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 WA - exercice n°18 Voir la page du message 
De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Mercredi 13 juin 2007 à 18:29:25
Passons à tout autre chose, un de ces exercices à rallonge comme je les affectionne... Pour ce n°18, nous ne nous occuperons que des personnages qui évolueront ensuite dans le n° 19.
Le personnage A va se rendre, pour raison professionnelle, au domicile des personnages B, C, et D. En nous décrivant ces habitations (choisies par eux et décorées à leur goût), il va nous les présenter. Deux points sont importants : c’est la première fois que A rencontre ces trois personnages, et ces trois–là ne se connaissent pas entre eux (ça, c’est pour préparer la suite, mais chut ! c’est un secret !)
Donc, un petit texte facile et ouvert à tous. Vous avez deux semaines, jusqu’au jeudi 28 juin. Décrivez, décrivez, il en restera toujours quelque chose...
Narwa Roquen,qui mijote la suite...


  
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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2007-06-20 22:05:28 

 WA - Participation exercice n°18 - partie IDétails
Je m'essaie à la comédie...mais pourvou que ça doure, comme disait la maman de Napoléon! Il y aura au plus 4 parties, mais très courtes!

_______________
Le Chat et les trois Souris


Il est presque minuit. Fait assez frisquet ce soir. Faudrait pas trop me pousser pour que je reste pénard dans mon canapé, une bière, des chips et la nouvelle star à la télé. Mais quand faut y aller, faut y aller...j’oublie rien ? Pinces, gants, cagoule, montre, lampe et tout le toutim. Bien, tout est là. J’ai trois adresses sur mon programme nocturne. Après trois repérages. Facile. Banlieue. Pavillon. Pas de gros chien. Système de sécurité basique. Du velours. Sans me vanter, les doigts dans le nez...Demain, je vois mon recéleur et après-demain, je passe à la caisse. Bon, n’allez pas croire que je suis McCauley mais d’un autre côté, je ne connais aucun Hanna chez les keufs ! Tiens, il faut aussi que j’appelle ma Lolita, j’ai un plan vacances qui devrait lui plaire. Et que ne ferais-je pour ma Lolita !

Le but du jeu, dans mon métier, c’est de passer inaperçu. D’ailleurs, si vous me croisiez là, sur ce quai de RER, votre regard ne s’arrêterait pas sur moi, trop insignifiant. Sitôt vu, sitôt oublié. C’est là le secret de mon art. Dans ma branche, je ne suis pas un prince certes mais je n’en suis plus très loin. Voilà ma rame....le meilleur moyen de locomotion. Une petite leçon : un vrai monte en l’air n’arrive jamais dans la banlieue en voiture ou en moto...il y a toujours un vieux suspicieux qui lève le coin de son rideau au moindre bruit suspect après 22 heures. Non, non, mauvais plan. Il y a le vélo, mais bon, je ne suis pas très vélocipède moi !Non, le must, c’est de venir le matin en voiture, la stationner pas trop loin et la récupérer après le boulot. Psychologiquement, le départ d’une voiture attire moins l’attention que son arrivée !

Je parle, je parle mais le temps passe. Je suis déjà arrivé. Le dernier métro, c’est le rendez-vous des banlieusards qui ont fait leur sortie « culturelle » à Panam. Très pratique pour ne pas attirer l’attention. C’est même quelques fois rageant, vous n’imaginez pas le nombre de bons plans que j’ai laissé passer. D’un autre côté, ma Lolita me surveille de près...c’est une jalouse maladive ma Lolita ! Et vous n’ignorez pas que je suis vite stressé !

Ah oui, j’oubliais. Le cambrioleur qui se respecte doit avoir une mémoire de béton. Ou alors acheter un bon GPS. Moi, je suis de la vieille école. J’ai tout mémorisé, les rues, les maisons, les jardins, le temps nécessaire, les abris en cas de besoin, les itinéraires de repli ou de fuite et surtout, surtout, les informations sur les rondes des keufs...la banlieue a ses charmes mais elle ne sait pas vraiment recevoir. Quand j’ai commencé, c’était le bon temps, maintenant, c’est Fort Alamo avec les gamins des cités dans le rôle des mexicains. Ne riez pas, je n’ai jamais reconnu chez les braves bourgeois, ni Davy Crockett, ni le Colonel James Bowie....Cela serait plutôt Dead Zone vous voyez ou mieux, la Banlieue des Morts-Vivants. Et tout ça vote à droite ! Mais je m’égare, n’allez pas croire que je sois un quelconque Robin des Bois. Je suis un libre entrepreneur. Plutôt libéral. Je devrais dire libérable...

Mais chut, me voici arrivé !

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2007-06-21 16:46:48 

 WA - Participation exercice n°18 - partie 2Détails
Cela se complique. Encore un jeu de piste et à plusieurs niveaux. Qui m'aime me suive.

_______________________


C’est une maison qui se cache de la rue derrière une haute haie végétale. Construction basse, genre maison d’architecte, entourée d’une pelouse parfaitement entretenue. Un portail en ferronnerie artisanale barre l’allée qui conduit sur le côté de la demeure. Celle-ci m’a attiré l’oeil justement parce qu’elle détone parmi les bâtisses bourgeoises de la rue étalant leur prospérité. La curiosité est mon second défaut. Pour mes repérages, j’utilise des techniques simples mais éprouvées. Pendant plusieurs jours, je suis venu, déguisé, pour observer et surtout vérifier que le jeu en vaut la chandelle. Je sais, cela se perd de nos jours. Moi, je ne suis pas un stakhanoviste du pied-de-biche. Je fais peu d’affaires mais toujours juteuses et précédées d’un bonne étude marché ! Les receleurs font de meilleures offres si le marché est porteur.

Pour revenir à cette villa, j’ai noté des détails intéressants. Son propriétaire, un certain M. Albert Gernon, n’est pas marié. Pas d’enfant. Il a une grosse voiture de sport. Sa profession, chercheur ou quelque chose comme ça dans un très gros laboratoire pas loin d’ici. J’ai aperçu quelques belles toiles, des bibelots anciens pour lesquels j’ai déjà des propositions. Un petit coffre caché derrière une toile de petit maître. Et puis la pépite. Le détail qui m’a donné envie de venir cette nuit. Vous verrez, c’est une surprise. Vous ne serez pas déçus.

D’abord, occupons-nous du système d’alarme. C’est fou ce que les gens sont naïfs. Ils achètent de la camelote à prix d’or. Vous voyez, je n’ai qu’à couper ce petit fil et hop...plus d’alarme. Bien, avançons. La façade qui donne sur la rue est aveugle. Albert veut sa tranquillité. D’ailleurs, durant mes planques, je n’ai jamais vu personne à part lui. C’est un solitaire. Pourtant, c’est un homme dans la force de l’âge, pas mal foutu si on aime le genre intellectuel. Il s’habille avec un goût raffiné. Je contourne la maison et j’arrive devant la large véranda en aluminium, très esthétique mais peu sécurisée. Un petit travail sur une des glissières et me voilà dans la place. Je sors mes lunettes de vision nocturne et je bascule dans le monde de Hulk.

Bizarre, cette pièce n’est pas celle dont je me souviens. Et ça remonte à quoi ? Une semaine! Je me rappelle un grand séjour meublé art déco, un piano à queue, un vase Ming et un tapis persan safavide jeté devant une cheminée suspendue. Or, la pièce où je me trouve est beaucoup plus petite. Elle est vide hormis un motif fleuri qui court sur un galon doré. Il y a trois portes fermées : une face à moi, une à droite et une à gauche. Une petite voix me hurle de déguerpir mais la curiosité me perdra. Laquelle choisir ? Mon premier défaut arrive alors au galop. Le jeu. Je suis un joueur. J’ai perdu des petites fortunes sur les champs de course ou les tapis verts. A cause du jeu, ma Lolita m’a souvent jeté à la rue au petit matin, quand je rentrais après un poker malheureux.

Je choisis la gauche. Les truands sont toujours à main gauche ! En silence, je m’approche de la porte. Pas de dispositif malicieux. Je baisse la poignée de laiton et pousse doucement le battant. Un frisson glacé me parcourt les reins. Cette pièce est identique à celle que je viens de quitter. Nue, vide, avec le galon fleuri. Il y a une porte à droite. De plus en plus étrange. En quelques pas, je l’atteins...fermée, verrouillée. Pas de serrure à crocheter! Rester calme. Tenter de comprendre. Vous aussi n’est-ce pas ?Je reviens sur mes pas et décide de tester la porte face à la véranda. Ouf, elle s’ouvre sans peine. Mince, je suis encore dans une pièce jumelle : une porte devant, une porte à gauche et une porte à droite. Cela me dit quelque chose !Je tente ma chance avec la porte d’en face. Peine perdue, elle est verrouillée. J’ai compris. Oui, bon, vous aviez déjà compris ? Certes mais vous n’êtes pas à ma place ! C’est un labyrinthe. Pas de chance, Albert. Un joueur qui se respecte est à l’aise dans la science labyrinthique. Observez l’artiste.

Le chemin n’a pas été trop dur à suivre, les possibilités étant finalement réduites. J’ai dessiné un croquis sur une feuille de papier pour ne pas perdre de temps. Le rez-de-chaussée comprend douze salles identiques. Trois rangées de quatre. Chaque pièce possède entre deux et quatre portes, verrouillées ou non. Et me voilà devant la dernière porte. Que vais-je trouver et pourquoi ce dédale ? Dans quel dessein ?

