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De : Maedhros  Ecrire à Maedhros
Date : Mercredi 4 avril 2007 à 23:02:44
Bonsoir,

Une contribution juste avant la cloche (de pâques). Un texte qui n'est pas rigolo...je dirais même assez sinistre. Mais le décor est planté.

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TEMPS 2


Les verticales filent vers les étoiles, bien loin au-dessus de ce faux jour qui s’est levé au coeur de la nuit. Les géants de pierre, d’acier et de verre s’élancent à l’assaut des rêves improbables de la ville qui ne dort jamais. Ils disent qu’ici tout est plus grand qu’ailleurs.

Les pages n’ont pas été tournées et Rudy n’a pas encore nettoyé les rues. Il est assoupi dans l’ombre du procureur général et nul ne l’appelle Rudy le nettoyeur. Laissons-le dormir car son réveil marquera le départ d’un décompte funèbre pour les jumelles de pierre.

Les mélodies assourdies des comédies musicales s’écoulent entre les silhouettes qui déambulent le long des trottoirs en quête de rencontres inespérées. Joe pleure son pays natal, là-bas loin dans le sud, son foulard de cow-boy gigolo flottant autour du cou. Toutes ses illusions se sont éparpillées dans les lumières criardes des sex-shops et des peep-show. Il ne lui reste que du métal dans les poches, c’est lourd mais ça ne vaut rien. Regardez, il est sur le point de rencontrer Ratso, agité d’une toux phtisique malsaine, qui crache un peu de sang dans le caniveau. Il se traîne en boitant dans ce jour contrefait, jetant des coups d’oeil furtifs autour de lui.

Des rires sans joie et trop forcés se mêlent aux sirènes hurlantes de la voiture de pompiers qui surgit d’une rue adjacente, éclair rouge et chrome où se devinent des visages tendus vers leur destin en feu. Le flot des véhicules descend du nord, se frayant un chemin vers des lieux plus hospitaliers. Leurs passagers ne remarquent pas les fantômes de l’Immigrant et de Frederick Austerlitz qui s’accrochent, incrédules, aux néons écarlates des cinéma porno épinglés comme des papillons aveugles et mutilés tout au long de l’avenue. La magie des petits pas des petits pains s’est depuis longtemps dissipée et plus personne ne chante sous la pluie.

Les années 80 sont des années d’airain pour les magiciens de l’aube. Les traders du palais du Mur dorment de l’autre côté du fleuve. Dans leurs rêves clinquants et mercantiles, ils amassent des monceaux d’or en criant des ordres de papier. Mais ici, dans cet espace étroit, bat le véritable coeur de cette ville tentaculaire. Son battement est profond et binaire, pas de place pour le pastel ou l’aquarelle. Les tons sont froids et crus, noir sur blanc ou blanc sur noir, C’est un espace perdu dans un temps qui a fui sans lui, dans cette fin de siècle qui dégouline de rimmel comme celui de cette jeune prostituée au visage fatigué qui arpente la ruelle borgne en réprimant un haut-le-coeur, une main devant la bouche.

L’ogre a installé ses quartiers dans ces quelques blocs de pierres. Il manie un long fouet de chair qui claque dans l’obscurité. Les âmes perdues d’une guerre honteuse tentent d’échapper aux visions d’horreur qui hantent leurs cauchemars. Reconnaissez-vous Travis qui ne veut plus dormir de peur de se voir agresser par des silhouettes indistinctes qui brûlent au fond d’une rizière sans nom. Non, il ne veut plus dormir et son taxi est un coursier de fer qui bondit dans la nuit, dérapant sur les entrelacs des moires qui tapissent la chaussée, images renversées des publicités gigantesques qui affolent les regards.

Il est devenu le Charon impavide des damnés qu’il transporte au coeur de la nuit. Ce soir, il est paumé et au bord du gouffre. Il a été définitivement repoussé par une femme qu’il a vainement tenté d’aimer. Son taxi est arrêté au feu rouge. Il est seul, il a déposé un peu plus haut son dernier client et il aperçoit la jeune prostituée qui tente de recomposer son masque de poupée de luxure. Sentant son regard posé sur elle, elle lui lance une oeillade assassine avant de réaliser qu’il n’est qu’un figurant de la nuit et non pas le cave qu’elle pourrait plumer. Alors ses lèvres dessinent pour lui un pauvre petit sourire, forme d'excuse pour n’avoir pas reconnu une âme errante, comme elle.

Lui, une étrange sensation étreint son coeur. Alors qu’il croyait avoir épuisé toute son humanité du côté de Xan-Loc, il éprouve un curieux sentiment qui l’attire magnétiquement vers cette inconnue. Il tend la main pour abaisser la vitre de la portière droite. Il ne sait pas encore qu’il libère ainsi un monstre qui va se repaître de sang.

Voilà, le décor est planté. Non, j’allais oublier. Le Waterford Crystal sera lancé tout à l’heure du plus haut bâtiment qui domine cet espace privilégié, ce noeud bouillonnant d’énergie.

Ils disent que l’agneau agonise sur Broadway.

M


  
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Réponses à ce message :
3 Exercice 13 : Maedhros => Commentaire - Estellanara (Mar 19 jun 2007 à 13:24)
3 Commentaire Maedhros, ex n°13 - Narwa Roquen (Ven 6 avr 2007 à 18:22)
       4 Rectifié chef... - Maedhros (Ven 6 avr 2007 à 19:30)
              5 Re - :) - Elemmirë (Ven 6 avr 2007 à 20:20)


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