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 WA - Participation exercice n°19 - partie 3 Voir la page du message Afficher le message parent
De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Vendredi 6 juillet 2007 à 19:10:08
Hum...On dit souvent qu'un chat retombe toujours sur ses pattes. Il faut que j'y crois résolument...c'est une question de foi!

________

Je ne parviens plus à garder le vampire dans mon champ visuel, trop occupé à maintenir un semblant d’assiette dans cette inconfortable chute. Une douleur aiguë aux tempes me fait voir trente-six chandelles. Je suis de retour...

....au centre d’une pièce vaguement familière. En une fraction de seconde, j’emmagasine sans le moindre effort une multitude de détails de la scène qui m’entoure. Une assurance cognitive extraordinaire. J’éprouve cependant une curieuse impression de détachement, comme si je n’étais pas vraiment là, accompagnée d’une sensation persistante et troublante de déjà-vu. Face à moi, un miroir, au style rococo et surchargé qu’adorent certains banlieusards aisés, couvre un grand pan de mur. Il surmonte un bahut long et bas, en merisier clair, aux pieds gainés, lisses, sans cannelures. Je dirais que c’est un bahut d’inspiration Directoire. Celui-ci me semble trop neuf pour être d’époque.

Avec stupeur, je n’apparais pas dans le miroir. En revanche, je distingue deux hommes. Tous deux font face à lui, même si l’un se tient à quelques pas de l’autre, dans son dos. Celui au premier plan est un colosse, une vraie force de la nature, à la taille impressionnante. Sans mentir, il doit frôler le double mètre ! Des paluches grandes comme des battoirs, des épaules de déménageurs qui tendent dangereusement le tissu du polo et un cou de taureau. Sous une tignasse jaune paille mal coiffée, son visage contraste cependant énormément. On s’attendrait à un mufle de pirate ou de catcheur sanguinaire mais en fait ses traits poupins trahissent une expression attardée. Sur la gauche, dans le miroir, il y a un superbe canapé, d’un beau cuir rouge sombre. Tiens, je n’avais pas remarqué cette ravissante blonde assoupie, une main abandonnée sur la moquette. A mieux observer, sa pose est tout sauf naturelle. Un jeu de lumière compliqué dessine dans ses cheveux éparpillés, une fleur fantomatique. Une fleur de lotus pâle.

Je glisse mes regards sur l’homme au second plan. Il me dévisage. C’est un homme entre deux âges. Je n’ai pas de mal à imaginer qu’il doit avoir un certain succès auprès des représentantes du sexe dit faible. Un look de mâle américain, vous savez, cet air mi-ange, mi-démon. Ce type de visage aux traits réguliers, à la mâchoire carrée, au nez planté droit au-dessus d’une fine moustache et au regard à la Clarke Gable qui doit les faire toutes chavirer. Bref, le beau gosse. Auprès de ce genre de tombeur, on apprend vite à se contenter des miettes. Moi, j’ai eu de la chance avec ma Lolita !

Toutefois, ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire la grimace. Je vous fiche mon billet que ces deux-là ont été nourris, logés et blanchis aux frais de la princesse, tout comme moi! Vous savez, tous ceux qui sont passés derrière les barreaux en gardent une trace, invisible pour les non initiés, une sorte de flétrissure indélébile. Cette marque, est un signe de reconnaissance chez les mauvais garçons. On ne se trompe jamais. Je peux vous assurer que ce sont des ex-taulards, mieux des ex-taulards récemment libérés. Ils ont conservé cette façon d’être indéfinissable mais ô combien caractéristique. Il leur faudra un petit moment pour s’en débarrasser. Je peux également sentir leur nervosité, ils sont tendus à l’extrême. OK, j’ai compris. Ils sont en cavale. Où diable me suis-je encore fourré ? La scène semble figée, statique, en état de suspension! Voilà c’est çà, le temps lui-même semble suspendu....cela explique l’immobilité anormale qui règne dans cette piaule.

Pourquoi suis-je invisible? L’autre dégénéré ne m’a pas mordu. Donc, je n’ai pas pu me transformer en vampire! Donc, je devrais me voir. Il faut que je réfléchisse et vite! Soudain, mes oreilles bourdonnent et s’emplissent de coton. Un peu comme dans un avion quand il décolle ou atterrit. Il paraît que c’est une histoire de pression ou quelque chose dans le genre. Bref, je me pince le nez et souffle fort pour me déboucher les tympans. Surprise, en face, Monsieur Muscle fait exactement la même chose en me fixant droit dans les yeux ! J’abaisse lentement la main ...Monsieur Muscle fait de même. J’hésite encore à comprendre quand une voix s’élève dans mon dos :

- Non, Denis. Jamais. Tiens, va prendre nos affaires, on se barre ! »

J’ai déjà entendu cette voix. J’ai déjà entendu cette voix prononcer ces mots. Cette nuit...il y a peu de temps en fait. Oui, quand je me trouvais dans la cuisine des bourgeois. Des Lecourt. La vérité s’impose à moi, aussi irréelle qu’inconcevable. Je ne comprends pas. Dans le miroir, c’est l’autre homme qui a parlé, le tombeur de ces dames.

Sauf que quelque chose en lui a subtilement changé. Une sorte de prestance nouvelle, une allure aristocratique indéniable, un regard gris et pénétrant. Comme si une autre personnalité était venue hanter le taulard en cavale. Une personnalité se superposant à la première, sans toutefois la faire complètement disparaître. Une personnalité que je sais connaître, il suffit de me concentrer. En souriant, il dévoile des dents d’une blancheur éclatante....Lioncourt. Par quelque sortilège infernal, nous avons pris possession de ces corps étrangers, vivant une scène que j’ai déjà vécue. Mais pas Lioncourt! Il n’était pas là. L’esprit en déroute, je pressens que je cours un danger mortel. Je sais ce qui va arriver, il ne faut pas que je lui tourne le dos. Mais avant que je réussisse à plonger pour me dérober, un claquement sec a retenti. Un coup de poing géant me frappe sous l'omoplate gauche, précédant une insupportable douleur. De l’autre côté du miroir, Lioncourt tient dans sa main un revolver encore fumant. Il tourne les talons et disparaît de ma vue. J’entends une porte se refermer bruyamment puis le silence. En même temps, la moquette monte vers moi à vitesse grand V. C’est curieux, je suis mourant et je ne ressens pas cette sensation de mort imminente. Comme si tout ça n’était qu’une vaste supercherie. Mes yeux restent grand ouverts quand je m’affale sans bruit sur la moquette bouclée et moelleuse. La douleur a disparu. Totalement. Un battement de coeur après, à l’extrême périphérie de mon champ de vision, une porte s’ouvre doucement.

C’est alors qu’une brume, scintillante et bouillonnante, déborde du miroir devant moi en longues volutes moutonneuses. Elle donne naissance à un vortex similaire à celui qui m’a emporté tout à l’heure. Je suis littéralement aspiré hors de ce corps qui n’était pas le mien. C’était celui de la brute, le compagnon du tombeur de ces dames. Il est étendu là, à terre, une flaque de sang se formant sous son omoplate. Je remarque une silhouette immobile sur le seuil de la pièce. Ce n’est pas le vampire. Ce n’est pas le beau gosse. Mais c’est.... moi! Ce n’est pas possible!

Le vortex réclame son dû : je suis avalé par le cône de vents tourbillonnants, repassant au travers du miroir, seul désormais. La chevauchée fantastique dans les ténèbres continue...

M


  
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