Sans bruit, la porte s’efface devant moi. Il y a un bureau sur la gauche près du mur . Avec un hoquet de stupéfaction, je discerne une forme humaine dans le profond fauteuil qui fait face au large plan de travail où trône un ordinateur allumé. Je dis ça car un incendie blanchâtre embrase ma vision. Je retire vivement mes lunettes devenues insupportables. Oui, il y a une forme humaine faiblement éclairée par l’écran du moniteur. C’est Albert ! Je reconnais les lignes générales de son visage. Il ne bouge pas. Il fait une drôle de moue. Il y a quelque chose qui cloche. Il devrait me voir. Or il ne dort pas, je vois très bien ses yeux qui fixent le mur droit devant lui. Je m’approche. Il ne fait aucun mouvement. Je suis juste à côté de lui mais il ne bouge toujours pas. Il semble hébété, végétatif...Lorsque je l’avais croisé, son visage était empreint d’une intelligence supérieure, vous savez, cela se voit, c’est presque palpable. Là, plus rien, on dirait que son intelligence s’est envolée, brutalement zappée. Il y a une page de texte sur l’écran. Le curseur clignote encore sur le dernier mot inachevé. Je veux comprendre :

« L’expérience est vouée à l’échec. La dégradation s’accélère vertigineusement. J’ai pas trouvé d’erreur ni dans les calculs ni dans les raisonement. J’arrive difficilement à me concentré sur ce que j’écrit. Plein de faute d’ortografe. pas combien de temps encore....trop vite...perd le fil des idée. Perdu ...dur de redevenir idiot...dites-lui bien que je l’ai toujours aim.... »

Il y a un carré de papier jaune collé au bas de l’écran. Deux noms, Nemur et Strauss et un numéro de téléphone. Je crois que tout ceci me dépasse. Laissons ce pauvre bougre à son triste sort. Mettons cette visite en pertes et profits. Deux autres rendez-vous nous tendent les bras et il reste peu de temps...

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2007-06-22 20:18:20 

 WA - Participation exercice n°18 - partie 3Détails
La suite des aventures du chat de gouttière...mais où sont donc passées les souris?

______________


La maison de l’idiot est derrière à présent. La marge de sécurité se réduit. Certes, je pourrais jeter l’éponge pour cette nuit et revenir la nuit prochaine. Cette idée m’a effleuré l’esprit, je mentirais si je vous disais le contraire. Mais un voleur joueur va jusqu’au bout du voyage. En tous les cas, moi, j’irai jusqu’au bout. J’ai besoin de cet argent pour mon plan vacances. Reporter le travail, c’est compromettre la plage et le casino. Lolita mérite la plage, moi, le casino !

Heureusement, le second rendez-vous n’est pas loin. Quelques minutes. En plus, je suis sûr que tout ira bien. Les proprios ne sont pas là. Le mari est en voyage d’affaires en Belgique et sa femme est dans sa famille, à Deauville. Un couple libre, sans enfant. Lui bosse dans une grosse banque d’affaires, elle, travaille dans un canard pour nana. Sa famille est pleine aux as ! Vous n’imaginez pas ce qu’on peut trouver dans les poubelles et dans les boîtes aux lettres ! N’allez pas vous imaginer que j’adore les ragots mais ce n’est pas le beau fixe dans le couple. Je ne suis pas conseiller conjugal mais je peux vous dire qu’il lui a décoché l’autre jour un aller-retour bien comme il faut ! Il m’a l’air violent, ce monsieur Lecourt ! Un salaud de première. Mais bon, je ne suis pas SOS Femmes Battues non plus !

Leur baraque est cossue, tout le contraire de celle de l’idiot. Une baraque de grands bourgeois, avec les fenêtres et les niches typiques du style Ile-de-France. Des lignes sobres et dépouillées, avec des poutres apparentes et des petits pots de fleurs sur les encorbellements. Le système de sécurité est plus sophistiqué mais je le connais ! Vous voyez, quelques petites manipulations sur ce boîtier enterré et abracadabra....caverne ouvre-toi ! J’arrive à la porte de service sur l’arrière. J’ai la combinaison du digicode, merci monsieur zoom 100x ! Je suis dans la cuisine. Facile.

Si je suis là, c’est que le mari est un collectionneur de livres rares. Il possède un magnifique incunable imprimé par Jean Mentel vers 1470. Inestimable. Sauf pour mon acheteur. Or le client est roi, n’est-ce pas ? Je m’efforce toujours de le satisfaire! Malgré la grosse commission prélevée au passage par mon recéleur, une somme rondelette me reviendra ! Bon, il y a quand même un coffre-fort assez costaud, mais j’ai toutes les références techniques de la bête et ses points faibles. Plus le système de sécurité exigé par les assurances ! Cela donne un peu de piment à la chose! Ici, c’est pas le Bellagio ! Ouais bon, je ne suis pas non plus Danny ! Ni Rusty d’ailleurs! Quoique ma Lolilta, quand je l’emmène au septième ciel, ne m’échangerait pas contre les deux !

La cuisine est vaste. Rangements en bois massif, électroménager allemand en chrome étincelant, plan de travail fonctionnel ! Les casseroles et les poêles qui pendent des crémaillères sont en cuivre haut de gamme. Que du beau et du bon. On a envie de casser quelques oeufs pour faire une belle omelette bien baveuse, avec un bout de saucisson. Là-dessus un petit verre de Saumur-Champigny, cuvée prestige! Je déglutis rien qu’en y pensant! Oublions ces agapes, le boulot m’attend....


Mince, j’entends du bruit venant du séjour, juste derrière cette porte. Seraient-ce des collègues qui m’auraient précédé ? Non, je l’aurais su. Je colle une oreille contre la porte pour mieux entendre. C’est la voix de la maîtresse de maison. Elle n’est donc pas partie et toujours éveillée à deux heures du matin ? Je connais bien sa voix, je l’ai même enregistrée. C’est comme ça que j’ai su pour Deauville ! Il y a aussi deux voix masculines. Aucune ne correspond à celle du mari. Quoi ? La maîtresse de maison se livrerait à la débauche en l’absence de son époux ? Il n’aurait que ce qu’il mérite ! J’entrouvre prudemment la porte quand un cri perçant me cloue sur place. C’est la femme. Cela semble durer longtemps ! Très longtemps. En fait, quelques secondes...Puis les cris s’étranglent, se transforment en grognements rauques. J’entends cette fois-ci distinctement :

« Arrête Denis ! Arrête ! Lâche-là Bon Dieu, lâche-là ! Elle a eu peur quand tu as voulu lui caresser les cheveux ! Pose-là sur le canapé ! Allez Christine, allez, remets-toi! Denis a voulu t' empêcher de crier!
- Dis, Georges ! Pourquoi elle bouge plus ? » L’autre voix semble être très jeune, presque enfantine !
« Non, regarde ce que tu as fait Denis ! Tu l’as tuée. Je t’ai dis de faire attention ! Tu ne connais pas ta force ! Elle a la nuque brisée. Regarde ce que tu as fait !
- Mais je ne voulais pas ! Je voulais juste qu’elle se taise. Elle aurait attiré la police !
- Elle aurait pu nous cacher le temps que les recherches s’arrêtent ! Bon sang Denis! Qu’est-ce que je vais pouvoir faire de toi ?
- Dis, Georges, tu ne m’abandonneras pas hein ?
- Non, Denis. Jamais. Tiens, va prendre nos affaires, on se barre ! »

Une seconde de silence puis un petit claquement sec. J’ai juste le temps de me jeter derrière le billot de cuisine quand une silhouette traverse en courant la pièce et disparaît par la porte de service. Intrigué, je passe dans le séjour où je découvre une scène macabre : l’épouse infidèle gît sur le canapé, sa tête faisant un drôle d’angle avec son cou, et le corps d’un homme d’une taille impressionnante est allongé face contre terre, une tache de sang s’élargissant dans son vaste dos.

Surmontant mon dégoût, je décide que cette fois, je ne serai pas venu pour rien. En quelques minutes, je réussis à dérober l’incunable et à disparaître dans la nuit. Mais n’allez pas me dire que ce sont des coïncidences ? Ca commence à faire beaucoup pour cette nuit! Même si un voleur vole sans se poser de question, cela donne à réfléchir ! Il me faut faire un choix : rentrer ou continuer. Il est quelle heure ? Deux heures trente. J’ai encore le temps !

M

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2007-06-23 22:25:22 

 WA - Participation exercice n°18 - partie 4Détails
C'est la fin de l'histoire. Il y a ces vers qui trottent dans ma tête :

He's a mouse in a maze
With its so many ways
But there's only one way to get out

Avez-vous trouvé les souris?

_____________

La banlieue, pas celle des cités, plutôt celle du Vesinet, renferme bien des secrets. Certains sont inavouables, d’autres sont autant de gemmes délicates, loin des tumultes de ce monde. J’en ai découvert une, grâce à l’un de mes informateurs appointés, blottie tout au fond d’une voie privée. Encadrée par de grands arbres, protégée par de hauts murs hérissés de tessons de bouteilles et par un système ingénieux de caméras de surveillance. Vous me connaissez maintenant, cela ne m’arrête pas plus d’une poignée de minutes. J’aménage une brèche et je me faufile à la barbe et au nez des yeux et des oreilles électroniques. C’est ce genre d’exploit qui m’élèvera entre mes pairs !

Comment la décrire ? Vous avez vu le film «Autant en emporte le vent », vous souvenez-vous de la plantation où vit la belle Scarlett ? Elle lui ressemble étrangement. On dirait un temple grec avec ses colonnes soutenant un balcon qui en fait tout le tour. Celle-ci est d’une blancheur immaculée, artistiquement éclairée, ce qui souligne la perfection de ses proportions. Cette nuit, je ne me refuse rien. C’est un vrai duc qui habite à cette adresse, qui a fait fortune lorsque la France avait encore un empire colonial! Curieusement, mes informations sont assez lapidaires, justes suffisantes pour ne pas écarter cette opportunité. D’après le cadastre, ses plans auraient été conçus vers 1880 par Henry Howard, un architecte américain réputé pour ce style de construction.

