.

Mais si ces lignes semblent sans doute réfléchir la beauté de Lucy In The Sky with Diamonds, aucune substance illicite n'aura été consommée à part quelques bocs de bière fraîchement blonde....et incidemment allemande.

____________________

Je suis revenu à mon point de départ. L’entrée du musée est béante devant moi, dévoilant impudiquement son obscurité humide. C’est tapi là, comme une araignée au fond de sa toile, attendant, m’attendant. Malgré la pluie, la fournaise de ce mois de juillet m’accable alors que je n'ai qu’un pas à faire pour me plonger dans sa maudite fraîcheur. Si je fais ce pas de trop, je suis perdu. Je m’égarerai sans espoir de retour entre les couleurs fondamentales. Je ne rêve pas.

Je recule lentement. Un bus démarre. Le chauffeur m’interroge du regard. Je lis dans ses yeux qu’il en va de mon salut. Je grimpe à l’intérieur. Clac. Les portes du véhicule se referment derrière moi comme les ailes protectrices d’un ange. J’achète un ticket au passeur. La canicule de l’après-midi a vidé les rues d’Avignon, la cité papale. J’avise une place libre et m’y assieds en calant ma tête contre la vitre taguée. Les cahots du véhicule me bercent doucement, rythme hypnotique. Une allure marine, illuminée par les jeux de cache-cache du soleil, lumière, ombre, lumière. Je suis bientôt emporté par une étrange somnolence.

Viviane s’approche de moi, vaporeuse et aérienne. Elle sourit. De son sourire éternellement complice, ce sourire qui promet la douceur soyeuse de ses lèvres moqueuses. Mais, mais, je ne peux avancer. Mes mains heurtent une sorte de paroi invisible. Je comprends vite que je suis prisonnier d’une sphère, bulle transparente infranchissable. Viviane est toute proche, à quelques centimètres de ce mur de verre. Ses lèvres s’arrondissent pour former les deux syllabes de mon nom. Je n’entends pas le son de sa voix.

La lumière est tamisée, profonde et douce, aux teintes délicatement émeraude, curieusement vieillie. Autour, la forêt millénaire est dangereusement calme. Les grands arbres centenaires se penchent gracieusement. Nul souffle de vent. Mon château se dresse sur le lointain, resplendissant d’un éclat roux.

Quelque part, hors du champ de ma conscience, un signal d’alarme se déclenche. Pas de défense dans un rêve. Je suis impuissant, jouet entre les mains de forces incompréhensibles. La bulle s’aplatit, devient surface place, deux dimensions. Un panneau vertical. Je reconnais ses pigments colorés et son harmonie picturale. C’est lui, le tableau.

Le rêve vire au cauchemar.
Terminus.
La voix du chauffeur me sort de cette torpeur psychotique.
Terminus de la ligne, il faut descendre.
Le chauffeur me regarde tristement, comme un ange défait.
Les portes s’ouvrent, ailes fatiguées.
J’obéis à ce commandement. Pourtant, sous mon crâne, la boucle démentielle du cauchemar résonne encore et encore.
Le bus rentre au dépôt et de l’autre côté de la rue, je découvre....le musée.
Viviane, au secours, le monde est une bulle où je me noie !

Que puis-je contre mon destin ? Que puis-je contre cette fatalité ? J’aurais beau fuir au bout du monde, au bout de la dernière route, au bout du dernier chemin, au bout de la dernière piste, le musée sera toujours là, m’attendant patiemment. Je rends les armes, il n’existe nul endroit où je pourrais me cacher. Je me retrouverais inéluctablement face à lui, avec un mur dans le dos.

Alors, à quoi bon résister à son destin ? Trespass, je fais le pas interdit. La toile est là. Il y a un château au bord d’un grand fleuve. Les arches d’un pont brisé enjambent le flot dans un élan inachevé. Un soir étrange nimbe le ciel de couleurs fantastiques et embrase les créneaux d’un roux chatoyant. C’est un ciel rouge aux reflets indigo, un ciel frangé de vert et pailleté de jaune. Un ciel d’outre-terre.

