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De : Narwa Roquen  Ecrire à Narwa Roquen
Date : Mardi 20 mars 2007 à 16:17:13
Deux petits textes, et tous les deux à la limite du hors-sujet... C'est Maedhros qui va être content!


texte1
Je suis maudite, docteur, je suis envoûtée, ensorcelée, possédée ! J’ai tout essayé, j’ai vu un exorciste, un dresseur de fauves, un sorcier vaudou, un naturopathe, un électricien, j’en ai même parlé à ma concierge, vous êtes mon dernier recours...
Je suis sous l’emprise d’un monstre abominable qui ne me laisse aucun répit. Son aspect en soi est déjà épouvantable : il porte une carapace métallique qui à la lumière jette des feux aveuglants, hérissée de petites protubérances portant des runes s_a_t_a_n_i_q_u_es qui s’éclairent parfois de lueurs maléfiques. Mais le pire, docteur, le pire, ce sont les sons terrifiants qu’il émet, des hurlements stridents de Bête d’apocalypse, qui vous déchirent les tympans, quand ce ne sont pas des litanies obsédantes qui vous envahissent l’âme pour vous réduire à l’état de zombie. J’ai essayé, docteur, j’ai essayé, mais je n’arrive pas à lui échapper ! Ah il est petit, certes, tout petit, mais justement, ça lui permet de mieux se dissimuler... Il est toujours collé sur moi, dans une poche ou à ma ceinture... Quand je crois avoir réussi à m’en débarrasser, en l’enfermant à double tour dans un coffre-fort blindé dont j’ai jeté la clef du haut d’une falaise de trois cents mètres, je le retrouve malgré tout dans la poche intérieure de mon blouson, vissé contre mon coeur, où il instille son perfide venin. C’est un monstre polycéphale, docteur, je dirais même polyphonique, multivocal, si vous préférez... Je ne sais jamais quelle voix il va prendre pour mieux m’affoler. Par moments on dirait celle de mon patron, à huit heures du matin un dimanche de Pâques, qui hurle « il manque quelqu’un dans l’équipe huit, je t’attends dans trente minutes ! » Et je m’arrache à la tiédeur moelleuse de ma couette, et je cours sur les chemins pour obéir à cet ordre cruel, comme un esclave docile qui redoute le fouet. Parfois c’est une autre voix, faussement mielleuse, qui à toute heure du jour et de la nuit s’acharne à me harceler. « Où es-tu ? Que fais-tu ? Avec qui es-tu ? A quelle heure tu rentres ? »
Ma vie est un calvaire, docteur, une longue suite de supplices... Vous ai-je parlé des images, docteur ? Des fantômes redoutables viennent me narguer sur sa carapace, des visages grimaçants, des figures spectrales qui agressent mes prunelles et reviennent ensuite me hanter au plus profond de mes rêves...
Vous connaissez ce monstre, docteur ? Comment vous dites ? Telephonus portabilis ? Ah, je ne suis pas la seule à être dévorée par ce parasite délétère ? Pensez-vous qu’il y ait un remède ? Une bonne purge ? Non ? Un suicide thérapeutique ? L’euthanasie ? Comment vous dites ? La résignation ? Ah non, la résiliation... La résilience je connais, mais la résiliation... Qu’est-ce que c’est, docteur ? Ca fait mal ?



texte 2
Si c’était une couleur, ce serait le blanc, le blanc glacé d’un visage livide. Si c’était un bruit, ce serait le silence dévorant de la solitude, là où aucun secours ne pourra parvenir. Si c’était une plante, ce serait le lierre familier qui s’enroule et s’attache et étouffe. Si c’était un animal, ce serait le tigre indifférent dont tout le monde sait qu’il est là, dans la jungle à l’abord du village, non pas à guetter, simplement à attendre. Si c’était une odeur, ce serait celle, aigrelette et têtue, de la sueur froide et inutile. Si c’était une forme, ce serait une brume mouvante aux tentacules de pieuvre, changeante dans ses volutes et inaltérable dans sa présence ironique. Si c’était une voix, ce serait un chuchotement aux accents traînants, obsédant et inoubliable, audible clairement au milieu d’une fête foraine, persistant même si on se bouche les oreilles... Si c’était un paysage, ce serait un à pic vertigineux, au sommet d’un glacier éternel, où même les oiseaux ne peuvent plus voler. Si c’était un monument, ce serait un champ de ruines, vestiges d’un temple d’espérance ou d’une forteresse réputée invincible. Si c’était un livre, ce serait « La Peste » de Camus, labyrinthe glacé aux parois de verre. Si c’était une musique, ce serait le « Boléro » de Ravel, spirale d’emprise infinie sous son air sagement anodin...
Ainsi est Elle. On peut surmonter la peur du vide, des araignées, des serpents, du feu, de l’eau, de la mort même. Mais la peur de la Peur, personne, ni l’ami le plus proche ni le thérapeute le plus habile, personne ne peut nous en défaire. C’est peut-être parce que la clef de notre délivrance est située en un lieu jalousement gardé par tous nos monstres personnels, lieu propre à chacun de nous, qui fut créé à l’heure de notre premier cri entre la mort et la vie; c’est peut-être parce que pour accéder à ce sanctuaire il faut atteindre au dépouillement total et au renoncement ultime, à cet état qui fut le nôtre, justement, lorsque nus et impuissants, sans intention et sans désir, nous avons quitté l’Eden par la porte de la Mort, derrière laquelle se cachait la Vie – peut-être.
Narwa Roquen,se rebeller contre ses propres lois est l'expression même de la liberté (et toc!)


  
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Réponses à ce message :
3 Exercice 12 : Narwa Roquen => Commentaire - Estellanara (Lun 18 jun 2007 à 17:24)
3 Trespass... - Maedhros (Mar 20 mar 2007 à 21:54)


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