Aujourd’hui, son Altesse le Duc de Liancourt, car c’est comme ça qu’il faut dire, est recluse chez elle. Le duc est très vieux et ne sort plus beaucoup. Il vit apparemment avec une assistance médicale importante. Toutefois, il détient ce que tout voleur rêve de posséder. Non, ce n’est pas la panthère rose ! C’est le diamant de l'Espoir, qui ornait jadis une idole indienne et qui aurait été dérobé par un prêtre hindou. Ce diamant sème la mort derrière lui. J’ai lu tout un article à son sujet. Ca fait froid dans le dos je vous dis. Son dernier possesseur en aurait fait don au Smithsonian Institute. Je ne sais pas comment il a finalement atterri ici, bien au chaud dans une chambre secrète de la maison de Scarlett, à quelques kilomètres de Paris ! Voilà ce qui m’amène cette nuit ici : le Hope ! J’ai un acheteur qui m’en donne une montagne d’or alors !

Je suis appuyé contre une des majestueuses colonnes. Aucune alarme ne s’est déclenchée ! Excellent. Encore un petit effort pour mettre hors service les dernières sécurités et je peux rentrer sans crainte. D’après ma source, la pièce secrète est située au premier étage, dans la bibliothèque. Un livre commande une ouverture dissimulée. J’ai le nom du livre. Je grimpe l’escalier monumental à double volée. Les marches sont en marbre blanc, la balustrade dorée. Non, en or ! Voilà, je suis devant la bibliothèque, salle immense aux quatre murs disparaissant derrière des étagères où semblent s’aligner des milliers d’ouvrages. Je me dirige droit vers celui qu’il faut enfoncer pour actionner le mécanisme secret. Après un léger « clic », tout un pan de boiserie s’écarte sans un bruit. C’est une alcôve de quelques mètres carrés à peine. Deux spots projettent un faisceau de lumière sur le présentoir en verre en forme de pyramide inversée placé au centre de la pièce. Il est là, étincelant de mille feux réveillés par les lumières et réfléchis par un immense miroir. Je vérifie. Non aucune alarme cachée. J’avance une main vers le fabuleux diamant quand une voix s’élève dans mon dos :

« Alors, monsieur le voleur, croyiez-vous pouvoir me voler impunément ? »

Je fais volte-face pour me trouver nez à nez avec un élégant jeune homme, élancé, aux longs cheveux blonds et au regard gris pénétrant. Des traits racés. Une sensualité anachronique je dirais. Vêtu à la dernière mode, il a cette prestance des dandys des magazines. Il garde les mains croisées dans son dos, négligemment appuyé au chambranle de la porte dissimulée. Qui peut-il être ? Le fils du Duc ? Un garde du corps ? Ou alors...non, le duc est grabataire ! Il n’y a pas de sexe là-dedans. Je suis un voleur non armé certes mais non dépourvu de toute aptitude physique, surtout quand ma liberté est en jeu.

Dans ces coups de temps-là, il faut faire en sorte de se dégager au plus vite. Je m’élance vers l’obstacle qui me barre la route. Je le heurte de plein fouet en lui mettant au passage un direct du gauche à la mâchoire. J’aurais heurté un mur de béton que cela ne n’aurait pas fait plus d'effet. Et lui n’a pas bougé d’un pouce. Je suis repoussé en arrière, hébété ! Il sourit toujours - ses dents sont d’une telle blancheur - en me regardant comme on regarde un garnement qui a fait une bêtise mais qu’on aime tant qu’on lui pardonne dans l’instant.

« Que me veux-tu à la fin ?
- Que te voudrais-je, moi, le Duc de Liancourt ?
- Tu ne peux être le Duc ! C’est un vieillard grabataire !
- C’est une longue histoire ! Disons que ta version est la version officielle. Je vais te confier mon petit secret Je ne suis pas tout à fait le Duc de Liancourt vois-tu ! J’ai emprunté ce nom car il est si proche du mien. Le mien est Lioncourt. Dis-le ! » Le ton de sa voix est impérieux.
- Tu t’appelles Lioncourt » !
- Cela fait si longtemps que je n’ai pas été appelé ainsi. Où sont-ils passés ? Nicolas, Louis, Claudia , David....Ils sont si loin ! Mais tu es là ce soir. C’est une nuit propice, une nuit complice. Ma nuit ! »

Sans que je ne puisse rien y faire, il se précipite sur moi et ses mains agrippent mes épaules. Il est d’une force prodigieuse. Je ne peux détacher mon regard du sien où brûle un enfer inaccessible. Il approche son visage du mien lentement, tout en me repoussant contre la paroi.

C’est irrésistible. Je suis fait comme un rat ! Moi, qu’on surnomme le Chat ! Il est si près que je peux sentir son haleine parfumée. De dégoût, je tourne la tête :

« Pourquoi suis-je tout seul dans le miroir ? »


M :diable:

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Elemmirë  Ecrire à Elemmirë

2007-06-25 10:08:42 

 Mh mh....Détails
Tout cela est bien étrange...
Bon, d'abord, ça fait plaisir, Maedhros, il n'y a pas de guerre, d'armée et ^pas trop de références difficiles dans celui-là! Ca fait du bien quand ça respire :)

Par contre, moi j'ai besoin d'un spoiler pour la dernière partie. Ou alors, tu nous expliques tout ça dans le prochain exercice? Les 3 histoires donnent à développer, j'espère que tu satisferas notre curiosité dans le prochain WA!

Elemm', toujours plus!

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2007-06-25 14:53:23 

 Attention Spoiler....Détails
Un indice capital : le titre de l'ouvrage qui doit être enfoncé pour découvrir la pièce secrète. Cela devrait vous mettre sur la voie digne du TGV...

 "Entretien avec un vampire" 


Alors....


M

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2007-06-28 17:29:20 

 WA, ex n°18, participationDétails
Pour la petite histoire: sachant qu'il y aurait une suite, et laquelle, je n'ai pas voulu que le choix de mes personnages soit influencé, même malgré moi, par l'histoire à venir. J'ai donc demandé à notre Mage à l'envers de choisir pour moi la profession des quatre personnages. Il a eu la gentilllesse de me faire plusieurs propositions, dont j'ai retenu la première.
Mon esprit d'équité a été fort mal récompensé, puisque je me suis longtemps sentie mal à l'aise avec ces gens-là, que je ne connaissais pas, et à qui franchement je n'avais rien à dire... Il fait ci, il dit ça, ça tournait en rond. Et puis il y a deux jours, j'ai recommencé, en prenant la parole à la première personne... Et ouf! Tout s'est débloqué...



Je me présente : je m’appelle Longfellow, Oscar Longfellow. Je suis Agent du Trésor, membre de l’Inspection des Finances. J’ai trente ans, et je suis au début d’une brillante carrière. Mon père était un gentleman, et j’ai hérité de son flegme et de sa distinction naturelle. De ma mère, je tiens un physique à la Farrisson Hord, grand et mince, avec des yeux pervenche qui me valent bien des succès. Pour l’instant je suis chargé d’inspecter à leur domicile les sujets dont le train de vie semble incompatible avec leurs revenus ; mais ce n’est qu’une étape, je ne compte pas faire ça toute ma vie. Un jour je volerai pour moi – je veux dire : de mes propres ailes.


Lundi 19, à 18 h 02, ayant montré patte blanche à l’agent de sécurité dans sa cahute à la grille de la propriété, je fus introduit dans la somptueuse demeure du sieur Edouard de Lignon par une jeune naïade décolorée ruisselante d’eau dans son bikini symbolique. Cet homme possède cinq sociétés d’import-export, et paie moins d’impôts que vous et moi . Planté dans l’entrée de soixante mètres carrés par un « mon époux est sous la douche », j’exerçai mon oeil de lynx sur le mobilier de l’entrée, puis du salon où je m’aventurai sans vergogne. Dans cette villa d’architecte avec piscine couverte, entourée d’un immense parc arboré aux chênes centenaires ( probablement transplantés), je recensai les bibelots précieux, pour la plupart exotiques, les tableaux pompeux et abstraits, les meubles blancs hyper-contemporains et le billard chauffant ; sur le carrelage blanc s’imprimaient de savantes arabesques dorées,et le tout était presque entièrement masqué par une superposition de tapis orientaux où le pied s’enfonçait comme sur une plage. Une sorte d’incompréhensible sculpture métallique trônait dans un coin de la pièce – ça aussi, ça devait chiffrer. Je ne comptais pas moins de trois ordinateurs portables, un écran de télévision comme je n’en avais encore jamais vu, encastré dans le mur, et un véritable catalogue de matériel hi-fi. Dans chaque coin, l’oeil torve d’une caméra mobile suivait chacun de mes pas.
A 18 h 22, le propriétaire fit son apparition, portant la soixantaine replète et méprisante, une bedaine molle saillant par dessus la ceinture lâche de son peignoir de soie rouge. Avant même de me saluer, il lança en direction de la piscine :
« Chérie, une coupe, je te prie ! »
Puis, s’adressant enfin à moi en me montrant le divan et toujours sans le moindre mot d’accueil, il grinça :
« Je rentre à l’instant des Amériques. C’est à cause de la Séditec ? Toujours en déficit, je vais la revendre, non, la brader...
- La Séditec est bénéficiaire depuis cinq ans. Mais...
-Vraiment ? Mon nouveau chef comptable est un Barbare du Sud, je ne comprends rien à ce qu’il raconte. Il est bardé de diplômes, mais il m’insupporte, il sent mauvais. Il faut que je m’en débarrasse. Merci, chérie. »
D’une main distraite il flatta la longue cuisse mouillée. La jeune femme me lança un regard langoureux, que je reçus avec l’impassibilité d’un véritable gentleman. Tandis que je mouillais à peine mes lèvres, de Lignon vida sa coupe d’un trait et se resservit aussitôt. Dom Sérignon millésimé, esbrouffe ostentatoire. Cet homme manquait de goût et le savait, ce qui dénotait malgré tout une certaine délicatesse. Peur de manquer, vieux relents d’une jeunesse misérable et humiliée... Je souris à l’idée que sa fortune en milliards ne suffisait pas à le rassurer. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir reçu une éducation.
« Vous avez un dossier sur le bahut », me montra-t-il d’un geste de colère fatiguée. « Je paie bien assez. Si les Finances me cherchent des noises, vous pouvez dire à votre Empereur que je délocalise illico, ça fera quelques milliers de chômeurs en plus, et je m’en bats les...
- Chouchou, tu veux grignoter quelque chose ? »
La naïade était revenue avec un plateau de petites bouchées décongelées – tièdes, grasses, chères. La main de Chouchou fondit sur le plat telle une pie voleuse, alors que son visage restait totalement inexpressif. Je me demandai ce qui le faisait encore sourire.
« Vous avez une jolie voiture », hasardai-je.
- « Quoi ? La Torsche ? C’est la voiture de ma femme. Moi je roule avec le veau, l’autre, l’espèce de char tout terrain, mais mon chauffeur préfère la Bentley. L’avantage c’est que même à contre sens dans un rond point, ce sont les autres qui se poussent. J’ai la paix. »
Il était resté de marbre. Etait-il dépressif ? Je jubilai d’autant plus d’avoir trente ans, un physique avantageux, une intelligence hors du commun et une ambition justifiée.