Je m’approche plus près. Encore plus près. Jusqu’au bord de la toile. Encore plus près. Alors la peinture éclate en myriades de touches aux teintes différentes, en alignements de points de même couleur. Cela transfigure la texture de l’oeuvre, rompant l’équilibre du ton et déchirant l’impression suggérée par la juxtaposition de cette multitude de points colorés.

Trop tard pour comprendre, je suis déjà au-delà de la limite. Au-delà de l’harmonie cohérente du tableau. Au bord du Rhône qui scintille féériquement dans un crépuscule hors du temps, non loin de ce pont tendu vers l’inconnu. La force irrésistible m’entraîne plus bas encore. Je plonge dans l’orbe de la toile, qui devient un monde suspendu dans un écrin de verre. Un voyage au coeur d’une trombe commence. Et tombant des cieux comme jadis Icare, je suis précipité vers un océan chamarré où vogue tel une île de légende, un grand château papal.

Je dégringole de l’azur, chute ascensionnelle non maîtrisée. Sous moi, le paysage se décompose en groupes indépendants, en structures hallucinantes, en combinaisons géantes. Chaque détail devient un point lumineux, un segment coloré. Les couleurs se durcissent progressivement, plus froides aussi, plus crues. De plus en plus fondamentales. Je traverse des membranes de perceptions élémentaires, pénétrant des espaces infinis d’incohérence. Je crois que l’objectivité disparaît au fur et à mesure que le facteur de grossissement grandit.

A présent, le château baigné d’ombres rousses et olivâtres cède place à de gigantesques murs de briques vertes et rouges, rouges et bleues. Ces murs s’étendent de part et d’autre de l’horizon. Ma chute ne ralentit pas, croisant leur trajectoire. Alors je frappe ces murailles titanesques à mains nues, plaqué par cette force qui me pousse vers le bas. Impression d’éclater. Compression insupportable. Il me faut briser l’obstacle. Cela flamboie dans mon esprit comme une torche enflammée. Briser l’obstacle.

Répondant à ma volonté, le mur semble se dissoudre et je glisse plus bas encore, toboggan géant vers un océan de vide où voguent d’immenses plates-formes. C’est rapide et silencieux. Le vide se fait océan, la plate-forme, île immobile. Sans transition, je me retrouve naufragé sur cette île, naufragé d’une goutte de couleur primaire. L’île devient monde. La couleur change, moins formelle. Elle se dissocie en teintes différentes, reconstituant la palette originelle.

Ce monde évolue. J’ai à construire un monde. Mon monde. Même si je ne suis plus rien d’autre qu’un infime grain de poussière, invisible sur un tableau ensorcelé. J’ai couru au bout d’une vaste plaine où elle m’attend. La pluie a cessé. Je ne peux dire précisément quand mais il ne pleut plus derrière mes yeux.

Viviane est là. Je reconnais déjà sa silhouette. Nous allons nous retrouver. Trois longues années. A ses pieds coule une rivière scintillante. Un bond, et je serai sur l’autre berge, tout près d’elle. Etrangement, il me semble que plus je m’approche, plus la rivière s’élargit. Quelques foulées encore mais la distance décroît difficilement tandis que la rivière devient fleuve. Un fleuve tumultueux, charriant sédiments et embâcles. Ce pont qui se matérialise soudain est une bénédiction de la Providence s’il me ramène vers Viviane qui m’attend sur l’autre rive, de l’autre côté, telle que je la revois dans mes plus fiévreux souvenirs. Malheur, ce pont s’arrête brutalement, brisé après la quatrième arche, au-dessus des eaux furieuses. Je ne peux aller plus loin. Viviane. Elle est juste là. Je la contemple, interdit. C’est elle et ce n’est pas elle !


M


  
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