Mardi 20, 19 h . Banlieue proprette d’une ville de province. C’était une de ces maisons de poupée où les murs sont épais comme du papier à cigarette ( c’est une expression, je n’ai jamais fumé, bien entendu), les pièces larges comme des placards, toute en hauteur et mitoyenne des deux côtés. La plupart datent des années 80 – 90, vestiges des programmes « logements sociaux » des municipalités qui étaient à l’époque d’un rose bien-pensant. Et c’est à dessein que je dis vestiges. Du linge séchait au milieu du carré de gazon en façade, que des rosiers fraîchement plantés séparaient de la rue. Assise sur le seuil devant la porte ouverte par où s’échappait une forte odeur de friture ( travaillaient-ils au black pour un restaurant ?) , sur le seuil, donc, une petite fille brune toute menue, typée comme une Barbare du Grand Est, surveillait un bambin qui empilait des cubes.
« Papa, papa ! Il y a un monsieur ! »
Le bruit d’une scie sauteuse venant du garage s’arrêta aussitôt, et un homme de mon âge, vêtu d’un T shirt blanc et d’un bermuda à fleurs, s’avança en souriant. Comme sa fille, il portait des tongs.
« Monsieur N’Guyen ? »
L’intéressé opina du chef et tendit une main encore blanche de sciure malgré un essuyage rapide sur le bermuda.
« Excusez-moi, nous avons aménagé il y a un mois, c’est encore le chantier. Entrez, je vous en prie. »
Il me fit asseoir sur un canapé propre mais usé jusqu’à la trame, après m’avoir présenté sa femme, aussi menue que la ribambelle d’enfants qui se cachaient derrière elle ( quatre ? cinq ?). Lui, à côté, faisait figure de colosse, trapu, les épaules carrées, presque aussi grand que moi.
« Vous avez une grande famille ! »
Il se mit à rire.
« Seulement trois sont à moi. J’héberge deux neveux, les autres sont des voisins... Vous prendrez bien un pastis ? On dirait que l’été va être chaud. »
Pendant qu’il allait chercher des glaçons, j’inspectai la pièce. Peinture blanche récente aux murs, carrelage bon marché, meubles en kit et étagères réduites à leur plus simple expression, qu’il avait dû faire lui-même. Un salon de jardin en PVC blanc occupait le coin salle à manger. L’odeur de friture était vraiment épouvantable... Et en face du canapé, un écran plat grande largeur...
L’homme était fin. En me tendant mon verre, il m’expliqua que son cousin travaillait chez Farty, et qu’il lui avait refait le moteur de sa voiture en échange.
« J’ai lu dans votre dossier que vous boursicotiez... »
Nullement gêné, il me sourit.
« Je débute ! J’ai un autre cousin qui travaille à la Poste, il me conseille... C’est un jeu... Je compte davantage sur mes heures supplémentaires, surtout qu’on a pris un crédit sur trente ans... »
Un portable sonna.
« Veuillez m’excuser... Oui, Karim... Je serai là, oui. Je suis Conciliateur, mais je ne sais pas si je pourrai faire grand chose... Ce n’est plus comme au temps des syndicats... Mais je serai là, oui. Bye.
- Vous faites de la politique ?
- J’aide les gars à se défendre, quand je peux. J’ai eu la chance d’aller jusqu’au bac, et je m’exprime facilement. Je ne pense pas que ce soit de la politique. »
Un ombre passa sur son front.
« Je suis bénévole à la MJC, aussi, je donne des cours de karaté aux jeunes, ça les occupe... Et je sers d’interprète, à l’occasion, quand quelqu’un de ma communauté a besoin de faire une démarche. Nous sommes une minorité, on se serre les coudes... Mais il m’arrive aussi d’aider les Empiriens, qui ne savent pas tous bien écrire ! », conclut-il avec un sourire joyeux, où je ne décelai cependant ni orgueil ni esprit de revanche.
Une voix venue de la cuisine, comme un pépiement d’oiseau intarissable, le fit taire un instant.
« Ma mère veut savoir si vous restez dîner. Elle a fait des beignets de crevettes, les enfants adorent ça !
- C’est très aimable à vous, mais j’ai d’autres engagements.»
Il traduisit ma réponse dans la même langue d’oiseau, puis but une gorgée de pastis.
« Vous faites beaucoup d’heures supplémentaires ?
- Autant que je peux. Je sais que j’aurai une retraite de misère, donc il faut que je travaille le plus possible maintenant. Le patron du Grand Garage me fait confiance, j’ai de la chance. Ma femme est nourrice agréée, et le week-end elle fait des extra dans les restaurants. Ma mère nous aide bien et les enfants font leur part. Tout cela est complètement légal. Nous, du Grand Est, on travaille beaucoup, et on est honnête. On essaie d’apprendre ça à nos enfants, avec le respect des aînés, l’entraide et le contrôle de soi. »
Je me sentis un peu mal à l’aise dans mon costume sur mesure. Ce gars mentait peut-être, mais alors il mentait remarquablement bien. Je me levai.
« Je suppose que vous vous couchez tôt...
- Pas en ce moment... J’ai promis à ma femme de finir notre lit cette semaine... Je viens de finir les lits superposés pour les enfants, avec l’aide de mon voisin... Ce n’est pas essentiel, vous me direz... Ma mère a dormi par terre presque toute sa vie, et souvent dans un pays en guerre... »



Mercredi 21, 15 h. C’était un immeuble vieillot de deux étages, près du fleuve. L’escalier, mal éclairé, grinçait à chaque marche. Au deuxième, la porte de droite n’avait pas de sonnette. Je frappai, une fois. Deux fois. Trois fois, plus fort. Je me remémorai ma fiche : Séraphin Villemagne, 72 ans, écrivain et poète, jamais marié, trois enfants de trois unions différentes, politiquement incorrect.
Enfin il ouvrit, en se frottant les yeux.
« Pardonnez-moi, je faisais la sieste... Heureusement que vous m’avez réveillé ! Vous partagez mon café ? »
Il me précéda dans la minuscule cuisine presque propre où les objets avaient fui les éléments en formica du siècle dernier pour s’étaler et se chevaucher sur tout ce qui était à peu près plat. Les assiettes flirtaient avec les paquets de pâtes et de biscuits, la tasse du dessus de la pile contenait des cailloux et des boutons, des livres en pyramide instable portaient un paquet de tabac à pipe, des pêches et des pommes se cachaient au milieu des pots d’épices, avec la complicité d’un trousseau de clefs et d’un téléphone portable.
« Je vis seul », précisa-t-il devant mon air perplexe. « Dans ce monde trop régenté à mon goût, cette enclave est une terre libre. Et puis, j’ai horreur de ranger... »
L’homme respirait l’intelligence. De taille moyenne, mince, il avait des mains longues et soignées, un visage ouvert et des yeux bleus vifs, pénétrants, pétillants... Je tombai sous le charme instantanément, non pas en proie à l’hypnose du serpent, mais plutôt à l’émerveillement d’un explorateur devant un monde inconnu...
Un miaulement plaintif annonça l’entrée d’un chatte blanche au poil soyeux qui vint s’enrouler sur ses jambes.
« Que dis-tu, Pénélope ? Que je devrais recevoir monsieur au salon ? Tu as parfaitement raison ! »
Il posa sur un petit plateau en bois d’olivier les tasses, les cuillers, le sucrier, et une cafetière napolitaine en aluminium comme on n’en trouve plus même dans le plus arriéré des vide-greniers, et nous suivîmes la chatte au salon.
Ce qui frappait en premier, c’était la quantité ahurissante de livres qui débordaient de la jolie bibliothèque en merisier pour envahir impunément le buffet, la table basse, les deux fauteuils et tout un coin de la pièce, du sol presque jusqu’au plafond. Seul le petit bureau, en face de la fenêtre, n’avait accepté que quelques feuilles de papier couvertes d’une écriture agile, un stylo à plume et un dictionnaire de rimes dont les feuillets ne restaient ensemble que par habitude. Quelques aquarelles lumineuses ornaient les murs défraîchis. Pas de télévision mais un tourne disque qui avait dû être haut de gamme, flanqué d’une rangée de 33 tours dont je me demandai s’ils produisaient encore du son. L’ordinateur , posé sur une tablette bon marché près du bureau, devait avoir plus de vingt ans, et un écran mammouthesque digne de figurer dans un musée de l’informatique.
« Alors vous êtes poète », commençai-je platement.
L’oeil bleu s’alluma.
« Je suis de la race des dinosaures, vous savez. Les gens ne lisent plus de poésie, et pour ainsi dire plus de livres non plus... Par chance j’arrive encore à caser quelques textes de chansons à des adolescents attardés qui ne connaissent rien à la musique, mais ça se vend... Pour moi je n’ai plus besoin de grand chose, je vis au ralenti. Mais j’aime bien pouvoir gâter encore mes petits-enfants, quelquefois... La fumée ne vous dérange pas ? »
Comme je souriais poliment, il alluma sa pipe.
« C’est du tabac. Il y a cinquante ans de ça, si on nous avait dit qu’on interdirait le tabac et qu’on mettrait le cannabis en vente libre... Mais les vieux ne renoncent pas facilement à leurs habitudes. Et puis j’ai toujours été considéré comme un marginal et un provocateur. J’ai soutenu la gauche tant qu’il y a eu une gauche. Maintenant... »
Il fit un geste vague comme pour dire « il n’y a plus rien à faire ».
« Ma foi, être hors-la-loi à mon âge, c’est amusant, non ? »
Comme je gardais le silence, totalement subjugué par la majesté de ce vieil homme, il me sourit encore.
« J’ai été dénoncé, n’est-ce pas ? Cet éternel agitateur fraude forcément le fisc... Aurais-je encore la chance d’avoir des envieux, voire des ennemis ? Ca, voyez-vous, c’est vraiment le stigmate de la gloire... « La haine est un carcan, mais c’est une auréole... » On ne vous apprend plus tout ça, bien sûr... »


Je sortis de chez lui la tête dans les étoiles, cachant sous ma veste, tout contre mon coeur, un recueil de poèmes qu’il m’avait offert comme on donne à boire à l’assoiffé. Et ambition ou pas, carrière ou pas, je me jurai que Séraphin Villemagne ne verrait pas l’ombre d’un redressement tant qu’il serait en vie...
Narwa Roquen,qui a bien failli être en retard cette fois-ci!

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Maedhros  Ecrire à Maedhros

2007-06-28 18:31:38 

 Miroir, mon beau miroir....Détails
Fichtre....l’administration fiscale est sur le sentier de la guerre et débusque les fraudeurs pour remplir les caisses de l’Empire qui visiblement est bien le fils de sa mère, la république : blanc et propre sur lui. Les portraits de tes personnages sont comme à l’accoutumée très vraisemblables et très cohérents : le riche, le représentant de la minorité visible, le poète maudit... La description de leur cadre de vie correspond parfaitement aux traits de caractères que tu leur a imprimés. Le tout placé dans la ligne de fuite de notre société qui n’est effectivement pas bien rose ( dans tous les sens du mot).

Mais le meilleur, à mes yeux, c’est la contre-plongée offerte par ton personnage central qui, bien qu’appartenant à l’administration la plus honnie qui soit, est paré d’abord d’une physionomie des plus accortes, d’une intelligence supérieure et d’une éducation très précieuse (entre nous, je le trouve très voire trop gentil avec les contribuables).

J’ai hâte de lire la suite : quel sera le montant du redressement fiscal ? Experto crede Roberto, un polyvalent ne rentre jamais bredouille !

M

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2007-06-29 16:21:28 

 Commentaire Maedhros, ex n°18 Détails
Merci pour ce style léger , gazon semé de fraîches pâquerettes , où, bien entendu, fleurissent aussi quelques cadavres... Tu as une notion de la comédie qui me laisse perplexe ! Non, je plaisante, c’est drôle et bien enlevé. Les malheurs de ce pauvre cambrioleur sont contés avec une verve joyeuse, et tu sais nous le rendre tout à fait sympathique. Les jeux de piste pour une fois sont faciles ( tout le monde a vu Heat, connaît Las Vegas par coeur, et... le miroir, Elemm’, voyons ! Le miroir !)
Le coup du labyrinthe est totalement génial. Le mystère plane sur l’abrutissement soudain du chercheur, joli coup de suspense pour fidéliser le lecteur...
Je me serais bien attablée dans la cuisine du troisième épisode... Mais personnellement j’aurais ajouté des cèpes dans l’omelette ! Voilà qu’on bascule dans « Des souris et des hommes », je ne m’y attendais pas. Et là encore, l’histoire nous laisse en plan...
Surprise encore pour le dernier round, le sort s’acharne sur le joueur. Mais ça, hein, quand on commence à perdre, tout le monde sait qu’il faut savoir s’arrêter !
A la fin, l’impatience du lecteur est à son comble, bien vu !

Juste deux remarques sur le respect des consignes :
- tu décris plus les maisons de l’extérieur que de l’intérieur
- on a très peu d’éléments sur la personnalité de B, C, et D. Certes, tu as la suite pour combler les manques.

Parlons de la suite ! Plus je te lisais, et plus je me demandais : mais comment va-t-il réussir à exécuter l’exercice suivant avec des données de départ déjà tellement complexes ?
Vous le saurez, chers lecteurs, en lisant le prochain épisode de votre nouvelle saga de l’été : « Le chat et les trois souris ». Gageons que l’imagination fertile de Maedhros et son goût pour les aventures décalées nous fourniront encore une fois frissons, sourires et jeux de piste (allô Google ? Qui est-ce qui n’a pas de reflet dans un miroir ?)
Narwa Roquen,qui prend les paris pour la suite

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2007-07-09 15:22:51 

 Exercice 18 : Narwa Roquen => CommentaireDétails
Paradoxalement, le flegme, la vanité dégoulinante et le côté « calculette à fric vivante » du héros m’ont rendu le vieux parvenu presque sympathique. J’avais envie de lui dire « vas-y, biloute, sors-lui le caviar avec une louche, il va bien finir par se dérider »... J’ai bien aimé la déformation systématique des noms de marques, comme une censure narquoise. Les descriptions des maisons sont particulièrement efficaces. Tu sais trouver les détails pittoresques qui font ressentir l’esprit du lieux. Le contraste entre les quartiers est parfait, jusque dans les boissons servies à Longfellow. Tiens, c’est pas le monde réel ? Le héros semble à un moment donné calmer ses « je suis un vrai gentleman, voué à une brillante carrière », ouf ! Tiens, un chat, je me disais aussi... Détail intéressant l’interdiction du tabac. Cela me fait me demander à quelle époque cela se passe. Le vieux monsieur est vraiment cool. Il cause bien, il a la classe détendue, le désordre élégant. Un personnage que j’aimerais revoir. Le héros repoussant sans même en sortir grandi !

Est', bidou bidou...

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Estellanara  Ecrire à Estellanara

2007-07-09 15:29:38 

 Exercice 18 : Maedhros => CommentaireDétails
Le style familier est bien maîtrisé et sonne juste. « Et tout ça vote à droite ! » A qui le dis-tu nom d’une pipe ! Les calembours et remarques caustiques ponctuent agréablement le récit et lui confèrent de l’authenticité. Ho ! Va-t-on basculer inopinément dans le fantastique ? J’ai apprécié la peinture de la personnalité du héros, par petites touches, notamment avec sa Lolita. La scène dans la deuxième maison n’est pas vraiment claire. Les deux sont-elles reliées ?
Liancourt ? Mais... oserait-il ?... Serais-tu moins inspiré par la troisième partie ? La verve du héros s’effiloche, il me semble. Où diable a-t-il eu le nom du livre qui commande le passage secret si les informations sur cette maison étaient si rares ? Mais c’est qu’il ose ! Lestat ici, c’est incongru ! Et pour une fois, la référence ne me fait pas défaut. Haleine parfumée ? Sucerait-il des pastilles de menthe comme le font les vampires de L. K. Hamilton ? La fin est un peu brutale. J’espère qu’une suite viendra relier toutes ces rencontres bizarres. Pour le moment, cela vous a comme un côté Ligue des Gentlemen Extra-ordinaires.

Est', fan de la petite Claudia.

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Onirian  Ecrire à Onirian

2009-06-02 14:10:45 

 WA-Exercice 18 - 3 Personnages - A et BDétails
Une fois n'est pas coutume, publication en trois étapes, une pour chaque visite, et voici la première.

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Intimité


Alors j'y étais.
Je me tenais debout devant une grande maison individuelle. Une porte de garage en bois blanc emplissait un tiers de la façade du rez-de-chaussée, tandis que des fenêtres ornées de barreaux en fer forgé occupaient le reste. Un escalier extérieur barrait le bâtiment pour amener à l'étage où une grande baie vitrée donnait un aspect contrasté et presque fragile à l'ensemble. La nuit était douce, et la lune teintait les choses les plus anodines d'une magnifique lueur bleutée aux allures de magie.
Je ne savais pas grand-chose de cette première maison, ni de son unique occupant. Cette nuit était ma première, un baptême en quelque sorte. Un retraité y vivait, mes connaissances s'arrêtaient là. J'avais demandé à ce que mon premier marquage soit pour une personne âgé, il me semblait que ce serait plus facile ainsi. J'avais bien conscience de ne rien risquer, mais pourtant je ne pouvais empêcher mes mains de trembler légèrement. Minuit venait de sonner, il était temps pour moi de commencer ma besogne, d'autant plus que j'avais trois visites à faire cette nuit là.
Je pris l'escalier extérieur, des marches bétonnées et une rampe du même fer forgé qu'aux fenêtres du bas m'accompagnèrent jusqu'à une solide porte protégée par trois serrures. Souriant un instant devant la futilité de la protection, j'y posai mes mains, me concentrai, fis un pas : j'étais à l'intérieur.
Je me trouvais dans un couloir avec sur ma droite, directement une salle à manger que j'observai attentivement : l'ensemble semblait cossu avec de beaux meubles de style anglais, tout en courbe et en bois brillant, impression encore renforcée par de nombreux objets disposés avec goût, lampes, décorations, vases. La première impression était indéniablement bourgeoise, mais l'on m'avait appris à voir plus loin. Les pots étaient vides et je détectai sans peine des traces de poussière cachées au premier regard. Le parquet au sol, aurait mérité un nouveau cirage, cette maison allait doucement vers son déclin. L'homme vivait seul et ces signes accusaient une femme de ménage sans doute peu consciencieuse. Je tiquai également sur les coussins un peu trop bien rangés, témoin d'une absence notable de visite.
Tandis que je traversai lentement la pièce, une étrange impression m'envahi ; ce n'était pas exactement un viol, j'étais bien placé pour le savoir, mais il y avait du voyeurisme dans mes actes et étrangement cela me gênait un peu. La baie vitrée, voilée de rideaux soyeux légèrement grisonnant, éclairait la pièce de sa lumière fantomatique. J'aurai pu allumer, mais pour cette première fois, je désirais une certaine intimité. Une chaine hifi était cachée dans un meuble un peu trop moderne pour l'ensemble. Des disques empilés me renseignèrent sur les goûts de mon hôte. Chopin, Bach, Mozart et Vivaldi côtoyaient quelques accordéonistes plus récents, quoique d'aucuns les auraient qualifiés de vieillots. Un peu de musique m'aurait sûrement aidé... mais je me retins et passai au salon. Une immense bibliothèque occupait tout un pan de mur tandis que les autres étaient garnis de tableaux de maîtres, Manet, Degas, Gauguin, Cézanne, et même un De Vinci, un peu décalé au milieu de ses compagnons. Des copies, évidement. Deux fauteuils en cuir, dont un passablement usé, ainsi qu'un divan occupaient le centre de la pièce, regroupés autour d'une table basse sur laquelle était posée un verre quasiment vide ; à l'odeur, un excellent whisky. Je parcourus des yeux la tranches des livres, m'étonnant de ma propre capacité à lire alors même que la pénombre régnait, un autre des nombreux avantages de mon état. J'y vis le nom de grands philosophes, avec une nette prédilection pour le siècle des lumières, de Voltaire à Rousseau et de Hume à Diderot. Une encyclopédie en trente volumes aussi, et divers auteurs classiques comme Flaubert, Zola, Balzac, Hugo ou plus récent comme Eco ou Coelho ... Plus étonnant, une très large section consacrée à l'occulte. Je passai rapidement sur les ouvrages traitant des templiers ou de la franc-maçonnerie et m'attardai sur quelques vieilles éditions du Grand Albert, du Dragon Rouge ou encore de la Poule Noire, mais ce fut finalement un titre un peu moins connu qui m'attira le plus et que je pris en main. Une réédition de qualité, sobre avec sa couverture blanche ; L'Alchimie et son Libre Muet ou Mutus Liber. Une série de gravures ornaient l'intérieur, sensées cacher autant que dévoiler mains secrets. Les pages étaient usées, cornées pour certaines, parfois annotée au crayon à papier, ce livre avait été lu et relu, mieux, il avait été étudié. Je choisis une page au hasard, me concentrai et fermai les yeux.
Je vis un vieil homme, courte barbe grisonnante, un léger embonpoint, mais avec l'oeil vif. Il était penché sur une table, non, un bureau, et il faisait jour. Son doigt pointait un détail de l'image, un personnage visiblement, puis il se retourna et feuilleta d'autres manuscrits, certains semblaient assez anciens. Je pu distinguer quelques noms, Fulcanelli, Papus, Byron... Il murmura un vague "non, ce n'est pas la bonne direction...", réfléchit un instant, puis reprit son étude.
J'ouvris les yeux, à nouveau seul, dans ce salon teinté par la Lune. J'avais vu le visage de mon hôte. Je pensais que marquer quelqu'un au crépuscule de sa vie me serait plus aisé, mais tant de connaissances... Presque à mon corps défendant, j'éprouvais déjà le une certaine amitié pour lui.
Je reposais le livre exactement à sa place, quittant les lieux sans doute un peu trop précipitamment. Je me retrouvais par je ne sais quels détours dans la cuisine. Autant la salle à manger était vide de vie et le salon habité, autant cette cuisine était un véritable champ de bataille. Le vieil homme n'avait pas dut y mettre les pieds depuis des années. Des détritus s'amoncelaient, cartons de nourritures préparées, plastiques divers, vaisselle sale empilée ou encore vieux journaux étaient posé là sans égards. Mais comment vivait-il ? Je touchais le journal le plus récent, bien qu'il soit déjà vieux d'une dizaine d'année. En un flash, je vis l'homme assis à cette table, entrain de pleurer sa femme. Elle s'était suicidée. Il comprenait, mais n'acceptait pas. Cette pièce était son royaume, il n'y mettrait plus jamais les pieds. Je lâchai le papier, la vision s'arrêta instantanément. La femme de ménage le savait et utilisait probablement le lieu comme un débarras. Je m'étonnai de constater avec quel empressement ce ménage était fait, pour se contenter de donner une illusion de propre, mais sans la moindre profondeur. Je souris songeant à l'état de mon propre appartement, je n'étais pas véritablement bien placé pour lui jeter la première pierre.
Quelles étaient les consignes ? En apprendre suffisamment pour aimer son hôte. Lorsque j'avais protesté, indiquant que je risquai de rencontrer des personnages détestables à tous égards, mes maîtres m'avaient répondu que cela n'était pas, qu'il fallait simplement faire un effort supplémentaire pour mieux les comprendre. Je me rendis compte que ma sympathie pour le vieil homme lui était déjà acquise, un homme cultivé, entier, qui avait connut l'amour et reconnaissait ses propres faiblesses. Et même si ma dernière vision m'avait laissé une étrange amertume, c'était quelqu'un que j'aurai aimé devenir si j'avais pu...
Je me dirigeai donc vers sa chambre. D'autres pièces restaient évidement à découvrir, mais je n'avais pas besoin d'en savoir plus, l'important n'était pas l'exhaustivité mais la sincérité. Je trouvai le lieu de repos sans avoir véritablement besoin de le chercher. Ce sixième sens qui me guidait désormais avait encore quelques aspects déroutants. La pièce était spacieuse, de long rideaux en velours empêchaient la nuit d'entrer, et le parquet du sol, quoiqu'ancien, ne grinçait pas. Il était là, dans ce lit. Je m'approchai doucement. De son visage, plus ridé que dans mes visions, émanait une paix éphémère, le repos d'un guerrier qui sait qu'une bonne nuit de sommeil peut éviter de perdre le combat du lendemain. Je restai là, à le regarder plus qu'il n'était nécessaire, gravant son essence dans ma mémoire.
Je posais alors ma main sur sa joue. Des images fugaces de son rêve vinrent cogner à mon esprit, mais je les repoussais doucement, je voulais lui laisser cela. Le contact de sa peau était sec, un peu rugueux peut-être. Une caresse, je vis des reflets laiteux partir de ma main et parcourir le corps de mon hôte. L'oeuvre était accomplie, il était marqué.

Au suivant.

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Onirian, un marqueur à la main.

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Onirian  Ecrire à Onirian

2009-06-02 17:55:19 

 WA-Exercice 18 - 3 Personnages - A et CDétails
Deuxième texte et donc deuxième visite, avec un personnage bien différent du premier.
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J'avais quitté la banlieue pour m'approcher du centre. Je faisais face à un immeuble d'au moins huit étages, et évidement, mon hôte occupait le dernier. Le bâtiment semblait solide, mais déjà défraîchi, une de ces constructions que l'on enchainait dans les années quatre-vingt, carré, formaté, sans saveur. Il se trouvait au milieu d'une forêt de ses congénères, tous aussi hideux les uns que les autres.
J'entrai sans problème notable dans le hall et remarquai de suite une pancarte sur l'ascenseur : En panne. Vu l'état de saleté du bout de carton, cela ne devait pas dater d'hier. Je soupirai, plus par habitude que par véritable soucis à vrai dire, mon corps ne ressentait plus la fatigue de la même manière qu'avant et huit étages ne représentaient tout au plus qu'un léger contretemps sans conséquence.
Je m'engouffrai donc dans la cage d'escalier et entrepris de gravir les marches. Huit fois vingt pas plus loin, j'arrivai sur un palier désert qui donnait sur deux portes condamnées et une renforcée. En m'approchant de cette dernière, je ressentis un malaise étrange, comme si une voix me murmurait de partir, en posant ma main sur le bois, l'impression se renforça. Je passai outre et entrai. Je vis de suite une caméra qui me filmait tandis que des myriades d'attrape-cauchemars, de crucifix et autres talismans couvraient les murs de cette entrée. La plupart ne dégageaient aucun pouvoir, mais, dessiné sur la porte que je venais de franchir, un pentacle orné de runes pulsait en rythme régulier. L'impression de malaise venait essentiellement de lui, mais seul, il n'avait la capacité de m'arrêter. Alors que je m'apprêtai à faire un pas, une subite intuition me fit baisser les yeux. Des fils traversaient la pièce au ras du sol, prêt à se briser au moindre faux pas pour témoigner de mon passage.
Un paranoïaque.
Soigneusement, j'avançai donc, tout en évitant les pièges. Je pris tout de même le temps de poser ma main sur la caméra afin d'effacer mon image de la pellicule. L'appartement s'étendait visiblement sur tout l'étage, d’où les portes condamnées. La première pièce que je croisais fut une salle de bain aseptisée. Plusieurs bouteilles de détergents trônaient sur les étagères dans un ordre qui ne devait sans doute rien au hasard. Je passai mon chemin. Vint ensuite la cuisine. Avant d'y poser le pied, je l'observai avec attention et y détectai un système d'alarme artisanal mais ingénieux. Mis au courant du danger, je l'évitai sans peine et pénétrai dans ce lieu. Les placards étaient rangés avec une méticulosité qui me fit presque frémir. Seule la nourriture blanche avait droit de cité, sel, sucre, farine, bocaux d'asperges ou d'oignons, lait et riz se tenaient parfaitement alignés, triés par ordre alphabétique et date de péremption. Le réfrigérateur était un écho fidèle des meubles à conserves, avec ses plats préparés à l'avance, blancs de poulet, blanquettes de veau, porcs, un pot de sauce béchamel, crèmes à la vanille, toujours rangés avec cette précision exagéré. Autant mon hôte précédent m'avait paru d'emblée agréable, autant celui-ci me révulsait ; le marquer ne me serait pas aisé.
Tout l'appartement était à l'avenant de ces pièces. Je faillis par deux fois faire tomber un précaire, mais travaillé, empilement d'objets, judicieusement placé au sortir d'un couloir. Je vis des protections contre tout et n'importe quoi, du ridicule pentacle en plastique jusqu'à des offrandes sanglantes posées sur un autel en pierre.
Plus je visitais le lieu et plus le malaise s'installait en moi, et plus je luttais pour reprendre le contrôle, plus ma nervosité s'intensifiait. Je me résolu finalement à sortir de l'appartement. D'un coup mon calme revint. Mon hôte faisait feu de tout bois, mais l'ensemble était redoutablement efficace. Cependant, maintenant que mon esprit était de nouveau au clair, je compris mon erreur. J'avais lutté contre mon environnement au lieu de le comprendre. Armé de cette idée, je franchis à nouveau le seuil, et avant d'avoir pu subir la moindre influence je posais directement ma main sur le pentacle de la porte.
Je vis un homme, la trentaine avancée, crâne rasé, le regard fiévreux, entrain de dessiner le motif en forme d'étoile. Il marmonnait sans cesse des paroles inconstantes qui évoquait "la personne qui viendra" ou le fait "qu'il ne la laisserai pas faire". A la vérité, cet homme là était tout simplement terrifié. Se pourrait-il qu'il ait prémédité ma venue ? Dans cette vision, je voyais l'appartement en travaux : les murs nus étaient recouverts de symboles kabbalistiques dessinés avec soin. J'ôtai ma main de la porte, et me retrouvai à nouveau dans la pénombre. Les murs étaient désormais recouverts d'un papier peint moucheté, neutre, mais maintenant que j'en avais conscience, je pouvais percevoir en filigrane ce murmure qui me disait de fuir. Mon hôte avait conçu ce lieu comme une forteresse. Pourquoi ?
Chaque fois que je touchais quelque chose en me concentrant, les visions qui me venaient étaient parcellaires : je ressentais la peur, je percevais la fonction de tel ou tel instrument dans le grand dessein protecteur de l'appartement mais rien de plus. Il me faudrait explorer directement les songes de l'homme que je devais marquer.
Je rejoignis sa chambre qui ne contenait que son lit, placé exactement au centre de la pièce. Des dizaines de courbes dessinées aux murs, au sol et au plafond formaient un motif familier aux allures géométriques que j'eu du mal à identifier au premier abord, avant de comprendre l'évidence : un attrape-cauchemar géant. Je tentais de m'infiltrer dans l'esprit de l'homme endormis face à moi, mais en vain, la protection semblait puissante. Il me semblait étrange qu'un simple humain, je ne percevais aucun pouvoir particulier en lui, en sache autant sur ce genre de pratiques. D'une main, j'effaçai une portion de ligne et retentai l'expérience.
Je fus projeté dans un monde noir, empli de cris. Au centre, conséquence du fait que j'avais brisé la protection de l'attrape-cauchemar pour passer, mon hôte subissait manifestement une violente attaque de démons et les maintenait à distance en psalmodiant, un peu plus loin, une jeune fille, rictus mauvais au visage, vêtements en lambeaux, du sang au coin des lèvres et avec des marques de strangulation autour du cou, exhortait ses créatures à dévorer l'âme du monstre. Avec cette limpidité nouvelle pour les choses de l'esprit qui me caractérisait désormais, je compris instantanément ce qui c'était passé. Cet homme était mauvais, il avait violé et tué la fille, mais celle-ci maîtrisait visiblement l'usage de nombreux arcanes mystiques et se vengeait, usant de tout le poids de son esprit et de ses connaissances pour pallier à son absence de corps. C'est ainsi que mon hôte avait appris la magie, en la combattant nuit après nuit. Il en était devenu complètement paranoïaque. Je compris que je pourrai lui apporter la paix et, ce faisant, la jeune fille l'obtiendrait également. Je n'avais pas besoin d'en savoir plus. Je sortis du rêve et me retrouvai dans sa chambre.
Alors que je m'apprêtai à faire un pas, pour toucher la joue de l'homme, celui-ci se réveilla, ses yeux injectés de sang fusillèrent les miens, il me pointa du doigt :
- Vous... je...
Je savais exactement comment gérer ce genre de cas. Je lui présentai ma paume et murmurai :
- Rendors-toi, je ne suis qu'un rêve, tu te réveilleras au matin, et je n'aurai jamais existé.
Ses yeux s'écarquillèrent, luttèrent un instant, mais rendirent les armes tout de même. Il se rallongea, plongeant dans un sommeil protégé de toute pensée. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu une nuit sereine ? Je ne pu réprimer un frisson, j'abominai son crime, mais ne le comprenais que trop bien. Je m'approchai doucement de lui pour caresser sa joue, la même vague blanchâtre que pour le vieil homme parcouru son corps. L'oeuvre était accomplie, il était marqué.

Au suivant.

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Onirian, petit kopate.

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Onirian  Ecrire à Onirian

2009-06-02 18:16:46 

 WA-Exercice 18 - 3 Personnages - A et DDétails
Troisième et dernier texte de la Wa.
"un petit texte facile et ouvert à tous". Tsss...

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Dernière visite de la nuit. Un nouvel immeuble, plus petit que celui d'avant, à peine trois étages, mais nettement plus vieux. Mon hôte précédent m'avait ébranlé en réveillant, sans doute bien malgré lui, de vieux souvenirs que je croyais enfoui plus profondément. Qu'importe, je chassai ces visions et m'introduisis dans le bâtiment.
Second palier, un f2. Aussitôt rentré, une angoisse sourde m'avait envahi sans que je ne puisse en déterminer l'origine ; ce n'était pas le lieu qui me rejetait, non, j'aurai même plutôt affirmé le contraire, il m'attirait, mais de façon insidieuse, comme une plante carnivore pourrait séduire un moucheron par une odeur sucrée et suave. Ignorant cet avertissement muet, j'entrai dans la salle d'eau. À la patère était accroché des vêtements noirs. Une jupe et deux t-shirt. Je frôlai ceux-ci de la main et un flash me percuta : j'avais vu mon hôte l'espace d'un dixième de seconde et elle était magnifique. Une tablette au dessus du lavabo débordait de produit de maquillage en tous genres. Ceci mis à part, la pièce n'avait rien de remarquable. Je me retournai vers le couloir, et vis deux paires de bottes, une brillante et une passablement usée. Je restai ainsi à les contempler, comprenant mon malaise. Je refusais d'y penser, de toute manière, il me fallait continuer, le travail devait être accompli, quoiqu'il en coûte.
La cuisine était minuscule, à peine assez grande pour y caser un four micro-onde, deux plaques chauffantes, une petite table, un banc de coin, et une armoire Ikea emplie d'herbes aromatiques. Le tout était arrangé joliment vu l'exigüité du lieu, mais j'avais déjà l'esprit dans la pièce suivante. Inutile de m'attarder ici ; je respirai un grand coup et allai vers la chambre, véritable coeur de l'appartement et, comme je l'avais pressenti, temple érigé à la culture g_o_t_hique.
Les murs, peints en noir, étaient recouverts de grandes affiches, images choisies de Victoria Frances, Luis Royo ou encore photographies de modèles en corset et dentelles. Mes doigts tremblaient tandis qu'au fond de ma tête, s'agitait ma vieille folie. J'évitais soigneusement de regarder en direction du lit, me concentrant sur les meubles alentours. Au mur, un miroir, et devant lui, une chaise sur laquelle un corset justement, avait été négligemment jeté. Je l'effleurai du doigt et vis mon hôte s'observer dans le miroir. Mon coeur fit un bon, qu'elle était attirante, sa taille, le contraste de l'habit sombre sur la peau blanche, les lacets d'un violet profond... Je retirai ma main aussi rapidement que si je m'étais brulé. Ma respiration devenait sifflante, le contrôle m'échappait, il me fallait regarder ailleurs, vite. Faisant face au miroir, de l'autre coté de la pièce, trônait un bureau en bois de piètre qualité, avec un ordinateur portable dernier cri et un petit coffre. J'ouvris ce dernier pour y découvrir quelques bijoux argentés. A nouveau je les touchais. Je la vit encore, Elle, cette fois ci, comme un écho à mes fantasmes enfouis : elle était nue, ne portant que quelques bagues et bracelets, dévoilant ainsi un tatouage à l'épaule représentant une fleur de pommier. J'étouffai un cri, reculant involontairement d'un ou deux pas, percuté par la force de la vision. Mes yeux se tournèrent malgré moi vers le lit. Sous une grande couette à l'effigie de Within Temptation, elle dormait paisiblement, ignorant tout du volcan qui bouillonnait en moi. Mon envie d'elle était si grande que... Non.
Résolu, je m'avançai vers elle et lui touchai la joue pour la marquer.
Sans effet.
Pas de vague blanche, pas de paix, rien, le marquage refusait obstinément de se faire. Un frisson me parcouru l'échine tandis que mon angoisse s'intensifiait. Ce genre de chose ne devrait pas arriver. Je l'aimais déjà, et probablement trop pour mon propre bien, alors pourquoi ? Je lui pris la tête avec les deux mains, fébrile, mais toujours aucune réaction.
C'est alors que je pris conscience de ma proximité avec elle.
Je ne bougeais plus. Je m'imaginais l'embrasser, caresser ses cheveux noir. D'un geste, je repoussai délicatement la couette, pour dévoiler son corps ; elle dormait nue, sur le dos. Ma folie était désormais pleinement réveillée et guidait mes mouvements. Au fond de moi, ma raison hurlait et se débattait, en vain. J'étais si proche d'elle, tellement attiré que je pouvais évoquer des visions de sa vie sans même toucher quoique ce soit. Je la voyais mettre de la musique dans une chaine hifi que, troublé, je n'avais même pas remarqué, je la contemplais, jupes et corsets, bas et dentelles, maquillages et piercings. En écho à mes désirs, ma folie me murmurait : tu as le pouvoir de le faire... Elle ne se souviendra de rien... Mieux, tu peux l'obliger à répondre à tes caresses... Pour cette nuit, elle pourrait être tienne... Je posai mes doigts sur son ventre, puis, lentement, ma main remonta vers son sein droit, dressé comme une offrande, m'invitant à la tentation, invoquant dans ma tête une multitude d'images et de plaisirs. Mes lèvres s'approchèrent des siennes, jusqu'à moins d'un centimètre, lorsque trois mots surgirent au milieu de mes pensées tumultueuses.
Je te vengerai.
De toutes ses forces, ma raison tenta de s'y accrocher, mais ma main, toujours posée à quelques centimètres de la poitrine de ma victime, la fit dériver à nouveau.
Non, je ne céderai pas. Un regard aux alentours, dans un brouillard mental, je vis la chaine hifi et l'impressionnante pile de cd, je distinguai de nombreux livres en tas dans un coin, mais le fait même de voir chacun de ces objets provoquait autant de vision qui tourbillonnaient en moi. Je serrai les poings, puis en amenai un jusqu'à ma bouche. Je mordis dedans de toutes mes forces, déclenchant une insoutenable douleur. Le sang coulait à flot, me faisant ressembler aux vampires qui ornaient les murs. Je serrai encore les dents, jusqu'à entendre de sombres craquements. La douleur atteint alors un seuil d'intolérance suffisant pour me faire recouvrer la raison, au moins pour quelques instants. Si j'étais au service des Marqueurs, c'est parce qu'il y a de nombreuses années j'avais violé et tué une fille ressemblant beaucoup trop à celle-ci. J'avais échappé à la justice des hommes, mais pas à celle de l'au-delà. J'arrachai mes dents de mon poing ensanglanté. Avant que le soleil ne se lève, il serait guérit, mais en attendant, je pouvais garder la douleur en point de mire, comme un îlot auquel accrocher ma raison.
Je te vengerai.
A nouveau ces trois mots, mais mon esprit était clair désormais, et ma folie contenue. Je fermai les yeux, me concentrant sur eux. Je vis... une chambre, un lit, une fille, les poignets attachés. Mon hôte ? Non, elle lui ressemblait, sa soeur. Un silhouette s'approcha, indistincte, elle ne savait pas qui était le coupable. Je senti la haine emplir ma vision. J'aurai du ouvrir les yeux, avant de me laisser submerger, mais je devais comprendre. Alors, tel un raz-de-marée, la violence de la peine m'envahi. Je m'attendais à une haine sans borne, mais c'est la tristesse de la perte qui me submergea. Je souffris avec mon hôte, partageant, pour un instant au moins, toute sa douleur.
J'ouvris les yeux, pour voir son corps nu qui me faisait face. Elle me regardait d'un air étrangement résigné, presque suppliant.
- Vous êtes venu vous venger ?
- Non, je ne te ferai rien, rendors-toi, je n'existe pas.
Elle se rendormit. Je remis délicatement la couette en place. D'un geste, je fis également disparaitre les tâches de sang qui maculaient le sol. Ma main ne me faisait déjà plus mal, même si des marques rouges la zébraient encore, mais je n'avais plus besoin de douleur. Je savais que cela ne suffirai pas à expier mon crime, mais un pas avait été fait. J'avais résisté à la tentation et partagé la souffrance qu'il pouvait provoquer. Je déposais un baiser sur le front de mon hôte. Une vague laiteuse parcouru son corps un instant. L'oeuvre était accomplie, elle était marquée.

A Demain, pour le meilleur ou le pire.

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Onirian, men in black.

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Onirian  Ecrire à Onirian

2009-06-03 14:03:09 

 WA-Commentaire 18 - Narwa RoquenDétails
Le texte est fluide, ca se lit tout seul, il est bien écrit, avec de jolies expressions. Le narrateur est attachant aussi bien dans son arrogance et son ambition du début que dans sa sensibilité de la fin. Bref, j'adore ;-)

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Onirian, qui lutte mais n'est pas encore à niveau.

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-08 22:29:22 

 Commentaire Onirian, exercice n°18, texte 1Détails
Une ambiance doucement faërique pour ce texte tout à fait intriguant. La consigne est parfaitement respectée, tu prends le temps de faire des descriptions qui ont du sens, et tout ce qui n’est pas descriptif pique agréablement notre curiosité. Et bien sûr, on meurt d’envie de connaître la suite !
Ton mystérieux personnage attire la sympathie, même si sa démarche intrusive reste un peu suspecte. On le sent attentif, respectueux de l’autre, et son côté « débutant » s’étonnant lui-même de ses capacités, lui donne une petite note juvénile tout à fait plaisante.
Quelques remarques de style :
- maison individuelle : c’est le terme qu’emploient les vendeurs. Parce qu’en fait, une maison non individuelle, c’est un immeuble...
- impression : employé 3 fois en 10 lignes
- les pots étaient vides : quels pots ? Les vases ?
- le parquet au sol ( du sol, un peu plus loin) : en général, le parquet est au sol...
- le siècle des Lumières mérite bien une majuscule, de même que les Templiers


L’orthographe : je regroupe
- manquent de « s » : tout en courbe, rideaux grisonnant, auteurs récent, journaux étaient posé, vieux d’une dizaine d’année
- verbes : tandis que je traversais lentement (on peut dire « je traversai lentement », mais pas « tandis que je.. » ; je sais que ça a l’air absurde, mais ça ne l’est pas), m’envahit, j’aurais pu allumer, je pus distinguer, je me retrouvai, le vieil homme n’avait pas dû, je touchai le journal, je risquais de rencontrer, qui avait connu l’amour, j’aurais aimé devenir, je posai alors ma main, je les repoussai doucement
- et en vrac : une personne âgée, cette nuit-là, évidemment, la tranche des livres, maints secrets, j’éprouvais déjà une certaine amitié, cartons de nourriture préparée, en train de pleurer, je souris en songeant


Bon, et maintenant, la suite !
C’est toujours très long de te commenter, mais je m’accroche parce que tu le mérites. Fais-en autant !
Narwa Roquen,presque débordée!

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-08 23:23:30 

 Commentaire Onirian, exercice n° 18, texte n°2Détails
Cette fois le texte nous fait froid dans le dos, et tu arrives très bien à nous communiquer le malaise que ressent ton héros. La description des habitudes du paranoïaque, qui en plus est obsessionnel et phobique ( dans le genre de Monk, mais en plus méchant), est vraiment excellente, à croire que tu en as rencontré plusieurs! Tu entremêles savamment l'épisode présent et la continuation de l'histoire propre du héros, ce qui renforce l'intérêt du lecteur.
Le réveil du futur marqué, à la fin, introduit une note dynamique du plus bel effet.
C'est bien pensé, bien écrit, plus fort que le texte précédent mais l'autre avait son charme aussi... Quel talent!

Détails de style:
- en posant ma main sur le bois: j'aurais mis un "et" devant
- encore 2 "impression" à 5 lignes d'écart
- de suite: on dit: tout de suite
-il n'avait la capacité: manque le "pas"
- paroles inconstantes: inconsistantes? inconséquentes?
- qu'il ait prémédité: on prémédite une action; là ça serait plutôt: deviné, pressenti
- les murs étaient désormais recouverts: pourquoi désormais? c'est un adverbe de temps, qui signifie " à partir de maintenant"
-je ne percevais aucun pouvoir: à mettre entre parenthèses, ou entre tirets, encore que là, les parenthèses sont mieux
- un peu plus loin, une jeune fille...: je crois qu'avant ça, un point-virgule serait le bienvenu. Chic, un point-virgule!


L'orthographe, en tir groupé
- les verbes: la première pièce que je croisai, je me résolus, je posai directement la main, paroles qui évoquaient, il ne la laisserait pas, j'eus du mal à identifier, je tentai d'infiltrer, l'homme endormi, je pourrais lui apporter la paix, je m'apprêtais à faire un pas, je ne pus réprimer, j'abominais, parcourut son corps

- les s : quatre-vingts, véritable souci, fils... prêts à se briser, porc, exhortait ces créatures, ce qui s'était passé

- et encore: en train de


J'ai l'impression que cette histoire t'inspire... En tout cas c'est de l'excellent travail!
Narwa Roquen,et de deux, ça procède!

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Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen

2009-06-12 21:00:44 

 Commentaire Onirian, exercice n°18, texte n°3Détails
L'intensité monte de texte en texte! On découvre le passé du héros, et du coup on comprend la phrase mystérieuse de la fin du texte 2 ("je ne le comprenais que trop bien"). En revanche le mystère reste entier sur ce qu'il est aujourd'hui, et la nature et le sens du "marquage". Très bien, très bien, on se garde une poire pour la soif! Ce 3° texte est encore plus noir que le 2°, agrémenté d'un souffle d'érotisme admirable par sa justesse - ni trop ni trop peu - , c'est clean mais évocateur, et cette bonne distance n'est pas toujours facile à trouver.
Le rythme est plus soutenu que dans les précédents, et tu nous tiens en haleine jusqu'au bout, félicitations! Sans savoir où tu nous emmènes, nous prenons fait et cause pour ce héros torturé, vibrant d'émotions, mais qui parvient au véritable héroïsme: se surpasser soi-même. Ce qui est talentueux, c'est de nous avoir rendu le héros sympathique avant ce texte, ce qui fait que même en apprenant des choses horribles sur son passé, on reste bien disposé envers lui... Ca, c'est fort! Et c'est très romantique, et, ma foi, je ne boude pas mon plaisir!

Rien à dire sur le style. Restent quelques bricoles orthographiques:
- les verbes: que je croyais enfouis, j'aurais même... affirmé, étaient accrochés des vêtements, je refusai d'y penser, j'évitai soigneusement, je les touchai, je la vis, un frisson me parcourut, n'aurait pas dû arriver, je ne bougeai plus, je m'imaginai, la douleur atteignit, il serait guéri, je sentis la haine, j'aurais dû ouvrir, la violence de la peine m'envahit, cela ne suffirait pas, je déposai un baiser, une vague laiteuse parcourut

- les "s": deux T-shirts, produits de maquillage, un four à micro-ondes, les meubles alentour (sans s : adverbe), ses cheveux noirs, autant de visions qui tourbillonnaient, le sang coulait à flots

- plus les fautes de frappe : mon coeur fit un bond, une silhouette... et quelques traits d'union et accents circonflexes...


Je sens que la suite va être passionnante! Ne nous fais pas atttendre trop longtemps!
Narwa Roquen,et de trois, et de mieux en mieux!

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